Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Dany Boon
Interprètes : Kad Merad (Philippe Abrams), Dany Boon (Antoine Bailleuil), Zoe Félix (Julie Abrams), Line Renaud (Mme Bailleuil)

Durée : 1 h 46
Note : 7/10
En deux mots : Pagnolade inversée, sympathique et efficace comme un Francis Veber.
Le réalisateur : Né à Armentières en 1966, Daniel Hamidou commence à présenter des sketchs dans le Nord, puis à Paris. Il se produit pendant dix ans
sur scène avant de débuter au cinéma, dans des comédies comme "Le Déménagement" ou "Bimboland". Son rôle dans "Joyeux Noël" dans un registre différent lui vaut sa
première nomination au césars. En 2006, il réalise son premier film, "La Maison du Bonheur".
Le sujet : Philippe Abrams dirige une poste à Salon-de-Provence. Il cherche à se faire muter sur la Côte-d'Azur pour faire plaisir à sa femme, et
pour cela, il cherche à se faire passer pour un handicapé. Démasqué, il se voit infliger comme sanction une mutation à Bergues, dans le Nord. Il laisse sa femme dans le sud, et monte prendre son
nouveau poste avec la plus grande appréhension.
Accueilli le soir et sous une pluie battante par le postier Antoine Bailleuil, il découvre progressivement les us et coutumes des gens du Nord, ainsi que le parler ch'timi.
La critique : Je suis allé voir "Bienvenue chez les Ch'tis" en me demandant si ce film allait échapper à la malédiction de la bande-annonce des comédies à la
française, qui veut que les seuls et uniques passages drôles du film y soient dévoilés. Mon inquiétude reposait aussi sur la minceur du pitch (un sudiste terrorisé par
le Nord découvre que les gens de là-bas ont dans le coeur le bleu qu'ils n'ont pas dans leur ciel) et la difficulté à tenir la distance avec un argument aussi léger.
Inquiétude doublement levée : il y de nombreux autres passages très drôles, comme l'apparition à la Brando de Michel Galabru qui explique à Kad ce qu'est le Nord et les cheutimis, et qui
termine sa péroraison par "Et quand tu croiras avoir tout compris, tu apprendras que serpillère se dit wassingue", ou le coaching très particulier de Kad qui accompagne Dany Boon dans sa
tournée pour lui apprendre à résister à la convivialité des usagers.
Certes, l'intrigue brille par sa simplicité, et on ne peut pas dire qu'on aille de surprise en surprise, d'autant qu'à la suite de Kad trimballé par ses guides, nous avons le droit à tous les
clichés du Nord : Brel, le R.C. Lens, le carillon du beffroi, le maroilles, le vieux Lille... Seulement, on sent que Dany Boon a travaillé au côté de Francis Veber, au théâtre dans "Le Dîner
de Cons" et au cinéma dans "La Doublure", et il le cite d'ailleurs comme référence. On retrouve en effet le
même sens de la mécanique du gag, de l'enchaînement et du rythme que chez le père de François Pignon. On retrouve d'ailleurs aussi la même gentillesse un peu niaise et très vite on devine que
tout cela se terminera bien, dans une grande communion interrégionale.
Mais cet aspect lisse, ce manque d'aspérités se font oublier tant la tendresse que porte Dany Boon pour sa région natale est communicative, portée par sa troupe d'acteurs du cru, dont sa
compatriote d'Armentières Line Renaud, Philippe Duquesne (ex Deschiens) ou Guy Lecluyse.
Peut-être était-ce parce que ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film dans une salle pleine et que le rire est contagieux, mais toujours est-il que ça faisait aussi longtemps que
je n'avais pas autant ri à une comédie made in France, Film populaire à l'ancienne, "Bienvenue chez les Ch'tis" après son triomphe dans le Nord (500 000 spectateurs en une semaine) est
bien parti pour être un des succés de ce début 2008, mille fois plus mérité que celui d"Astérix aux Jeux
Olympiques".
Cluny