Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film philippin de Brillante Mendoza
Titre original : Foster Child
Interprètes : Cherry Pie Picache (Thelma), Eugen Domingo (Bianca), Kier Alonzo (John John)

Durée : 1 h 38
Note : 6,5/10
En deux mots : "Adieu Philippines", la dernière journée d'un enfant dans sa famille adoptive, filmée comme un documentaire ; Un peu
lent, mais parfois poignant sans jamais tomber dans le mélo.
Le réalisateur : Né en 1960 à San Fernando, dans la province de Pampanga aux Philippines, Brillante Mendoza a suivi des études artistiques à Manille.
Il commence sa carrière comme designer pour le cinéma, la télévision et le théâtre. Il a réalisé de nombreuses publicités, avant de tourner son premier film en 2005,
"Masahista".
Le sujet : Dans les bidonvilles de Manille, Thelma est chargée par un service social d'élever des enfants abandonnés jusqu'à leur adoption
officielle. Ainsi, avec son mari et ses deux grands fils, elle s'occupe depuis 3 ans de John John qui va être adopté par un couple d'Américains, les Stewart.
La critique : Le plan d'ouverture se compose d'un lent panoramique partant des gratte-ciels de Manille, puis s'arrête sur un plan fixe tremblotant sur le ciel bleu pendant que défile le
générique, puis un panoramique vertical dévoile le bidonville où vit la famille d'accueil de John John. Cette première scène résume un des aspects essentiels du film : la violence de l'opposition
entre la très grande richesse de la nouvelle ville et la très grande pauvreté des quartiers où vivent John John et sa famille adoptive.
En effet, aux Philippines, les services sociaux préfèrent confier les enfants à des nourrices de ces quartiers, car là elles savent qu'elles peuvent compter sur des vies de familles qu'elles ne
trouvent plus dans les quartiers aisées où les deux parents travaillent. Pourtant, ce qui frappe d'emblée dans "John John", c'est l'absence de misérabilisme. Dans l'enchevêtrement
de leur masure, Thelma et les siens ont su aménager une vraie maison, avec télé, photos de famille et rideaux ; même si la douche se fait dans une bassine, tout le monde porte du linge propre,
mange à sa faim, et peut compter sur la solidarité des voisins.
Brillante Mendoza se dit très influencé par le cinéma-vérité : "Je souhaitais que la caméra adopte le point de vue d'une personne étrangère aux évènement qui se déroulent, comme s'il
s'agissait d'un observateur extérieur." Il filme donc en longs plans séquences, à la suite de ses personnages dans le dédale des ruelles du bidonville, un peu comme Naomi Kawase dans
"Shara". La caméra portée se glisse dans le peu d'espace, avec une alternance de plans rapprochés et de plans d'ensemble. Le parti pris de captation de cette exiguité est à l'opposé de
celui de Wong Kar Wai dans les couloirs de Mr Koo : pas de montage interne, pas de savants découpages de l'image, mais une volonté de subir cet environnement, quitte à ce que l'image soit
brutalement surexposée quand le personnage émerge du labyrinthe.
Pas ou presque pas de musique, un son pris à la volée pour renforcer l'impression documentaire. Ce dépouillement un peu trop systématique peut lasser, comme cette séquence où le fils de Thelma
prépare à manger, sans aucune ellipse, de l'ouverture malhabile de la boîte de conserve jusqu'à la cuisson des pâtes. Cette façon de filmer dans la continuité s'avère plus intéressante
quand Thelma et Bianca l'assistante sociale arrivent dans les couloirs de l'hôtel de luxe où résident les parents adoptifs. Brillante Mendoza n'avait pas expliqué à l'actrice qui jouait
Thelma où elle devait aller, et ses déplacements réellement erratiques soulignent le choc que représente pour elle un tel étalage de richesse, choc qui atteindra son paroxysme dans la scène de la
douche.
Plein de tendresse pour ses personnages, "John John" ne juge pas, ne professe aucune doctrine ; il met en scène des gens positifs, tant du côté des nourrices et de leurs encadrantes que
du côté des adoptants, même si ceux-ci sont un peu maladroits dans leur jovialité. Il réussit simplement à rendre crédible l'émotion de Thelma, sans recourir au pathos ni aux facilités de mise en
scène. Malgré ses longueurs et quelques digressions inutiles, ce film très réfléchi nous permet d'espérer un retour du cinéma phlippin absent des écrans occidentaux depuis la disparition de Lino
Brocka.
Cluny
étant également allés voir ce film et afin d'enrichir notre chronique cinéphile, nous nous sommes permis de faire un lien vers votre page. Bravo pour la qualité de vos critiques.
cordialement
Stef et Mapi