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Dimanche 9 mars 2008

Film espagnol de Juan Antonio Bayona

Titre original
: El Orfanato

Interprètes : Belen Rueda (Laura), Fernando Cayo (Carlos), Géraldine Chaplin (Aurora)

Orfanato.jpg

Durée :
 1 h 46

Note :
  5/10

En deux mots
: Comment dit-on "déjà vu", en espagnol ?

Le réalisateur :
Né à Barcelone en 1975, Juan Antonio Bayona a réalisé une trentaine de formats courts, publicités, clips et courts métrages. "L'Orphelinat" est son premier long métrage.

Le sujet : Laura a passé les première années de sa vie dans un orphelinat au bord de la mer dans les Asturies, au milieu d'enfants qu'elle aimait comme ses frères et soeurs, avant d'être adoptée à 7 ans. 30 ans plus tard, elle revient avec son mari Carlos et son fils adoptif Simon, qui est séropositif, dans l'orphelinat qu'elle a racheté dans l'intention d'y accueillir des enfants handicapés.

Avant d'emménager dans sa nouvelle demeure, Simon avait déjà des amis imaginaires, Watson et Peppe, aussi ses parents ne s'inquiètent pas trop quand au cours d'une promenade sur la plage, il prétend avoir rencontré de nouveaux amis. Laura met à la porte une vieille femme étrange qui prétend être une assistante sociale, qu'elle entraperçoit la nuit suivante en train de rôder dans une annexe de l'orphelinat. Simon devient bizarre et il révèle à Laura qu'il sait qu'il est malade et adopté.

La critique : Ayant vu les deux incontournables de la semaine avec le
Gondry et l'Assayas, je me demandais quel troisième fim aller voir. Le traitement que Jean-Paul Salomé avait infligé à Belphégor et surtout à ce pauvre Arsène Lupin ne n'encourageant pas à voir "Les Femmes de l'Ombre", j'hésitais entre "Dead Girl" et "L'Orphelinat" : après tout, aujourd'hui l'Espagne occupe le devant de l'actualité, ce film en raflant 23 millions d'euros (les Espagnols font comme les Américains, ils comptabilisent les billets, pas les spectateurs) a fait un carton historique en tête du box office espagnol, vamos !

Une belle photographie, des mouvements de caméra sophistiqués (lent traveling avant depuis le téléphone où la directrice de l'orphelinat a annoncé le départ de la petite Laura jusqu'au jardin où jouent les enfants), des cadrages élégants (la découpe lumineuse de la plage dans le noir de la grotte), ça a l'air de démarrer plutôt bien, d'autant que le personnage de Simon et la relation voilée d'un inquiétude larvée qu'il a avec sa mère suscite la curiosité.

Mais assez vite, cette maîtrise formelle commence à devenir envahissante, tant elle est visible et prévisible : systématisme du traveling latéral sur un objet fixe pour donner l'illusion du mouvement, bruits étranges, craquements, respirations étouffées, musique lancinante puis stridente, nuages qui défilent en accéléré devant le globe solaire, traveling avant dans un couloir obscur vers une porte au verre dépoli, tout le bric-à-brac habituel du genre ne parvient pas à masquer le flou du scénario.

Comme "Le sixième Sens" et "Les Autres" ont placé la barre très haut, on sent que le réalisateur et son scénariste ont despérement cherché à faire plus et plus fort, mais le seul résultat est qu'on se perd et surtout qu'on se désintéresse de cette histoire d'esprits attirant progressivement Laura dans leur monde, à peine réveillés par l'apparition de Géraldine Chaplin dans une séance de spiritisme high-tech, comme une réplique tellurique de "Cria Cuervos".

Et puis, comme souvent avec les premiers films, les citations lassent à force d'être aussi voyantes : le "Shining" de Simon, le petit garçon qui voit les horreurs d'antan, les fantômes de "Les Innocents" de Jack Clayton, le manoir enténébré de "Les Autres", la cagoule d'"Elephant Man" pour dissimuler la monstruosité de Tomas, l'ombre de l'escalier descendant dans la cave de "La Nuit du Chasseur"... Mais "Les Autres" ou "Le Labyrinthe de Pan", réalisé par Guillermo del Toro qui a produit "L'Orphelinat", présentent une linéarité narrative qui manque cruellement au film de Bayona.

Quelques scènes laissent deviner le film gothique que "L'Orphelinat" aurait pu être avec moins de souci de complaire, comme la vision du visage à la Francis Bacon de Benigna agonisante, ou les références aux contes de l'enfance, précureseurs du fantastique : les coquillages du Petit Poucet ou la clé de Barbe-Bleue.

Outre d'une coincidence malheureuse avec l'actualité (pas sûr que cette histoire d'orphelinat d'où surgissent les fantômes d'enfants victimes fasse un tabac à Jersey), "L'Orphelinat" souffre d'un scénario trop alambiqué, d'une réalisation trop lisse et d'une absence d'originalité qui finit par lasser.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2008
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