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Samedi 29 décembre 2007

Film français de Valeria Bruni Tedeschi

Interprètes :
Valeria Bruni Tedeschi (Marcelline), Mathieu Amalric (Denis), Louis Garrel (Eric), Marisa Borini (La mère), Noémie Lvovsky (Nathalie)

Actrices.jpg

Durée :
 1 h 47

Note :
6,5/10

En deux mots
: Film mosaïque sur les angoisses de la quarantaine d'une actrice en mal d'enfant ; souvent drôle, parfois too much.

La réalisatrice :
Né en 1964 à Turin dans une riche famille qui a quitté l'Italie par crainte des Brigades Rouges, Valeria Bruni Tedeschi arrive en France à l'âge de 9 ans.  Après une année d'hypokhâgne, elle suit l'Ecole des Amandiers à Nanterre, avec comme professeur Patrice Chéreau qui lui donne son premier rôle au cinéma en 1987 dans "Hôtel de France". Elle joue dans dans une cinquantaine de films, avec comme réalisateurs de prédilection Patrce Chéreau ("La Reine Margot", "Ceux qui m'aiment prendront le train"), Laurence Ferreira Barbosa ("J'ai horreur de l'amour") et Noémie Lvovsky (5 films, dont "Oublie-moi").
En 2003, elle réalise son premier film, "Il est plus facile pour un Chameau..."

Le sujet : Marcelline va avoir 40 ans, et rien ne va : elle n'arrive pas à trouver son personnage de Natalia Petrovna dans "Un mois à la Campagne" de Tourguenieff qu'elle doit jouer aux Amandiers, les disputes avec sa mère se multiplient, et sa gyneco lui annonce : "Il faudra vous dépêcher, mademoiselle". Les retrouvailles avec Nathalie, l'assistante du metteur en scène, qu'elle avait connue au cours de théâtre, accentuent son impression d'être passée à côté de sa vie, et les fantômes de son père, de son unique amour et de Natalia Petrova elle-même viennent la hanter...

La critique : Premier plan du film, la tante et la mère de Marcelline (jouée comme dans "Il est plus facile pour un chameau..." par Marisa Borini, la propre mère de Valeria Bruni Tedeschi) observent un piano pendu à la grue des déménageurs tout en discutant, et la mère dit : "Elle aurait pu épouser un prince... remarque, il était moche !'. Rires dans la salle, actualité oblige. Mais visiblement, elle parlait là de son autre fille, pas de celle qui avait été incarnée par une Chiara Mastroianni blonde dans son premier film.

Car Valeria Bruni Tedeschi brouille une nouvelle fois les cartes de la réalité et de l'auto-fiction. Le point de départ du film est un événement qui lui vraiment arrivé : son remplacement par l'assistante du metteur en scène Yves Beaunesme lorsqu'elle jouait Natalia Petrovna en 2000, et elle multiplie les emprunts à sa propre histoire : la nationalité italienne, le théâtre des Amandiers, où elle suivit les cours de Chéreau, l'appel à des anciens condisciples comme Olivier Rabourdin ou Bernard Nissile, ou le choix pour jouer Nathalie de Noémie Lvovsky, coscénariste de ses deux fims, pour laquelle elle a joué cinq fois, et surtout amie de vingt ans.

On retrouve dans "Actrices" les mêmes plaisirs et les mêmes agacements que dans "Il est plus facile pour un chameau...". Dans la colonne positif : une capacité à passer du dramatique au dérisoire, voire au burlesque, qu'elle justifie ainsi : " C'est comme avoir un fou rire à un enterrement, on a honte et pourtant c'est libérateur. Je ne saurais pas dire les raisons de ce type de rire, peut-être qu'une part de nous se révolte, a besoin d'être incorrecte. Il faut rire, sinon la vie est trop angoissante." Il y a aussi une redoutable efficacité des dialogues, et un plaisir de jouer des acteurs dont on sent l'esprit de troupe.

Dans la colonne négatif, le revers de la médaille : ça passe ou ça casse, et parfois ça ne passe pas ; il y a des situations trop outrées, des effets trop appuyés. Autant Amalric est drôle quand il impose à ses acteurs de sillonner la scène dans tous les sens au nom de son précepte : "Chercher la démarche, et le reste viendra", autant il est caricatural quand il donne une interview qu'on croirait écrite par les Inconnus de la grande époque. De même, si le personnage du fantôme de son père (interprété par Maurice Garrel) est touchant, l'apparition de l'amour de jeunesse suspendu aux branches du platane devant son balcon paraît bien ridicule, et la matérialisation pesamment pirandellienne du personnage de Natalia Petrovna jouée par Valeria Golino souligne inutilement ce qu'on avait compris depuis trois bons quarts d'heure.

J'ai passé toute la durée du film à m'interroger sur l'avis global que j'allais avoir, convaincu par une scène puis rebuté par la suivante, sensible à la liberté narrative, puis taraudé par un sentiment de mille fois déjà-vu. "Actrices" est peut-être tout cela à la fois, et resteront sans doute quelques scènes fortes, comme celle où Marcelline (prénom choisi en hommage à Mastroianni) partage le lit de sa mère, et où cette dernière la traite de "vieille petite fille stupide", ou celle où Marcelline refuse de porter une robe verte, qui même teinte en gris ou en bleu, restera une robe verte.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
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