Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.

Note : 7/10
En deux mots : Conte poétique ayant pour toile de fond l’invasion de l’Irak, ce film réussit à émouvoir et à amuser, grâce à l’énergie chaplinesque de Benigni.
Le Réalisateur : Né en 1952, Roberto Benigni débute comme acteur pour Bertolucci, Fellini, Ferreri et Jarmusch. En 1983, il réalise son premier film « Tu mi turbi ». C’est en 1997 qu’il reçoit la consécration internationale avec « La Vita è bella », Grand Prix du Jury au Festival de Cannes.
La critique : Chaque nuit, Attilio, professeur de poésie à l’université, rêve d’une étrange cérémonie dans une église en ruines où il épouse Vittoria, accompagné au piano par Tom Waits en personne.
Vittoria existe bien, mais elle ne (re)cédera à Attilio que le jour où elle verra à Rome un tigre sous la neige. Quand il apprend par son ami le poète irakien Fouad que Vittoria venue l’interviewer a été victime d’un accident, Attilio se joue de toutes les difficultés et en pleine invasion de l’Irak rejoint Bagdad pour la soigner.
Dans la pénurie et le désordre consécutifs à l’effondrement du régime de Saddam Hussein, il va réussir à trouver tous les médicaments nécessaires pour la sauver. Victoria ne sortira du coma qu’après qu’Attilio ait été arrêté par les Américains, et elle ne saura donc pas l’identité de son sauveur.
Mais comme nous sommes dans le domaine du conte, il suffira d’un baiser et de l’effleurement d’un collier pour qu’elle comprenne, et à Rome où l’imprévu devient probable, la neige tombera sur le tigre…
Benigni, ou on l’adore, ou il agace.
Je fais plutôt partie de la deuxième catégorie. Je n’avais pas été enthousiasmé par « La Vie et belle », auquel j’avais préféré « Train de vie », de Radu Mihaileanu qui avait su traiter le même sujet de la shoah avec beaucoup plus de finesse et bien moins de sentimentalisme. Et l’hyperactivité de son « Pinocchio » n’avait réussit à produire chez moi qu’une migraine…
Mais dans ce film, il a su trouver un rythme et une variété de tons, tant dans son jeu que dans les rebondissements de l’intrigue, qui réussissent à susciter l’émotion tout en préservant le sourire, voire le rire.
Le scénario est à l’image de l’Irak : sans dessus dessous. Mais c’est justement ce joyeux foutoir qui convainc, et quoi de plus naturel que de voir Attilio se faire jeter du comptoir de l’aéroport de Rome où il a demandé un billet pour Bagdad, et de le découvrir au J.T. le soir même en Irak, en train de décharger un avion de la Croix-Rouge.
Certes, Bagdad ressemble à un décor d’opéra, et les scènes de combat semblent bien loin de la réalité des dommages collatéraux. Mais quand bardé de médicaments, Attilio manque de se faire descendre à un check point par des soldats américains qui le prennent pour un kamikaze, il en dit aussi long sur la nature de cette opération.
Citoyen d’un pays ayant participé à l’intervention aux côté des Américains, Attilio réussira même à dénicher une arme de destruction massive, et utile de surcroît : une tapette à mouches !
Comme dans la scène de « La Vie est belle » où il traduisait pour son fils les propos du soldat allemand, Benigni trouve parfois des accents chaplinesques : quand il arrive dans son appartement avec Vittoria, et découvre tous les éléments du tête-à-tête romantique laissés par une collègue amoureuse de lui, ou quand il pense avoir effrayé les deux Irakiens qui le poursuivaient et se met à fanfaronner, alors qu’il est au milieu d'un champ de mines…
Ce film a les défauts de ses qualités. Par instants, il n’évite pas de retomber dans le sentimentalisme cher à Benigni, et une musique sirupeuse vient souligner avec insistance ces moments-là. A vouloir trop montrer, il manque certains sujets, comme celui du poète irakien.
Mais la générosité et l’énergie qui le portent en font un film touchant et atypique, pour moi le meilleur de son auteur.
Cluny
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