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Dimanche 7 octobre 2007

Film français de Claude Miller

Interprètes :
Cécile de France (Tania), Patrick Bruel (Maxime), Ludivine Sagnier (Hannah), Julie Depardieu (Louise), Mathieu Amalric (François)  

Secret.jpg
 
Durée : 1 h 40

Note :
6/10

En deux mots
: Adaptation sensible mais parfois un peu compassée du roman de Philippe Grimbert, servie par une distribution impeccable.

Le réalisateur :
Né en 1942 à Paris dans une famille juive ashkénaze, Claude Miller entre à l'IDHEC en 1962. Il est assistant réalisateur pour Jean-Luc Godard, Robert Bresson ou Jacques Demy, puis directeur de production pour François Truffaut. Après trois courts métrages, il tourne son premier long en 1975, "La meilleure Façon de marcher", puis en 1977  "Dites-lui que je l'aime". Il rencontre son premier grand succès en 1981 avec "Garde à Vue". Suivent "Mortelle Randonnée" (1983), "L'Effrontée" (1985), "La petite Voleuse" (1987), "L'Accompagnatrice" (1992), "La Classe de Neige" (1998), "Betty Fisher et autres histoires" (2001) et "La Petite Lili" (2003).
 
Le sujet :
Enfant chétif, François sent bien qu'il n'est pas à la hauteur de l'attente de son père, sportif accompli. Il s'invente un frère et ne comprend pas le trouble de sa mère quand il découvre au grenier une vieille peluche. Alors que sa famille est juive, son père le fait baptiser et lui même rejette sa judaïté, jusqu'à ce que les plaisanteries antisémites d'un condisciple lors de la projection d'un film sur les camps de concentration déchaîne sa colère. 

Louise, sa voisine kiné qui le soigne depuis sa naissance et qui accompagne la famille depuis toujours lui raconte alors ce que ses parents lui ont toujours caché...

La critique : Quand Claude Miller a lu le roman de Philippe Grimbert, il y a tout de suite perçu un écho de sa propre histoire. "Je suis né en 1942. Il n'y a pas beaucoup de survivants dans ma famille : la plupart de mes oncles, tantes et grands-parents ne sont pas revenus des camps de concentration. Enfant puis adolescent, je fus hanté par cette histoire traumatisante et anxiogène. J'en ai conçu des peurs et des phobies. (...) Mais, bizarrement, c'était un thème dont je n'avais parlé dans aucun de mes films précédents." Certes, Claude Miller n'a jamais abordé cette période ; mais le thème du secret familial pesant sur la vie d'un enfant était au coeur d'un de ses films les plus personnels, "La Classe de Neige". 

On retrouve d'ailleurs dans "Un Secret" le même traveling avant sur la porte au fond du couloir, la même ambiance bleutée de dissimulation menaçante. Mais ici, il ne s'agit pas d'un seul secret, mais de toute une série qui s'emboîtent comme des poupées russes, certains évidents, d'autres plus surprenants.

Je n'avais pas lu le roman de Grimbert dont est tiré le scénario. Je ne sais donc pas d'où provient la gêne qui m'a empêché d'adhérer complètement à l'histoire : trouve-t-elle son origine dans un enchaînement des actions trop prévisible parce que trop symbolique de la destinée des juifs pendant la guerre, ou à une réalisation trop parfaite, et donc trop lisse pour un tel sujet ?

La volonté de raconter que derrière une extermination de masse qui est parvenu à transformer l'homme en statistique, se trouvent une multitude de destins et d'histoires individuelles, débouche paradoxalement sur l'effet inverse : on passe le film à chercher quel est le véritable sujet, la déception du père, la culpabilité des parents, la judaïté refoulée du fils ?

La scène où à 15 ans, François massacre à coup de poings son voisin coupable de vannes antisémites, alors qu'il venait de proclamer à Louise son refus de se considérer comme juif, est emblématique de l'ensemble du film : on comprend parfaitement pourquoi elle a été écrite, mais justement parce qu'elle n'est justifié que par cette seule évidence, on n'y croit pas.

Il en va de même pour la réalisation, dont la perfection formelle est trop voyante. Le jeu de répétition entre le passé rêvé et la réalité, le choix de la permanence des lieux (la cour de l'immeuble, la piscine de l'Alsacienne) pour renforcer l'impression d'imposture du cadet, tout cela souligne encore un propos déjà très appuyé.

Heureusement, il y a les acteurs, et particulièrement les actrices. Julie Depardieu, vieille fille amie de la famille et confidente de François ; Cécile de France, avec sa beauté légèrement androgyne ; et surtout Ludivine Sagnier, loin des femmes-enfants un peu garces de ses derniers films, capable de faire comprendre d'un regard tout le basculement qui s'opère en elle. 

Cluny 

par Cluny publié dans : critiques d'octobre 2007
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