Film japonais de Naomi Kawase
Titre original : Mogari no Mori
Interprètes : Shigeki Uda (Mr Shigeki), Machiko Ono (Machiko), Makiko Watanabe (Wakako)

Durée : 1 h 37
Note : 4/10

Grand
Prix
En deux mots : Un vieil homme et une jeune femme se perdent dans la forêt du deuil, et nous avec.
La réalisatrice : Née en 1969 dans la province de Nara, Naomi Kawase a suivi les cours de l'Ecole de Photographie d'Osaka. Elle a commencé par des
courts métrages expérimentaux, dont "Etreinte", primé en 1992 à Tokyo. Son premier long métrage, "Hotaru" lui vaut la Caméra d'Or à Cannes en 1996. "Shara" est aussi
présenté à Cannes en 2003.
Le sujet : M. Shigeki ne s'est jamais remis de la perte de sa femme, trente-un an plus tôt. Il vit dans une maison de retraite où travaille une
nouvelle venue. Cette dernière, Machiko, a elle aussi subi une perte, celle de son fils. Suite à un accident de voiture, ils se retrouvent perdus au coeur d'une épaisse
forêt
La critique : Les fidèles lecteurs de ces critiques connaissent mon goût pour le cinéma asiatique, et l'accueil enthousiaste que j'ai pu
réserver aux films de Wong-Kar-Waï, Hou Hsiao-Hsien, Kim Ki-Duk ou Takeshi Kitano. Ayant de plus bien aimé "Shara", c'est avec beaucoup
d'envie et de préjugés favorables que je suis allé voir "La Forêt de Mogari".
Las, ma déception a été à la hauteur de l'attente. Le dernier film de Naomi Kawase, la chouchoute du festival de Cannes, est un des plus vides et des plus ennuyeux qu'il m'ait été donné de voir
ces dernières années. Pourtant, j'ai retrouvé les mêmes ingrédients qui m'avaient tant plu dans "Shara" : des longs plans séquences aériens avec une caméra portée, un montage puzzle qui
évoque beaucoup plus qu'il ne raconte, un sens du détail dans la description des pratiques traditionnelles (la fabrication de l'encre dans "Shara", la calligraphie ici).
Mais alors que dans "Shara" ce style se mettait au service d'une histoire pourtant assez proche (déjà l'impossibilité du deuil) en l'inscrivant dans le dédale des rues de Nara,
l'ancienne capitale impériale, ici ces figures stylistiques tournent aux procédés factices, et l'errance dans la forêt ressemble plus à celle du "Projet Blair Witch" qu'à celle de
"Gerry".
On comprend rapidement le propos de la réalisatrice, la communauté de situation entre Shigeki et Machiko ; on devine vite qu'au bout de ce cheminement il y aura l'acceptation. Mais que le chemin
est long ! Une partie de la critique s'extasie sur la beauté de la photographie, sur la gamme de verts. J'ai dû m'assoupir, mais je n'ai pas retrouvé cette richesse plastique que j'avais tant
appréciée dans "Shara", la caméra tressautante semblant en permanence engoncée dans l'étroitesse du sentier, et la variation chlorophyllienne étant étouffée par une lumière naturelle
forcément obscurcie.
Huis clos oppressant et répétitif, "La Forêt de Mogari" est aussi desservie par des acteurs peu convaincants et des dialogues minimalistes ; à part quelques scènes au début du film
(l'anniversaire de Shigeki, par exemple), il n'y a pas grand chose à rattraper dans ce pensum new age si décevant.
Cluny
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