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Dimanche 23 mars 2008

Film français de Philippe Claudel

Interprètes :
Kristin Scott-Thomas (Juliette), Elsa Zylberstein (Léa), Serge Hazanavicius (Luc)

Claudel.jpg

Durée :
 1 h 55

Note :
  4/10

En deux mots
: Un beau sujet plombé par une volonté de plaire à tout prix, une réalisation pesante et un fin qui ruine tout le positif du film.

Le réalisateur :
Né en 1962 à Dombasle-sur-Meurthe, Philippe Claudel est agrégé de français et maître de conférences à l'Université de Nancy où il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel. En 1999, il publie son premier roman, "Meuse l'oubli". En 2003, "Les Ames grises", adapté au cinéma depuis par Yves Angelo, obtient le prix Renaudot.

Le sujet :
Juliette Fontaine sort de prison au bout de quinze ans, et trouve refuge à Nancy chez sa soeur cadette Léa qui n'était jamais venue la voir durant toutes ces années. Léa vit avec Luc, son mari qui désapprouve la présence d'une criminelle sous son toit, de ses deux petites filles adoptées et de son beau-père muet depuis une attaque cérébrale.

Juliette est confrontée aux difficultés de la réinsertion, aux entraves pour trouver un travail et aux regards des autres. En même temps, elle redécouvre cette soeur qu'elle n'a jamais connue adulte, et elle réapprivoise les gestes les plus simples de la vie hors des murs.

La critique : Il est des signes qui ne trompent pas, comme la nature du clivage de la critique (Pour : Le Figaro, Figaroscope, Paris Match et Le Parisien ; contre : Le Monde, Libération, Télérama, Les Inrocks et les Cahiers du Cinéma), le label Découverte UGC (pour un film bizarrement produit par... UGC), ou la bande-annonce putassière de 5 minutes sur des spectateurs ruisselant de larmes, étranglés d'émotion et ne trouvant par leurs mots, juste deux trois hyperboles à la sortie d'une avant-première : mon détecteur à émotion calibrée s'était allumé, comme à la lecture de "L'Elégance du Hérisson" ou à la vision de "Odette Toulemonde".

Mais bon, le sujet semblait intéressant et peu souvent traité (ou alors uniquement dans les films policiers), et les quelques plans de Kristin Scott Thomas dans la bande-annonce me suggéraient de laisser sa chance à ce premier film de Philippe Claudel, qui a été onze ans professeur en prison. A la différence d'autres auteurs à succès passés derrière la caméra (Alexandre Jardin, Eric-Emmanuel Schmitt, et en atteldant Michel Houellebecq - pourquoi donner un budget à des écrivains pour réaliser un film, et pas pour écrire une symphonie ?), il a une certaine légitimité cinématographique de par son activité au sein de l'l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel.

La première moitié du film ne me confortait pas dans ma mansuétude : mise en scène limitée à des plans fixes sur le regard fixe lui aussi de Kristin Scott Thomas souligné par quelques accords de Jean-Louis Aubert, au traditionnel traveling latéral sur les deux soeurs assises sur un banc, et à un gros plan sur la bouche du policier philosophe et dépressif, sans oublier quelques faux raccords et une absence de naturel des figurants (dans une piscine, en arrière-plan, tout le monde nage la brasse au même rythme !) ; collection de répliques-Madame Michu du style "Je n'ai rien demandé à personne", "parfois, c'est mieux de ne rien savoir" ou "chacun a ses secrets" ; une lourdeur dans les références au passé carcéral de Juliette (la nièce s'indignant de voir des singes enfermés au zoo "La prison, c'est pour les gens méchants", ou le soupirant prof de fac parlant d'un personnage "emprisonné" dans son tableau) ; et surtout, des scènes à la démonstrativité si pesante qu'elles en deviennent insupportables, comme le patron prêt à engager Juliette et la chassant en apprenant la raison de son emprisonnement, ou le repas à la "Vincent, François, Paul et les autres" revu à la mode Hollywood Chewing-gum où le relou de service essaie de deviner le passé de Juliette, ou encore la visite à la mère atteinte d'Alzheimer.


Puis dans la deuxième moitié, quelques scènes sonnent plus juste, portées par le jeu convaincant de Kristin Scott Thomas, de belles répliques fusent (comme le prof de fac, ex-enseignant en prison comme Claudel, qui dit "J'allais trois fois par semaine en prison - et je sortais trois fois par semaine de prison"), et quelques plans approchent l'idée de cinéma, comme celui en contre-plongée au musée où Michel et Juliette regardent quelque chose qui reste hors cadre.

Un plan résume ces velléités et ce qui les gâche : Léa reçoit un coup de téléphone d'un médecin qui lui apprend quelque chose de fondamental, on n'entend rien de leur conversation, juste la voix de sa fille qui lit un conte à haute voix : le décalage fonctionne, l'émotion est là... et patatras, v'là l'Aubert de service, pour bien faire comprendre aux lecteurs du Figaro que c'est là qu'il faut être émus !

Et puis surtout, il y a la révélation de la fin ; difficile de rentrer dans les détails sans tomber dans le spoiler, mais disons juste qu'elle invalide totalement toute la force du regard qu'on portait sur la situation : si Kristin Scott Thomas n'est pas ce qu'on nous laissait croire, que reste-t-il de la nécessaire compassion
vsi-à-vis de tous ceux qui ont payé leur dette à la société ? Narrativement inutile, moralement douteux, ce coup de théâtre achève de faire basculer "Il y a longtemps que je t'aime" du côté de ces produits formatés pour plaire -et ça plaira !- à n'importe quel prix. Hélas, mon détecteur ne s'était pas trompé...

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2008 communauté : Cinéma
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