Les critiques clunysiennes
.....
Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Durée : 1 h 32
Note : 6/10
En deux mots : Les difficultés de la famille recomposée dans la Mongolie chinoise. Exotique, mais un peu décousu.
Le réalisateur : Né en 1965, Wang Quan An est diplômé de l’Académie du film de Pékin. Comptant parmi les jeunes talents des auteurs-réalisateurs chinois, Wang porte une grande
attention à la réalité sociale de son pays en pleine transition. "Le Mariage de Tuya" est sa troisième collaboration avec Yu Nan.
Le sujet : Quelque part dans la Mongolie chinoise, et depuis que son mari Bater est devenu infirme en creusant un puits, Tuya doit s'occuper seule de toutes les tâches de la maison et de
la ferme. Quand elle se blesse à son tour, la seule solution qui lui reste est de divorcer de Bater pour épouser un homme qui pourra l'aider. Les prétendants défilent, mais tous renoncent devant
l'exigence de Tuya : garder Bater au foyer.
La critique : J'ai déjà écrit dans ces critiques qu'un des charmes du cinéma, c'était de proposer une ouverture sur le monde, et particulièrement sur certaines civilisations très
différentes de la nôtre. De ce point de vue, "Le Mariage de Tuya" répond parfaitement à cet objectif, en nous faisant découvrir cette Mongolie intérieure, province chinoise (portraits
jaunis de Mao et de Deng chez le médecin) et pourtant typiquement mongole (yourtes, petits chevaux nerveux et lutte).
Au delà du pittoresque, ce film montre les mutations qui frappent ce peuple comme tant d'autres, en jouant sur le choc entre tradition et modernité : Mercedes vs dromadaire, hôtel aux normes
occidentales vs yourte, maison de retraite socialiste (avec une aile "luxueuse" pour ceux qui ont les moyens de payer) vs la solidarité entre voisins. Wang Quan An prend d'ailleurs un malin
plaisir à malmener les engins de la modernité : motos, limousines de la nomenklatura, tricycles et camions finissent tous sur le flanc ou dans le fossé.
Mais "Le Mariage de Tuya" n'est pas qu'un film folklorique ou une docu-fiction, c'est aussi un film à part entière, couronné d'un Ours d'or à Berlin. En effet, le savoir-faire du
réalisateur chinois est indéniable ; la photographie et le cadre sont particulièrement soignés, mettant en valeur les tenues chamarrées et la beauté des paysages, notamment en choisissant de
cadrer assez bas, afin que l'image soit écrasée par les montagnes majestueuses.
L'idée de départ est originale, et elle illustre au travers du personnage volcanique de Tuya le courage et la détermination des femmes de cette société semi-nomade. La cocasserie de la situation
créée par l'entêtement de la jeune femme est renforcée par le traitement humoristique de certaines scènes, comme le défilé des prétendants et de leurs chaperons, ou l'invective : "dégage, traitre
!" qu'elle adresse à son fils coupable d'avoir soutenu le projet de son voisin.
Wang Quan An est moins heureux quand il aborde un registre plus dramatique, et le désespoir de Tuya au chevet de Bater a un petit côté Sarah Bernhardt. De même, les atermoiments de l'héroïne
finissent par dérouter le spectateur et un léger ennui s''installe subrepticement.
Malgré ces réserves, "Le Mariage de Tuya" est un film dépaysant et attachant, porté par Yu Nan, l'actrice fétiche de Wang Quan An (et qui a joué en France au côté de Samuel Le Bihan
dans "Fureur" de Karim Dridi), impressionnante d'énergie dans son rôle de Mère Courage.
Cluny