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Lundi 4 février 2008

Film américano-canadien de Jason Reitman 

Interprètes :
Ellen Page (Juno McGuff), Jason Bateman (Mark), Jennifer Garner (Vanessa), Olivia Thirlby (Leah)

Juno.jpg

Durée :
 1 h 31

Note :
7,5/10

En deux mots
: Comédie maligne portée par une Ellen Page éblouissante.

Le réalisateur :
Né en 1977, Jason Reitman est le fils d'Ivan Reitman, le réalisateur canadien de "Ghostbuster" et "Un flic à la maternelle". Son court-métrage "In God We trust" remporte des prix dans de nombreux festivals. Son premier long métrage, "Thank you for Smoking" a obtenu en 2006 un bon accueil de la critique.
 
Le sujet : Junebug McGuff, 16 ans et 1,55 m, vit avec son père ex-militaire présentement chauffagiste, sa belle-mère et sa petite soeur, Liberty Bell. Venue voir "Le Projet Blair Witch" chez Paulie Bleeker, un camarade de classe coureur de demi-fond introverti, elle devient selon le vocabulaire de ses profs, "sexuellement active". Quand elle découvre qu'elle est enceinte, elle veut d'abord avorter, avant de se raviser et de décider de trouver des parents adoptifs pour son enfant à naître.
Aidée de son père et de sa copine Leah, elle rencontre Vanessa et Mark, un couple aisé qui n'arrive pas à avoir un enfant. Juno, qui a découvert que Mark partage avec elle les mêmes goûts musicaux, lui rend souvent visite alors que son ventre s'arrondit... 

La critique : Le film d'adolescents nord-américain (ici, le Canada anglophone, Dancing Elk oblige) représente un genre typique du cinéma et des séries télé du Nouveau Monde : longs couloirs bordés de casiers, frime des gars de l'équipe de foot US, cheerleaders, et permis à 16 ans. Ici, on retrouve tous ces ingrédients, sauf qu'ils ne servent que de toile de fond à l'intrigue, et que la gamine qui remonte le flot de élèves à contre-courant exhibe un ventre proéminent.

Chez Juno, rien n'est vraiment comme chez les autres : son téléphone-hamburger, le nom de sa guitare ("Roosvelt, pas Ted, Franklin, le cool avec la polio"), sa datation de l'apogée du rock ("1977, Punk is dead") et ce qu'elle retient de ses cours ("Les profs de S.V.T. nous disent que la grossesse se solde souvent par un enfant"). 

Elle est juste différente, y compris des ados rebelles ; son choix de garder l'enfant, n'est pas dû à une longue réflexion éthique ou à un souci de se conformer à un ordre moral, mais à l'image que lui souffle une camarade asiatique qui tient toute seule un piquet anti-IVG devant le Planning Familial : le foetus a des ongles.

Pourtant, cette grossesse est visiblement ce qu'il pouvait lui arriver de pire, au moins aux yeux de ses parents qui confessent après qu'elle leur ait annoncé la nouvelle : "J'espérais qu'elle avait été renvoyé ou qu'elle se droguait". Quand elle voit apparaître la petite croix rose sur le test de grossesse, son réflexe est de le secouer, comme s'il s'agissait d'une ardoise magique. Mais à partir du moment où elle a fait son choix, elle l'assume envers et contre tous, même si elle peut compter sur un père compréhensif et une copine complice.

C'est peu dire que tout l'édifice du film repose sur les frêles épaules d'Ellen Page. Cette actrice canadienne de 20 ans, révélée dans "Hard Candy" où elle castrait un prédateur sur internet, réussit à se faire passer pour une ado de 16 ans qui en paraît 14. Tour à tour provocatrice, enfantine et terriblement mature, elle égrène de sa voix grave des perles qui font de la page Memorable Quotes d'IMDB une des plus longues de ces dernières années. Marion, te voilà prévenue, il y a de la concurrence...

Mais la réussite du film vient aussi d'un scénario très habilement construit, qui réserve un certain nombre de surprises - même si la fin semble un peu plus prévisible et pour tout dire un peu décevante par rapport au reste de l'intrigue. Et puis Jason Reitman confirme ce qu'il laissait entrevoir dans "Thank You for Smoking", avec une réalisation très maîtrisée : un découpage par saisons, introduit par une scène où un peloton de coureur aux couleurs du collège traverse invariablement le cadre, et une utilsation des couleurs dominantes de chacune des saisons ; un jeu sur la profondeur de champ qui permet d'isoler ce qu'il veut souligner ; sa façon de suggérer par l'image, comme ce traveling où on surplombe la capuche de Juno, petit Chaperon Rouge moderne ; et une intégration de la musique dans le récit qui évite la redondance contrairement à la plupart des films récents.

Moins caustique qu'"American Beauty", moins déjanté que "Little Miss Sunshine", "Juno" réussira sans doute à plaire aussi bien à un public populaire qu'à des spectateurs plus cinéphiles, et après tout, ce ne sera que justice.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008
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Commentaires

Ce film me fait de plus en plus envie, il va falloir que je me décide à aller le voir! Ton commentaire me conforte dans cette idée =)
commentaire n° : 1 posté par : Florence (site web) le: 20/02/2008 17:31:59

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