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Jeudi 1 novembre 2007

Film américain de Woody Allen

Interprètes :
Colin Farrell (Terry), Ewan Mc Gregor (Ian), Tom Wilkinson (Howard)

Cassandre.jpg

Durée :
 1 h 48

Note :
6/10

En deux mots
: Le Woody Allen annuel, pas un des meilleurs.

Le réalisateur :
Né en 1935 à Brooklyn, Woody Allen a commencé comme gagman pour Bob Hope puis comme rédacteur du show télévisé de Garry Moore. Il réalise son premier film en 1969 "Prends l'oseille et tire-toi", suivi en 1971 de "Bananas", puis en 1972 de "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander". Depuis maintenant trente-cinq ans et au rythme d'un film par an, il alterne les comédies de genre ("Guerre et Amour", "Zelig", "Annie Hall", "Manhattan"), les comédies dramatiques aux accents bergmaniens ("Intérieurs", "Hannah et ses soeurs"), les comédies sentimentales ("Maudite Aphrodite", "Tout le monde dit I love you" "Melinda et Melinda")  et les comédies policières ("Meurtres mystérieux à Manhattan", "Coups de feu sur Broadway", "Escroc mais pas trop", "Match Point", "Scoop").

Le sujet :
Ian et Terry sont frères, inéparables et complices. Ian travaille au restaurant familial en espérant enfin réussir ses investissements mirifiques ; Terry travaille dans un garage, et il claque régulièrement ses maigres ressources au jeu. Ensemble, ils achètent un vieux voilier pour 6 000 £. Quand Terry perd 90 000 £ au poker, et quand Ian rencontre une actrice qui rêve d'un autre train de vie, tous les deux se tournent vers Howard, l'oncle d'Amérique.

Seulement cette fois, Howard exige une contrepartie, et pas des moindres : qu'ils liquident un associé qui s'apprête à révéler ses malversations. Après avoir longuement hésité, ils décident de satisfaire cette demande. Ian  se débarasse assez vite de ses problèmes de conscience ; Terry, par contre, n'arrive pas à surmonter la culpabilité qui le ronge.

La critique :
 "Le Rêve de Cassandre", drôle de nom pour un bateau, annonciateur du malheur à venir. Pourtant, ce yatch en bois qui évoque celui de "Plein Soleil", c'est le jouet qui permet aux deux frères d'oublier leurs soucis pécuniaires et de retrouver l'insouciance et la complicité de l'enfance ; sur la terre ferme, leur vie d'adulte se résume à une suite de désillusions financières. 

Car c'est une particularité de ce troisième Woody Allen tourné dans l'Angleterre post-blairienne : on n'y parle que d'argent. Celui qu'on a et qu'on va claquer, celui qu'on espère gagner dans des placements hasardeux, celui qu'on va quémander auprès du tonton providentiel et dont on découvre qu'il n'est pas si propre que ça. Symbole de la réussite et surtout de l'échec dans une société ultralibérale où tout se mesure aux signes extérieurs de richesse, il obnubile deux sympathiques loosers et les transforme en assassins.

On retrouve le même engrenage fatal que dans "Match Point", mais l'intrigue semble avoir ici moins d'importance ; ce qui paraît être le véritable sujet, c'est le dilemne moral qui simpose aux deux frères, et la réponse différente que chacun va y donner.
 
Moins enlevé que "Match Point", moins drôle que "Scoop" (et même pas drôle du tout), "Le Rêve de Cassandre" a pourtant tous les ingrédients d'un Woody Allen : des dialogues interminables, une mise en scène classique mais impeccable, un cadre soigné et des mouvements fluides, et la présence de grands acteurs ravis de faire la pige. Mais cette maîtrise du rythme souligne l'aspect répétitif des dialogues ("On le fait?", "On le fait pas ?", puis "On a eu raison", "On aurait pas dû...") et le vide relatif de l'intrigue, et on commence à s'ennuyer jusqu'au deux-tiers du film.

Heureusement, le combat interne de Terry joué par un Colin Farrell très convaincant réussit à nous sortir de notre torpeur sur la fin, et la distance où nous avait laissé les bavardages incessants laisse la place à l'émotion devant la spirale implacable de la loose et du malheur. Cette substance tardive est décevante si on évoque "Annie Hall" ou "Manhattan", mais un Woody Allen mineur et même plutôt raté reste quand même toujours plus intéressant que bien des films sortis dans 400 salles.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de novembre 2007
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