Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Robert Guédiguian
Interprètes : Ariane Ascaride (Muriel), Jean-Pierre Darroussin (François), Gérard Meylan (René)

Durée : 1 h 42
Note : 4/10
En deux mots : De retour à Marseille, Guédiguian nous pond un polar psychologique prétentieux et mou du
genou.
Le réalisateur : Né en 1953 à Marseille, Robert Guédiguian a grandi dans le quartier populaire de l'Estaque. Après des
études de sociologie (il a écrit une thèse sur la perception de l'Etat dans le milieu ouvrier), il suit sa compagne Ariane Ascaride à Paris, où il devient scénariste. Il réalise son premier
film en 1980, "Dernier Eté", déjà avec Gérard Meylan et Ariane Ascaride, qui tourneront 14 films avec lui, rejoint par Jean-Pierre Darroussin sur 12 films.
Suivent "Rouge Midi" (1983), "Ki lo sa ?" (1985), "Dieu vomit les Tièdes" (1989), "A l'Amour à la Mort" (1995), "Marius et Jeannette" (1997), "A
la place du Coeur" (1998), "A l'attaque !" (2000), "La Ville est tranquille" (2001), "Marie-Jo et ses deux Amours" (2002), "Le Promeneur du Champ de Mars"
(2005) et "Voyage en Arménie" (2006).
Le sujet : Ancienne braqueuse, Muriel possède un magasin de luxe à Aix. Quand son fils Martin est enlevé et qu'on lui
demande une rançon, elle fait appel à ses deux complices d'autrefois, François et René, qu'elle avait perdu de vue après qu'elle ait exécuté un bijoutier lors d'un braquage dans un parking. Ils
réunissent la somme demandée, mais lors de la remise de la rançon, Martin est abattu sous les yeux de sa mère.
Elle demande à ses deux amis de ne plus la voir, et absorbent des barbituriques dans sa boutique. Mais elle est sauvée, un homme ayant appelé les secours avec le portable de son fils. Comprenant
qu'elle ne trouvera pas de répit tant qu'elle n'aura pas retrouvé l'assassin de son fils, François et René se lancent sur sa piste...
La critique : "Lady Jane", c'est à la fois le surnom que son père donnait à Muriel en référence à la chanson de 1966 des Stones, le tatouage gravé sur son
avant-bras qu'elle présenta à sa victime avant de l'exécuter froidement, et le nom de la boutique de luxe qu'elle a ouvert à Aix avec l'argent de ses braquages quand elle s'est retirée des
affaires.
La première image de ses années de banditisme, c'est celle de son rêve qui ouvre le film, où avec François et René, tous trois dissimulés sous des masques de Jean Marais dans "Le
Bossu", ils distribuent des manteaux de fourrures aux ouvrières de l'Estaque. On nous présente donc les trois compères comme de sympathiques Robin des Bois, pratiquant la redistribution
des richesses, et coulant une pré-retraite bien méritée entre Aix et les calenques.
Pourtant, le kidnapping de Martin ne semble pas dû au hasard, puisque le ravisseur envoie à Muriel un texto où il lui suggère d'attaquer une bijouterie pour compléter le montant de la rançon.
Tout le début du film est d'ailleurs très bien réalisé, avec une utilisation intelligente du téléphone portable, le dialogue avec le ravisseur dont on n'entend que les répliques de Muriel, le MMS
montrant Martin avec un pistolet sous la gorge, le bouleversement qui se lit sur le visage de sa mère souligné par la musique classique diffusée dans le magasin : une grande simplicité narrative,
permettant en quelques plans de comprendre à la fois la situation et les émotions vécues par Muriel.
Las, cette simplicité ne dure pas, et cède très vite la place à une intrigue sinueuse et paresseuse, à une narration pesante, à une réalisation très seventies (les zooms sur les visages de
Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride, c'est carrément un voyage dans le temps !), et à un propos philosophique filandreux. Dans ce naufrage, la complicité du trio et de leur réalisateur
fétiche ne se fait pas sentir, au contraire. Moi qui ai été enthousiasmé il y a quelques mois par la performance d'Ariane Ascaride dans "La Maman Bohême suivi de Médée" de Dario Fo au
théâtre de la Commune, j'ai eu du mal à la reconnaître dans cet autre rôle de mère tragique où son jeu se limite à une crispation de mâchoires permanente.
Gérard Meylan est tout aussi inexpressif (sur l'affiche, je l'avais confondu de loin avec le Professeur Rogue !), et Jean-Pierre Darroussin semble frappé de bipolarisme, oscillant
constamment entre l'exaltation et la déception amoureuse. Les personnages sont encombrés de traits de caractère caricaturaux et prévisibles, et le tout est baigné, particulièrement sur la fin, de
dialogues du genre "A quoi ça sert de vivre ?".
Etrangement, même si on reconnaît ça et là quelques arrière-plans marseillais ou aixois comme la Sainte-Victoire ou la Place des 3 Ormeaux, la spécificité phocéenne si prégnante dans la plupart
des autres films de Guédiguian ne se fait pas particulièrement sentir ; "Lady Jane" aurait été tourné à Bordeaux ou à Strasbourg que cela n'aurait pas changé grand chose. Dans un genre
et un registre où on le sent mal à l'aise, après des escapades parisiennes et arméniennes plutôt réussies, Robert Guédiguian a clairement raté son retour à Marseille. Un coup pour du beurre ?
Cluny
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