Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Sean Penn
Interprètes : Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (La mère), William Hurt (Le père), Catherine Keener (Jan)

Durée : 2 h 27
Note : 6/10
En deux mots : "Seul au Monde " dans les paysages de "Jeremiah Johnson". Beau, mais bien long.
Le réalisateur : Né en 1960 à Santa Monica du réalisateur Leo Penn et de l'actrice Eileen Ryan, Sean Penn apprend la comédie au Group Repertory
Theatre de Los Angeles. Il joue dans "Taps" d'Harold Becker en 1980, puis dans de nombreux film, dont "Outrages", "La dernière Marche", "U-Turn", "The
Game", "La Ligne rouge", "Mystic River", "L'Interprète", "21 grammes" ou "The Assassination of Richard Nixon".
En 1991, il réalise son premier film, "Indian Runner". Suivront "Crossing Guard" (1995), "The Pledge" (2001) et un court-métrage dans "11'09"01 : September
11".
En 2008, il présidera le jury du 61° Festival de Cannes.
Le sujet : Tout juste diplômé à 22 ans, Christopher McCandless fait don à Oxfam des 24 000 $ de sa bourse d'étude, et part sur la route avec sa vieille Datsun. Après avoir
perdu sa voiture dans la crue du Detrital Walsh, il continue à pied, sous le pseudonyme d'Alex Supertramp, vivant des ressources de la nature, faisant ici et là des petits boulots, rencontrant
des personnages étonnants.
Structuré par son propre code moral, il rejette l'hypocrisie familiale et refuse de donner de ses nouvelles à ses parents. Au bout de deux ans d'errance, il décide d'aller au but ultime de son
voyage, en pleine nature en Alaska.
La critique : Le scénario du film s'est grandement inspiré du livre de Jon Krakauer, "Voyage au bout de la Solitude", qui racontait l'histoire vraie de Christopher
McCandless. Sean Penn avait acheté le livre par hasard, et s'était immédiatement dit qu'il l'adapterait au cinéma, pensant d'abord à Leonardo DiCaprio pour le rôle principal.
"Sans cesser d'aimer l'homme, j'adore la nature" : ces quelques mots de Lord Byron ouvre ce film très littéraire, à l'instar de Chris/Alex, qui lit Tolstoï, Thoreau et Jack London. S'il
n'est effectivement pas totalement misanthrope, Alex semble avoir fait sienne la phrase de Gide "Famille, je vous hais". Reprochant à son père d'avoir abandonné son demi-frère, à sa mère
de s'être tue par souci de respectabilité, il rejette la voie toute tracée qui l'attend, faite de compromissions et de renoncements. Il n'en est pas pour autant rétif aux rencontres, qui
jalonnent son parcours : un conducteur de moissonneuse recherché par la FBI, un couple de vieux hippies, des Danois hilares, une chanteuse adolescente, et un retraité de l'armée devenu graveur
sur cuir.
S'il est prêt à échanger, il refuse pourtant de s'attacher, et les tentatives maladroites de ceux qui se prennent d'affection pour lui le conduisent à chaque fois à reprendre la route, toujours
plus loin, toujours plus profond dans la nature, jusqu'à un bus abandonné en Alaska où il passe les cinq derniers mois de sa vie, abandonnant la chasse après avoir été traumatisé de découper un
élan qu'il avait abattu. Et puis, ne professe-t-il pas que "la joie de vivre n'est pas avant tout dans les rapports humains" ?
Etrange film que celui que nous propose Sean Penn, à la fois road movie, réflexion philosophique parfois maladroite, et diapositives de voyage. Le Français Eric Gautier, qui avait déjà opéré pour
"Carnets de Voyages" de Walter Salles, signe une superbe photographie, avec un jeu subtil sur la profondeur de champ, des couleurs contrastées qui épousent le changement des saisons et
de savants mouvements de caméra.
Sean Penn n'hésite pas à faire appel à tout le catalogue de la mise en scène : split screens, ralentis, accélérés, flash subliminaux, distortion de l'image, jouant aussi de la déstructuration du
récit, construit à partir de deux points de départs de la narration : le début du voyage et l'arrivée en Alaska, et ponctué de nombreux flash back ainsi que du commentaires off de sa soeur.
Pourtant, malgré toute cette virtuosité, on reste (enfin moi en tous les cas) extérieur à l'histoire. La faute à une durée excessive, pour un voyage sans but terriblement répétitif, malgré le
découpage en chapitres sensé donner l'impression d'une progression, et au jeu trop lisse d'Emile Hirsch. Au bout des 2 h 27, il reste peu de compassion pour un personnage bien naïf, mais de
superbes images et une façon de saisir la nature qui rappelle "Jeremiah Johnson".
Cluny