Film britannique de Anthony Minghella
Titre original : Breaking and Entering
Interprètes : Jude Law (Will), Juliette Binoche (Amira), Robin Wright Penn (Liv)
Durée : 1 h 59

Note : 6/10
En deux mots : Mélo académique et sans surprise.
Le réalisateur : Né en 1954 sur l'Ile de Wight dans une famille d'origine italienne, Anthony Minghella devient écrivain et scénariste pour la télévision. Il écrit et réalise son premier film en 1991 "Truly, madly, deeply", avec Alan Rickman, suivi en 1993 par une autre comédie romantique, "Mr Wonderful". Il rencontre le succès en 1996 avec l'adaptation du best seller de Michael Ondaatje, "Le Patient anglais", déjà avec Juliette Binoche. En 1999, c'est "Le talentueux M. Ripley", puis en 2003 "Retour à Cold Mountain".
L'histoire : Will a tout pour être heureux : il co-dirige une entreprise d'urbanisme fleurissante qui vient de s'installer dans le quartier populaire de King Cross, et il a une femme ravissante d'origine suédoise, Liv. Mais apris dix ans de mariage, une distance s'est installée entre eux, Liv consacrant l'essentiel de son temps à sa fille Bea, à la limite de l'autisme. Son entreprise est cambriolée deux fois de suite par une bande qui fait appel à Miro, un jeune garçon acrobate, et qui récupère ainsi l'ordinateur portable de Will.
Lassé de l'inefficacité de la police, et sans doute aussi pour fuir un foyer dont il se sent exclu, Will planque pendant des nuits pour identifier les malfaiteurs. Un soir, il surprend Miro, le jeune garçon et le suit jusqu'à chez lui. Il découvre que sa mère Amira est une couturière bosniaque. Il lui rend visite sous prétexte de lui demander des travaux de couture. Mais bientôt une attirance nait entre eux, malgré ou grâce au mensonge que l'un et l'autre devine chez son partenaire.
La critique : Il est des films pour lesquels la critique s'impose, enthousiaste ou dévastatrice, et d'autres qui laissent sinon indifférent, tout du moins sans véritable opinion. "Par effraction" fait indéniablement partie de la deuxième catégorie. Il y a de nombreux ingrédients pour séduire : de bons acteurs, un scénario bien ficelé, un indéniable savoir-faire dans la mise en scène. Alors, qu'est-ce qui laisse cette impression de fadeur à l'ensemble ?
Peut-être justement ces qualités formelles, qui ne se joignent jamais pour emporter le récit dans quelque chose d'imprévu, dans une fêlure ou une obscurité qui nous entraînerait. Tout est trop dans le scénario : le couple de Liv et de Will est trop expliqué, un peu comme quand Hitchcock avait découvert la psychanalyse dans "La maison du Docteur Edwards". Will n'est pas le père de Bea, Bea fait payer à sa mère l'absence de son vrai père, Liv veut expier en se consacrant à sa fille, Liv exclut Will du cercle qu'elle forme avec Bea, CQFD !
Même simplisme démonstratif sur le versant social : la pute au grand coeur, le Serbe machiste et maffieux, la mère courage version Sarjevo et le flic revenu de tout habitent une ville qui ressemble aux maquettes d'urbanisme de Will. Finalement, à part le tonton mafioso, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ; et il aut tenir deux heures avec ça...
Alors, Anthony Minghella meuble avec ses variations sur le mensonge : le mensonge à soi-même de Will, le mensonge dans le couple Will-Liv, le mensonge dans la relation Will-Amira. Mais malgré la qualité du jeu des trois acteurs principaux, tout cela reste bien factice, et l'ennui s'installe progressivement.
Ne surnagent que quelques scènes où s'expriment le charme et le talent de Jude Law, comme celles de sa planque dans la voiture au côté d'une travailleuse de la nuit hostile à la dialectique, ou celles de ses premières rencontres avec Juliette Binoche, avec toute l'ambiguité et la gêne d'une rencontre fortuite qui ne l'est pas. C'est peu, et en tout cas insuffisant pour faire de "Par effraction" autre chose qu'une belle mécanique brassant du vide.
Cluny
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