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Dimanche 6 janvier 2008

Film hong-kongais de Yau Nai Hoi

Titre original : Eye in the Sky

Interprètes : Tony Leung Ka Fai (Le Fantôme), Kate Tsui (Piggy), Simon Yam (Le Chien)

Filatures2.jpg

Durée :
 1 h 30

Note :
7/10

En deux mots
: Premier film assez palpitant du scénariste de Johnnie To.

Le réalisateur :
Né en 1969 à Hong-Kong, Yau Nai Hoi a écrit une vingtaine de scénarios pour Johnnie To, depuis "Barefoot Kid" jusqu'à "Election". "Filatures", produit par Johnnie To, est son premier film en tant que réalisateur.

Le sujet : Une jeune recrue vient de rejoindre une unité de la police de Hong-Kong chargée des filatures. A la suite d'un hold-up, ils ont repéré un des guetteurs, et ils le prennent en chasse, jusqu'à identifier tous les membres de la bande. Mais alors que les gangsters s'apprêtent à commettre une nouvelle attaque à main armée, ils reçoivent un coup de téléphone et annulent leur opération.

L'unité d'intervention met la bande hors d'état de nuire, et la brigade chargée de la filature est maintenant sur la piste de leur mystérieux chef, qu'ils ont surnommé le fantôme. Mais celui-ci a repéré ses poursuiveurs, et les chasseurs peuvent devenir proie à leur tour...

La critique :
Rarement un titre (français) n'a été aussi explicite : "Filatures" parle de filatures, de ceux qui sont filés et de ceux qui filent. En effet, particularité de la police de Hong-Kong, il existe réellement une unité spécialisée dans la filoche et qui se retire quand vient le temps de l'intervention.

Le titre anglais est "Eye in the Sky", référence au précepte qu'enseigne le Chien (chacun des membres de la brigade a un surnom animalier, le Chien, le Serpent, la Crevette...) à sa nouvelle recrue, Piggy : "Comme un oeil dans le ciel, tu dois tout surveiller". Précepte qui s'applique parfaitement à la réalisation de Yau Nai Hoi, comme il l'explique : "Tourner à Hong Kong est compliqué si vous n'avez pas de gros moyens. Je ne pouvais pas me permettre de construire des décors ou de bloquer la circulation, ou de gérer la foule des passants. Donc parfois on plaçait la caméra suffisamment loin pour que nul ne la remarque, ce qui allait parfaitement avec ce que raconte le film : donner le sentiment de surveiller les choses et les gens à distance, comme des proies qui ignorent qu'elles en sont une. Le plus difficile, c'est qu'on avait rarement droit à une deuxième prise dans les rues. Tout va tellement vite que d'une prise à l'autre, rien n'est raccord : ni les voitures, ni les métros, ni les gens !".

Il s'amuse lors de la scène d'ouverture à nous montrer le Chien en train d'entraîner Piggy à la filature, tout en les faisant croiser un amateur de sudokus, qui n'est autre que le Fantôme, celui qui sera l'objet de leur surveillance dans toute la seconde moitié du film. Et dans un plan d'ensemble, alors que le Fantôme n'est encore qu'un passant, la caméra hésite avec Piggy avant de la suivre en train de suivre le Chien.

Je regrettais hier dans ma critique de "California Dreamin'"l'abus de la caméra portée comme substitut vériste à un véritable travail cinématographique. Ici, il y a certes des caméras portées en abondance, mais utilisées intelligemment au service du récit, au même titre que de nombreuses autres figures de la grammaire du cinéma : recadrages, plongées, montage interne, et même des zooms fréquents - peut-être trop -, le tout lié par un montage extrêmement dynamique. Et effectivement, cette sinuosité de la réalisation semble épouser à la fois le dédale des rues enchevétrées de Hong Kong, et la complexité des relais mis en place par la brigade pour que ses agents ne soient pas repérés.

Centré sur une action palpitante, "Filatures" prend quand même le temps de s'intéresser aux personnages, notamment le Chien, chef de groupe paternaliste et débonnaire, et la jeune recrue, Piggy. Acceptée dans la brigade grâce à ce constat du Chien "Comme tu as l'air cruche, tu passeras inaperçue" (Y a-t-il un humour caché vis-à-vis de l'actrice Kate Tsui, Miss Hong Kong 2004 ?), Piggy fait l'apprentissage des difficultés de ce métier, au premier rang desquels l'obligation de discrétion qui peut amener à ne pas intervenir quand un délit est commis, et c'est ce qu'elle symbolise quand, en pleurs, elle se lave les mains du sang d'un policier à un tuyau d'arrosage tenu par son mentor.

A partir d'une intrigue assez mince et plutôt classique, Yau Nai Hoi réussit à maintenir une tension constante dans ce jeu de piste haletant, une des premières bonnes surprise de 2008.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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