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Lundi 12 mai 2008

Film américain de Stuart Townsend

Titre original : Battle in Seattle

Interprètes :
Charlize Theron (Ella), Ray Liotta (Le Maire), Martin Henderson (Jay), Michelle Rodriguez (Lou)




Durée
:
 
1 h 40

Note :
  5,5/10

En deux mots
: Le manichéisme larmoyant à la sauce hollywoodienne dilue l'intérêt réel du propos.

Le réalisateur :
Né en 1972 à Howthy, en Irlande, Stuart Townsend est diplômé de la Gaiety School of Acting de Dublin. Il commence un carrière d'acteur en 1996, et joue en 2004 dans deux films aux côtés de Charlize Theron, sa compagne. "Bataille à Seattle" est son premier film en tant que réalisateur.

Le sujet : En novembre 1999, la ville de Seattle accueille la troisième conférence ministérielle de l'OMC. Des milliers de manifestants rejoignent la ville, et un groupe d'activistes écologistes et altermondialistes décide de bloquer les carrefours pour empêcher la tenue de la conférence. Le maire veut éviter les incidents et montrer que la liberté d'expression reste possible.

Mais à la suite d'incidents provoqués par des éléments radicaux, la police en nombre insuffisant intervient brutalement, alors que tout le centre ville est noyé sous les gaz lacrymogènes. Sous la pression du gouverneur, le maire se résout à décréter un couvre-feu et à faire appel à la Garde Nationale.

La critique : La conférence de Seattle a marqué une date, aussi bien dans la conscience américaine que dans l'émergence internationale de l'altermondialisme. Aux Etats-Unis, elle a été le théâtre des affrontements de rue organisés les plus importants depuis la convention démocrate de Chicago en 1968, et elle est restée dans les mémoires comme une victoire de la contestation, puisque le sommet a été très perturbé et s'est séparé sans parvenir à un accord.

Sur le plan international, elle a permis la première manifestation médiatisée de grande ampleur permettant la jonction des luttes écologistes, syndicales et politiques, et c'est suite à cet acte de naissance qu'a eu lieu en 2001 le premier Forum Social Mondial à Porto Alegre.
Autant de raisons pour apprécier un film porté par une floppée d'acteurs bankable, d'autant plus que dès le documentaire d'introduction, Stuart Townsend indique clairement de quel côté il se situe.

Malheureusement, "Bataille à Seattle" ne tient pas les promesses que son sujet et sa distribution laissaient entrevoir.
La faute certainement à ce que nous annonce un panneau dès le générique : si les événements sont réels, les personnages sont fictifs. Et fictifs, ils le sont ! Côté méchants, le maire plutôt-gentil-et-démocrate-mais-qui-ne-veut-pas-que-l'image-de-sa-ville-soit-entâchée se voit trahi par un chef de la police obtus et une sorte d'adjudant Laterreur qui excite ses robocops contre la foule des manifestants, sans parler du gouverneur qui n'attend qu'une chose, à savoir d'envoyer la garde nationale.

Côté manifestants, des plutôts-gentils-mais-qui-ont-des-comptes-à-régler-avec-la-vie : Jay qui fait de ce combat une affaire personnelle depuis la mort de son frère dans "la bataille de la forêt de séquoias" et qui est prêt à risquer sa vie en rappel à 200 m du sol mais qui flippe de se faire arrêter, Lou qui bien sûr va succomber au charme ténébreux de Jay, Samatha qui a par le passé déjà succombé au charme ténébreux de Jay (enfin, si j'ai bien compris, car je dois avouer que j'ai un peu décroché à un moment...) ; seul émerge le personnage de Django, éternel optimiste, qui entonne "Don't worry, be happy" dans le panier à salade.

Entre les deux, une journaliste envoyée par sa rédaction pour montrer que les protestataires ne sont que des casseurs et qui se radicalise en 24 h, et surtout un policier de la brigade anti-émeute et sa compagne enceinte, qui, manque de bol et effet scénaristique pas du tout voyant, va perdre son (leur) bébé au cours d'une bavure des collègues de bureau du mari.

Pourtant, il y avait matière à construire un récit passionnant en restant centré sur les vrais sujets du film : comment parvenir à la convergence de luttes disparates, comment assurer des opérations commandos en restant fidèles à ses principes non-violents, comment relayer à l'intérieur la contestation de la rue tout en rendant audible le discours de ONG ou des pays du Tiers-Monde. En choisissant de personnaliser toutes ces contradictions, sans doute à des fins pédagogiques, Stuart Townsend a dilué la dimension fondamentalement collective de ce combat, réduisant les manifestants à des marionnettes manipulés par quelques leaders.

La réalisation est à l'avenant : montage nerveux pour compenser la mollesse du scénario, direction de la photographie assurée par un disciple du Dogme, et une dramatisation excessive du moindre événement ; ainsi, l'annonce de leur future libération est accueilli par les interpellés comme la rentrée dans l'atmosphère d'Appolo XIII dans la salle des opérations de Houston, ou comme l'extermination du dernier alien d'"Independance Day".

L'émergence du mouvement altermondialiste a rarement été traité au cinéma, à plus forte raison américain. Mais un tel sujet méritait un traitement bien moins stéréotypé et un rtyhme beaucoup moins mollasson, et on ne peut que regretter le gachis de cette occasion, à plus forte raison avec autant d'acteurs qui auraient pu servir un scénario autrement plus convaincant. Dommage !

Cluny
par Cluny publié dans : critiques de mai 2008 communauté : Cinéma
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