Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de James Gray
Titre original : We own the Night
Interprètes : Joachim Phenix (Bobby), Mark Wahlberg (Joe), Robert Duvall (Burt Grusinsky), Eva Mendes (Amada)

Durée : 1 h 54
Note : 6/10
En deux mots : Le troisième film de James Gray, encensé par la critique, mais un peu décevant.
Le réalisateur : Né en 1969 à Queen's, James Gray a été marqué par les films de Coppola. A 25 ans, il réalise "Little Odessa" qui
obtient le Lion d'Argent à Venise en 1994. Il réalise en 2000 "The Yards", déjà avec Mark Wahlberg et Joachim Phenix.
Le sujet : A New York, à la fin des années 80, Bobby Green s'est vu confier la gérance d'une boîte de nuit par un notable de la
communauté russe. Bobby cache à tout son entourage qu'il est le fils de Burt et le frère de Joe Grusinsky, célèbres membres de la police de New York. Pour essayer de piéger Vadim Nejinski,
mafieux brutal qui fréquente la boîte de Bobby, ils demandent à ce dernier de les aider à le piéger. Bobby refuse, mais quand son frère est abattu devant chez lui et laissé pour mort, et
lorsque Nejinski lui annonce que son père est le prochain sur sa liste, il sait qu'il va lui falloir choisir son camp.
La critique : "We own the night", c'est la devise inscrite sur l'écusson de la brigade criminelle du NYPD, telle que nous la découvrons
sur les photos en noir et blanc qui défilent en ouverture. Pourtant, cette affirmation est battue en brèche à la fin de ces années de ces années 80, tant la mafia russe méprise les policiers
qu'elle qualifie de "Mickey Mouse".
Beau générique, belle première scène torride entre Eva Mendes et Joachim Phenix sur "Heart of glass" de Blondie, puis une petite fête chez les flics new-yorkais dans une église, "La
Nuit nous appartient" démarre très bien même si d'emblée la photographie de Joaquin Baca-Asay semble bien terne.
Et puis progressivement après tant de promesses, on sent s'installer la déception ; devant le scénario, à la fois invraisemblable (le fils et frère des deux principaux flics antimafia est recruté
par les dealers russes qui lui annoncent qu'ils vont buter son père) et prévisible (le fiston qui par amour filial quitte le côté obscur de la force), devant le jeu monolithique de Joachim Phénix
qu'on a connu plus inspiré, et devant la vacuité des dialogues ("Ta pauvre mère t'a toujours tout cédé").
On ne peut pas faire le reproche à James Gray de suivre un effet de mode, puisque "Little Odessa" se passait il y a treize ans déjà dans le milieu de la pègre russo-ukrainienne, mais
force est de reconnaître que le Russe a détrôné le Français et l'Arabe dans le rôle du méchant du cinéma américain, et ici il n'est pas mieux traité que dans "Les Promesses de l'Ombre", avec un aspect délibérement caricatural qu'on s'attendrait plutôt à trouver chez Besson.
Autant j'ai trouvé la critique sévère, voire de parti pris avec "My Blueberry Nights", autant l'enthousiasme avec
laquelle elle a accueilli "La Nuit nous appartient" m'a interloqué. Est-ce la rareté de James Gray qui lui confère une auréole digne de Stanley Kubrick ou de Terrence Malick ? Il fait
effectivement tout pour entretenir de mythe naissant, notamment en s'auto-citant (ce qui est une gageure quand on n'a que deux films derrière soi), la scène finale rappelant fortement celle de
"Little Odessa" (le terrain vague, le vieil homme agenouillé).
Reste quelques fulgurances, comme la poursuite sous la pluie battante (rajoutée à l'ordinateur), ou certaines scènes aux accents melvilliens. Tirant parfois vers le western, "La Nuit nous
appartient"ne peut que nous laisser sur notre faim, quand il ne provoque pas l'agacement devant l'alignement de clichés moralisateurs.
Cluny