Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
The three burials of Melquiades Estrada
Film américain de Tommy Lee Jones
Scénario : Guillermo Arriaga
Interprètes : Tommy Lee Jones (Pete Perkins), Barry Pepper (Mike Norton), Julio Cedillo (Melquiades Estrada)
Durée : 1 h 57
Note : 8,5/10
En deux mots : Ce western tex-mex dans la lignée de Sam Peckinpah et de Clint Eastwood est une réussite. Doublement couronné à Cannes, il raconte de façon baroque une errance entre Texas et Mexique, véritable parcours initiatique qui débouche sur la rédemption.
Le Réalisateur : Il s’agit du premier film de Tommy Lee Jones. Né en 1946 au Texas, il a longtemps été cantonné dans des seconds rôles, souvent de méchants. C’est à partir du « Fugitif » (1993) qu’il accède aux premiers rôles : « Men in black », « Traqué », « Space Cowboys ». C’est sur ce dernier film qu’il voit travailler Clint Eastwood, dont il reconnaît s’être inspiré.
"Clint est un très bon exemple à suivre pour n'importe quel réalisateur. S'il y a une chose que je partage avec lui, c'est de ne jamais faire plus de trois prises. Vous devez être prêt à la première, on fait la deuxième par sécurité et la troisième en cas de problème technique comme une rature sur le négatif."
La critique : Melquiades Estrada n’a pas de chance.
Obligé comme beaucoup d’hommes de s’expatrier au Texas voisin, ce Mexicain a été contraint il y a quinze ans d’abandonner de l’autre côté de la frontière femme et enfants. Alors qu’il chasse un coyote, sa destinée va croiser Mike Norton, jeune garde-frontière brutal et raciste. Enterré une première fois sous des pierres, il aura droit à une seconde tombe anonyme dans le cimetière de la police.
Mais Pete, son employeur devenu son ami, lui avait promis de l’enterrer de l’autre côté de la fontière, chez lui. Pour tenir sa promesse, il va enlever le meurtrier de Melquiades, et le contraindre à convoyer son corps jusqu’à sa troisième sépulture, avec pour seule carte quelques mots griffonnés sur un post-it..
Cela, le spectateur devra le reconstituer à la manière d’un puzzle. En effet, les différentes pièces nous sont livrées dans le désordre, avec à peine quelques indices temporels. On retrouve là la patte de Guillermo Arriaga, scénariste de « Amours chiennes » et de « 21 grams », et primé à Cannes pour « Trois enterrements ».
Cette déstructuration du récit n’est pas gênante, bien au contraire, puisqu’elle s’accorde avec une dilution du temps propre à cette région, à l’instar de ce vieil homme aveugle oublié de tous, rencontré au cours de leur périple.
Le seul élément qui marque l’écoulement du temps, c’est le cadavre de Melquiades. Il n’échappe pas à sa décomposition, comme dans « Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia » de Sam Peckinpah, et aucun traitement de choc ne nous est épargné, avec une approche désacralisée de la mort très mexicaine.
Au fur et à mesure de leur parcours, les certitudes du jeune garde-frontière vont s’effondrer. Mais Pete aussi devra se confronter à une réalité qui n’est pas celle qu’il croyait.
Cannes a récompensé Tommy Lee Jones en lui accordant le Prix d’Interprétation masculine. Reconnaissance ambiguë, puisqu’elle est destinée à un acteur pour la première fois réalisateur. Mais reconnaissance amplement méritée, car il s’est offert un personnage comme aime à les camper Clint Eastwood dans ses derniers films.
Comme chez ce dernier, l’épaisseur des héros est étayée par les personnages secondaires : la femme du garde-frontière, yankee perdue dans un sud déjà chicano, la serveuse généreuse de ses charmes mais malgré tout fidèle à son mari qu’on ne voit qu’à travers le passe-plat, une immigrante un peu rebouteuse qui va conjuguer vengeance et générosité…
Film à la fois baroque et épuré, « Trois enterrements » nous montre qu’il existe d’autres façons de réussir sa reconversion pour des acteurs hollywoodiens que de refuser de gracier des condamnés à mort…
Cluny
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