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Samedi 15 septembre 2007

Film français d'Isild Le Besco

Interprètes :
Julie-Marie Parmentier (Charly), Kolia Litscher (Nicolas)

Durée : 1 h 35

Charly.jpg

Note : 3/10 

En deux mots : Road movie immobile plombé par une réalisation ultra-radicale.

La réalisatrice : Née en 1982, Isild Le Besco a commencé par suivre des cours de danse avant d'intégrer l'école Estienne. A 14 ans, elle est choisie par Emmanuelle Bercot pour jouer dans son court-métrage "Les Vacances", puis dans "La Puce", qui reçoit de très nombreuses récompenses. Elle rencontre en 2000 Benoît Jacquot pour "Sade", qui la fera tourner en 2002 dans "Adolphe", en 2004 dans "A tout de Suite", en 2005 dans "Princesse Marie" et en 2006 dans "L'Intouchable". Elle a joué aussi pour Laetitia Masson ("La Repentie") et Cédric Kahn ("Roberto Succo").
Elle réalise son premier long-métrage en 2005, "Demi-tarif", sur un scénario qu'elle avait écrit à 16 ans. 

L'histoire : Nicolas a 14 ans, il vit avec dans une famille d'accueil. Après avoir trouvé une carte postale de Belle-Île, il fugue pour rejoindre cet endroit, sans même trop savoir où il se trouve (il pense qu'il y a une gare). Près de Nantes, il est hébérgé par une jeune femme, Charly, qui vit dans une caravane et qui se prostitue.

La critique :  J'entendais aujourd'hui Claude Miller qui disait qu'aux Etats-Unis, on menaçait les enfants pas sages de les emmener voir un film français. Incontestablement, Isild Le Besco vient de fourbir une arme de punition massive capable de calmer le pire des kids de Ploucville, USA.

J'ai de la sympathie pour l'actrice égérie de Jacquot, et je l'avais particulièrement appréciée dans "Pas Douce", "L'Intouchable" et surtout "A tout de Suite", qui racontait déjà l'histoire d'une errance. Je n'avais pas vu "Demi-tarif" qui avait été encensé par la critique et primé dans de nombreux festivals. C'est donc sans a priori que je suis allé voir "Charly", juste alarmé par l'enthousiasme de Gérard Lefort.

Scène d'ouverture : écran noir, un adolescent ânonne "La Mémoire et la Mer", de Léo Ferré. Puis un (long) plan fixe décadré sur Nicolas (joué par Kolia Litscher, le petit frère d'Isild Le Besco déjà vu dans "Demi-tarif") qui somnole sur un canapé. Une vieille femme met une chanson de Christophe, un vieil homme baragouine, on ne comprend pas ce qu'il dit, à la fois à cause de sa diction hasardeuse et d'une prise de son aléatoire. La caméra est portée (par le grand frère d'Isild Le Besco), et les mouvements sont heurtés, saccadés, avec des zooms à la Bioman. Les personnages se découpent sur des contre-jours que ne débouche aucun projecteur, puisque bien sûr, il n'y a pas d'éclairage, pas même la plus discrète des mandarines. Le choix de la video et du cadre 4/3 complète ce parti pris radical de filmage comme à la maison, qui ravale le plus abscons des films du Dogme au rang de classique néo-hitschcockien.

La narration se rapporte au plumage, puisqu'on a l'impression d'assister à une suite de fragments de vie sans liens entre eux, avec un montage aride qui rappelle parfois celui de Bruno Dumont. Le film raconte l'histoire d'une fugue, mais se passe aux deux-tiers dans une caravane échouée dans la campagne, et Isild Le Besco choisit d'étirer le temps, filmant intégralement un long déplacement ou un acte quotidien, et coupant au milieu d'une des rares actions.

Je me suis vite interrogé (j'avais le temps...) sur la raison essentielle qui faisait que je restais à ce point à l'extérieur de cette histoire : était-ce la radicalité narrative qui me détournait du récit, ou l'histoire elle-même qui ne m'intéressait qu'aussi peu ? Pourtant, les personnages sont atypiques : Nicolas, marmonnant "Je sais pas" comme réponse à toutes les questions qu'on lui pose, avec son orthographe et son écriture de redoublant de CP, et qui pourtant se passionne pour "L'Eveil du Printemps, Tragédie enfantine", de Paul Wedekind, une pièce qui racontait - déjà - en 1906 la révolte d'adolescents contre l'école et l'ordre parental. Autant Nicolas est mutique, autant Charly est logorrhéique, ne connaissant comme mode que l'impératif, maniaco-obsessionnelle de la propreté et cherchant à ranger Nicolas comme ces objets enfantins qu'elle collectionne.

Je crois finalement que c'est cette volonté si voyante de faire vrai qui rend encore plus flagrante la démarche hper-intellectualisée de la réalisatrice, et que malgé l'énergie de Julie-Marie Parmentier, ses personnages restent épouvantablement littéraires. Comme tant d'autres films sur des adolescents jetés sur la route, comme "Les 400 Coups", "La Petite Voleuse" ou le "Thé au Harem d'Archimède", la fugue s'achève face à la mer. Mais là, et c'est symptomatique, le personnage s'est évaporé - et 25 % des spectateurs de l'Elysée-Lincoln avec, soit 1 sur 4.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2007
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