Film américain de Stuart Townsend
Titre original : Battle in Seattle
Interprètes : Charlize Theron (Ella), Ray Liotta (Le
Maire), Martin Henderson (Jay), Michelle Rodriguez (Lou)
Durée : 1 h 40
Note : 5,5/10
En deux mots : Le manichéisme larmoyant à la sauce hollywoodienne dilue l'intérêt réel du propos.
Le réalisateur : Né en 1972 à Howthy, en Irlande, Stuart Townsend est diplômé de la Gaiety School of Acting de Dublin. Il commence un carrière d'acteur en 1996, et
joue en 2004 dans deux films aux côtés de Charlize Theron, sa compagne. "Bataille à Seattle" est son premier film en tant que réalisateur.
Le sujet : En novembre 1999, la ville de Seattle accueille la
troisième conférence ministérielle de l'OMC. Des milliers de manifestants rejoignent la ville, et un groupe d'activistes écologistes et altermondialistes décide de bloquer les carrefours pour
empêcher la tenue de la conférence. Le maire veut éviter les incidents et montrer que la liberté d'expression reste possible.
Mais à la suite d'incidents provoqués par des éléments radicaux, la police en nombre insuffisant intervient brutalement, alors que tout le centre ville est noyé sous
les gaz lacrymogènes. Sous la pression du gouverneur, le maire se résout à décréter un couvre-feu et à faire appel à la Garde Nationale.
La critique : La conférence de Seattle a marqué une date, aussi bien dans la
conscience américaine que dans l'émergence internationale de l'altermondialisme. Aux Etats-Unis, elle a été le théâtre des affrontements de rue organisés les plus importants depuis la convention
démocrate de Chicago en 1968, et elle est restée dans les mémoires comme une victoire de la contestation, puisque le sommet a été très perturbé et s'est séparé sans parvenir à un accord.
Sur le plan international, elle a permis la première manifestation médiatisée de grande ampleur permettant la jonction des luttes écologistes, syndicales et politiques, et c'est suite à cet acte
de naissance qu'a eu lieu en 2001 le premier Forum Social Mondial à Porto Alegre. Autant de raisons pour
apprécier un film porté par une floppée d'acteurs bankable, d'autant plus que dès le documentaire d'introduction, Stuart Townsend indique clairement de quel côté il se situe.
Malheureusement, "Bataille à Seattle" ne tient pas les promesses que son sujet et sa distribution laissaient entrevoir. La faute certainement à ce que nous annonce un panneau
dès le générique : si les événements sont réels, les personnages sont fictifs. Et fictifs, ils le sont ! Côté méchants, le maire
plutôt-gentil-et-démocrate-mais-qui-ne-veut-pas-que-l'image-de-sa-ville-soit-entâchée se voit trahi par un chef de la police obtus et une sorte d'adjudant Laterreur qui excite ses robocops contre
la foule des manifestants, sans parler du gouverneur qui n'attend qu'une chose, à savoir d'envoyer la garde nationale.
Côté manifestants, des plutôts-gentils-mais-qui-ont-des-comptes-à-régler-avec-la-vie : Jay qui fait de ce combat une affaire personnelle depuis la mort de son frère dans "la bataille de la
forêt de séquoias" et qui est prêt à risquer sa vie en rappel à 200 m du sol mais qui flippe de se faire arrêter, Lou qui bien sûr va succomber au charme ténébreux de Jay, Samatha qui a par le
passé déjà succombé au charme ténébreux de Jay (enfin, si j'ai bien compris, car je dois avouer que j'ai un peu décroché à un moment...) ; seul émerge le personnage de Django, éternel optimiste,
qui entonne "Don't worry, be happy" dans le panier à salade.
Entre les deux, une journaliste envoyée par sa rédaction pour montrer que les protestataires ne sont que des casseurs et qui se radicalise en 24 h, et surtout un policier de la brigade
anti-émeute et sa compagne enceinte, qui, manque de bol et effet scénaristique pas du tout voyant, va perdre son (leur) bébé au cours d'une bavure des collègues de bureau du mari.
Pourtant, il y avait matière à construire un récit passionnant en restant centré sur les vrais sujets du film : comment parvenir à la convergence de luttes disparates, comment assurer des
opérations commandos en restant fidèles à ses principes non-violents, comment relayer à l'intérieur la contestation de la rue tout en rendant audible le discours de ONG ou des pays du
Tiers-Monde. En choisissant de personnaliser toutes ces contradictions, sans doute à des fins pédagogiques, Stuart Townsend a dilué la dimension fondamentalement collective de ce combat,
réduisant les manifestants à des marionnettes manipulés par quelques leaders.
La réalisation est à l'avenant : montage nerveux pour compenser la mollesse du scénario, direction de la photographie assurée par un disciple du Dogme, et une dramatisation excessive du moindre
événement ; ainsi, l'annonce de leur future libération est accueilli par les interpellés comme la rentrée dans l'atmosphère d'Appolo XIII dans la salle des opérations de Houston, ou comme
l'extermination du dernier alien d'"Independance Day".
L'émergence du mouvement altermondialiste a rarement été traité au cinéma, à plus forte raison américain. Mais un tel sujet méritait un traitement bien moins stéréotypé et un rtyhme beaucoup
moins mollasson, et on ne peut que regretter le gachis de cette occasion, à plus forte raison avec autant d'acteurs qui auraient pu servir un scénario autrement plus convaincant. Dommage !
Cluny
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