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Mercredi 11 janvier 2006
Film américain de Sam Mendes
Interprètes :
Jake Gyllenhaal (Swoff), Peter Sarsgaard (Troy), Jamie Foxx (sergent-chef Sykes).
Durée : 2 h 02



Note : 7,5/10
En deux mots : La vie d’une compagnie de Marines durant la guerre du Golfe, depuis l’instruction jusqu’au retour au pays. «Le désert des Tartares» à l’heure des frappes chirurgicales, par un des réalisateurs les plus brillants de son temps.

Le Réalisateur : Né en 1965 en Angleterre, diplômé de Cambridge, Sam Mendes a commencé au théâtre. Engagé par la Royal Shakespeare Company en 1992, il monte aussi plusieurs pièces à Broadway. Spielberg lui confie la réalisation de «American Beauty» en 1999. Il tourne «Les Sentiers de la Perdition» en 2002, avec Tom Hanks et Paul Newman.

La critique : Jarhead, que l’on peut traduire par «tête de fiole», c’est le surnom que se donne entre eux les Marines. En 1990, Anthony Swofford, fils d’un vétéran du Vietnam, s’engage dans l’U.S. Marines Corp.

Il est confronté aux brimades des fameux sergents instructeurs, déjà vus dans «Le maître de guerre» ou dans «Full Metal Jacket», et au bizutage de ses camarades. D’un niveau intellectuel un peu supérieur (il lit «L’Etranger», de Camus !) à celui de ses camarades –ce n’est pas dur…-, il est retenu pour devenir tireur d’élite.

Convoyés en Arabie Saoudite à bord des 747 de la TWA comme de vulgaires V.R.P., les marines vont planter leurs tentes au milieu de nulle part, en plein désert. Là, l’entraînement continue, les tenues NBC en plus.

Avec l’éloignement et l’attente, l’ennui s’installe, ainsi que le doute ; le doute sur la fidélité des conjointes, le doute sur le sens de leur présence, le doute sur l’image renvoyée au pays.
Et quand la guerre commence enfin, le seul feu qu’ils ont à essuyer, c’est celui de leur propre aviation. Sinon, tel Fabrice à la bataille de Waterloo, ils vont errer entre les images de la mémoire de cette guerre : les carcasses calcinées des voitures de civils –et de leurs passagers carbonisés-, les puits de pétroles en feu noircissant le ciel en plein jour, la garde républicaine irakienne noyée sous un tapis de bombes…

L’histoire d’un pays aussi jeune se confond avec l’histoire de son cinéma. Plus que le Vietnam lui-même, c’est son traitement par Hollywood qui sert de référence constante : une salle entière de Marines hurle comme au Superbowl en voyant les hélicos attaquer le village dans «Apocalypse Now», la vision de «Voyage au bout de l’Enfer» s’avère pleine de surprises…
Et quand des hélicoptères passent au-dessus d’eux avec la musique des Doors, un soldat se plaint : «Encore la musique du Vietnam ! Ils pourraient trouver quelque chose pour nous !»

«Jarhead» est le film miroir de «Full Metal Jacket». Il est découpé comme lui en trois parties : l’instruction, l’attente et le combat. Mais là où ces trois parties étaient équilibrées chez Kubrick, elles sont d’inégale longueur chez Mendes, l’attente occupant l’essentiel du film.

Ce film est à l’image de cette guerre décousue, et se présente plus comme une suite de tableaux que sous la forme d’une narration fluide.

On retrouve le sens de la dérision de Mendes dans de nombreuses scènes : Swoff sonnant le clairon avec sa bouche, le réveillon de Noël interrompu par un feu d’artifice involontaire, les marines en petite tenue et bonnet rouge et blanc (mesdemoiselles, les fesses de Jake Gyllenhaal !) se précipitant avec leurs M-16 pour en découdre….

Mais les ruptures de tons sont fréquentes, et la poésie et la gravité ne sont jamais loin : un cheval couvert de pétrole surgit de l’obscurité, les marines laissant des traces de pas blondes dans le sable noirci, jusqu’à l’irruption d’un vétéran du Vietnam qui monte dans le bus lors de la parade du retour de ces héros qui n’ont pas tiré un coup de feu, et qui leur renvoie l’image ravagé de ce qu’ils deviendront peut-être…

Malgré quelques longueurs (filmer l’ennui sans être ennuyant n’est pas simple !), «Jarhead» est un film intelligent qui porte indéniablement la patte d’un grand réalisateur, et dont certaines scènes s’inscrivent dans la continuité des Coppola, Cimino et Kubrick.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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