Film israëlien de Dalia Hager et Vidi Bilu
Titre original : Karov la bayit
Interprètes : Smadar Sayar (Smadar), Naama Schendar (Mirit), Irit Suki (Commandant Dubek)
Durée : 1 h 30

Note : 7/10
En deux mots : Une jeunesse à patrouiller et à contrôler des Arabes, mais une jeunesse quand même : un premier film attachant.
Les Réalisatrices : Vidi Bilu est née à Jérusalem en 1959. Après des études de photographie puis de cinéma, elle travaille comme productrice, réalisatrice et monteuse à la télévision.
Dalia Hager est née à Givatayim en 1963. Elle étudie le cinéma à Tel Aviv et cumule les fonctions de productrice, scénariste et réalisatrice.
L'histoire : Smadar et Mirit ont 18 ans, et elles viennent d'être incorporées pour leur service militaire dans une unité chargée de patrouiller dans Jérusalem. Smadar est rebelle et impulsive, Mirit est réservée et obéissante ; quand elles sont désignées pour faire équipe, Smadar est exaspérée par cette coéquipière craintive et pot-de-colle. Les conflits entre elles se multiplient, aggravés par les pressions de leur hiérarchie qui trouve qu'elles ne contrôlent pas assez d'Arabes.
Jusqu'au jour où une bombe explose dans leur secteur, blessant légèrement Mirit. Smadar se rend alors compte qu'elle tient à elle, et leur amitié se dévoile, ponctuée de fou-rires et de crises, de moments de répit et d'explosions de violence.
La critique : Le film commence par une séance de contrôle au check-point entre la zone palestinienne et Israël. Forcément filmée de près, cette séquence montre la crudité du travail qui attend les appelées : une fouille minutieuse, humiliante pour ces femmes arabes qui doivent se dévêtir et vider le contenu de leurs sacs, contrôlés dans les moindres détails, jusqu'au bâton de rouge à lèvres ou aux cigarettes sorties une à une du paquet.
Cette scène d'exposition oppressante montre aussi d'emblée les contradictions et les doutes qui frappent cette armée de citoyens, et en l'occurence ici de citoyennes ; elle permet aussi de présenter l'opposition des caractères de Smadar et de Mirit. Quand en l'absence de leur chef, une soldate laisse volontairement passer les Palestiniennes, la première approuve, alors que la seconde est effrayée et s'empresse de se désolidariser de cet acte quand leurs supérieures sont de retour.
C'est cette opposition de tempérament qui sert de ressort narratif, ainsi que l'évolution parallèle des deux héroïnes. Tout en gardant son âpreté, Smadar va perdre progressivement son esprit critique à l'encontre de la mission qui lui est assignée ; et vers la fin du film, quand elle se retrouve au check-point, c'est contre une mère de famille palestinienne qu'elle dirige son agressivité. Dans le même temps, Mirit prend progressivement confiance et c'est même elle qui se retrouve au trou pour abandon de poste.
Quelques scènes montrent la tension qui règne dans la société israëlienne, comme cette altercation entre Smadar et un passager d'un bus qui fait croire que son sac est un bagage abandonné pour tester les deux jeunes appelées, ou ce contrôle qui dégénère par l'intervention des passants, et dont la violence est renforcée par le choix des réalisatrices de le montrer hors champ.
Mais ce film est aussi le portrait d'une jeunesse finalement comme bien d'autres : Smadar vole par jeu dans les magasins, se sépare de son copain, et craque quand elle a sa mère au téléphone le soir de l'attentat ; Mirit raconte des bobards à sa coéquipière et s'invente une liaison avec un beau mec croisé lors d'une patrouille. Et leur pire dispute n'a pas pour motif un désaccord sur la nature de leur mission, mais l'achat d'un chapeau en solde...
Malgré quelques afféteries inutiles, la réalisation est assez maîtrisée, avec des cadrages serrés qui isolent les visages du contexte, symbolisant ces très jeunes filles un peu perdues dans une situation qui les dépasse. Et le plan final, long traveling arrière cadrant les deux amies fuyant en scooter la violence de leur quotidien n'est pas sans rappeler "Virgin Suicides".
Cluny
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