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Lundi 18 février 2008

Film français de Cédric Klapisch

Interprètes : Romain Duris (Pierre), Juliette Binoche (Elise), Fabrice Luchini (Roland), Mélanie Laurent (Laetitia), Albert Dupontel (Jean), Karin Viard (La boulangère), François Cluzet (Philippe)

Paris-K.jpg

Durée :
 2 h 10

Note :
  6/10

En deux mots
: Film choral souvent dissonnant, avec quelques airs plus enjoués.

Le réalisateur :
Né en 1961 à Neuilly, Cédric Klapisch fait une maîtrise de cinéma à Paris et un Master of fine Arts à New York. Il réalise plusieurs courts métrages, dont un faux documentaire sur Jules Marey, "Ce qui me meut", qui donnera le nom à sa maison de production. En 1991, il tourne son premier long métrages, "Riens du tout", avec Fabrice Luchini et Karin Viard. En 1995, il toune dans le cadre de la série d'Arte, Les Années Lycée, "Le Péril Jeune", première collaboration avec Romain Duris.

En 1996, il réalise "Chacun cherche son Chat", puis l'adaptation de la pièce d'Agnès Jaoui "Un Air de Famille", puis un film d'anticipation avec Jean-Paul Belmondo, "Peut-être". "L'Auberge espagnole" (2002), sur un groupe d'étudiant Erasmus à Barcelone, et sa suite "Les Poupées russes" rencontrent un grand succès.

Le sujet :
Pierre vient d'apprendre qu'il souffre d'une maladie de coeur, et que seul la greffe peut lui laisser 50 % de chance de  survie. Elise, sa soeur aînée, mère de trois enfants et célibataire, décide de venir s'occuper de lui. Roland, professeur d'histoire à l'Université, vient d'enterrer son père avec son frère cadet Philippe, d'accepter de tourner un film de vulgarisation sur l'histoire de Paris, et de succomber au charme d'une de ses étudiantes, Laetitia.

Au marché, Elise croise Jean, le poissonnier qui se remet mal de sa séparation avec Caroline, d'autant plus que le marchand de fruits, Franky, tourne autour d'elle. Quant à la boulangère, elle accable ses apprenties...

La critique : Un casting trois étoiles avec un savant mélange d'habitués de la troupe Klapisch (Duris, Luchini, Soualem) et de petits nouveaux (Binoche, Dupontel, Cluzet, Laurent), un retour au pays dans le Paris de Doisneau, voilà qui laissait espérer un nouveau film populaire de qualité comme "Un Air de Famille" ou "L'Auberge espagnole". Malheureusement, Cedric Klapisch rate son "Paris", et au lieu d'un Altman (il cite "Short Cuts" comme source d'inspiration), il nous sert plutôt un Lelouch de la mauvaise période.

Le problème du film choral, c'est que pour éviter le piège du film à sketchs, il faut un fil rouge convaincant et une unité de ton suffisante pour permettre des transitions en douceur. Or, ici, il n'y a ni l'un ni l'autre. L'histoire principale rappellera quelque chose à ceux qui ont vu "Le temps qui reste", de François Ozon : un homme encore jeune apprend qu'il risque de mourir, et il pose alors un regard nouveau sur ce qui l'environne. La gouaille insolente qu'ont mis en exergue Klapisch, Audiard ou Gatlif semble ici éteinte, et Romain Duris joue ce personnage dans le registre du pathos, là où Melville Poupaud faisait passer l'émotion dans la retenue et le silence. 

L'autre écueil que n'a pas su éviter Klapisch se situe dans la disparité artificielle des groupes de personnages qui transforme définitivement "Paris" en une suite décousue de séquences, et dont le zapping permanent finit par perdre le spectateur. Il y a donc des histoires et/ou des personnages qui fonctionnent, comme celui d'Elise, remarquablement incarné par Juliette Binoche, qui en se dévouant pour son frère retrouve un sens à son existence en roue libre, ou celui de Roland sur qui tombe la chappe de la dépression alors qu'il est touché par le démon de midi.

D'autres intrigues ne prennent absolument pas, comme celle de la bande du marché, caricaturale et pesante, à l'image de la scène du restaurant où Gilles Lellouche fait faire la brouette à Julie Ferrier contre sa volonté, ou celle des mannequins qui viennent s'encanailler à Rungis ; Albert Dupontel semble perdu dans ce personnage à l'eau de rose, avec juste une réplique à la hauteur de son talent : à la bombe qui lui dit en découvrant Rungis "C'est fascinant, tous ces fruits, pour moi qui fais mes courses sur internet", il lâche : "Ce qui est fascinant, c'est de faire ses courses sur internet..."

Dans ce patchwork inégal, il y a heureusement quelques bons moments : le personnage de la boulangère xénophobe et moralisatrice jouée par une Karin Viard formidablement odieuse, le streap-tease de Juliette Binoche sur "Sway-Quien sera" chanté par Rosemary Clooney, la première séance de Luchini chez son psy joué par Maurice Bénichou, et surtout le rêve de François Cluzet traumatisé par ce que vient de lui dire son frère, et qui se retrouve en pyjama et en casque de chantier dans l'animation en 3 D qu'il a créée pour vendre ses immeubles.

C'est cette distance amusée, celle qui faisait apparaître un deuxième Duris jouant du pipeau quand il baratinait son banquier dans "Les Poupées russes", qui manque à ce film trop compassé, à limite du prétentieux. A trop vouloir dire (la crise de la quarantaine, les sans-papiers, les SDF, les non-dits familiaux...), Cédric Klapisch a perdu son sens de la narration et dilué son savoir-faire dans une construction artificielle qui traîne en longueur.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008 communauté : Cinéma
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Commentaires

Bonjour !
On ne le dit pas de la même manière, mais je pense qu'on a pensé à peu près la même chose de ce film !
Si tu veux venir faire un petit tour sur mon blog : c'est entrée libre, tu es le bienvenu !
Bisous,
Pénélope.
commentaire n° : 1 posté par : Pénélope (site web) le: 23/02/2008 00:13:01
Je te trouve trop sévère avec Paris, Cluny ! Oui, ily a des longueurs, oui la séquence des mannequins venues se taper de la chair fraîche à Rungis est de trop, oui, cela manque parfois un peu de lien mais il y a une jouissance des acteurs (tous, vraiment tous super) qui se transmet aux spectateurs. Alors oui, c'est peut-être un peu artificiel mais quand même, quel pied !
commentaire n° : 2 posté par : Brigtal le: 27/02/2008 21:35:21
Bah moi je te trouve presque un peu trop gentil, lol...
commentaire n° : 3 posté par : Benjamin F (site web) le: 03/03/2008 17:49:52
Bonjour,

Le film de Cédric Klapisch est assez sympatique mais souffre de longueurs et de personnages secondaires peu travaillés (celui de François Cluzet, transparent, ou celui de Mélanie Laurent, raté). Heureusement, il reste Juliette Binoche, brillante dans ce film, ou encore Karin Viard, exquise.

Pour un tas de raisons, le film de Klapisch, qui se veut un patchwork hétéroclite de Paris, est trop brouillon et nous laisse un peu trop sur notre faim.

Trop gentillet pour être une critique sociale efficace, trop sobre pour être une fable poétique, le film ne parvient pas à être davantage qu'un divertissement honnête mais manquant de profondeur. Klapisch le contestataire m'avait plus convaincu avec "Le Péril Jeune", Jeunet le rêveur m'a plus touché avec "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain".

J'en attendais peut-être trop, c'est dommage.

Amicalement,

Shin.
commentaire n° : 4 posté par : Shin (site web) le: 04/03/2008 19:33:01

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