Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film israélien de Eran Riklis
Titre original : Lemon Tree
Interprètes : Hiam Abbass (Salma Zidane), Ali Suliman (Ziad Daoud), Rona Lipaz Michael (Mira Navon)

Durée : 1 h 46
Note : 5/10
En deux mots : Parabole molle sur le droit à la terre en Palestine ; les bons sentiments ne suffisent pas à faire un bon
film.
Le réalisateur : Né en 1954 à Jérusalem, Eran Riklis a été élevé aux Etats-Unis, au Canada et au Brésil ; il a étudié à la Beaconsfield National Film
School en Angleterre. Il réalise son premier film en 1984, "On a Clear Day You Can See Damascus". Il tourne ensuite "Final Cup" (1991), "Zohar" (1993), "Volcan
Junction" (1999), "Temptations" (2000) et "La Fiancée syrienne" (2005).
Le sujet : Quand le ministre israélien de la Défense et sa femme s'installent dans une colonie en Cisjordanie,
ils ont comme voisine immédiate Salma, une veuve palestinienne qui cultive des citronniers plantés par son père. Les services secrets décident de faire abattre ces arbres afin de protéger le
ministre et sa femme d'une attaque terroriste.
Salma décide de faire appel à un avocat palestinien pour tenter d'empêcher l'application de cette décision. Mira, l'épouse du ministre, désapprouve le traitement infligé à sa voisine, qui lui
révèle aussi combien son mari a changé et combien sa solitude si proche de celle de Salma est difficile à vivre.
La critique : Le précédent film d'Eran Riklis, "La Fiancée syrienne", traitait du même sujet : comment la raison d'état élaborée dans le conflit israelo-arabe amène
à prendre des décisions absurdes et injustes pour les habitants des deux camps. Ici, c'est la décision d'instaurer des colonies de peuplement en Cisjordanie, la nécessité pour un ministre de
montrer l'exemple et le hasard qui a placé le verger de Salma sous les fenêtres de Mira qui conduisent à cette injustice.
Comme l'explique un notable Palestinien à la pauvre Salma venue se plaindre dans un café rempli d'hommes qui se sont tu à l'entrée de cette femme, il y a des situations plus graves, celles des
familles des kamikazes dont les maisons sont rasées par exemple. Même son de cloche du côté de l'autorité militaire israélienne, comme le dit un officier en lui montrant la file d'attente :
"Ceux qui sont là ont de vrais problèmes, les vôtres sont dérisoires à côté".
Mais l'entêtement de Salma, et la parabole voulue par Eran Riklis, font de ce lopin de terre beaucoup plus qu'une affaire d'expropriation. D'ailleurs, quand Mira interpelle son ministre de mari
en lui disant "Elle défend sa terre, tu aurais fait quoi à sa place ?", il répond : "C'est l'histoire de ce pays". Ce micro-litige qui devient une affaire d'état suivie par la
presse internationale (un officiel norvégien vient assurer Salma du soutien de son pays, lui proposant en cas de problème, "d'appeler Oslo" !) permet de mettre en lumière les
contradictions de ce conflit : malgré la loi du plus fort imposée par Israel, ce pays reste une démocratie où même le ministre de la Défense doit se soumettre aux décisions de la Cour Suprême,
et les notables palestiniens sont plus soucieux de surveiller la moralité supposée de Salma, veuve depuis dix ans, plutôt que de la soutenir.
Malheureusement, l'action se disperse entre plusieurs histoires secondaires, comme la place envahissante que prend l'aguichante aide de camp du ministre, ou surtout l'idylle naissante entre Salma
et son avocat. Une fois posée la situation, le récit se perd dans la bataille procédurale, et malgré notre compassion pour Mme Zidane (elle a d'ailleurs affiché chez elle une photo de son
illustre homonyme, raison de plus pour nous la rendre sympathique !), l'intérêt s'effiloche progressivement, d'autant plus que la réalisation sans relief n'a rien pour nous surprendre.
La critique est assez enthousiaste devant le jeu d'Hiam Abbass ; pour ma part, je n'ai pas vraiment été emballé par sa prestation hiératique, et sans doute surtout par la façon engoncée de filmer
son visage à la Irène Papas. La performance de son alter ego israélienne, Rona Lipaz Michael, m'a semblé plus subtile pour montrer sa solitude parallèle à celle de sa voisine et la montée
progressive du doute devant les certitudes de son mari.
Dommage, j'aurais aimé aimer ce film écrit de même que "La Fiancée syrienne" par un réalisateur israélien et une scénariste palestinienne ; comme pour "La Visite de la Fanfare", une belle idée et de bons sentiments ne suffisent pourtant pas à remplir un film, et il y manque
la poésie légère et grave d'autres oeuvres israéliennes récentes, comme "Les Méduses" ou "The Bubble".
Cluny
Merci de nous faire partager ta cinéphile !
Si tu es déçu par ce film, va en voir un autre - ULZHAN (lire ma criqtie plus bas) - et merci de nous en faire une critique comme vous avez si bien le faire.
Je suis certaine que vous saurez donner envie de le voir même par ceux qui ne sont pas au courant de sa sortie.
Bien à vous
caphi
Ulzhan de Volker Schlöndorff (France, 1H45) avec Philippe Torreton, Ayanat Ksenbai, David Bennent.
Quelque part au milieu des steppes sans fin d’Asie Centrale se trouve un trésor. Un homme en a la clef, un fragment de carte antique. Dans sa quête sans répit, Charles ne cherche ni fortune ni gloire, seulement à sauver son âme.Ulzhan l’a compris dès qu’elle a posé les yeux sur lui…
Ma critique : Ce "horse-movie" suit le cheminement d'un professeur français en perdition / en recherche de sens (Philippe Torreton tout en retenue, c'est dire !) et ses rencontres avec des personnages bibliques à travers les steppes magnifiquement filmées de l'Asie Centrale.
Quelque peu ésotérique mais plein de surprises, l'oeuvre de Schlöndorff parle d'amour filial - et d'amour tout court -, de recherche spirituelle, de mondialisation, de notre terre souillée et de notre avenir. La recherche initiatique de cet "homme blessé" au prise avec les éléments dans les paysages désolés mais superbes du Kazakhstan sont aussi l'expression poétique et philosophique qui nous permettent de saisir l'immensité de notre tâche d'humains !
3 salles seulement à Paris !
Face à la "Clooney-connection" (avec le sortie simultanée de "Jeux de dupes"), le bouche-à-oreille permettra-t-il à ce film, comme on dit, "de rencontrer son public".
Ne lisez pas les critiques avant : faites confiance à votre instinct et votre curiosité ! Courez voir ULZHAN : vous en ressortirez transformé(e) !
caphi
http://paris-caphi.blogspot.com (les Paris de caphi)