Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film mongol de Sergei Bodrov
Interprètes : Tadanobu Asano (Temudgin), Jonglei Sun (Jamukha), Khulan Chuulun (Borte)
Durée : 2 h 04
Note : 6/10
En deux mots : Dans cette production multinationale sur le modèle américain, seuls les paysages (superbes) sont
mongols.
Le réalisateur : Né en 1948 à Khabarovsk, Sergei Bodrov a suivi les cours de scénario à la VGIK, première école de cinéma de Russie. Il réalise
son premier film en 1984. En 1996, "Le Prisonnier du Caucase" est nommé aux Oscars et aux Golden Globes. Plusieurs de ses autres films ont été distribués en Europe : "Crinière au
vent, une âme indomptable" (1999), "The Quickie" (2001), "Le Baiser de l'Ours" (2002) ou "Nomad" (2004).
Le sujet : Le père de Temudgin conduit son fils de 9 ans choisir sa future épouse, Borte. En revenant, il est
empoisonné, et sa femme et ses enfants sont chassés par Targutai qui se proclame Khan. Targutai ne peut tuer Temudgin vu son jeune âge, mais il le pourchasse jusqu'à ce qu'il ait l'âge. Dans sa
fuite, Temudgin rencontre Jamukha qui l'accueille et le protège, et ils décident de devenir frères de sang.
Devenu adulte, Temudgin va chercher Borte, et il vient la présenter à sa mère. Mais il est attaqué par une tribu rivale, les Mekis, qui le blesse et enlève Borte. Temudgin va alors chercher
Jamukha devenu Khan pour lui demander de l'aider à attaquer les Mekis pour récupérer son épouse.
La critique : Plusieurs de mes amis m'ont dit ne pas avoir été étonnés de savoir que j'allais voir "Mongol", vu mon goût pour les cinémas exotiques, et certes, le
fait de rajouter une cinématographie nationale dans ces critiques comptait dans les principales motivations pour découvrir ce film nommé aux oscars du meilleur film étranger (finalement remporté
par "Les Faussaires").
De l'authenticité mongole, il y en avait sans doute plus dans "Le Mariage de Tuya" malgré la nationalité
chinoise du réalisateur, que dans cette coproduction germano-russo-khazakho-mongole, et dont l'acteur chargé d'incarner le futur Gengis Khan est bizarrement japonais (remarquez, ça compose la nationalité chinoise des actrices de "Mémoire d'une Geisha"!). En
effet, si les splendides décors suggèrent indubitablement les hauts plateaux de la Mongolie (même si le film a été tourné en réalité au Kazakhstan et en Chine occidentale), le reste évoque
surtout les super-productions sur le modèle hollywoodien : scénario classique sur le modèle "la résisitible ascencion de...", chronologie déstructurée juste ce qu'il faut, mouvements de
caméra vertigineux, et bastons clipesques avec tout plein d'hémoglobine qui gicle au ralenti.
Le début de "Mongol" annonce bien la couleur : un long traveling aérien au-dessus d'une cité impeccablement reconstituée en images de syhntèse, qui finit par pénétrer entre les barreaux
de la cellule de Temudgin, dont le visage émerge de l'obscurité tel le masque d'Agamemnon. Puis un plan large, fixe, de la steppe mongole, avec les silhouettes à contre jour de cavaliers au
galop, réminiscence de "La Cavalerie Rouge" de Malevitch. Une maîtrise du mouvement, une photographie soignée, et un sens de la composition constituent en effet les principales qualités
du film, avec comme revers négatif une musique zapoum-zapoum envahissante, et un abus des facilités offertes par le numérique dans une surrenchère du type "Seigneur des Anneaux".
Les passages les plus réussis se trouvent plutôt dans la première partie, qui porte sur l'enfance et l'adolescence de Temudgin, et où Sergeï Bodrov décline les saisons un peu comme dans
"Jeremiah Jonhson" pour raconter l'errance initiatique du futur maître d'un demi-monde. Le personnage de Borte, qu'il rencontre à neuf ans et qui lui demande de la choisir, introduit une
note romanesque dans une épopée pour le moins virile, et permet quelques scènes buccolico-familiales avec la ravissante Khulan Chuulun.
Cinématographiquement dans la norme U.S., "Mongol" se veut aussi politiquement correct, avec un Temudgin qui s'impose au milieu de l'anarchie ambiante et de l'obscurantisme par son
sens de la justice, sa reconnaissance du droit des femmes et un rationnalisme prémonitoire. Quand il proclame "Les Mongols ont besoin de lois ; je les leur donnerai, même si je dois tuer la
moitié d'entre eux", on ne peut s'empêcher de penser qu'appliquée à l'Irak, cette profession de foi aurait pu être signé de George W. Bush...
Moins dépaysant qu'attendu, "Mongol" n'en est pas moins une honnête super production, un aimable mélange de western et d'heroïc fantasy paradoxalement un peu languissant qui peut se
laisser voir dans une distribution aussi déserte que la steppe mongole.
Cluny