Film américain de Francis Lawrence
Titre original : I Am Legend
Interprètes : Will Smith (Dr Robert Neville), Sally Richardson Whitfield (Zoe), Alice Braga (Anna)

Durée : 1 h 40
Note : 5/10
En deux mots : Dans New York livré à des mutants carnassiers, Will Smith joue au Survivor. Quelques scènes haletantes, mais un scénario bien
neuneu.
Le réalisateur : Né à Vienne, Francis Lawrence a grandi à Los Angeles ; il a commencé en réalisant des videoclips pour Jennifer Lopez, Britney Spears
ou Shakira. Il a tourné son premier long métrage en 2004, "Constantine", adaptation de la BD paranormale Hellblazer.
Le sujet : A la suite d'une pandémie provoquée par la manipulation d'un virus, la population mondiale a été décimée, et les survivants ont été exterminé
par des mutants cannibales qui ne supportent pas la lumière. Dans New York, le Colonel Robert Neville semble être le seul survivant avec sa chienne Sam. Lui-même immunisé, il continue la
recherche d'un vaccin qu'il avait commencé juste avant le cataclysme, et se rend tous les midis à l'endroit qu'il a annoncé dans un message lancé à la radio.
La critique : "Je suis une Légende" est un classique de la science-fiction d'épouvante, écrit en 1954 par Richard Matheson, l'auteur
de "L'Homme qui rétrécit", et, plus exotique, des "Seins de Glace". Adapté une première fois au cinéma en 1971 par Boris Sagal sous le titre "Le Survivant" avec
Charlton Heston dans le rôle titre (version rejetée par l'auteur), ce roman culte faisait l'objet de projets cinématographiques depuis des années, et les noms de James Cameron, Michael Bay ou
Paul Verhoeven avaient circulé pour le diriger.
Grâce aux progrès des images de synthèse, il est maintenant facile de tourner dans un Manhattan déserté par les hommes, avec les ponts détruits et des gratte-ciel emballés, et la réalisation a
été confiée à Francis Lawrence, sans doute pour sa capacité supposée suite à "Constantine" à mettre en scène des créatures maléfiques.
Le roman de Matheson actualisait le mythe des vampires (Neville allait chercher Dracula de Bram Stocker dans un bibliothèque pour apprendre à lutter contre eux), et le combat entre eux
et le survivant, même s'il était raconté du point de vue de ce dernier, permettait de suivre l'émergence d'un nouvel ordre social et biologique instauré par les créatures dans leurs activités
diurnes : les néo-vampires finissaient même par condamner Neville dans un tribunal improvisé.
Ici, rien de tel. S'ils présentent les mêmes caractéristiques, photosensibilité extrême et sauvagerie animale, les créatures n'existent que comme cobaye dans le labo du toubib militaire ou comme
kamikazes hallucinés. Peu importe l'organisation qu'ils choisissent, peu importe le futur qu'ils nous promettent, leur rôle se limite à surgir du noir pour faire sursauter le spectateur :
décidément, il n'est pas dans la culture américaine de s'attarder sur les coutumes de l'ennemi, dont on n'évoque ici que le concept de "dé-évolution sociale".
Non, le vrai sujet du film, c'est New York déserté, envahi par les carcasses de voitures, les biches et les lions, et traversé dans la scène d'ouverture par Will Smith au volant d'un bolide rouge
à bandes blanches (réminiscence de Starsky et Hutch ?). Le cinéma, et particulièrement le cinéma hollywoodien joue un rôle d'exorcisme, et ce film s'ajoute à la longue liste des films
mettant en scène des villes américaines dévastées, depuis "King-Kong" jusqu'à "La Guerre des Mondes", en passant par "Independance Day" et "A.I.", sans
qu'aucun n'ait réussi à approcher la brutalité des images du 11 septembre.
Les scénaristes ayant délibérement fait l'impasse sur la vie côté zombies, difficile de tenir 100 minutes en étant seul au monde, et Will Smith finit par prendre sa chienne pour Wilson, le ballon
de volley compagnon de solitude de Tom Hanks. Il y a donc une suite de flash-backs sur l'apparition du mal, dû à des manipulation de laboratoire (ce qui n'était pas dans le roman), la longue
chronique des recherches bologiques et la lente plongée dans la folie de Neville, joué par un Will Smith pas très convaincant dans ce registre (Il est bien meilleur quand il double le DVD de
"Shrek" ou qu'il chante a capella "I shot the Sheriff" !).
Et puis, la réalisation n'évite pas les poncifs du genre : le sentimentalisme larmoyant de la chambre d'enfant sur musique de violon, la référence obligatoire à Dieu ("Dieu n'est pas
responsable. C'est nous."), ou les longs monologues devant les mannequins de la boutique de video. Intéressant pendant les 40 premières minutes, "Je suis une
Légende" ne tient malheureusement pas la distance, et souffre -une fois de plus- d'un scénario absolument pas à la hauteur des effets spéciaux.
Cluny
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