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Dimanche 15 avril 2007

Film français de Michel Spinosa

Interprètes : Isabelle Carré (Anna M.), Gilbert Melki (Dr André Zanevsky), Anne Consigny (Mme Zanevsky)

Durée : 1 h 46



Note : 7/10

En deux mots : Suspense angoissant et plongée dans la folie érotomane, avec une Isabelle Carré impressionnante.

Le réalisateur : Né en 1963 à Marseille, Michel Spinosa réalise d'abord des courts métrages primés dans de nombreux festivals. En 1994, il tourne son premier long, "Emmène-moi", puis en 2000, "La parenthèse enchantée".

L'histoire : Anna est restauratrice de livres anciens à la Bibliothèque Nationale. Elle vit avec sa mère, et semble assez seule. Un soir, elle tente de se suicider en se jetant sous les roues d'une voiture. Elle en réchappe, mais elle est hospitalisée avec une jambe brisée.

Le chirurgien qui l'a opérée, le Docteur Zanevsky, se montre normalement et déontologiquement prévenant avec elle ; elle interprète ça comme une avance. Elle le suit, lui envoie des lettres enflammées et lui offre des cadeaux. Il la rencontre pour lui demander de cesser immédiatement, sous peine de porter plainte ; elle n'en tient pas compte et continue à le harceler.

La critique :  Début du film, plans serrés, Isabelle Carré déplie une trousse de cuir qui contient des instruments : scalpels, bistouris. Elle en empoigne un, gros plan sur son visage résolu... et elle taillade les coutures d'un livre ancien, avec une précision chirurgicale. Rien de menaçant, rien d'inquiétant en apparence. Et pourtant, la tension est déjà installée, par le rythme d'un montage alternant des plans rapprochés détaillant les actions du personnage, et des plans d'ensemble le noyant dans l'immensité majestueuse de la B.N. (et plus tard de la façade de la Madeleine, ou des arcades de l'Hôtel-Dieu), par l'absence de musique redondante, et surtout par le jeu intériorisé d'Isabelle Carré, actrice à l'image douce et sans aspérité et qui là, d'emblée, laisse entrevoir la tectonique de ses émotions.

"Anna M."-"Adèle H." : même titre, même sujet (une femme se persuade être aimée d'un homme qui n'éprouve rien pour elle), et un traitement très différent. Truffaut s'était intéressé à raconter une histoire d'amour à un protagoniste, et le Lieutenant Pinson n'était qu'un ombre dans le récit, alors qu'il portait quand même une part de responsabilité. Chez Spinosa, on s'intéresse aussi au Docteur Zanevsky, un médecin exemplaire de compassion et d'attention, joué par un excellent Gilbert Melki. On le suit dans sa plongée en plein cauchemar, on souffre pour lui de voir sa vie saccagée méthodiquement par Anna, et les policiers refuser de croire que tout ça est tombé sur lui sans motif.

Mais la différence essentielle entre l'approche de Truffaut et celle de Spinosa réside dans la façon de dépeindre la souffrance des deux héroïnes. De par l'époque et l'identité même d'Adèle, et de par son style narratif, Truffaut adopte un certain romantisme, et nous raconte que la folie a découlé de l'amour. Dans "Anna M.", la folie est présente, tapie en elle dès le début, et l'illumination du regard d'Anna quand le médecin lui dit "Bien sûr qu'on va se revoir" annonce déjà la violence de la suite. Spinosa nous décrit froidement le processus, au risque de se répéter, car les tentatives de la jeune femme ont toujours plus ou moins la même nature et pour cadre les mêmes lieux.

Il nous montre la souffrance d'Anna, mais comme celle-ci passe son temps à s'en servir pour faire chanter André, on ne peut à aucun moment s'identifier à elle. Isabelle Carré joue en permanence de l'ambivalence de son personnage, de ce mélange de logique implacable, de violence éruptive et de séduction. Cette ambiguïté culmine dans la scène la plus dure du film, quand Anna, baby-sitter polanskienne, s'en prend aux deux gamines du voisin d'André.

Il est dommage que Spinosa n'ait pas terminé le film avec l'internement d'Anna. La postface n'apporte rien, si ce n'est de s'apesantir sur la piste d'un lien pré-existant entre Anna et André, sous la forme de cette reproduction d'un tableau de Zurbaran. On aurait aimé une fin plus ouverte, la liberté laissée au spectateur de croire ou de ne pas croire à une possible guérison. Reste quand même un thriller psychologique terriblement efficace, une réalisation élégante et une formidable composition d'actrice : c'est déjà pas mal.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Samedi 14 avril 2007

Film français de Niels Arestrup

Interprètes : Yvan Attal (Michel Dedieu), Niels Arestrup (Georges), Stefania Rocca (Laura)

Durée : 1 h 46



Note : 4/10

En deux mots : Premier film de Niels Arestrup, vieillot et démago.

Le réalisateur : Né en 1949 a Montreuil dans une famille d'origine danoise, Niels Arestrup commence sa carrière d'acteur au théâtre avant de débuter au cinéma en 1974 dans "Je, tu, il, elle" de Chantal Ackerman. Il tourne ensuite sous la direction de Resnais, Claude Lelouch, Yves Boisset, Marco Ferrerri ou Jacques Audiard. "Le candidat" est son premier film.

L'histoire : Dans un pays d'Europe, alors qu'éclate une crise internationale, Michel Dedieu prépare le débat télévisé qui l'opposera à Eric Carson avant le second tour de l'élection présidentielle. Devancé largement au premier tour, il pâtit d'une image de mollesse et d'indécision. Il a été désigné par son parti en remplacement du leader de celui-ci qui a annoncé devoir combattre un cancer.

Dans sa luxueuse résidence à la campagne, il supporte mal les nombreux avis de ses conseillers et se brouille avec sa femme qui l'abandonne après une dernière dispute.

La critique :  Que les afficionados de la campagne électorale ne se fassent pas d'illusions : on est bien loin de Ségo et Sarko. Déjà, les indices nationaux sont brouillés : pas de drapeaux, pas de lieux identifiables, et si on distingue sur les plaques d'immatriculation un drapeau européen, la numérotation n'est pas française. Ensuite, parce qu'on n'a pas l'impression d'être dans les coulisses du 282 ou de la rue d'Enghien, mais plutôt dans celles du QG de VGE ou de Raymond Barre (D'ailleurs, Niels Arestrup a reconnu s'être inspiré d'un passage du documentaire de Raymond Depardon conscaré à Giscard "1974, une partie de campagne").

En effet, on retrouve le candidat là où on avait laissé le président il y a vingt ans dans "Le Bon plaisir", dans un château (le sien, pas un palais de la République). Même lambris, et même représentation de la politique, faite de magouilles et de coups tordus. Là, on n'est plus chez Francis Girod, mais chez le Boisset de "Le Juge Fayard" ou le Pierre Granier-Deferre de "Adieu Poulet", avec un Candide propulsé en avant pour ne pas avoir à assumer la participation du pays à une coalition menée par les Etats-Unis, et pour permettre au parti de "passer son tour".

Alors, après tout, on pourra me rétorquer que des éléphants oeuvrant pour la défaite du candidat de leur parti, ce n'est pas tant que ça de la politique fiction, et qu'il n'y a peut-être même pas besoin de remonter aux manoeuvres de Giscard pour assurer la défaite du référendum de 1969 ou celles de Chirac et de Pasqua pour battre le même Giscard en 1981 pour en trouver des exemples. Certes. Mais le plus gênant est la naïveté du scénario, l'absence totale de nuances tant dans l'élaboration de l'intrigue, que dans la caractérisation des personnages, ou, plus grave pour un acteur-réalisateur, dans le jeu des comédiens.

Certaines scènes du début, comme le premier dîner avec les différents conseillers, sont atterrantes de ce point de vue. Le conseiller en communication est odieux même quand il fait l'amour, l'experte de l'audiovisuel joue l'effroi avec autant de naturel que Lilian Gish, et l'épouse dépressive semble sortir d'une troupe de théâtre amateur spécialisée dans Tennessee Williams. J'avais entendu Yvan Attal expliquer que la minute de silence que s'autorise Michel Dedieu lors du débat était un plaidoyer pour la réhabilitation du temps de la réflexion, une dénonciation de la conception clipesque de la communication politique aujourd'hui. J'avais trouvé l'idée percutante ; hélas, le résultat à l'écran ne porte pas du tout ce message.

Yvan Attal a expliqué que pour préparer le rôle, il avait rencontré François Hollande, et cela se sent : son candidat ressemble à la marionnette de ce dernier aux Guignols. Insupportablement apathique et hésitant, ce candidat semble n'avoir aucune idée, aucun programme, si ce n'est une vague réminiscence du sens mendèsiste de la morale en politique. C'est un personnage à la Capra, aussi désuet en ces temps d'élection que Mr Smith à Washington.

Mais le plus gênant dans ce film est sans doute le propos implicite : tous les politiciens sont pourris, et les oppositions publiques des grands partis ne sont là que pour camoufler la réalité de petits arrangements de la real politique. Cela fait dangeureusement écho au discours lepéniste de dénonciation du "système" ou de "la bande des quatre" ; ce n'était certainement pas le propos de Niels Arestrup (il a dit : "Cette histoire aurait pu se passer dans le cadre d'une administration, dans l'organigramme d'un grand magasin (...) d'une certaine façon j'aimerais qu'on puisse abstraire le film du politique, et le voir davantage comme une métaphore."), mais ce réquisitoire involontaire contre les "tous pourris" est passablement mal venu à une semaine d'un premier tour qui peut nous réserver d'aussi mauvaises surprises qu'il y a cinq ans.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Mardi 10 avril 2007

Film anglais de Danny Boyle

Interprètes : Chris Evans (Mace), Cillian Murphy (Capa), Michelle Yeoh (Corazon)

Durée : 1 h 40



Note : 6/10

En deux mots : Odyssée spatiale un peu confuse et tape-à-l'oeil.

Le réalisateur : Né en 1956 à Manchester, Danny Boyle a d'abord été metteur en scène pour le théâtre. Il a travaillé aussi à la BBC, pour laquelle il réalise des téléfilms et des épisodes de "L'inspecteur Morse". En 1994, il tourne "Petits Meurtres entre Amis", le premier volet de sa trilogie avec son acteur fétiche, l'Ecossais Ewan McGregor. Suivent "Trainspotting" en 1996 (deuxième plus grand succés de l'histoire du cinéma britannique) puis "Une vie moins ordinaire" en 1997.

Il tourne ensuite "La Plage" en 2000, avec Leonardo DiCaprio et Virginie Ledoyen, qui est un échec commercial. Il revient à des films à plus petits budgets avec "28 jours plus tard" en 2001 et "Millions" en 2004.

L'histoire : En 2057, le Soleil se meurt et la Terre se couvre de glace. Le vaisseau spatial Icarius II commandé par la capitaine Kaneda fait route vers notre étoile avec un équipage de huit hommes et la mission d'envoyer un engin nucléaire à la surface du Soleil pour le réactiver. A l'approche de l'astre, alors qu'ils n'ont plus de communication avec la Terre, ils reçoivent un appel de détresse du vaisseau Icarius I parti sept ans avant et porté disparu depuis.

La critique :  De tous les albums de Tintin, mon préféré est On a marché sur la Lune. Pas étonnant donc que j'ai toujours aimé les films ayant pour thème le voyage spatial, de "2001, Odyssée de l'Espace" à "Mission to Mars", en passant par "Space Cowboys". Inauguré par Kubrick, le genre permet à la fois de raconter des paraboles sur l'humanité réduite à une arche, et de créer des univers graphiques originaux.

Au cinéma, les hommes sont donc allés vers la Lune, vers Jupiter ou vers Mars ; pourquoi pas le Soleil ? D'autant plus que l'idée d'une extinction prématurée de notre étoile (prévue pour dans 5 milliards d'années) permet de mettre scénaristiquement en balance la survie de chacun et la sauvegarde du genre humain. De plus, depuis les Mayas et les Egyptiens, le Soleil a toujours été associé à l'idée de divinité, et ce voyage permet une incursion du côté de la métaphysique.

Que ce soit à bord de Discovery, de Mars One ou ici d'Icarius II, le début du film sert à présenter équipage et installations. Première déception, l'intérieur du vaisseau fait vraiment cheap, et Icarius II est à Discovery ce qu'Easy Jet est à Air France ; il y a bien quelques idées intéressantes, comme la serre ou le solarium, mais on est bien loin de l'univers sphérique de 2001.

Le scénario reprend dans le désordre les ingrédients habituels de cet exercice de style : le dépassement imminent du point de non retour, le conflit d'idées qui masque un conflit de pouvoir, le sacrifice rédempteur, le passager clandestin menaçant. Il y a tous ces éléments, des rebondissements réguliers, une durée raisonnable et un montage dynamique, et pourtant l'ennui nous gagne progressivement. La faute sans doute à un narration confuse, trop élliptique ou trop symbolique, qui ne nous permet pas de surnager dans une surrenchère d'images chocs, où Dany Boyle use et abuse des effets numériques.

On retrouve le même défaut narratif que dans "La Plage", dont le scénario était aussi signé d'Alex Garland : la volonté d'aller jusqu'au bout de la logique, de pousser les effets à fond. Cela nous donne des personnages bien sétérotypés et une fin grand à la fois guignolesque et prévisible.

Dans une distribution internationale à l'image du monde de dans cinquante ans, le côté "Dix petits Nègres" de l'intrigue ne permet pas vraiment aux personnages d'exister. Cillian Murphy (le Damien de "Le Vent se lève") s'en sort le mieux, dans un rôle moins monolithique que ceux de la plupart de ses coéquipers.

Avec une réalisation moins tape-à-l'oeil et un scénario moins fourre-tout, "Sunshine" aurait pu être un grand film. Dommage que Danny Boyle n'ait pas fait les choix qui s'imposaient, et qu'il ait par exemple introduit une dimension de slasher movie inutile à un récit déjà assez consistant.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Lundi 9 avril 2007

Film américain de Julia Loktev

Interprètes : Luisa Williams (Elle), Josh P. Weinstein (Le Commandant), Gareth Saxe (Premier Commanditaire)

Durée : 1 h 34



Note : 8/10

En deux mots : Les deux derniers jours d'une jeune fille kamikaze. Film sans afféterie, d'une grande tension.

Le réalisateur : Née en 1969 à Saint-Ptersbourg, Julia Loktev a émigré aux Etats-Unis à l'âge de neuf ans. Elle est diplômée de l'Université de New York ; "Moment of impact", son film de fin d'étude, a remporté de nombreux prix.

L'histoire : Une jeune fille se prépare à commettre un attentat suicide à Time Square. Elle est préparée par des hommes cagoulés qui l'habillent, l'équipent et lui font répéter à l'infini leur plan. Elle est déposée en voiture, et se dirige vers le centre de Manhattan. 

La critique :  Vous allez dire que je radote, mais "300" a été distribué dans 485 salles la semaine de sa sortie en France. "Day Night Day Night " dans 3, dont une à Paris, où il a fait 82 entrées le premier jour... Pourtant, il s'agit d'un des films les plus intéressants depuis "Elephant".

Premier plan, serré, sur le visage de la jeune fille à contre-jour dans un bus, qui égrène la litanie de toutes les façons de mourrir. Elle n'a pas d'accent, et on ne saura jamais quelles sont ses motivations. Les hommes qui la prennent en charge pour préparer l'attentat sont cagoulés, sauf le chauffeur asiatique. Ils enregistrent une vidéo de la future martyre, avec une cartouchière en bandoulière et un AK 47 entre les mains, devant un fond évocant différents mouvements terroristes. Il y a des reminiscences de la scénographie d'Al-Qaeda, des Palestiniens ou des Tchétchènes, mais ce n'est évidemment pas le sens de ce combat qui intéresse Julia Loktev.

La réalisatrice raconte l'origine de son projet : "Alors qu'elle projetait de faire exploser sa bombe près d'une colonne de militaires russes, une kamikaze tchétchène s'est arrêtée à un marché acheter des bananes. Mais mon histoire ne commence pas là, elle débute avec une autre jeune femme tchétchène, une fille qui arpente la rue principale moscovite avec une bombe dans son sac. Par une étrange coïncidence, cette histoire s'est réellement déroulée une semaine après que je sois passée dans cette rue avec mon sac à dos de touriste. Voilà ce que nous savons de cette histoire avec certitude : il y avait une jeune fille, il y avait une bombe, et le reste sera toujours un mystère pour nous."

Le film nous montre les procédures des terroristes avec une précision documentaire, comme par exemple ces interrogatoires pour mémoriser les étapes du plan, les questions étant toujours posées trois fois comme le recommande un manuel d'Al-Qaeda. Ils sont polis, prévenants, demandant régulièrement : "Ca va ?" à celle qu'ils envoient à la mort. Elle est appliquée et volontaire, et elle se lave bien soigneusement les dents avant de partir exécuter sa mission meurtrière ; elle se prête au jeu et défile devant eux pour leur permettre de choisir la tenue qu'elle va porter, dérisoire écho de la scène de "Pretty Woman".

Elle est constamment cadrée en plans serrés, qui vont chercher les détails, comme quand elle se frotte le corps compulsivement avec du savon. Toute la préparation se déroule dans des endroits exigus : toilettes, salle de bains, arrière de voiture et la caméra est au plus près des personnages, pour saisir ce cérémonial qui évoque celui du torero enfilant son habit de lumière, ou celui du samouraï s'apprêtant à partir au combat.

Dans cette manière de capter l'émotion de son personnage en l'engloutissant dans le cadre, on pense à "Keane", de Lodge Kerrigan. On pense aussi à Gus Van Sant, "Elephant", bien sûr, mais aussi "Gerry" et "Last Days", pour la façon de laisser vivre une scène sans la hachurer par un montage intempestif ou une musique envahissante. Pas une note de musique dans le film, mais un soin accordé au son (Julia Loktev a une formation dans ce domaine), qui nous renseigne sur l'environnement qu'on ne voit pas, particulièrement quand la jeune fille déambule avec la bombe dans Time Square.

Julia Loktev évoque la Jeanne d'Arc de Dreyer ; Luisa Williams est à la hauteur de cette illustre référence, avec une présence constante et un mélange de fièvre et de retenue participant beaucoup à la tension qui traverse le film. Oeuvre sans concession aucune, "Day Night Day Night" me réconcilie avec le cinéma - et même le cinéma américain, quand celui-ci est capable de montrer le contraire de "300" : raconter beaucoup avec très peu.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Dimanche 8 avril 2007

300

Film américain de Zack Snyder

Interprètes : Gerard Butler (Leonidas), Lena Haedey (Gorgo), Rodrigo Santoro (Xerxes)

Durée : 1 h 55



Note : 0/10 (Ca donne envie d'inventer la notation négative...)

En deux mots : Le revival du film nazi : laid idéologiquement, narrativement et esthétiquement.

Le réalisateur : Né en 1966 dans le Wisconsin, Zack Snyder acommencé dans la publicité. Il réalise en 2003 "L'armée des morts", un remake de "Zombie" de Georges Romero.

L'histoire : En 480 av. J.C., le roi perse Xerxes exige la soumission de Leonidas, roi de Sparte. Celui refuse, et conduit 300 soldats dans le défilé des Thermopyles, près de la plage où viennent de débarquer les Perses, et qui contrôle l'accès au reste de la Grèce. Face à une armée cent fois plus nombreuse, les Spartiates résistent, et seules la ruse et la trahison réussiront à les défaire.

 

La critique :  J'ai longtemps hésité avant d'aller voir ce peplum néo-mussolinien, sûr de ce que j'allais y trouver. J'ai failli adopter la posture d'Inisfree, et me contenter de la bande-annonce pour dénoncer en quoi ce navet vu en 15 jours par 1,2 million Français est nuisible. Mais bon, la carte illimitée atténue la culpabilité de cautionner un tel produit, et en troisième semaine, ce n'est pas mon +1 au box office qui va être repéré comme déterminant dans un succès public déjà avéré.

A l'issue de la projection, toutes mes suppositions étaient confirmées, en pire. Ne reste qu'une interrogation : un tel propos est-il intentionnel, ou ne s'agit-il que du produit d'un subconscient façonné par l'inculture et l'"esthétique" du clip ? Le fait que Zack Snyder soit issue de la pub m'incline vers la réponse 2 ; dans ce cas, et comme le disait Talleyrand, pire qu'un crime, c'est une faute.

Le film commence donc par un traveling sur un amoncellement de crânes enfantins au pied d'une colline, se finissant sur un prêtre examinant un bébé pendant que la voix off explique que s'il avait présenté le moindre défaut, Leonidas aurait fini sa courte vie au milieu des autres dépouilles. Bien. Nous voilà donc dans un civilisation qui pratique l'eugénisme avec autant de méticulosité que les Einzatsgruppen SS, attendons, la dénonciation va bientôt arriver.

Et bien non : ce peuple guerrier, précurseur de la race supérieure, ce sont les gentils !!! On nous explique bien vite que face aux fourbes asiatiques (l'axe Téhéran-Bagdad-Pyong Yang, je suppose), aux autres cités grecques tentées par la collaboration ou la négociation (de Villepin à l'O.N.U. ?), Sparte représente la défense des valeurs occidentales : le sens de l'honneur, le courage et la défense de la patrie. Valeurs rapidement illustrées par l'exécution d'émissaires, l'axe du bien autorisant cette petite entorse à la Convention de Genève, au même titre que Guantanamo ou les prisons secrètes de la C.I.A.

Je pourrais continuer longtemps à analyser le propos politique implicite, depuis la plaisanterie homophobe de Léonidas sur les Athéniens jusqu'à la description de la forfaiture des politiciens. D'aucuns me diront que ce n'est qu'un "entertainment", qu'il faut resituer le contexte historique, comme ils l'avaient déjà fait après ma critique d' Apocalypto.

Infâme dans son idéologie, "300" est aussi nauséeux dans son esthétique. D'une part au vu d'une exaltation du corps digne de Leni Riefenstahl, la plastique des Spartiates sculptée à la créatine s'opposant au bestiaire des troupes de Xerxes, clairement pompé du côté du "Seigneur des Anneaux" : orques, trolls, éléphants, plus quelques ninjas. D'autre part à cause de la complaisance dans la mise en scène de la violence : le Perse se découpe en rondelles dans une chorégraphie ridicule (avec un sens de la stratégie stupide digne des Indiens des westerns d'avant "La Flèche brisée" tournant en poussant des youyous pendant que les pionniers les alignent comme au tir aux pigeons), alors que le Spartiate même décapité s'écroule avec beaucoup de sobriété.

"300" est inspiré d'une bande dessinée de Frank Miller, comme "Sin City". Alors que ce dernier avait une véritable identité graphique, l'objectif de Zack Snyder se résume à l'utilisation de tous les effets permis par la 3D ; d'ailleurs, il s'en vante : "Les gens vont au cinéma pour vivre une expérience originale. C'est ce que nous avons tenté de leur apporter. Qu'il s'agisse des paysages, des batailles, de l'action, de l'architecture, chaque image du film constitue un effet visuel." Oui, on va au cinéma pour voir quelque chose qu'on n'a pas encore vu. Mais qu'y a t-il d'original dans ce bric-à-brac d'effets déjà vus cent fois ? Quelle originalité y a t-il à remplacer l'art du montage par la superposition de plans clinquants ?

Truc moche, totalitaire et creux, "300" réussit en prime l'exploit d'être profondément prévisible et chiant. Aussi créatif qu'un jeu vidéo de shoot'n up, il est un objet de marketing, une contrebande d'idées d'extrême-droite, un poster d'une revue de body-building, mais certainement pas un film.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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