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Dimanche 5 août 2007

Film américain de Steve Buscemi

Interprètes : Steve Buscemi (Pierre Peder), Sienna Miller (Katya)

Durée : 1 h 23

Note : 5/10

En deux mots : Remake du film de Theo Van Gogh, ce huis clos pêche par son scénario bien trop convenu.

Le réalisateur : Né en 1957 à Brooklyn, Steve Buscemi étudie l'art dramatique auprès de John Strasberg. Il a joué sous la direction des Frères Coen ("Miller's Crossing", "Fargo", "The Big Lebovski"), Tarantino ("Reservoir Dog"), Robert Altman ("Kansas City"), Jim Jarmush ("Coffee and Cigarettes"), Tom DiCillo ("Ca tourne à Manhattan", "Une vraie Blonde", "Delirious").

Il passe de l'autre côté de la caméra en 1996 avec "Happy Hour" ; suivront "Animal Factory" en 2001 et "Lonsesome Jim" en 2005.

L'histoire : Journaliste politique et ex-correspondant de guerre, Pierre Peder se voit infliger par son rédac' chef le pensum d'interviewer la starlette d'une série TV, Katya. Elle arrive en retard au rendez-vous, lui n'a vu aucun de ses films ni même lu la moindre ligne du dossier qu'on lui a préparé : elle met fin à l'entretien au bout de dix minutes. A la sortie du restaurant, le chauffeur de taxi trop occupé à apostropher Katya rentre dans un camion, et Peter est légèrement blessé au front. Se sentant responsable, Katya l'entraîne chez elle pour le soigner.

Commence alors un échange, tantôt affrontement, tantôt révélations mutuelles, sans que les intentions de l'une et de l'autre ne soient clairement identifiées.

La critique : "Interview" est un remake du film éponyme tourné en 2003 par Theo Van Gogh, le cinéaste hollandais assassiné en 2004 par un islamiste radical. Il s'agit d'ailleurs d'un élément d'une trilogie baptisé "Triple Theo", puisque le producteur néerlandais Gijs van de Westelak a aussi demandé à Stanley Tucci de réaliser le remake américain de "Blind Date" et à Bob Balaban celui de "06".

Cette origine est visible à l'écran, le chauffeur venant emplafonner son taxi dans une camionnette "Van Gogh" et la mère de Katya est originaire d'Amsterdam ("La ville où la prostitution est légale", relève Pierre) ; bien plus, Steve Buscemi a repris le procédé original, à savoir un tournage à trois caméras permettant de tourner 20 pages de script par jour, et donnant souvent une impression de jeu plus théâtral que cinématographique.

Sur un sujet en apparence très proche de celui de "Delirious" (la rencontre d'une starlette et de quelqu'un de complètement étranger à son univers), dans lequel il jouait aussi, Steve Buscemi a réalisé un film très différent ; on est beaucoup plus proche de "Garde à Vue", d'autant plus que le huis clos s'évade très vite du restaurant du rendez-vous initial pour se prolonger dans un loft ressemblant beaucoup au commissariat de Cherbourg où s'affrontaient Gallien et Martinaud.

Car très vite l'interview se transforme en affrontement, et les clichés du départ se brouillent : le globe-trotter intègre mais revenu de tout dévoile des failles inquiétantes au fur et à mesure qu'il s'alcoolise, alors que la dinde écervelée, siliconée et cocaïnomane montre plus de profondeur et de pugnacité que son image de blonde de papier glacé ne le laissait prévoir.

Seulement voilà, le scénario d'"Interview" n'a pas la finesse de celui de Miller et Audiard, et les situations prévisibles (Katya qui pousse Peter à lui sauter dessus, ou Peter dévoilant une balafre de 30 cm trois minutes après que Katya lui ai dit que ce qu'elle trouvait séduisant chez un homme, c'était ses cicatrices) succèdent aux dialogues affligeants de banalité ("Vous vous mentez surtout à vous-même", "Je veux savoir ce qui vous hante, parce que je suis hanté aussi"). On retrouve en supplément les thèmes psychologisants chers au cinéma américain, comme la recherche du père ou la culpabilité vis-à-vis du frère que l'on pense avoir trahi.

Le tout semble écrit par un dialoguiste bipolaire, les deux personnages passant sans l'ombre d'une transition de l'empathie douceureuse à la convulsion haineuse ; même si ce cyclothymisme trouve son explication à la fin, il est pénible à supporter tant il sonne faux, et se sentiment de gêne est renforcé par une volonté de diversifier l'occupation de l'espace qui amène la pauvre Sienna Miller à devoir jouer dans toutes les positions, assise sur la table, vautrée sur son lit ou effondrée dans un hamac, et par la consommation compulsive de Bourbon, de Bordeaux,  de Tylenol et de coke auquels sont soumis les personnages.

Steve Buscemi le roublard a poussé le mimétisme vis-à-vis de son modèle hollandais qui avait choisi la star nationale Katja Schuurman : lui a embauché Sienna Miller, plus connue pour son rôle réelle de régulière de Jude Law cocufiée par la nonou de ses enfants que pour la qualité de sa filmographie. Force est pourtant de constater qu'elle se sort franchement bien de ce rôle difficile parce qu'excessif, et qu'à l'instar de son personnage, elle finit par damner le pion à son partenaire/adversaire.

Je n'ai pas vu le film de Van Gogh, et je ne connais donc pas le degré de fidélité de Buscemi au scénario original. Quoiqu'il en soit, l'"Interview" donné à voir ne parvient pas à faire oublier les situations artificielles du scénario, malgré une énergie évidente dans la réalisation et un jeu des acteurs souvent touchant.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Samedi 4 août 2007

Film américain de Joe Carnahan

Titre original : Smokin' Aces

Interprètes : Ryan Reynolds (Richard Messner), Ray Liotta (Donald Carruthers), Andy Garcia (Stanley Locke), Ben Affleck (Jack Dupree), Alicia Keys (Georgia Sykes)

Durée : 1 h 50

Note : 3/10

En deux mots : A ce niveau-là, ce n'est plus du plagiat, c'est du pillage.

Le réalisateur : Né en 1969 à Sacramento, Joe Carnahan a commencé par la réalisation de films publicitaires. Il réalise son premier film en 1998 "Blood, guts, bullets and octane", puis en 2003 "Narc", avec Ray Liotta.

L'histoire : Stanley locke, le directeur adjoint du FBI, envoie ses agents protéger Buddy Aces Israël, un illusionniste de Las Vegas devenu gangster et prêt à balancer Primo Spazzara, un parrain suspecté de 120 assassinat. La Cosa Nostra met alors à prix la tête d'Israël pour un million de dollars, attirant tous les tueurs à gages des environs.

La critique : Début du film, deux policiers fédéraux planquent dans un camion en parlant des bienfaits de l'urine pour la peau ; deux mecs dans une bagnole qui dissertent sur n'importe quoi, tiens, ça me rappelle quelque chose. Un chanteur s'acoquine avec les maffieux de Las Vegas, tiens, ça me rappelle autre chose...

Très vite, le seul intérêt de "Mi$e à Prix" saute aux yeux : profiter de cette compilation plagiaire pour identifier les DVD de Mr Carnahan. A côté de "Pulp Fiction", de "Casino", on doit pouvoir y trouver pêle-mêle "Ocean's Eleven" (les splits-screens, Las Vegas, l'inflation de personnages bagousés), "Les Affranchis" (Ray Liotta, la plongée dans la cocaïne), l'intégrale de Tarantino (le tueur palliatif, Nestor Carbonnel remplaçant Samuel L. Jackson, la musique funk, les tueuses à gages sexys), "Le Parrain 2" (Le flingage au Lake Tahoe), "Alpha Dog" (La partouze dans la grande pièce vitrée, l'embauche d'une star du R'n B), "Volte-Face" (le duel dans l'ascenseur, les deux corps allongés pour un échange d'organes), et même "Massacre à la tronçonneuse" (arme de prédilection d'un des néonazis) !

Sans oublier le clin d'oeil aux icones djeunz, avec la présence du rappeur Common et surtout de la chanteuse soul Alicia Keys dans le rôle d'une tueuse à gage ; drôle d'idée, c'est un peu comme si on proposait à Mireille Mathieu de jouer une mère maquerelle, mais bon, la donzelle s'en sort plutôt bien.

Alors, vous me direz que Tarantino lui-même ne se cache pas d'avoir largement pioché dans les VHS du Video Archives d'Hermosa Beach où il officiait comme vendeur, empruntant à Scorcese, De Palma, Mario Bava, ou Ozawa. Oui, mais au moins jusqu'à "Kill Bill", Tarantino a réussi à créer son propre style, avec notamment ce sens du rythme syncopé faisant alterner scènes d'actions et bavardages logorrhéiques. Joe Carnahan n'a malheureusement pas ce sens du montage, et ses transitions sont pachydermiques : deux personnages se serrent la main, fondu, et hop, deux autres personnages de serrent la main ! Un commanditaire annonce qu'il va payer les privés qu'il a embauchés 50 000 $, fondu, et re-hop, Buddy Israël s'exclame "50 000 $ ? Jamais je ne paierai ce prix pour cette suite !". Il use et abuse de tous les effets vus et archi-revus, traveling arrière en contre-plongée et au grand angulaire sur des personnages menaçants, ralentis, couleurs saturées. Ses incursions dans l'humour sont pathétiques, comme ce Karaté Kid hyperactif qui a oublié sa ritaline et qui s'agite frénétiquement devant un tueur qui se vide de son sang, ahahah.

La seule question qui me taraude encore à la sortie du cinéma est de savoir si "Mi$e à Prix" était simplement une daube racoleuse ou aussi un film dangereux. La complaisance envers l'ultra-violence, le recours à la théorie paranoïaque éculée du complot gouvernemental, et l'absence de morale cinématographique m'anènent à pencher pour la deuxième réponse.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Jeudi 2 août 2007

Film américain de Brad Bird

Avec les voix française de : Guillaume Lebon (Remy), Thierry Raqueneau (Linguini), Camille (Colette)

Durée : 1 h 50

Note : 8/10

En deux mots : Un univers graphique très réussi, une histoire plus fine qu'il n'y parait et un rythme d'enfer sont les ingrédients de base d'un ratatouille vraiment très digeste.

Le réalisateur : Né en 1957 dans le Montana, Brad Bird se passionne très jeune pour l'animation. Il débute comme dessinateur pour "Rox et Rouky" en 1981. Il signe plusieurs épisodes des Simpsons. Il réalise son premier long métrage en 1999, "Le Géant de Fer", avant de signer en 2004 "Indestructibles".

L'histoire : Rémy est un rat doué pour reconnaître les aliments les plus savoureux, capable de comprendre le langage des humains et même de le lire, et il est un admirateur du grand Chef décédé, Auguste Gusteau. Séparé de sa famille, il se retrouve dans les cuisines de son restaurant en même temps que Linguini, qui arrive avaec une lettre de recommandation de sa mère qui a connu Gusteau autrefois. Le second de celui-ci, le fourbe Skinner, l'engage comme commis chargé des poubelles.

Mais grâce au talent de Rémy qui se cache sous sa toque, Linguini devient un grand chef, et attire l'intérêt de Colette, la seule fille de la cuisine.

La critique : Petit, j'avais la ratatouille en horreur. Quand j'ai lu le synopsis de ce film (un rat devient un grand cuisinier), et que j'ai vu qu'avant même la sortie en salle, le rat bleu faisait de la pub pour la Nissan-Note, c'est peu dire que je n'étais pas très chaud. Mais bon, dans le désert de la programmation estivale et intrigué par une très bonne critique, je me suis résolu à fouler un tapis de pop corn pour aller voir le dernier produit de l'alliance Disney-Pixar.

Et bien m'en a pris, puisque "Ratatouille" est une vraie réussite, tant du point de vue du graphisme et du rythme, que de celui de l'histoire et des personnages. La scène d'exposition qui nous montre Rémy et sa famille dans la maison d'une Tatie Danielle bigleuse et armée d'un tromblon évoque certains épisodes de "Wallace et Gromit" ou "Chicken Run", par la mise en scène de l'ingéniosité du peuple animal contre l'oppresseur bipède. Dès le départ, le récit fonctionne grâce à un timing impeccable et des mouvements virtuoses, comme celui de Rémy sur son esquif (le livre de recettes de Gusteau) aux prises avec les rapides et les chutes d'eau des collecteurs d'égoût.

Puis Rémy arrive à Paris ; l'équipe de Pixar a pris des milliers de vues de la ville-lumière, ce qui donne un résultat à la fois réaliste et poétique, notamment par le choix d'une "photographie" mordorée et l'ajout d'éléments gentillement clichés : deudeuches, DS, 4L..., ou la boutique Julien Aurouze de dératisation de la rue des Halles, que le père de Rémy vient montrer à son rejeton comme symbole de la cruauté des hommes. Et telle la camera d'Ozu tournant à hauteur de tatami, nous déambulons dans Paris en adoptant le point de vue d'un muridé.

Autre qualité de "Ratatouille", le soin documentaire digne d'Hergé sur le fonctionnement et la hiérarchie subtile d'une cuisine, qui nourrit le réalisme des personnages qui la peuplent, et particulièrement celui de Colette, qui a compris qu'elle devrait avoir une volonté de fer pour s'imposer dans ce monde machiste.

Si le propos reste très moral (on est quand même chez Disney), avec une glorification du dépassement de soi-même et de la tolérance, les situations et les réactions des personnages échappent dans l'ensemble à tout manichéisme, à l'instar du concept humain de vol qui culpabilise Rémy alors que les siens n'y voient que la recherche légitime de la subsistance.

Certes, il y a bien des personnages caricaturaux, comme l'affreux Skinner, croisement de Super-Mario et de Rastapopoulos, avec son béret basque et sa fine moustache ; mais c'est une peu la fatalité des méchants dans les dessins animés grand public, et le critique gastronomique qui a conduit par son acharnement le restaurant de Gusteau au bord de la faillite, une sorte de Rogue étiré en hauteur, s'avère finalement plus complexe qu'il n'y paraissait au premier abord, rendu à son humanité par une ratatouille qui agit sur lui comme une madeleine sur Proust.

On peut déplorer aussi un petit creux dans le rythme aux deux tiers du film, correspondant au moment où Rémy, tel un travailleur émigré revenu au pays, se sent étranger à la fois parmi les siens et parmi les hommes. Mais ce n'est que passager, et la fin réserve quelques scènes de bravoure, comme l'organisation très coopérative de la cuisine quand le critique est dans la salle.

Et puis, Rémy en apôtre de la bonne bouffe au pays du McDo, voire en ambassadeur de la gastronomie française, c'est bien une des surprises les plus réjouissantes de ce morne été cinématographique.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mardi 31 juillet 2007

Film américain de David Silberman

Titre original : The Simpsons Movie

Avec les voix française de : Philippe Peytieu (Homer), Véronique Augereau (Marge), Joëlle Guiqui (Bart)

Durée : 1 h 30

Note : 7/10

En deux mots : Un épisode grand format avec le punch Simpson, mais qui s'étire un peu.

Le réalisateur : Né en 1957 à New York, a suivi des études artistiques à l'Université du Maryland, avant d'obtenir une maîtrise de l'Animation Workshop de l'école de cinéma de UCLA. Il réalise 17 épisodes télévisés des Simpsons, il rentre ensuite au Studio Pixar, ou il co-réalise "Monstres & Cie".

L'histoire : Parce que Homer a vidé la litière de son cochon domestique dans le Lac de Springfield, cette ville devient la plus polluée des Etats-Unis, et l'agence chargée de la protection de l'environnement décide de la mettre sous une cloche géante. Quand ses habitants découvrent le responsable de leur funeste sort, ils décident d'aller lyncher.

La critique : La question qui se pose pour tous les longs métrages adaptés de dessins animés de télévision, est : qu'est-ce que ce passage au long et au grand va apporter ? Est-ce intéressant de voir le graphisme sommaire et hépatique de Matt Groening en Cinemascope et en 3 D ? La réponse est non, et j'ai d'autant moins de scrupules à le dire que cet avis est partagé par Homer lui-même, qui après avoir regardé avec nous un épisode de Itchy et Scratchy où la souris bleue profite de sa renommée d'astronaute pour se faire élire à la Maison-Blanche avec Hillary comme vice-présidente, s'exclame en se tournant vers la salle "I can't believe we're paying to watch something we could see on TV for free! If you ask me, everyone in this theater is a big sucker!". Moi, je ne me sens pas visé, j'ai la carte UGC...

Le film est donc dans la lignée des épisodes télévisés, et c'est plutôt une bonne chose. On retrouve le même esprit iconoclaste, le même goût de la parabole caustique, le même sens du détail loufoque (la partition de "American Idiot, Funeral Version" pour l'enterrement du groupe de rock englouti dans le lac d'acide de Springfield, par exemple), ou ces répliques comme celle d'Homer cherchant dans la Bible comment sortir son père de sa crise de catalepsie et constatant que "ce bouquin ne donne aucun conseil".

L'ayant vu en VF avec un public de 7 à 77 ans (et sans doute moins), il était frappant d'entendre le décalage des rires entre les différentes tranches d'âge. Si les gags visuels amusent les plus jeunes, d'autres exigent un second degré pour être appréciés, comme la traversée de Springfield en skateboard par un Bart naturiste, où un objet est toujours là pour cacher le corps du délit, jusqu'à une trouée dans une haie...

Pourtant, le film ne sort pas indemne de ce passage de 22 à 90 minutes, essentiellement au niveau du rythme. Les gags s'enchaînent, sollicitant le sens de l'observation du détail, avec en plus des références à la politique américaine (Le Président Schwartzenegger préférant le poisson mutant aux multiples yeux à la famille Kennedy) ou à la géographie (Flanders montrant à Bart les quatre états qui bordent Springfield : l'Ohio, le Nevada, le Maine, et le Kentucky) ; cette succession trépidante de gags parfois juste esquissés amène à une attente permanente du spectateur qui perçoit du coup les passages moins effervescents comme des passages à vide, et ce n'est pas l'intrigue principale qui peut les raccrocher, vu qu'elle n'est clairement aussi bien pour les scénaristes que pour les spectateurs, qu'un prétexte à la prolifération de situations absurdes et corrosives.

Le succès attendu n'en est pas moins mérité, et mieux vaut voir un film pour gosses au propos sacrément adulte plutôt que d'aller cautionner la régression infantile du public soit-disant adulte s'amusant à se faire peur dans son coffre à jouets.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mercredi 25 juillet 2007

Film américain de Milos Forman

Titre original : Goya's Ghosts

Interprètes :  Natalie Portman (Inès/Alicia), Javier Bardem (Lorenzo), Stellan Skarsgärd (Francisco Goya), Michaël Lonsdale (Le père Gregorio)

Durée : 1 h 54

Note : 3/10

En deux mots :  Le fantôme de Forman, hélas !

Le réalisateur : Né en 1932 en Tchécoslovaquie, Milos Forman perd ses parents déportés à Auschwitz. Il étudie le cinéma à Prague et réalise son premier film en 1963, "L'As de Pique", suivi des "Amours d'une blonde" en 1965 et de "Au feu les Pompiers" en 1967.

Passé à l'Ouest, il tourne "Taking Off" en 1971, "Vol au-dessus d'un Nid de Coucou" qui obtient 5 Oscars en 1975, "Ragtime" en 1981, où il remplace Robert Altman, "Amadeus" qui lui vaut à nouveau l'Oscar du meilleur réalisateur en 1985, "Valmont" en 1989, "Larry Flint" en 1996 et "Man on the Moon" en 1999.

L'histoire : En 1792, Francisco Goya peint les portraits de la Reine, du frère Lorenzo et d’Inès Bilbatua, la fille d’un riche marchand. Inès est arrêtée par l’Inquisition pour avoir refusé de manger du porc, et accusée de judaïsme. Soumise à la question, elle avoue. Son père demande à Goya d’intercéder auprès de Lorenzo, qui est invité avec le peintre chez les Bilbatua. Torturé à son tour par le père et les frères d’Inès, il signe un papier reconnaissant être un singe. N’ayant pu faire libérer Inès qu’il a préalablement violée, il doit s’enfuir quand la lettre est remise au Roi.

Quinze ans plus tard, à l’arrivée des troupes napoléoniennes, Inès est libérée. Devenu à moitié folle, elle cherche à retrouver sa fille qui lui a été enlevée à sa naissance. Quant à Lorenzo, il revient dans les fourgons des Français.

La critique :  À l’image de la météo, la production cinématographique de l’été est bien terne. Depuis "El Camino de San Diego" et "Persepolis", je n’ai pas vu un film qui m’ait enthousiasmé, ou même simplement bien plu. Ayant adoré "Amadeus" et bien aimé "Hair" ou "Man on the Moon", je nourrissais quelques espoirs en allant voir "Les Fantômes de Goya". Las, quelle déception !

La première scène du film était pourtant assez prometteuse : des gros plans des estampes de Goya, montrant des visages grotesques, des prêtres avec des oreilles d’âne, des corps suppliciés. Puis on s’aperçoit que ces dessins passent de main en main, au cœur du Saint-Office de l’Inquisition de Madrid. Images soignées, trognes inquiétantes des bourreaux en soutane, jeu nuancé de Michaël Lonsdale, bon début. Puis apparaît Javier Bardem, excellent dans "Mar a Dentro", et caricaturalement risible ici, dans le rôle du faux-cul onctueux. On voit Goya, joué par Stellan Skarsgärd, faire les portraits de la Reine, d’Inès et du frère Lorenzo, puis une très belle scène nous montre le travail de gravure, depuis la plaque jusqu’à l’estampe sortie de la presse. Mais malheureusement, là s’arrête l’intérêt pour l’artiste Goya. S’il reste présent jusqu’à la dernière scène, ce n’est que comme témoin de la petite histoire au sein de la grande histoire, et il aurait été torero ou plombier que cela n’aurait pas beaucoup influé sur le scénario.

Voilà donc Goya réduit au rôle de Fabrice à la bataille de Waterloo, pourquoi pas. Mais le scénario ne tient absolument pas la route, le grand mouvement de l’histoire ne semblant avoir pour seule justification que de mettre les héros face à face, dans une succession de situations feuilletonesques éculées : le prélat retors qui empoche l’argent et maintient l’innocente héroïne dans un cul-de-basse-fosse, le moine qui viole la pauvre enfant au milieu d’une prière, le même devenu dignitaire français qui promet de s’occuper d’Inès/Adèle H et qui la fait enfermer…

On retrouve la même lourdeur dans la peinture sans nuance de l’Espagne des années 1800 : les prêtres sont tous fourbes et cruels, les Français dépeints comme un avant-goût de la division Das Reich. On peut comprendre qu’un réalisateur ayant grandi dans la Tchécoslovaquie socialiste ait voulu dénoncer le décalage entre le discours idéaliste et la pratique policière, mais était-il nécessaire que chaque exécution sommaire soit précédée d’une évocation de la Déclaration des Droits de l’Homme ? Ce manichéisme démonstratif est symbolisé par la répétition de la même argumentation aux procès du chef du Saint-Office par Lorenzo, puis à la Restauration, celui de l’ancien procureur par l’ancien accusé, histoire de montrer que les régimes passent, mais que le fanatisme a la vie dure.

Et puis, on a la désagréable impression que Forman se raccroche à son propre passé, recopiant platement de nombreuses scènes d’"Amadeus" : exactement le même traveling avant/arrière dans le couloir de l’asile que pour l’arrivée du prêtre venu écouter la confession de Salieri, ou l’attitude débonnaire du Roi fâché du portrait de son épouse et qui massacre un air au violon, réplique évidente de l’accueil de Mozart par l’Empereur qui pioche pour jouer au piano l’air composé par Salieri.

Il y a bien quelques scènes qui nous rappellent que Forman a été un grand réalisateur, comme le plan final où des enfants font la ronde autour de la charrette transportant le cadavre supplicié. Il y a aussi Natalie Portman, qui réussit à donner vie à trois personnages aussi outrageusement romanesques : Inès à peine sortie de l’innocence de l’enfance, la même clochardisée et devenue folle à la sortie de sa geôle, et sa fille Alicia, fille de joie indomptable. C’est clair, la petite Matilda a bien grandi, et c’est la seule bonne nouvelle de ce mélo d’un académisme pompeux.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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