Les critiques clunysiennes
.....
Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américano-britannique de David Cronenberg
Titre original : Eastern Promises
Interprètes : Viggo Mortensen (Nikolai Luzhin), Naomi Watts (Anna Khitrova), Vincent Cassel (Kirill), Armin Mueller-Stahl (Semion)

Durée : 1 h 40
Note : 6/10
En deux mots : Loin de ses terres canadiennes, Cronenberg se perd dans la caricature.
Le réalisateur : Né en 1943 à Toronto, David Cronenberg signe en 1969 "Stereo" puis "Crimes of Future" en 1970, qui contiennent
déjà ses thèmes de prédilection : la sexualité, le corps comme terrain d'expérimentation et l'éthique médicale. Il réalise ensuite des films entre horreur et science-fiction : "Frisson"
(1975), "Rage" (1976) et "Chromosome 3" (1979). Suivent ensuite "Scanners" (1981), "Videodrome" (1983), "Dead Zone" (1985), "La Mouche"
(1986), "Faux-Semblants" (1989), "Le Festin Nu" (1991), "Crash" (1996), "eXistenZ" (1999), "Spider" (2003) et "A History of Violence"
(2005).
Le sujet : Anna, une sage-femme d'un hôpital de Londres, accouche Tatiana, une très jeune femme russe qui meurt en couche. Afin de pouvoir confier le bébé
à sa famille, elle demande à son oncle russe de lui traduire le journal qu'elle a récupéré. Son oncle refuse, en lui reprochant d'avoir volé une morte. Elle se rend alors dans un restaurant russe
dont elle a trouvé une carte dans le journal. Semion, le propriétaire, l'accueille aimablement et accepte de lui traduire ; quand elle lui amène une photocopie du journal, il insiste pour avoir
l'original.
Entretemps, son oncle qui a lu le journal lui explique que Semion et son fils Kirill sont les monstres qui ont fait venir Tatiana, l'ont violée, droguée et prostituée. Semion leur propose
alors un deal : le carnet contre l'adresse de la famille de Tatiana. Il demande ensuite à Nikolaï, le chauffeur de Kirill, de se débarasser de l'oncle...
La critique : Amateurs d'hémoglobine, surtout ne ratez pas le début du film. Les personnages principaux ne sont pas encore apparus que déjà nous
avons asssisté à un égorgement au rasoir et à une rupture placentaire ; et ce n'est qu'un début, Cronenberg ne reculant pas devant le gore, jusqu'à une scène de corps-à-corps au couteau dans un
bain turc qui a soulevé une tempête de rires gênés dans la salle des Champs-Elysées où je suis allé voir le film.
On peut comprendre ce qui a attiré Cronenberg dans cette histoire de Steve Knight, la vision de cette scène rappelant par la violence faite à un corps nu celle de la transmutation dans "La
Mouche". Ici, les corps portent les marques de l'histoire des vori v'zakone, ces "voleurs dans la loi", puisque chaque tatouage représente une étape dans leur parcours, depuis les
prisons du FSB jusqu'à l'étoile qu'on leur tatoue au cours d'une cérémonie initiatique sur le genou, afin de leur interdire de s'agenouiller devant quiconque.
De même, ce n'est pas étonnant que le moyen d'abattre le parrain de ce clan de la mafia russe de Londres, incarnation du mal absolu, réside dans l'ADN du bébé issue du viol qu'il a fait subir à
une gamine de 14 ans, et que Kirill veut confier à la Tamise, Moïse de ces temps barbares.
Mais alors que "A History of Violence", pourtant marqué par la même crudité, réussissait à convaincre, "Les Promesses de l'Ombre", malgré une indéniable virtuosité, ne parvient
pas à faire rentrer le spectateur dans ce récit étrangement artificiel ; pire, une gêne s'installe rapidement, devant la description caricaturale, à la limite du racisme, de ces Russes brutaux,
dépravés, et forcément alcooliques. Le jeu outrancier de Vincent Cassel n'arrange rien, mais il n'y a pas que ça, et quand le parrain fête dans son restaurant l'anniversaire d'une centenaire,
l'accordéoniste chevelu qui roucoule une balade nous fait plus penser à José Garcia dans "Rires et Châtiments" qu'aux personnages de "Little Odessa" ou de "Lord of
War".
Certains critiques évoquent déjà le film-culte, à l'égal du "Parrain", de "Sacarface" ou de "Les Affranchis". Même si on retrouve certains ingrédients,
comme l'opposition entre le conformisme de la vie de famille et la brutalité extrême des agissements mafieux, on est loin du souffle épique qui traversait ces films. Certes, on est clairement
dans un David Cronenberg, avec ses faux-semblants, ses familles contradictoires et ses mutilations ; mais au-delà de ces figures de style, on y cherche en vain l'originalité qui a fait l'intérêt
des grands films du réalisateur de "Crash", "eXistenZ" ou "A History of Violence".
Cluny
Je vous invite à lire ma chronique.
Bonne continuation