Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français d'Isabelle Doval
Interprètes : Anne Brochet (Emma), Jean Senejou (Maxime), Martin Jobert (Esteban), Angela Molina (Louna)

Durée : 1 h 28
Note : 5/10
En deux mots : Comédie diesel, qui met beaucoup de temps à démarrer, desservi par un casting inégal.
La réalisatrice : Née à Tunis, Isabelle Doval commence sa carrière d'actrice au théâtre avec Jérome Savary pour "Le Bougeois
Gentilhomme" et "Cabaret", ou Thierry Godefry pour "Cotton Club". Elle apparaît au cinéma sous le nom d'Isabelle Dinelli dans "Le plus beau Métier du monde" (1996),
"Comme une bête" (1998) ou "La Vérité si je mens 2" (2001). En 2003, elle réalise son premier film, "Rire et Châtiment" où elle met en scène son mari, José
Garcia.
Le sujet : Maxime, 13 ans, vit avec sa mère avocate, Emma ; son père est mort dix ans auparavant et sa mère n'a jamais réussi à refaire sa vie.
Elle est très prise par son travail, et Maxime est tout le temps fourré chez leurs voisins, les Marquès, dont le fils Esteban est devenu son meilleur ami. Quand il apprend que les Marquès vont
déménager pour retourner en Espagne, il refuse de perdre Esteban, et se dit que la seule façon d'empêcher son départ est de l'inscrire à un casting pour une comédie musicale.
La critique : Pendant les longs moments d'ennui que j'ai traversés dans la première moitié du film, je me demandais ce qui faisait qu'on entre ou non dans un film, et
combien les premières minutes sont déterminantes pour se faire une opinion. Est-ce le scénario, les dialogues, le jeu d'acteur ? Concernant "Un Château en Espagne", je n'avais que le
choix de l'embarras, puisqu'il s'agissait d'un peu de tout ça.
Première scène : pique-nique champêtre d'une tribu espagnole en France avec, forcément, corrida pour les garçons, foot pour les hommes, et guitare flamenco pour tout le monde. Puis quelques
scènes d'exposition pour comprendre la situation : Maxime souffre du deuil impossible du père et d'une mère absente, et a trouvé une famille de substitution chez ses ibériques
voisins. Ajoutons à cela des dialogues qui sonne ultra-faux, et un jeu tout en cabotinage des deux garçons qui occupent l'écran les 75% du temps. La mise en scène ne relève pas l'ensemble,
se limitant à un abus de la faible profondeur de champ et à des travelings latéraux en va-et-vient fatigants.
Déception donc par rapport à l'attente que je pouvais avoir suite au premier film plutôt réussi d'Isabelle Doval, "Rire et Châtiment", même si je commençais à me faire la remarque que
les reproches que je peux faire à "Un Château en Espagne" (personnages outranciers, situations caricaturales, enfilage de clichés) étaient en germe dans le film précédent, simplement
dissimulés sous l'abattage de José Garcia (Son imitation de Joe Dassin ou son histoire de l'ours bleu du Canada, ce n'était pas du Lubitsch, mais qu'est-ce qu'on se marrait !).
Et puis, imperceptiblement, les défauts s'estompent, à moins qu'on s'y habitue, et certaines scènes retrouvent l'efficacité de "Rire et Châtiment", comme la leçon de morale d'Emma qui
s'emberlificote dans la dénomination des habitants du Burkina, ou la discussion de la même Emma avec les parents d'Esteban qui se termine en plaidoirie avec effets de manches et trémolos sous
leurs yeux hallucinés.
Le petit complot de Maxime donne enfin du rythme au récit, et la fin rompt avec les clichés, tant sur la forme que sur le fond. Ouuvre mineure digne d'un téléfilm de TF1, "Un Château en
Espagne" se rachète tardivement en laissant entrevoir la comédie légèrement décalée qu'elle aurait pu être.
Cluny