Film belge de Benoît Mariage
Interprètes : Benoît Poelvoorde (Daniel Piron), Gilbert Melki (Tony Sacchi), François Damiens (Franz), Julie Depardieu (Christelle)

Durée : 1 h 36
Note : 6/10
En deux mots : Fable douce-amère sur les chimères d'hier et la télévision d'aujourd'hui.
Le réalisateur : Né en 1961 à Virton en Belgique, Benoît Mariage est diplômé en 1987 de l'INSAS, l'école nationale de cinéma.
Il est reporter photographe pour la revue Vers l'Avenir pendant une dizaine d'années, puis il tourne plusieurs reportages pour l'émission-culte Strip Tease. Il réalise un court
métrage en 1997, "Le Signaleur" qui reçoit le Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique à Cannes. Ce succès lui permet de tourner en 1999 son premier long métrage, "Les
Convoyeurs attendent", suivi en 2002 par "L'Autre".
Le sujet : Daniel Piron est le présentateur de Airbag, l'émission de la sécurité routière. Frappé par l'absurdité de son travail et la perte des
croyances de sa jeunesse, il décide de retrouver Tony Sacchi, auteur de la spectaculaire prise en otage d'un bus rempli d'adolescents 24 ans plus tôt. Il réussit à convaincre sa chaîne de
tourner un documentaire montrant le "voyage cathartique" qu'il compte faire dans le bus de l'époque avec Tony et les otages maintenant âgés de 40 ans. Flanqué d'un cadreur et d'un preneur de son
commis d'office, il va aller de désillusion en désillusion.
La critique : Cantonné à la présentation (acrobatique, certes) d'une émission de la Sécurité Routière, délégué aux discours des pots d'adieu, inscrit par son
épouse à un cours de promenage de bébé, Daniel Piron se rend compte brusquement "qu'on est devenu tout ce qu'on détestait". Frappé par cette révélation, il veut retrouver la flamme qui
l'habitait quand il était venu proclamer son soutien à la cause défendue par Tony Sacchi. Seulement voilà, il va tenter de réaliser ce retour vers le passé avec les procédés de celui qu'il est
devenu...
Dans un même mouvement, il approuve son collègue qui affirme "le monde est pire qu'avant", et il refuse de donner sa pièce au petit Roumain qui lui nettoie son pare-brise de force. Il a
beau parler de catharsis, théoriser que "l'essentiel même du cinéma, c'est le conflit" et citer en exemple John Ford et ses 48 prises pour la scène finale de "La Chevauchée
fantastique", ce qu'il fait se situe au pire niveau de la télé-poubelle d'aujourd'hui et de ses docu-fictions bidonnés.
Grand baratineur, Daniel Piron assène des phrases choc comme "On remonte dans le bus de l'enfer", ou "On sublime le quotidien" pour justifier la mise en scène d'un découpage
d'oignons des Zacchi père et fils qu'un habile cadrage et une musique sirupeuse transforment en réconciliation lacrymale.
On l'a compris, dans le prolongement de "Les Convoyeurs attendent", "Cowboy" est une farce salée-sucrée, et comme toute farce, l'excés fait partie du procédé narratif. Ca fait
parfois mouche, comme le décalage burlesque entre le discours emphatique de Daniel Piron et le pragmatisme de ses deux techniciens à la dégaine impayable. Comme dans "La Loi du plus faible" de Lucas Belvaux, Benoît Mariage aligne une collection de trognes savoureuses, barakis hargneux ou
figurants hébétés.
Parfois aussi, ça ne prend pas, comme quand Daniel reconstitue la prise d'otage sur le sable de la mer du Nord, ou quand il demande à Liliane, une ex-otage tombée amoureuse de Zacchi, de mettre à
sa bouche le mégot qu'il lui avait envoyé de sa prison. Cette exagération un peu lourdingue plombe parfois le rythme et nuit à l'atmosphère d'absurde poétique qui baigne le film, symbolisée par
la dernière scène du film où Daniel chante dans une chorale "Non, non, rien n'a changé" des Poppys, dernière illustration de ces adultes aux comportements si enfantins.
Cluny
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