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Dimanche 13 janvier 2008

Film français de Cedric Anger

Interprètes :
Gilbert Melki (Leon Zimmerman), Grégoire Colin (Dimitri Kopas), Mélanie Laurent (Stella), Sophie Cattani (Sylvia)

Tueur.jpg

Durée :
 1 h 31

Note :
6,5/10

En deux mots
: Premier film épuré plutôt réussi pour le scénariste de Xavier Beauvois.

Le réalisateur :
Ancien critique aux Cahiers du Cinéma, Cédric Anger a été scénariste pour Xavier Beauvois ("Selon Mattieu", "Le Petit Lieutenant") et Werner Schroeter ("Deux"). En 2002, il tourne un court métrage, "Novela".

Le sujet : Léon Zimmernan a une entreprise de placement en bourse, une femme qui le trompe et une petite fille qu'il adore. Dimitri Kopas arrive à Paris, prend dans un hôtel une chambre où l'attendent une vidéo et une photo pour identifier sa cible : Zimmerman. Sous prétexte de conseils boursiers, il rend visite à ce dernier et procède aux repérages. Léon, lui, se sait menacé. Il réussit à retrouver Kopas et lui soumet une demande : ne pas le tuer avant samedi, afin de pouvoir finaliser une opération qui garantira la richesse de sa fille.

La critique : "Le Tueur", voilà donc le titre de ce film, tel qu'il s'inscrit sur l'image au générique de début juste au moment où apparaît Grégoire Colin. Point de suspens donc, on sait d'emblée qui est le tueur, et qui est la cible. Par contre, rien ne nous indique qui est le commanditaire et quel est le mobile. Un peu comme dans "Day Night, Day Night", on suit d'une façon quasi clinique les préparatifs de Dimitri Kopas, ses repérages, ses manoeuvres d'approche, et surtout ses longs moments où il n'a rien d'autre à tuer que le temps, dans son hôtel Mercure ou dans le restaurant tex-mex dont il a fait sa cantine.

On suit le prédateur, mais aussi sa proie. Dans un montage parallèle très maîtrisé, on peut les voir circuler dans Paris, vaquer à leurs occupations, prendre leurs bains et du coup on peut comparer le rangement maniaque de Kopas et le fouillis désordonné de Zimmerman. Mais assez vite, les choses ne se déroulent pas comme on pouvait l'attendre. Léon semble savoir qu'un contrat est sur sa tête, et Dimitri se met à mentir à son commanditaire pour jusitifier son inaction. 

La trame prévisible de l'intigue se détricotte et de rebondissement en surprise, la vérité se fait jour, différente de l'apparence initiale. Mais qui donc se cache derrière ces images de surveillance que reçoit Kopas, comme celles que recevait Auteuil dans "Caché" ?

Il y a quelque chose de mevillien dans ce polar glacé. Par le traitement de l'image tout d'abord, tout en pénombre et en couleurs froides. Par l'économie de dialogues ensuite, le chat comme la souris étant taciturnes et ténébreux. Par le rythme particulier enfin, qui évoque le cinéma asiatique qui s'est tant inspiré de Melville. L'Asie est d'ailleurs très présente, que ce soit dans une longue scène de filature dans le Chinatown du XIII° (on est certes loin du tempo des "Filatures" à Hong-Kong !), dans le personnage de la dealeuse chinoise de Zimmerman, ou la chanson de Bijou/Gong Li dans "Shanghai Triad" qui défile sur l'écran en arrière-plan d'une scène-clé.

Très présent sur les écrans ces derniers temps ("Anna M." et "Cowboy"), Gilbert Melki est comme toujours excellent, avec son magnétisme vaguement menaçant qui suggère qu'il ne peut pas être réduit au seul rôle de victime. Mélanie Laurent apporte sa vulnérabilité gouailleuse à son personnage de jeune femme fatale venue s'incruster dans la vie de Kopas. Grégoire Colin quant à lui campe le tueur à la fois contre-point et doublure de sa proie, avec une brusquerie et une animalité inquiétantes, et que Cédric Anger filme dans la scène de rencontre comme un vampire.

Tout n'est pas réussi dans dans ce premier film, notamment un étirement inutile de l'action au milieu du film. Pourtant, dans le genre du film noir assez en vogue dans le cinéma français, Cédric Anger réussit à se faire remarquer par l'élégance austère de sa réalisation.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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Samedi 12 janvier 2008

Film anglais de Joe Wright

Titre original : Atonement

Interprètes : Keira Knightley (Cecilia), James McAvoy (Robbie), Romola Garai (Briony à 18 ans), Saoirse Ronan (Briony à 13 ans)

Atonement.jpg

Durée :
 2h 03

Note :
4/10

En deux mots
: Adaptation hélas trop fidèle du roman de gare de Ian McEwan.

Le réalisateur :
Né en 1972 à Londres, Joe Wright étudie les beaux-arts et la vidéo au Camberwell College of Arts et au Central Saint Martins College of Art and Design. Il réalise plusieurs miniséries télévisées, et obtient le BAFTA de la meilleur série dramatique en 2004 pour «Charles II: The Power and the Passion». Il a également réalisé plusieurs courts-métrages. Il tourne son premier long métrage de cinéma en 2005, «Orgueil et Préjugés» , avec Keira Knightley.

Le sujet :
En août 1935, la famille Tallis subit la chaleur dans son manoir de la campagne anglaise. Cecilia se dispute avec Robbie, le fils de la gouvernante que son père a envoyé à Cambridge avec elle. Sa jeune soeur Briony essaie d'entraîner les cousins pauvres, Lola et les jumeaux, dans la piéce de théâtre qu'elle vient d'écrire. Ils attendent leur frère Leon qui doit venir avec un ami industriel, Paul Marshall.

A la suite de leur dispute, Robbie écrit une lettre à Cecilia, qu'il confie à Briony. Mais il s'est trompé, et a glissé dans l'enveloppe un mot salace, que Briony lit avant de le donner à Cecilia. Déjà persuadée qu'il est un obsédé sexuel, elle surprend Robbie et Cecilia en train de faire l'amour dans la bibliothèque. Quand Lola est agressée, Briony accuse alors Robbie.

La critique : Je me suis rendu au cinéma avec des sentiments mêlés : j'avais beaucoup aimé la virtuosité de la mise en scène et la légèreté du jeu de Keira Knigtley dans "Orgueil et Préjugés", alors que j'ai détesté le roman de Ian McEwan dont est tiré le film, "Expiation", digne des pires romans à l'eau de rose de la collection Harlequin. La question était donc : peut on faire un bon film à partir d'un mauvais livre ? (Le contraire étant malheureusement prouvé depuis longtemps).

Dans le cas présent, la réponse est indubitablement négative. Même débarassée des insupportables descriptions des tourments intérieurs des personnages, l'intrigue reste ce qu'elle est : une suite de lieux communs (la bourgeoise qui se tape le garde-chasse, on a déjà donné) et d'invraisemblances (le prétendant qui envoie un poéme de cul au lieu de sa déclaration), un mélo suranné plombé par une psychologie des personnages superficielle. 

La première partie est pourtant assez alléchante, resserrée sur le chassé-croisé des principaux protagonistes dans le manoir victorien. On retrouve l'importance que Joe Whright accorde à ses décors, et il sait utiliser une caméra très mobile pour suivre les déplacements de Briony, Cecilia et Robbie dans le dédale de couloirs et d'escaliers lambrissés. De même, sa façon d'adopter le point de vue des différents personnages en rejouant la même scène centrée sur la cadette puis sur l'aînée permet de comprendre comment l'imagination débridée de Briony va conduire à la catastrophe. Enfin, il réussit à rendre palpable la moiteur de ce mois d'août caniculaire où les personnages passent leur vie dans l'eau, grâce à une photographie qui restitue parfaitement la lumière de cette fin d'été.

Mise au service d'une fluidité du récit dans la première partie, cette virtuosité tourne à vide par la suite, à l'image de ce long plan séquence sur la plage de Dunkerque où la caméra en suivant Robbie découvre une succession de tableaux artificiels, comme cette chorale de bidasses en haillons chantant le visage tourné vers la Mère Patrie, ou l'abattage des chevaux par des officiers fançais, jamais un Britannique ne pouvant faire cela. Dans la station balnéaire pillonnée par l'artillerie allemande, on trouve quand même le temps de projeter "Quai des Brumes", histoire d'incruster la silhouette meurtrie de Robbie devant les visages de Gabin et de Morgan.

Progressivement, la brio devient académisme, et les effets laissent entrevoir leurs grosses ficelles, comme la musique intégrant le tic-tac de la machine à écrire chaque fois qu'apparaît l'apprentie écrivaine, ou le mimétisme revendiqué des trois actrices qui incarnent Briony à 13, 18 et à 70 ans, et qui déguise Vanessa Redgrave en gamine à sandalettes.

On ne retrouve pas la vivacité d'Elisabeth Bennet dans le jeu de Keira Knightley, engoncée dans son corset de grande bourgeoise dont les dialogues se limitent à peu près à "Come back to me" ; elle a eu plus à jouer dans sa troisième collaboration avec Joe Whright, à savoir la publicité pour Coco Mademoiselle de Chanel. James McAvoy est un peu mieux servi, et il donne plus de consistance à son personnage que dans "Le dernier Roi d'Ecosse".

Espérons que Joe Whright sera plus inspiré pour le choix de son prochain sujet, car il y a quand même dans "Reviens-moi" quelques plans qui donnent envie de le revoir : un bombardier qui passe dans le ciel circonscrit par le vasistas de la salle de bain, une petite vieille qui s'appuie sur une poussette d'enfant, le visage obscurci de Briony dans la pénombre de sa chambre une fois son forfait accompli.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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Jeudi 10 janvier 2008

Film américain de Sean Penn

Interprètes :
Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (La mère), William Hurt (Le père), Catherine Keener (Jan)

Wild.jpg

Durée :
 2 h 27

Note :
6/10

En deux mots
: "Seul au Monde " dans les paysages de "Jeremiah Johnson". Beau, mais bien long.

Le réalisateur :
Né en 1960 à Santa Monica du réalisateur Leo Penn et de l'actrice Eileen Ryan, Sean Penn apprend la comédie au Group Repertory Theatre de Los Angeles. Il joue dans "Taps" d'Harold Becker en 1980, puis dans de nombreux film, dont "Outrages", "La dernière Marche", "U-Turn", "The Game", "La Ligne rouge", "Mystic River", "L'Interprète", "21 grammes" ou "The Assassination of Richard Nixon".
En 1991, il réalise son premier film, "Indian Runner". Suivront "Crossing Guard" (1995), "The Pledge" (2001) et un court-métrage dans "11'09"01 : September 11".
En 2008, il présidera le jury du 61° Festival de Cannes.

Le sujet : Tout juste diplômé à 22 ans, Christopher McCandless fait don à Oxfam des 24 000 $ de sa bourse d'étude, et part sur la route avec sa vieille Datsun. Après avoir perdu sa voiture dans la crue du Detrital Walsh, il continue à pied, sous le pseudonyme d'Alex Supertramp, vivant des ressources de la nature, faisant ici et là des petits boulots, rencontrant des personnages étonnants.
Structuré par son propre code moral, il rejette l'hypocrisie familiale et refuse de donner de ses nouvelles à ses parents. Au bout de deux ans d'errance, il décide d'aller au but ultime de son voyage, en pleine nature en Alaska.

La critique : Le scénario du film s'est grandement inspiré du livre de Jon Krakauer, "Voyage au bout de la Solitude", qui racontait l'histoire vraie de Christopher McCandless. Sean Penn avait acheté le livre par hasard, et s'était immédiatement dit qu'il l'adapterait au cinéma, pensant d'abord à Leonardo DiCaprio pour le rôle principal.

"Sans cesser d'aimer l'homme, j'adore la nature" : ces quelques mots de Lord Byron ouvre ce film très littéraire, à l'instar de Chris/Alex, qui lit Tolstoï, Thoreau et Jack London. S'il n'est effectivement pas totalement misanthrope, Alex semble avoir fait sienne la phrase de Gide "Famille, je vous hais". Reprochant à son père d'avoir abandonné son demi-frère, à sa mère de s'être tue par souci de respectabilité, il rejette la voie toute tracée qui l'attend, faite de compromissions et de renoncements. Il n'en est pas pour autant rétif aux rencontres, qui jalonnent son parcours : un conducteur de moissonneuse recherché par la FBI, un couple de vieux hippies, des Danois hilares, une chanteuse adolescente, et un retraité de l'armée devenu graveur sur cuir.

S'il est prêt à échanger, il refuse pourtant de s'attacher, et les tentatives maladroites de ceux qui se prennent d'affection pour lui le conduisent à chaque fois à reprendre la route, toujours plus loin, toujours plus profond dans la nature, jusqu'à un bus abandonné en Alaska où il passe les cinq derniers mois de sa vie, abandonnant la chasse après avoir été traumatisé de découper un élan qu'il avait abattu. Et puis, ne professe-t-il pas que "la joie de vivre n'est pas avant tout dans les rapports humains" ?

Etrange film que celui que nous propose Sean Penn, à la fois road movie, réflexion philosophique parfois maladroite, et diapositives de voyage. Le Français Eric Gautier, qui avait déjà opéré pour "Carnets de Voyages" de Walter Salles, signe une superbe photographie, avec un jeu subtil sur la profondeur de champ, des couleurs contrastées qui épousent le changement des saisons et de savants mouvements de caméra.

Sean Penn n'hésite pas à faire appel à tout le catalogue de la mise en scène : split screens, ralentis, accélérés, flash subliminaux, distortion de l'image, jouant aussi de la déstructuration du récit, construit à partir de deux points de départs de la narration : le début du voyage et l'arrivée en Alaska, et ponctué de nombreux flash back ainsi que du commentaires off de sa soeur.

Pourtant, malgré toute cette virtuosité, on reste (enfin moi en tous les cas) extérieur à l'histoire. La faute à une durée excessive, pour un voyage sans but terriblement répétitif, malgré le découpage en chapitres sensé donner l'impression d'une progression, et au jeu trop lisse d'Emile Hirsch. Au bout des 2 h 27, il reste peu de compassion pour un personnage bien naïf, mais de superbes images et une façon de saisir la nature qui rappelle "Jeremiah Johnson".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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Dimanche 6 janvier 2008

Film hong-kongais de Yau Nai Hoi

Titre original : Eye in the Sky

Interprètes : Tony Leung Ka Fai (Le Fantôme), Kate Tsui (Piggy), Simon Yam (Le Chien)

Filatures2.jpg

Durée :
 1 h 30

Note :
7/10

En deux mots
: Premier film assez palpitant du scénariste de Johnnie To.

Le réalisateur :
Né en 1969 à Hong-Kong, Yau Nai Hoi a écrit une vingtaine de scénarios pour Johnnie To, depuis "Barefoot Kid" jusqu'à "Election". "Filatures", produit par Johnnie To, est son premier film en tant que réalisateur.

Le sujet : Une jeune recrue vient de rejoindre une unité de la police de Hong-Kong chargée des filatures. A la suite d'un hold-up, ils ont repéré un des guetteurs, et ils le prennent en chasse, jusqu'à identifier tous les membres de la bande. Mais alors que les gangsters s'apprêtent à commettre une nouvelle attaque à main armée, ils reçoivent un coup de téléphone et annulent leur opération.

L'unité d'intervention met la bande hors d'état de nuire, et la brigade chargée de la filature est maintenant sur la piste de leur mystérieux chef, qu'ils ont surnommé le fantôme. Mais celui-ci a repéré ses poursuiveurs, et les chasseurs peuvent devenir proie à leur tour...

La critique :
Rarement un titre (français) n'a été aussi explicite : "Filatures" parle de filatures, de ceux qui sont filés et de ceux qui filent. En effet, particularité de la police de Hong-Kong, il existe réellement une unité spécialisée dans la filoche et qui se retire quand vient le temps de l'intervention.

Le titre anglais est "Eye in the Sky", référence au précepte qu'enseigne le Chien (chacun des membres de la brigade a un surnom animalier, le Chien, le Serpent, la Crevette...) à sa nouvelle recrue, Piggy : "Comme un oeil dans le ciel, tu dois tout surveiller". Précepte qui s'applique parfaitement à la réalisation de Yau Nai Hoi, comme il l'explique : "Tourner à Hong Kong est compliqué si vous n'avez pas de gros moyens. Je ne pouvais pas me permettre de construire des décors ou de bloquer la circulation, ou de gérer la foule des passants. Donc parfois on plaçait la caméra suffisamment loin pour que nul ne la remarque, ce qui allait parfaitement avec ce que raconte le film : donner le sentiment de surveiller les choses et les gens à distance, comme des proies qui ignorent qu'elles en sont une. Le plus difficile, c'est qu'on avait rarement droit à une deuxième prise dans les rues. Tout va tellement vite que d'une prise à l'autre, rien n'est raccord : ni les voitures, ni les métros, ni les gens !".

Il s'amuse lors de la scène d'ouverture à nous montrer le Chien en train d'entraîner Piggy à la filature, tout en les faisant croiser un amateur de sudokus, qui n'est autre que le Fantôme, celui qui sera l'objet de leur surveillance dans toute la seconde moitié du film. Et dans un plan d'ensemble, alors que le Fantôme n'est encore qu'un passant, la caméra hésite avec Piggy avant de la suivre en train de suivre le Chien.

Je regrettais hier dans ma critique de "California Dreamin'"l'abus de la caméra portée comme substitut vériste à un véritable travail cinématographique. Ici, il y a certes des caméras portées en abondance, mais utilisées intelligemment au service du récit, au même titre que de nombreuses autres figures de la grammaire du cinéma : recadrages, plongées, montage interne, et même des zooms fréquents - peut-être trop -, le tout lié par un montage extrêmement dynamique. Et effectivement, cette sinuosité de la réalisation semble épouser à la fois le dédale des rues enchevétrées de Hong Kong, et la complexité des relais mis en place par la brigade pour que ses agents ne soient pas repérés.

Centré sur une action palpitante, "Filatures" prend quand même le temps de s'intéresser aux personnages, notamment le Chien, chef de groupe paternaliste et débonnaire, et la jeune recrue, Piggy. Acceptée dans la brigade grâce à ce constat du Chien "Comme tu as l'air cruche, tu passeras inaperçue" (Y a-t-il un humour caché vis-à-vis de l'actrice Kate Tsui, Miss Hong Kong 2004 ?), Piggy fait l'apprentissage des difficultés de ce métier, au premier rang desquels l'obligation de discrétion qui peut amener à ne pas intervenir quand un délit est commis, et c'est ce qu'elle symbolise quand, en pleurs, elle se lave les mains du sang d'un policier à un tuyau d'arrosage tenu par son mentor.

A partir d'une intrigue assez mince et plutôt classique, Yau Nai Hoi réussit à maintenir une tension constante dans ce jeu de piste haletant, une des premières bonnes surprise de 2008.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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Dimanche 6 janvier 2008

Film roumain de Christian Nemescu

Interprètes :
Armand Assante (Capitaine Jones), Ravzan Vasilescu (Doiaru), Maria Dinulescu (Monica), Ion Sapdaru (Le maire)

California.jpg

Durée :
 2 h 35

Note :
4/10

En deux mots
: Désert des tartares ferroviaire pour des GI's au fin fond de la Roumanie : longuet et caricatural.

Le réalisateur :
Né en 1979 à Bucarest, Cristian Nemescu réalise en 2005 un moyen-métrage, "Marinela de la P7". Il a trouvé la mort dans un accident de voiture en août 2006.

Le sujet : En 1999, alors que l'OTAN a commencé ses frappes contre la Serbie dans le cadre du conflit du Kosovo, le gouvernement roumain autorise le transport de matériel radar à travers le pays, escorté par une petite unité de l'armée américaine. En gare de Capaltina, Doiaru, chef de gare et chef de bande, décide de bloquer le convoi en l'attente de documents de douane.
Les boys désoeuvrés font l'objet des sollicitations des habitants de cette bourgade, à commencer par le maire qui rêve d'un jumelage avec une ville américaine. Le commandant de l'unité, le capitaine Jones, s'affronte à Doiaru dont l'hostilité aux Américains semble remonter à très loin.

La critique : "California Dreamin", c'est la chanson de
The mamas and the papas qu'utilise Andrei, l'amoureux transi de Monica, pour lui apprendre l'anglais, sésame indispensable afin de se faire comprendre des soldats US échoués à Capaltina et de sortir de ce trou perdu dans un repli de la carte de la Roumanie. Car, étrangement, en 1999, dans le lycée de la ville, on apprend l'espagnol.

La Californie, c'est aussi le lieu de fabrication marqué sur l'ailette de la bombe tombée en 1944 dans la cage d'escalier et qui arrête sa course folle au terme d'une scène d'ouverture époustoufflante juste devant un petit garçon qui deviendra un des protagonistes principaux de cette fable balkanique.

Cette première scène rappelle qu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les Américains bombardaient déjà la région au nom de la liberté, et la transition avec le moment de la narration, cette année 1999 où les forces de l'OTAN pilonnaient la Serbie coupable de purification ethnique au Kosovo, se fait grâce à la radio qui rapporte dans les mêmes termes les activités aériennes américaines.

Malheureusement, les qualités contenues dans ce flash back inaugural (alternance nerveuse de plans d'échelles différentes, rythme accéléré du montage) ne se retrouvent pas dans les 2 h 30 restantes, bien au contraire. Comme de nombreux réalisateurs des quatre coins du monde (de Paul Greengrass à Isild Le Besco), Cristian Nemescu pense que la caméra portée tressautante (y compris pour les plans fixes !) suffit à donner une impression de vérité documentaire, oubliant que ce qui compte, c'est ce qu'on met dans le cadre, et l'importance pour rendre le point de vue adopté du choix des cadrages et de leur liaison au montage.

Il est toujours difficile de filmer l'ennui sans tomber dedans, et Cristian Nemescu n'échappe pas à cette contradiction. Il peine à éviter la répétition, et la progression poussive du récit ressemble à celle du train bloqué en rase campagne, d'autant que le scénario multiplie les intrigues secondaires : le conflit social, les trafics de Doiaru, l'antagonisme entre celui-ci et le maire, les tensions entre le capitaine Jones et son sergent qu'il soupçonne de l'espionner, et les diverses amourettes. Comme en plus, de nombreuses scènes sont construites sur l'incompréhensions entre les Américains et leurs hôtes, chaque réplique est traduite soit en anglais, soit en roumain, allongeant encore plus un récit s'étire.

Certaines scènes semblaient annoncer un "Chat noir, Chat blanc" roumain, comme cette prise de contact entre le capitaine Jones et son officier de liaison interrompue par une fanfare jouant "The Star-Spangled Banner". Mais Nemescu ne possède ni le sens du rythme de Kusturica ni sa tendresse pour ses personnages, ici souvent cantonnés au rang de marionnettes caricaturales, comme le syndicaliste décrétant la grève spontanée, le maire (incarné par Ion Sapdaru, qui jouait le professeur dans "12 h 08 à l'est de Bucarest") emmenant les Américains voir un spectacle graveleux baptisé "Le Mystère Dracula", ou la midinette persuadée au bout de deux jours que son flirt avec un GI's se terminera par un mariage aux States.

Surnagent juste quelques scènes, parmi lesquelles l'apparition d'un sosie local d'Elvis, ou la leçon de cuisine du chef de gare qui explique au capitaine Jones dégustant son hachis que la viande est passée par le même traitement que celui que ses compatriotes font subir aux Yougoslaves.

La critique est assez enthousiaste pour ce film. Est-ce une prime automatique accordée à toute production roumaine, après les excellents "La Mort de Dante Lazarescu", "12 h 08 à l'est de Bucarest" et "4 mois, 3 semaines, 2 jours"  ? Ou est-ce une compassion post-mortem, un effet Gregory Lemarchal ? Preuve de la richesse et de la diversité de ce cinéma, il existe pourtant aussi des films roumains ratés.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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