Pages vues


FreeCompteur Live

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Dimanche 16 décembre 2007

Film belge de Benoît Mariage

Interprètes :
Benoît Poelvoorde (Daniel Piron), Gilbert Melki (Tony Sacchi), François Damiens (Franz), Julie Depardieu (Christelle)

Cowboy.jpg

Durée :
 1 h 36

Note :
6/10

En deux mots
: Fable douce-amère sur les chimères d'hier et la télévision d'aujourd'hui.

Le réalisateur :
Né en 1961 à Virton en Belgique, Benoît Mariage est diplômé en 1987 de l'INSAS, l'école nationale de cinéma. Il est reporter photographe pour la revue Vers l'Avenir pendant une dizaine d'années, puis il tourne plusieurs reportages pour l'émission-culte Strip Tease. Il réalise un court métrage en 1997, "Le Signaleur" qui reçoit le Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique à Cannes. Ce succès lui permet de tourner en 1999 son premier long métrage, "Les Convoyeurs attendent", suivi en 2002 par "L'Autre".

Le sujet : Daniel Piron est le présentateur de Airbag, l'émission de la sécurité routière. Frappé par l'absurdité de son travail et la perte des croyances de sa jeunesse, il décide de retrouver Tony Sacchi, auteur de la spectaculaire prise en otage d'un bus rempli d'adolescents 24 ans plus tôt. Il réussit à convaincre sa chaîne de tourner un documentaire montrant le "voyage cathartique" qu'il compte faire dans le bus de l'époque avec Tony et les otages maintenant âgés de 40 ans. Flanqué d'un cadreur et d'un preneur de son commis d'office, il va aller de désillusion en désillusion.

La critique : Cantonné à la présentation (acrobatique, certes) d'une émission de la Sécurité Routière, délégué aux discours des pots d'adieu, inscrit par son épouse à un cours de promenage de bébé, Daniel Piron se rend compte brusquement "qu'on est devenu tout ce qu'on détestait". Frappé par cette révélation, il veut retrouver la flamme qui l'habitait quand il était venu proclamer son soutien à la cause défendue par Tony Sacchi. Seulement voilà, il va tenter de réaliser ce retour vers le passé avec les procédés de celui qu'il est devenu...

Dans un même mouvement, il approuve son collègue qui affirme "le monde est pire qu'avant", et il refuse de donner sa pièce au petit Roumain qui lui nettoie son pare-brise de force. Il a beau parler de catharsis, théoriser que "l'essentiel même du cinéma, c'est le conflit" et citer en exemple John Ford et ses 48 prises pour la scène finale de "La Chevauchée fantastique", ce qu'il fait se situe au pire niveau de la télé-poubelle d'aujourd'hui et de ses docu-fictions bidonnés.

Grand baratineur, Daniel Piron assène des phrases choc comme "On remonte dans le bus de l'enfer", ou "On sublime le quotidien" pour justifier la mise en scène d'un découpage d'oignons des Zacchi père et fils qu'un habile cadrage et une musique sirupeuse transforment en réconciliation lacrymale. 

On l'a compris, dans le prolongement de "Les Convoyeurs attendent", "Cowboy" est une farce salée-sucrée, et comme toute farce, l'excés fait partie du procédé narratif. Ca fait parfois mouche, comme le décalage burlesque entre le discours emphatique de Daniel Piron et le pragmatisme de ses deux techniciens à la dégaine impayable. Comme dans "La Loi du plus faible" de Lucas Belvaux, Benoît Mariage aligne une collection de trognes savoureuses, barakis hargneux ou figurants hébétés.

Parfois aussi, ça ne prend pas, comme quand Daniel reconstitue la prise d'otage sur le sable de la mer du Nord, ou quand il demande à Liliane, une ex-otage tombée amoureuse de Zacchi, de mettre à sa bouche le mégot qu'il lui avait envoyé de sa prison. Cette exagération un peu lourdingue plombe parfois le rythme et nuit à l'atmosphère d'absurde poétique qui baigne le film, symbolisée par la dernière scène du film où Daniel chante dans une chorale "Non, non, rien n'a changé" des Poppys, dernière illustration de ces adultes aux comportements si enfantins.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 15 décembre 2007

Film français d'Abdellatif Khechiche

Interprètes : Habib Boufares (Slimane), Hafsia Herzi (Rym), Faridah Benkhetache (Karima), Sabrina Ouazani (Olfa)

Graine.jpg

Durée :
 2 h 31

Note :
7/10

En deux mots
: En réalisant un projet vieux de dix ans, Abdellatif Khechiche ne retrouve la grâce de "L'Esquive" que par intermittence.

Le réalisateur :
Né en 1960 à Tunis, Abdellatif Khechiche arrive en France à Nice à l'âge de 6 ans. Après après avoir pris des cours de théâtre au Conservatoire d'Antibes, il commence une carrière de comédien au théâtre et au cinéma ("Le Thé à la Menthe" d'Abdelkrim Bahloul, "Les Innocents" de Téchiné, "Bezness", de Nouri Bouzid). Il réalise son premier film en 2000, "La Faute à Voltaire" qui obtient le Lion d'Or de la meilleure Première Oeuvre à Venise. Son deuxième long métrage, "L'Esquive", obtient en 2003 quatre Césars, dont celui du meilleur film.

Le sujet : Slimane Beiji travaille depuis 35 ans dans un chantier naval à Séte. Il est séparé de sa femme Souad, qui fait le meilleur couscous au poisson du monde, mais il a gardé un contact étroit avec tous ses enfants. Il vit avec Latifa, qui tient un hôtel meublé où il habite, et la fille de cette dernière, Rym, le considère comme son père. Quand il est licencié, il décide d'investir sa prime dans l'achat d'un vieux rafiot pour le transformer en restaurant. Aidée de Rym, il se lance dans les démarches auprès de la banque, de la mairie, des services sanitaires, pendant que toute la famille se mobilise pour que se réalise le rêve de Slimane.

La critique : Dans "La Faute à Voltaire", Sami Bouajila ditribuait un prospectus invitant à la projection d'un film appelé "La Graine et le Mulet". C'est dire qu'avant de tourner son premier long métrage, Abdellatif Khechiche avait déjà écrit le scénario de ce qui deviendra sept ans plus tard son troisième film. Car s'il a transposé le Nice de son enfance à Séte, il y a forcément beaucoup de choses vécues dans ce conte social, où un homme seul réussit à mobiliser autour de son projet Arabes, Espagnols et Français de souche, famille de sang et famille de coeur, bénévoles et bureaucrates, ce qui ressemble furieusement à une métaphore de ce que représente un tournage ; et quand l'acteur de "La Faute à Voltaire", Mustapha Adouani, tombe malade alors qu'ils avaient commencé les répétitions, c'est à un camarade de travail de son père qu'il s'adresse pour jouer le rôle de Slimane.

On connaît la méthode de travail et la façon de filmer d'Abdellatif Khechiche, réalisateur-acteur formé au théâtre : faire vivre à ses acteurs et comédiens une vie de troupe, répéter longuement les scènes en enrichissant les dialogues des propositions des acteurs, et laisser le temps aux scènes d'aller jusqu'au bout en prenant le risque de saturer. Ces scènes montrées dans la continuité ne sont pas des plans séquence ; au contraire, elles sont jouées et rejouées, filmés sous de nombreux angles, souvent en plans très serrés, et le montage se fait oublier grâce à la force du jeu des acteurs et à l'aptitude si reconnaissable de Khechiche à restituer la tension des affrontements verbaux.

Car dans le cinéma de Khechiche, les femmes compensent la dureté de leur condition par la maîtrise de la parole, alors que les hommes coincés dans l'étau de leur éducation, ne trouvent pas l'accès aux mots pour exprimer leurs émotions. Il y a une proximité entre Krimo, l'adolescent mal à l'aise dans la langue de Marivaux, et Slimane, le vieil homme taiseux qui n'arrive pas à dire l'humiliation de sa vieillesse, de la perte du travail comme de celle du désir.

De même, Rym ou Karima sont les cousines provençales de Lydia et Frida (dont l'actrice, Sabrina Ouazani, jouent ici une des filles de Slimane), et le langage des cités métissé de quelques mots d'arabe se teinte de l'accent du sud, nous valant cette proclamation de Rym: "Quand il y a du couscous, je connais dégun". Il y a donc des scènes captivantes, comme ce repas de famille élargie où les hommes discertent de l'influence de la texture des nouvelles couches sur l'incontinence des enfants pendant que les soeurs sermonent leur frère irresponsable, ou celle où Rym pour convaincre sa mère de ravaler sa fierté et d'aller au repas inaugural de l'autre famille vide son coeur de tout ce trop-plein de responsabilités qu'elle doit assumer. Dans cette dernière scène comme dans l'ensemble du film, la jeune Hafsia Herzi est formidable, ce qu'a reconnu la Mostra de Venise en lui décernant le Prix Marcello-Mastroianni.

Malheureusement, Abdellatif Khechiche n'a pas toujours eu la même préscience du moment où il fallait arrêter la scène, et certaines d'entre elles s'éternisent (la danse du ventre), quand elles ne sonnent pas carrément faux (la crise de Julia), et la tension habilement créée autour du succès ou de l'échec de la soirée inaugurale glisse imperceptiblement vers un sentiment de malaise, où le "comment cela va-t-il se finir ?" se transforme en "quand cela va-t-il se finir ?". 

Si les démarches de Slimane et de Rym endimanchés auprès des décideurs sont assez justes avec les lapsus raymondbarriens de leurs interlocuteurs  ("Un restaurant de couscous, en plus", "C'est comme ça que ça se passe, en France"), les petits complots des notables locaux lors du repas sur le bateau sont un peu caricaturaux, et on regrette de ne pas être resté à un niveau plus symbolique, comme cette demande refusée d'accoster au Quai de la République.

Malgré ces défauts, une durée un poil excessive et une fin ultra cut, "La Graine et le Mulet" est quand même un film passionnant d'un auteur qui évoque à la fois Cassavetes et les frères Dardenne tout en ayant réussi en trois films à créer un style reconnaissable entre tous.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Dimanche 2 décembre 2007

Film américain de James Gray

Titre
original : We own the Night

Interprètes : Joachim Phenix (Bobby), Mark Wahlberg (Joe), Robert Duvall (Burt Grusinsky), Eva Mendes (Amada)

Own.jpg

Durée :
 1 h 54

Note :
6/10

En deux mots
: Le troisième film de James Gray, encensé par la critique, mais un peu décevant.

Le réalisateur :
Né en 1969 à Queen's, James Gray a été marqué par les films de Coppola. A 25 ans, il réalise "Little Odessa" qui obtient le Lion d'Argent à Venise en 1994. Il réalise en 2000 "The Yards", déjà avec Mark Wahlberg et Joachim Phenix.

Le sujet :
A New York, à la fin des années 80, Bobby Green s'est vu confier la gérance d'une boîte de nuit par un notable de la communauté russe. Bobby cache à tout son entourage qu'il est le fils de Burt et le frère de Joe Grusinsky, célèbres membres de la police de New York. Pour essayer de piéger Vadim Nejinski, mafieux brutal qui fréquente la boîte de Bobby, ils demandent à ce dernier de les aider à le piéger. Bobby refuse, mais quand son frère est abattu devant chez lui  et laissé pour mort, et lorsque Nejinski lui annonce que son père est le prochain sur sa liste, il sait qu'il va lui falloir choisir son camp.

La critique :
 "We own the night", c'est la devise inscrite sur l'écusson de la brigade criminelle du NYPD, telle que nous la découvrons sur les photos en noir et blanc qui défilent en ouverture. Pourtant, cette affirmation est battue en brèche à la fin de ces années de ces années 80, tant la mafia russe méprise les policiers qu'elle qualifie de "Mickey Mouse".

Beau générique, belle première scène torride entre Eva Mendes et Joachim Phenix sur "Heart of glass" de Blondie, puis une petite fête chez les flics new-yorkais dans une église, "La Nuit nous appartient" démarre très bien même si d'emblée la photographie de Joaquin Baca-Asay semble bien terne.

Et puis progressivement après tant de promesses, on sent s'installer la déception ; devant le scénario, à la fois invraisemblable (le fils et frère des deux principaux flics antimafia est recruté par les dealers russes qui lui annoncent qu'ils vont buter son père) et prévisible (le fiston qui par amour filial quitte le côté obscur de la force), devant le jeu monolithique de Joachim Phénix qu'on a connu plus inspiré, et devant la vacuité des dialogues ("Ta pauvre mère t'a toujours tout cédé").

On ne peut pas faire le reproche à James Gray de suivre un effet de mode, puisque "Little Odessa" se passait il y a treize ans déjà dans le milieu de la pègre russo-ukrainienne, mais force est de reconnaître que le Russe a détrôné le Français et l'Arabe dans le rôle du méchant du cinéma américain, et ici il n'est pas mieux traité que dans "Les Promesses de l'Ombre", avec un aspect délibérement caricatural qu'on s'attendrait plutôt à trouver chez Besson.

Autant j'ai trouvé la critique sévère, voire de parti pris avec "My Blueberry Nights", autant l'enthousiasme avec laquelle elle a accueilli "La Nuit nous appartient" m'a interloqué. Est-ce la rareté de James Gray qui lui confère une auréole digne de Stanley Kubrick ou de Terrence Malick ? Il fait effectivement tout pour entretenir de mythe naissant, notamment en s'auto-citant (ce qui est une gageure quand on n'a que deux films derrière soi), la scène finale rappelant fortement celle de "Little Odessa" (le terrain vague, le vieil homme agenouillé).

Reste quelques fulgurances, comme la poursuite sous la pluie battante (rajoutée à l'ordinateur), ou certaines scènes aux accents melvilliens. Tirant parfois vers le western, "La Nuit nous appartient"ne peut que nous laisser sur notre faim, quand il ne provoque pas l'agacement devant l'alignement de clichés moralisateurs.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Samedi 1 décembre 2007

Film américain, hong-kongais de Wong Kar-Wai

Interprètes : Norah Jones (Lizzie), Jude Law (Jeremy), Rachel Weisz (Sue Lynne), Natalie Portman (Leslie), David Strathairn (Arnie)

Blueberry.jpg

Durée :
 1 h 35

Note :
8,5/10

En deux mots
: En traversant le Pacifique, Wong Kar-Wai intègre brillamment les mythes américains à son univers plastique et narratif.

Le réalisateur :
Né en 1958 à Shangaï, Wong Kar-Waï suit sa famille quand elle émigre à Hong-Kong en 1963. Diplômé en arts plastiques, il devient assistant de production puis scénariste à la télévision. En 1988, il écrit et réalise son premier film, "As Tears go by". En 1990, il tourne pour la première fois avec Maggie Cheung et Tony Leung "Nos Années sauvages". La même année, il sort une fresque historique, "Les Cendres du Temps", et "Chungking Express" tourné de nuit, caméra à l'épaule. En 1997, il réalise "Les Anges déchus" et "Happy together", tourné en Argentine, et qui obtient le Prix de la mise en scène à Cannes. Son film suivant, "In the Mood for Love", permet à Tony Leung de décrocher le prix d'interprétation masculine en 2000. Il en tourne en 2004 une suite/variation, "2046".
Wong kar-Waï a été le président du Festival de Cannes en 2006.

Le sujet : Lizzie vient de se faire plaquer par l'homme avec lequel elle pensait construire sa vie. Elle l'attend plusieurs soirs dans le bar de Jérémy, qui l'écoute et se confie à elle. Elle part ensuite dans un long périple à travers l'Amérique, trvaillant comme serveuse pour pouvoir s'acheter une voiture et continuer sa route pour oublier cette rupture. Elle écrit régulièrement à Jeremy, et lui raconte ses rencontres : Arnie, le policier qui refuse sa séparation d'avec sa femme Sue Lynne, Leslie, joueuse professionnelle avec qui elle partage la route quelque temps.

La critique : Déjà à Cannes, la critique avait boudé "My Blueberry Nights", le qualifiant de film mineur, voire de "carte postale du touriste Wong Kar-Waï en vacances en Amérique", quand ils ne déclaraient pas que le réalisateur hong-kongais avait " perdu tous ses pouvoirs magiques en changeant de langue et de continent". 

Diantre. Ces estimables critiques n'ont pas dû voir le même film que moi, même si une nouvelle fois les bruits de mastication de la rongeuse de popcorn de la séance de 11 h 00 au Georges V ne m'ont pas aidé à rentrer dans ce café movie envoûtant. Les cinq premières minutes du film pouvaient donner du crédit à l'idée d'une américanisation du récit, avec une séparation téléphonique de Norah Jones avec son désormais ex menée tambour battant, loin de la langueur des expéditions de ravitaillement en nouilles de Madame Chan.

Mais très vite, on retrouve ce qui fait d'un film de WKW un objet aussi reconnaissable : un savant découpage du cadre entre différentes cases délimités par des éléments du décor (portes, vitres, comptoir, horloges), un jeu sur la profondeur de champ permettant d'isoler un détail ou un personnage, un cadrage fréquent des personnages bord cadre et tournés vers le hors champ, des couleurs électriques et contrastées (même si Christopher Doyle a laissé la place à Darius Khondji, le chef-op de "Delicatessen" et de "Seven"), une distortion du temps par le jeu du montage, d'un ralenti légèrement stroboscopique et de l'utilisation de la musique comme révélateur de la pulsation de la scène.

La virtuosité avec laquelle le réalisateur décline pendant la première demi-heure les nombreuses façons de filmer le bar new-yorkais est époustouflante, avec notamment une caméra de surveillance au chromatisme déréglé qui capte la bagarre qui nous vaut une conversation entre Jeremy et Lizzie, tous deux la tête renversée pour lutter contre leur saignement de nez. Et après ces longs échanges un peu verbeux, ces discussions de fin de soirée dépressive, l'émotion nous prend brusquement en voyant Lizzie pleurer face à un écran hors champ dont on sait qu'il lui montre la tromperie de son copain, émotion renforcée par la façon de capter cette scène de loin, comme si nous la dérobions à ses acteurs.

Dans Télérama, Pierre Murat dit "Séduisant au possible, My Blueberry Nights reste néanmoins un film mineur, parce que Wong Kar-wai n'y filme que le temps qui se perd et peut encore être sauvé". Mais Wong Kar-Wai a t-il jamais filmé autre chose, que cette fuite du temps et les béances laissées par les regrets et les occasions manquées ? Le train de "2046" est remplacé ici par le metro new-yorkais,
 les intertitres sont en anglais et Lizzie et Sue Lynne se croisent dans le couloir étroit du bar de Memphis comme Mr Chow et Bai Ling.

Le scénario (pour une fois, Wong Kar-Wai s'est adjoint les services d'un co-scénariste, Lawrence Block) est plus structuré que celui des derniers films hong-kongais, faits de réminiscences et de glissements ; on y retrouve des thèmes typiquement américains, comme la violence dans le couple, les reproches dans la relation au père ou l'addiction au jeu. C'est parfois maladroit, mais les dialogues un poil trop écrits se font vite oublier au profit de la fulgurance de la réalisation.

Et puis, Wong Kar-Wai a d'emblée trouvé des équivalents anglo-saxons à Maggie Cheung, Zhang Ziyi ou Tony Leung, avec une Norah Jones très à l'aise pour sa première apparition à l'écran, un Jude Law craquant, une Rachel Weisz femme fatale et une Natalie Portman joueuse ambigue.

"Blueberry Night" est de ces films que l'on regarde en se délectant déjà de pouvoir le voir et le revoir en DVD, tant chaque plan donne envie de le disséquer, de comprendre l'alchimie entre composition savante, sens du rythme et place de la musique de Ry Cooder. Alors oui, Wong Kar-Wai fait du Wong Kar-Wai, mais quel plaisir...

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
référencer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus