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Samedi 16 décembre 2006

Film israëlien de Dalia Hager et Vidi Bilu

Titre original : Karov la bayit

Interprètes : Smadar Sayar (Smadar), Naama Schendar (Mirit), Irit Suki (Commandant Dubek)

Durée : 1 h 30



Note : 7/10

En deux mots : Une jeunesse à patrouiller et à contrôler des Arabes, mais une jeunesse quand même : un premier film attachant.

Les Réalisatrices : Vidi Bilu est née à Jérusalem en 1959. Après des études de photographie puis de cinéma, elle travaille comme productrice, réalisatrice et monteuse à la télévision.

Dalia Hager est née à Givatayim en 1963. Elle étudie le cinéma à Tel Aviv et cumule les fonctions de productrice, scénariste et réalisatrice.

L'histoire : Smadar et Mirit ont 18 ans, et elles viennent d'être incorporées pour leur service militaire dans une unité chargée de patrouiller dans Jérusalem. Smadar est rebelle et impulsive, Mirit est réservée et obéissante ; quand elles sont désignées pour faire équipe, Smadar est exaspérée par cette coéquipière craintive et pot-de-colle. Les conflits entre elles se multiplient, aggravés par les pressions de leur hiérarchie qui trouve qu'elles ne contrôlent pas assez d'Arabes.

Jusqu'au jour où une bombe explose dans leur secteur, blessant légèrement Mirit. Smadar se rend alors compte qu'elle tient à elle, et leur amitié se dévoile, ponctuée de fou-rires et de crises, de moments de répit et d'explosions de violence.

La critique : Le film commence par une séance de contrôle au check-point entre la zone palestinienne et Israël. Forcément filmée de près, cette séquence montre la crudité du travail qui attend les appelées : une fouille minutieuse, humiliante pour ces femmes arabes qui doivent se dévêtir et vider le contenu de leurs sacs, contrôlés dans les moindres détails, jusqu'au bâton de rouge à lèvres ou aux cigarettes sorties une à une du paquet.

Cette scène d'exposition oppressante montre aussi d'emblée les contradictions et les doutes qui frappent cette armée de citoyens, et en l'occurence ici de citoyennes ; elle permet aussi de présenter l'opposition des caractères de Smadar et de Mirit. Quand en l'absence de leur chef, une soldate laisse volontairement passer les Palestiniennes, la première approuve, alors que la seconde est effrayée et s'empresse de se désolidariser de cet acte quand leurs supérieures sont de retour.

C'est cette opposition de tempérament qui sert de ressort narratif, ainsi que l'évolution parallèle des deux héroïnes. Tout en gardant son âpreté, Smadar va perdre progressivement son esprit critique à l'encontre de la mission qui lui est assignée ; et vers la fin du film, quand elle se retrouve au check-point, c'est contre une mère de famille palestinienne qu'elle dirige son agressivité. Dans le même temps, Mirit prend progressivement confiance et c'est même elle qui se retrouve au trou pour abandon de poste.

Quelques scènes montrent la tension qui règne dans la société israëlienne, comme cette altercation entre Smadar et un passager d'un bus qui fait croire que son sac est un bagage abandonné pour tester les deux jeunes appelées, ou ce contrôle qui dégénère par l'intervention des passants, et dont la violence est renforcée par le choix des réalisatrices de le montrer hors champ.

Mais ce film est aussi le portrait d'une jeunesse finalement comme bien d'autres : Smadar vole par jeu dans les magasins, se sépare de son copain, et craque quand elle a sa mère au téléphone le soir de l'attentat ; Mirit raconte des bobards à sa coéquipière et s'invente une liaison avec un beau mec croisé lors d'une patrouille. Et leur pire dispute n'a pas pour motif un désaccord sur la nature de leur mission, mais l'achat d'un chapeau en solde...

Malgré quelques afféteries inutiles, la réalisation est assez maîtrisée, avec des cadrages serrés qui isolent les visages du contexte, symbolisant ces très jeunes filles un peu perdues dans une situation qui les dépasse. Et le plan final, long traveling arrière cadrant les deux amies fuyant en scooter la violence de leur quotidien n'est pas sans rappeler "Virgin Suicides".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2006
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Mercredi 13 décembre 2006

Film français de Pierre Salvadori

Interprètes : Gad Elmaleh (Jean), Audrey Tautou (Irène), Marie-Christine Adam (Madeleine), Vernon Dotcheff (Jacques)

Durée : 1 h 43

Note : 7/10

En deux mots : Une nouvelle comédie française, à la fois élégante et un peu indolente.

Le Réalisateur : Né en 1964 en Tunisie, Pierre Salvadori arrive en France à l'âge de sept ans. Après des études de cinéma à Censier, il est engagé par AB Production pour écrire des scénarios de sitcoms. Il réalise son premier film en 1993, "Cible émouvante" avec Marie Trintignant, et rencontre un certain succès en 1995 avec "Les Apprentis", une comédie policière avec Gérard Depardieu et François Cluzet. Il retrouve Marie Trintignant en 1998 avec "Comme elle respire". En 2000, il réalise un film noir "Marchand de Sable" avant de revenir à la comédie en 2003 avec "Après Vous..."

L'histoire : Jean travaille comme barman dans un palace à Biarritz. Irène adore le luxe et espère bien se marier avec Jacques, qui est plein aux as. Un soir, elle prend Jean pour un riche client, et passe la nuit avec lui. Au réveil, elle découvre qu'il est fauché, et se fait plaquer par Jacques.

Jean la poursuit jusqu'à Nice et fait capoter involontairement une nouvelle tentative d'Irène de séduire un pigeon ; pour se venger, elle accepte de sortir avec Jean et le rince en trois jours. Alors qu'il allait se faire arrêter pour grivèlerie, Jean est sauvé par Madeleine, une riche veuve qui le couvre de cadeau. Voyant cela, Irène decide de coacher Jean dans son nouveau rôle de gigolo.

La critique : Etrange sensation en regardant "Hors de Prix", celle du "déjà-vu" ; six mois après "Quatre Etoiles", voici une nouvelle comédie française (le 19° dont je fais la critique depuis un an !) aux accents lubitschiens, ayant pour cadre les palaces de la Côte d'Azur et mettant en scène un duo qui se poursuit et se déchire.

Hors de prix, c'est à la fois le train de vie auquel rêve Irène, Rastignac en robe Chanel, et la valeur morale de Jean évaluée par sa protectrice qui s'aperçoit qu'elle ne pourra jamais l'acheter. Car dans la première partie du film, pour Irène délibérément et pour Jean par la force des choses, tout est marchandise, à commencer par leurs propres corps.

Pierre Salvadori est coutumier de ces duos improbables, comme dans "Les Apprentis" ou plus récemment dans "Après Vous...". Et le personnage d'Irène évoque celui joué par Marie Trintignant dans "Comme elle respire". On retrouve bien dans ce film la réalisation assez élégante de Salvadori, qui a compris que le cinéma est avant tout l'art de dire des choses par des images ou par des successions d'images, et non pas uniquement la mise en valeur de quelques répliques : ainsi il utilise à plusieurs reprises les petites ombrelles des cocktails bus par les deux tourteraux pour suggérer en quelques images l'avancée d'une soirée bien arrosée.

Le duo fonctionne plutôt bien : Audrey Tautou joue enfin une vraie peste, et elle y met une énergie et une gouaille convaincantes. Gad Elmaleh est tout en retenue, peut-être un peu trop : le personnage aurait gagné à présenter un peu plus d'aspérité.

A la suite de certains critiques, j'évoquais Lubitsch : on est quand même loin de l'auteur de "Sérénade à trois" ou de "To be or not to be". Si Salvadori posséde comme lui une sophistication et un sens de l'éllipse certains, il y a aussi chez lui une certaine indolence, tant scénaristique que stylistique, assez éloignée du sens du rythme constitutif de la Lubitsch's touch.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2006
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Lundi 11 décembre 2006

Film français de Roschdy Zem

Interprètes : Roschdy Zem (Ismaël), Cécile de France (Clara), Pascal Elbé (Milou), Leïla Bekhti (Mounia)

Durée : 1 h 28

Note : 5,5/10

En deux mots : Des bons sentiments ne font pas un bon film ; pire, ils peuvent ruiner un scénario.

Le Réalisateur : Né en 1965 à Gennevilliers de parents marocains, Roschdy Zem a suivi des cours de théâtre. Sa première apparition au cinéma remonte en 1987 dans "Les Keufs". Il joue des petits rôles chez Téchiné dans "J'embrasse pas" et "Ma saison préférée". Mais c'est dans "N'oublie pas que tu vas mourir" et "En avoir ou pas" qu'il est remarqué, et qu'il passe des petits rôles aux seconds rôles, catégorie où il est nommé deux fois aux César : en 1999 pour "Ma Petite Entreprise" de Jolivet, et en 2005 pour "Le Petit Lieutenant".

Après plus de 50 films comme acteur et un prix (collectif) d'interprétation à Cannes pour "Indigènes", Roschdy Zem passe à la réalisation avec "Mauvaise Foi".

L'histoire : Ismaël est arabe, Clara est juive ; l'un et l'autre ne sont pas pratiquants, et ils vivent ensemble depuis quatre ans. Quand Clara découvre qu'elle est enceinte, elle décide de présenter Ismaël à ses parents. L'accueil et glacial, et ce rejet bouleverse les deux qui se découvrent les contingence de leur appartenance communautaire : Clara accroche une mezouza à la porte de leur logement, et Ismaël fait le ramadan pour la première fois.

Ismaël commet son premier mensonge pour cacher le fait qu'il n'ait pas réussi à en parler à sa mère, et tout se transforme en motif à dispute. Clara quitte Ismaël et retourne chez ses parents, pendant qu'Ismaël se brouille avec Milou, son copain d'enfance juif.

La critique : "Mauvaise Foi" est un film qu'on aurait envie d'aimer, par le propos défendu par ses deux co-auteurs, le marocain Roschdy Zem et le juif Pascal Elbé, propos qu'on peut résumer à la réplique de Clara à sa mère qui lui demande ce que sera cet enfant, juif ou musulman, et qui répond "français".

Malheureusement, ça ne prend pas. La faute sans doute à une invraisemblance du scénario, elle-même causée par la volonté de concentrer tout un débat de société sur deux personnes : Clara et Ismaël ne sont pas pratiquants, ils ont même une approche laïque de leur couple : "On avait dit : pas de religion", dit-il quand il découvre la mezouza à sa porte.

Et voilà que sur la simple pression, réelle ou supposée, de leurs environnements, ils deviennent brutalement -enfin, surtout Ismaël- de plus en plus intolérants. Roschdy Zem raconte qu'il avait prévu un film plus léger, et que cette tension s'est imposée au cours du tournage : dommage. Il aurait sans doute mieux valu continuer sur le ton de la pure comédie, et certaines scènes font mouche et nous laisse entrevoir le film que ça aurait pu donner, comme quand le prétendant arrive avec un bouquet de fleurs et que son futur beau-père (Jean-Pierre Cassel, excellent) le prend pour un livreur, ou le lapsus du même qui appelle Ismaël "Israël".

La crise entre notre Romeo et notre Juliette n'est pas crédible, et du coup elle décrédibilise toute l'histoire, construite sur le canevas classique de la comédie sentimentale : ils s'aiment, se disputent sur un quiproquo, et tout se met en travers de leur réconciliation, jusqu'au happy end. Et comme dans beaucoup de comédies françaises, on a parfois l'impression que le scénario n'est là que pour mettre en valeur certains bons mots.

Il y a pourtant autour de cette trame démonstrative des à-côtés qui touchent juste : l'amitié entre Ismaël et Milou, son voisin de palier juif invité avec sa mère chaque année pour l'aïd, ou le personnage de Mounia, la soeur d'Ismaël et vrai garçon manqué, version beur de Jess, l'héroïne de "Joue-là comme Beckham". Mais cela ne suffit pas à donner du rythme à cette comédie somme toute assez poussive.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2006
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Dimanche 10 décembre 2006

Film iranien de Jafar Panahi

Titre original : Offside

Interprètes : Sima Mobarak Shahi (première fille), Safar Samandar (soldat Azari), Shayetesh Irani (la fumeuse)

Durée : 1 h 28



Note : 7,5/10

En deux mots : Des filles cherchent à voir un match de foot à Téhéran : une parabole jubilatoire et efficace.

Le Réalisateur : Né en 1960 à Mianeh, Jafar Panahi suit des études au Collège de Cinéma et de Télévision de Téhéran, avant de réaliser des téléfilms. En 1992, il est engagé par Abbas Kariostami sur le tournage de "Au travers des oliviers". En 1995, il réalise son premier long-métrage sur un scénario de Karostami, "Le Ballon blanc" qui remporte la Caméra d'Or à Cannes. Il signe ensuite "Le Miroir" en 1997, puis "Le Cercle", Lion d'Or à Venise en 2000, et "Sang et Or" en 2003.

L'histoire : Le 8 mai 2006, l'Iran reçoit à Téhéran l'équipe du Bahreïn pour la qualification au Mundial allemand. Une loi interdit aux femmes d'aller dans les stades. Pourtant, une fille tente de braver cette interdiction, en se déguisant en garçon. Arrêtée, elle retrouve d'autres filles dans un enclos le long du mur d'enceinte, gardées par des soldats en attendant d'être livrées à la police des moeurs.

Elles refusent de se laisser abattre, et elles tentent de convaincre les soldats qui les gardent, des appelés de province, de les laisser regarder le match, ou au moins de le leur commenter. Embarquées dans un minibus pour être transférées à la police des moeurs, elles apprennent à la radio la qualification de l'Iran, et leur car se trouve noyé dans une marée humaine.

La critique : J'ai deux passions, le cinéma et le football : deux raisons pour adorer ce film qui montre -entre autre- à la fois l'universalité du soccer et celle du cinéma, après le déliceux conte tibétain "La Coupe", qui racontait les difficultés rencontrées par des moines bouddhistes réfugiés dans le nord de l'Inde pour regarder le France-Brésil du 12 juillet 1998.

Jafar Panahi a décidé de tourner le film comme un documentaire, quasiment en temps réel, et en utilisant de nombreux plans tournés lors de ce match. Afin d'accentuer le côté cinéma vérité, il a fait appel à des comédiens amateurs, ce qui se sent parfois un peu trop. Ainsi, nous suivons les tribulations de deux cars de supporteurs, avec dans l'un d'eux une jeune fille en jogging, casquette et maquillage aux couleurs nationales. Dès cet instant, des hommes la reconnaissent, mais aucun ne s'en offusque, sauf un vendeur de billets à la sauvette qui passera outre ses scrupules pour lui vendre le précieux sésame deux fois plus cher...

Quand elle est arrêtée, elle retrouvent quatre autres filles avec chacune des caractères particuliers. Elles sont gardées non pas par des policiers ou des pasdarans, mais par des appelés qui viennent de la campagne. Panahi joue d'ailleurs de cette opposition, montrant que le décalage n'est pas essentiellement entre hommes et femmes, mais aussi entre Téhéranaises et provinciaux, et plus encore entre deux classes, les jeunes femmes étant à la fois cultivées et aisées, comme le montre le prix qu'elles peuvent payer et leurs téléphones portables (en ce moment, il n'est pas un film que je vois, de quelque continent qu'il soit, où le téléphone mobile n'apporte des rebondissements narratifs...).

Les filles ont la langue bien pendue, et une dialectique redoutable : elles retournent sans effort le cerveau de leurs pauvres geoliers. Il faut dire que les contradictions ne manquent pas dans la théorie officielle, et l'échange entre une détenue et le sergent est assez jubilatoire, quand en réponse à son argument justifiant cette interdiction par la nécessité de protéger les femmes des grossièretés proférées par les hommes, elles lui rétorquent que si les Japonaises ont le droit d'assister au match Japon-Iran, c'est parce qu'elles ne comprennent pas les injures iraniennes ! Et les soldats eux-mêmes ne savent comment justifier le fait que les supportrices bahreïnis aient été autorisées à assister au match, certes cachées dans des tribunes vitrées.

Jafar Panahi a choisi le canal de la parabole : en nous racontant cette histoire, il parle aussi de bien d'autres choses concernant la place des femmes dans une société basée sur l'empêchement, et la fragilité de l'idéologie dominante. C'est pourquoi il adopte un ton souvent humoristique, comme quand un soldat accompagne une des filles aux toilettes, la camouflant derrière un masque confectionné à la va-vite avec un poster d'Ali Karimi.

Et puis, ce qui rend ce film aussi attachant, c'est que ces filles sont des vraies supportrices, avec leur mauvaise foi, leurs jugements à l'emporte-pièce dès que la défense cafouille, leurs débats tactiques sur le 4-4-2 ou le 4-3-3. Et leur explosion de joie au moment du but et à l'annonce de la fin du match synonyme de qualification fait écho à notre propre bonheur certains soirs de 1998 ou de 2006...

Il y a aussi, furtivement, quelques moments plus graves : quand une des filles se couvre de son tchador pour s'adresser au père de sa copine, ou quand dans la liesse, une autre pleure en pensant à son ami tué dans un mouvement de foule lors du match Iran-Japon. Mais Panahi ne s'appesantit pas sur ces moments, préférant vite retourner à la légèreté propre au conte, jusqu'au dénouement heureux et consensuel. Reste maintenant à souhaiter que les Iraniens puissent voir ce film toujours interdit par le régime.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2006
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Samedi 9 décembre 2006

Film français de Benoît Jacquot

Interprètes : Isild Le Besco (Jeanne), Bérangère Bonvoisin (Sa mère), Marc Barbé (Son amant)

Durée : 1 h 22



Note : 7,5/10

En deux mots : Entre fiction et documentaire, une jeune femme part à la recherche de son père en Inde : envoûtant.

Le Réalisateur : Né en 1947 à Paris, Benoît Jacquot débute à 17 ans comme assistant de Bernard Borderie sur un des "Angélique". Il tourne ensuite des documentaires et des fictions pour la télévision avant de tourner en 1975 son premier film, "L'Assassin Musicien", d'après Dostoïewski, puis "Les Enfants du Placard" en 1977. Ces deux films sont marqués par l'influence de Bresson et de Mraguerite Duras, dont il a été l'assistant. 

Il rencontre le succès en 1990 avec "La Désenchantée", puis en 1995 avec "La Fille seule". Suivent "L'Ecole de la Chair" (1998), "La Fausse Suivante" (2000), "Tosca" (2001) et "Adolphe" (2004)

L'histoire : Le jour de son anniversaire, Jeanne apprend de sa mère que son père est un Indien rencontré à Bénarès, un membre de la caste des intouchables. Bouleverseé par cette révélation, elle décide de partir en Inde à sa recherche. Elle abandonne la pièce de Brecht qu'elle répète et accepte de tourner quelques jours dans un film où elle a une scène de lit afin de payer son voyage.

A Bénarès, elle fait la rencontre de celui qu'elle pense être son demi-frère. Sans révéler qui elle est, elle se fait inviter au mariage de sa soeur.

La critique : Le film commence par une claque, celle donnée à Jeanne par sa mère, consécutive à une dispute dont on ne saura rien, sinon qu'il s'agit de leur mode de communication habituel. De ce contact corporel violent découlera la révélation de la caste de son père, intouchable, ou "enfant de Dieu", formule politiquement correcte que l'un d'entre eux, rencontré dans l'avion, qualifie d'encore plus méprisante.

Dès l'instant de cette révélation, Jeanne se sent elle-même intouchable, au sens littéral : par l'homme rencontré dans un café au sortir de chez sa mère, par son partenaire dans le film (où elle illustre le monologue de Brecht qu'elle récitait peu avant : « Habitués à la souffrance, nous y étions intouchables »), et même par son amant. Il y a d'ailleurs un parallélisme intéressant entre deux scènes de maquillage : celle qui précéde le tournage de la scène d'amour et qu'elle vit si douloureusement, et celle où la plus jeune fille de celui qu'elle croit être son père l'habille d'un sari avant sa rencontre avec celui-ci.

Benoît Jacquot cite un film de Cukor qui se déroule en Inde, "La Croisée des Destins", et qui l'avait beaucoup marqué adolescent. Il évoque aussi "Le Fleuve" de Renoir, qu'il a revu à la cinémathèque peu avant le tournage ; et comment oublier qu'il a été l'assistant de Marguerite Duras sur "India Song" et "La Femme du Gange". Car "L'Intouchable" a indéniablement des accents durassiens, et formellement, par des dialogues très écrits posés dans la bouche des personnages, et sur le fond, par la quête de l'identité volée ; et Pont-à-Mousson où réside sa mère semble une lointaine réplique de Nevers, tout comme Bénarès où Jeanne ne verra rien -les touristes ne peuvent pas approcher des crémations- évoque Hiroshima, autre cité placée sous le signe de la mort.

Tourné en 16 mm et en lumière naturelle, "L'Intouchable" a été tourné avec une équipe légère, en adoptant le style du documentaire. La caméra, plutôt frontale dans la première partie française, se met à suivre Jeanne, devenant presque subjective ; et quand elle quitte l'école où elle a retrouvé son vrai père, les écoliers qui l'accompagnent regardent la caméra, comme tous les gosses du monde quand ils n'ont pas été briefés avant.

Isild Le Besco, qui a obtenu le prix Mastroianni à Venise, est présente dans tous les plans du film. Après une scène de dispute introductive assez cliché, il sufit d'un plan d'une seconde, celui de son sourire attendrie en voyant sa mère en sari, pour comprendre que son jeu utilisera à bon escient toutes les couleurs de la palette. "L'Intouchable" est le quatrième film qu'elle tourne avec Jacquot, après "Sade", "Adolphe" et "A tout de suite", et la façon dont le cinéaste filme sa muse montre une complicité qui rend encore plus crédible cette histoire de voyage intiatique à la recherche du père, car selon Benoît Jacquot "c’est cette question liminaire : « de qui sommes nous les enfants ? » qui est fondatrice de tout récit".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2006
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