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Dimanche 6 janvier 2008

Film roumain de Christian Nemescu

Interprètes :
Armand Assante (Capitaine Jones), Ravzan Vasilescu (Doiaru), Maria Dinulescu (Monica), Ion Sapdaru (Le maire)

California.jpg

Durée :
 2 h 35

Note :
4/10

En deux mots
: Désert des tartares ferroviaire pour des GI's au fin fond de la Roumanie : longuet et caricatural.

Le réalisateur :
Né en 1979 à Bucarest, Cristian Nemescu réalise en 2005 un moyen-métrage, "Marinela de la P7". Il a trouvé la mort dans un accident de voiture en août 2006.

Le sujet : En 1999, alors que l'OTAN a commencé ses frappes contre la Serbie dans le cadre du conflit du Kosovo, le gouvernement roumain autorise le transport de matériel radar à travers le pays, escorté par une petite unité de l'armée américaine. En gare de Capaltina, Doiaru, chef de gare et chef de bande, décide de bloquer le convoi en l'attente de documents de douane.
Les boys désoeuvrés font l'objet des sollicitations des habitants de cette bourgade, à commencer par le maire qui rêve d'un jumelage avec une ville américaine. Le commandant de l'unité, le capitaine Jones, s'affronte à Doiaru dont l'hostilité aux Américains semble remonter à très loin.

La critique : "California Dreamin", c'est la chanson de
The mamas and the papas qu'utilise Andrei, l'amoureux transi de Monica, pour lui apprendre l'anglais, sésame indispensable afin de se faire comprendre des soldats US échoués à Capaltina et de sortir de ce trou perdu dans un repli de la carte de la Roumanie. Car, étrangement, en 1999, dans le lycée de la ville, on apprend l'espagnol.

La Californie, c'est aussi le lieu de fabrication marqué sur l'ailette de la bombe tombée en 1944 dans la cage d'escalier et qui arrête sa course folle au terme d'une scène d'ouverture époustoufflante juste devant un petit garçon qui deviendra un des protagonistes principaux de cette fable balkanique.

Cette première scène rappelle qu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les Américains bombardaient déjà la région au nom de la liberté, et la transition avec le moment de la narration, cette année 1999 où les forces de l'OTAN pilonnaient la Serbie coupable de purification ethnique au Kosovo, se fait grâce à la radio qui rapporte dans les mêmes termes les activités aériennes américaines.

Malheureusement, les qualités contenues dans ce flash back inaugural (alternance nerveuse de plans d'échelles différentes, rythme accéléré du montage) ne se retrouvent pas dans les 2 h 30 restantes, bien au contraire. Comme de nombreux réalisateurs des quatre coins du monde (de Paul Greengrass à Isild Le Besco), Cristian Nemescu pense que la caméra portée tressautante (y compris pour les plans fixes !) suffit à donner une impression de vérité documentaire, oubliant que ce qui compte, c'est ce qu'on met dans le cadre, et l'importance pour rendre le point de vue adopté du choix des cadrages et de leur liaison au montage.

Il est toujours difficile de filmer l'ennui sans tomber dedans, et Cristian Nemescu n'échappe pas à cette contradiction. Il peine à éviter la répétition, et la progression poussive du récit ressemble à celle du train bloqué en rase campagne, d'autant que le scénario multiplie les intrigues secondaires : le conflit social, les trafics de Doiaru, l'antagonisme entre celui-ci et le maire, les tensions entre le capitaine Jones et son sergent qu'il soupçonne de l'espionner, et les diverses amourettes. Comme en plus, de nombreuses scènes sont construites sur l'incompréhensions entre les Américains et leurs hôtes, chaque réplique est traduite soit en anglais, soit en roumain, allongeant encore plus un récit s'étire.

Certaines scènes semblaient annoncer un "Chat noir, Chat blanc" roumain, comme cette prise de contact entre le capitaine Jones et son officier de liaison interrompue par une fanfare jouant "The Star-Spangled Banner". Mais Nemescu ne possède ni le sens du rythme de Kusturica ni sa tendresse pour ses personnages, ici souvent cantonnés au rang de marionnettes caricaturales, comme le syndicaliste décrétant la grève spontanée, le maire (incarné par Ion Sapdaru, qui jouait le professeur dans "12 h 08 à l'est de Bucarest") emmenant les Américains voir un spectacle graveleux baptisé "Le Mystère Dracula", ou la midinette persuadée au bout de deux jours que son flirt avec un GI's se terminera par un mariage aux States.

Surnagent juste quelques scènes, parmi lesquelles l'apparition d'un sosie local d'Elvis, ou la leçon de cuisine du chef de gare qui explique au capitaine Jones dégustant son hachis que la viande est passée par le même traitement que celui que ses compatriotes font subir aux Yougoslaves.

La critique est assez enthousiaste pour ce film. Est-ce une prime automatique accordée à toute production roumaine, après les excellents "La Mort de Dante Lazarescu", "12 h 08 à l'est de Bucarest" et "4 mois, 3 semaines, 2 jours"  ? Ou est-ce une compassion post-mortem, un effet Gregory Lemarchal ? Preuve de la richesse et de la diversité de ce cinéma, il existe pourtant aussi des films roumains ratés.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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Mercredi 2 janvier 2008

Film anglais de Ken Loach  

Interprètes :
Krieston Wareing (Angie), Juliet Lewis (Rose), Leslaw Zurek (Karol)

Free.jpg

Durée :
 1 h 33

Note :
7/10

En deux mots
: Le grand Ken s'attaque cette fois à l'exploitation des travailleurs des pays de l'Est, en choisissant de suivre l'exploiteuse, à la fois victime et bourreau.

Le réalisateur :
Né en 1936 en Angleterre d'un père ingénieur, Ken Loach fait de brillantes études à Oxford. D'abord comédien, puis metteur en scène au théâtre, il rentre comme réalisateur à la BBC en 1963. En 1967, il tourne son premier long métrage, "Pas de larme pour Joy". Son second film, "Kes" (1970), l'histoire d'un enfant rejeté qui  apprivoise un faucon, est présenté à Cannes. En 1972, "Family Life", film terrible sur une adolescente acculée à la folie par sa famille, rencontre un grand succès critique. Après un long retour à la télévision, il revient au cinéma pour dénoncer les ravages de l'Angleterre thatcherienne sur la classe ouvrière : "Riff Raff"(1991), "Raining Stones" (1993), "Ladybird" (1993),  "My Name is Joe" (1998), "The Navigators" (2001). Il traite aussi d'autres sujets politiques : le conflit irlandais ("The Hidden Agenda", 1991), la guerre d'Espagne ("Land and Freedom"), le Nicaragua sandiniste ("Carla's Song", 1995), l'exploitation des travailleurs latinos à Los Angeles ("Bread and Roses").
Il obtient la Palme d'Or en 2006 pour "Le Vent se lève".

Le sujet : Angie a 33 ans, un garçon de 11 ans qui vit mal l'absence du père, 12 000 £ de dettes, et un boulot de recruteuse dans les pays de l'Est. Virée pour avoir giflé un supérieur qui lui avait manqué de respect, elle décide de monter une boîte d'intérim avec sa colocataire, Rose.
Avec toute son énergie, elle va chercher à s'imposer malgré les sarcasmes de son père, en utilisant des moyens en marge de la légalité et en s'asseyant sur ses principes moraux.

La critique : Après chacune de ses excursions dans l'histoire ("Land and Freedom", "Le Vent se lève") ou de l'autre côté de l'Atlantique ("Carla's Song", "Bread and Roses"), Ken Loach a toujours ressenti le besoin de revenir à ses chroniques de la vie sociale de son pays, marquée par le thatcherisme puis par le blairisme, deux doctrines pronant un libéralisme décomplexé.

Le "Free" du titre ne signifie pas "libre", ou alors au sens de libre marché ou de libre entreprise. La liberté du monde décrit par Ken Loach se conçoit en fonction de son intérêt économique : liberté de circulation en Europe, afin d'amener en Grande-Bretagne une manoeuvre bon marché, liberté d'entreprendre
 qui permet à Angie et Rose de démarrer leur boîte sans déclaration ni locaux, liberté du travail qui se traduit brutalement par un marché aux esclaves quotidien où Angie choisit ceux qui auront le bonheur de travailler.

Il existe bien des règlements, notamment un qui condamne à cinq ans de prison les employeurs de sans-papiers. Mais dans le milieu des nègriers modernes circule un jugement où un mafieux coupable d'avoir employé des centaines de sans papiers s'est vu condamné à un simple avertissement, véritable encouragement à franchir la deadline. C'est la transgression de cette limite qui amène Rose à abandonner Angie, ça et la stupéfaction de voir sa copine se transformer en véritable salope.

Car pour une fois, Ken Loach a choisi de s'intéresser aux exploiteurs, et plus particulièrement à Angie, représentative d'une nouvelle génération pour laquelle les valeurs de solidarité, de lutte collective et de compassion ont laissé la place aux notions de compétition, de succés et de fortune. Quand son père lui rappelle qu'il n'y a pas que l'argent dans la vie, elle se justifie en opposant son parcours au sien : "Tu as eu le même travail pendant 30 ans, moi à mon âge j'ai déjà eu 30 jobs".

L'intelligence de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty repose dans le fait de nous présenter Angie sous ses différents aspects : victime elle-même de la compétition et de l'injustice dans son travail, confrontée à une vie personnelle difficile, elle sait montrer des élans de générosité, par exemple quand elle héberge pour une nuit Mahmoud et sa famille avant de leur trouver une caravane, et l'on finirait presque par souhaiter une happy end à sa success story.

Mais le même engrenage qui entraîne souvent les héros des films de Ken Loach vers le drame conduit cette fois Angie à des actes moralement ignobles, ses valeurs s'étant depuis longtemps dissoutes devant le principe selon lequel la fin justifie les moyens. Et l'affection que le spectateur commençait à ressentir pour Angie rend son acte encore plus insupportable, d'autant plus que la qualité du jeu de la débutante Krieston Wareing rend son personnage parfaitement crédible, preuve s'il en était encore besoin du talent de Ken Loach comme directeur d'acteurs.

"It's a free World..." est peut-être un des films les plus noirs de Ken Loach, et ce n'est pas peu dire ; sans doute parce qu'on n'y voit même pas le combat des victimes, et que la logique de ce monde est aussi désesperante que celle des républicains irlandais oubliant la dimension sociale de leur combat une fois arrivés au pouvoir. Mais ce pessimisme a quelque chose de salutaire, comme l'est d'indéfectible fidélité du réalisateur de "Kes" à ces valeurs qui font si cruellement défaut à son héroïne.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
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Lundi 31 décembre 2007

Film nord-coréen de In Hak-Jang

Titre original : The Schoolgirl's Diary

Interprètes : Pleins d'"Artistes méritants" que ni vous ni moi ne reverrons jamais

Cor--enne.jpg

Durée :
 1 h 34

Note :
0,5/10 comme objet cinématographique, 6/10 comme curiosité géo-politique

En deux mots
: Quand l'idéologie stalinienne se fait scénariste, ça donne une kitcherie effrayante.

Le réalisateur :
En 1997, In Hak-Jan avait remporté pour son précédent film "Myself in the distant Future" le très surréaliste prix du sixième Festival de cinéma de Pyongyang des pays non-alignés et en voie de développement.

Le sujet : Soo-Ryon est une excellente élève, qui vit avec sa mère, sa grand-mère et sa soeur cadette passionnée de football. Elle reproche à son père, chercheur dans un grand complexe industriel, de consacrer tout son temps à son travail et de ne jamais être là pour s'occuper d'elle et de sa mère, qui s'épuise à traduire pour lui des traités scientifiques.

La critique :
La vision d'un tel film nous apporte deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est qu'il existe quand même un cinéma dans la dernière dictature stalinienne du globe. La mauvaise, c'est que ce pauvre nanard à l'intrigue aussi épaisse que la ration alimentaire quotidienne d'un Nord-Coréen a attiré 8 millions de spectateurs, ce qui, rapporté à la population de la République populaire démocratique de Corée, correspond aux 20 millions de Français qui sont allé voir "Titanic" en salles.

Si on considère ce film au second degré, on peut le prendre, plus que comme une excursion dans une lointaine contrée, comme un voyage dans le temps, un retour vers une Bordurie orientale, où les fillettes s'extasient devant du caramel de pomme de terre, où quand des lycéens remplacent une pauvre cheminée ils s'écrient spontanément "Vive la thermodynamique", et où la berceuse préférée de l'héroïne fait référence non aux moustaches de Plekszy-Gladz, mais au chemin emprunté par "notre Cher Général" pour rejoindre le front.

Ouvrage de propagande, premier film exfiltré vers les écrans occidentaux, "Le Journal d'une jeune Nord-Coréenne" enjolive certainement la réalité vécue par le peuple d'un pays où il y a un téléphone pour 0,04 habitant. Pourtant, involontairement, il montre l'état d'arriération du pays : l'usine où travaille le père semble dater du XIX° siècle, les ordinateurs utilisent au mieux Windows 95, et la première catastrophe domestique qui s'abat sur le pauvre foyer est causée par une installation électrique comme on en voyait dans les années 30 en France.

D'un point de vue cinématographique, on ne s'interroge pas comme Godard pour savoir si le traveling est une question de morale : visiblement, c'est surtout une question d'absence de moyens. Le stalinisme originel, celui de l'U.R.S.S., avait vu fleurir le cinéma d'Eisenstein, de Dziga Vertov ou de Kalatozov. Là, rien de semblable, juste un mélange du calendrier des postes (abus de coucher de soleil et de filtres orangés sur la mer) et d'"Olive et Tom" pour l'héroïque partie de football scientifiques-ouvriers pour célébrer l'invention paternelle de l'automatisation, avec une inspiration du côté du générique de "La petite Maison dans la prairie" pour filmer au ralenti Soo-Ryon dans un champ de paquerettes, histoire d'illustrer sa joie à l'idée de quitter sa pauvre masure pour un appartement dans une barre socialiste.

Mais le pire apparaît si on lit le scénario au premier degré, notamment quand on sait que le Cher Leader en a supervisé l'écriture : récit édifiant, "Le Journal d'une jeune Nord-Coréenne" présente le point de vue d'une jeune fille qui regrette l'absence de son père (et de sa soeur qui rêve que son ballon de foot -sport où excellait son père- lui rentre dans la bouche et qu'elle sent son ventre gonfler, mon psy adorerait !), avant qu'elle ne se rende compte que ces souffrances étaient justifiées puisqu'elles avaient pour contrepartie l'élévation de la productivité.

Nulle trace de police politique, nul milicien à l'écran ; au contraire, que des cadres du parti, des professeurs et des infirmières bienveillantes. Pas besoin de flics dehors, puisqu'ils sont dans les têtes. Ainsi, quand une camarade de classe évoque la honte que représente le travail inutile du père de Soo-Ryon, celle-ci la défie sur trois tours de piste pour laver l'affront, ce qui nous vaut un final au ralenti avec des râles dignes d'un film X du plus bel effet.

Au-delà de la curiosité devant ce summum de kitscherie, le sentiment qui prévaut (avec l'ennui, à partir de moment où on se désintéresse de l'enjeu dérisoire de l'intrigue) est celui du malaise devant ce totalitarisme quotidien et intériorisé ; le cinéma, même asservi à des fins de propagande, permet aussi de rendre compte de ces réalités-là.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
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Samedi 29 décembre 2007

Film brésilien de Cao Hamburger

Titre original : O Ano em Que Meus Pais Saíram de Férias

Interprètes : Michel Joelsas (Mauro), Daniela Piepszyk (Hanna), Germano Haiut (Shlomo)

O-Ano.jpg

Durée :
 1 h 45

Note :
6/10

En deux mots
: "Le Viel Homme et l'Enfant", version judéo-brésilienne : sympathique.

Le réalisateur :
Né en 1962 à Sao Paulo, Cao Hamburger a commencé dans les années 80 par la réalisation de clips publicitaires. Il a réalisé aussi de nombreux téléfims, avant de tourner son premier long métrage de cinéma en 1999, "Le Château de Ra-Tim-Boum".

Le sujet : En 1970, le Brésil s'apprête à disputer la Coupe du Monde, la dernière de Pelé. Mais c'est aussi la pire période de la dictature militaire, et les parents de Mauro, 12 ans, doivent fuir en catastrophe leur maison de Belo Horizonte devant la répression. Ils déposent Mauro chez son grand-père à Sao Paulo, sans savoir que celui-ci vient de succomber à une crise cardiaque. 

Recueilli par Shlomo, un voisin, il est adopté par tout le quartier de la communauté juive de Sao Paulo. Alors qu'il découvre ses nouveaux voisins, parmi lesquels Hannah, garçon manqué maline, et la jolie Irène, serveuse du bar le plus proche, il attend le début de Coupe du Monde, date annoncée par son père comme celui de leur retour.

La critique :
La plupart des spécialistes en conviennent, la plus belle Coupe du Monde fut celle de Mexico en 1970, avec des matchs d'anthologie comme la demi-finale Allemagne-Italie, et le bras en écharpe de Beckenbauer. Pour les Brésiliens, parmi les cinq coupes remportées, celle-ci a un goût particulier, parce que c'est la troisième et dernière de Pelé, qu'elle leur a valu l'attibution définitive de la coupe Jules Rimet, et qu'accessoirement la demi-finale contre l'Uruguay effaçait le traumatisme de la défaite à la maison lors du match décisif de 1950.

Décidément, dans ce continent sud-américain, le football offre un cadre rêvé pour les paraboles ; après l'argentin "El Camino de San Diego", voici donc une nouvelle chronique sur fond d'opium du peuple, comme le montre la scène où les communistes qui regardent le premier match de la selecao applaudissent mollement au premier but de la Tchécoslovaquie, symbole de la supériorité socialiste, et éclatent de joie quand Rivelino égalise 12 minutes plus tard. Scène très plausible, si je me souviens de la désertion de la fin de la manif pour le boycott de la Coupe du Monde en Argentine en 1978 afin de ne pas rater le but de Lacombe contre l'Italie à la 1ère minute...

Car la situation était le même huit ans plus tôt : d'un côté la plus belle équipe auriverde jamais vue, d'un autre côté la pire période de la dictature militaire, marquée par une terrible répression que fuient les parents de Mauro. Si en Yougoslavie on prétend que Papa est en voyage d'affaire, au Brésil on dit que les parents sont en vacances. Le départ se fait dans l'urgence, et la famille s'entasse dans la coccinelle bleue, oubliant à la maison les précieux goals du football-puce de Mauro. C'est cette précipitation qui explique que les parents ne se donnent même pas la peine de monter jusqu'à l'appartement du grand-père, sans se douter que l'ambulance qu'ils venaient de croiser transportait son corps.

"L'Année où mes Parents sont partis en vacances" présente un double aspect : d'un côté l'histoire racontée en évoque plein d'autres, du "Vieil Homme et l'Enfant" à "Momo d'Auber", d'autant que le procédé narratif choisi, celui de la voix off de Mauro adulte, a été particulièrement utilisé ces derniers temps, dans "Les Berkmann se séparent" ou dans "C.R.A.Z.Y.". D'un autre côté, le contexte de la Coupe du Monde et l'immersion du goy Mauro dans la communauté juive de Sao Paulo permettent de renouveler le genre, et offrent quelques scènes savoureuses, comme le derby entre les Italianos et les Judeos, dont le gardien est noir et se signe avant le pénalty, ce qui n'empêchent pas le rabbin d'exulter quand il arrête le tir.

Les petits traffics de la débrouillarde Hanna, les réunions de la communauté convoquées à la demande d'un Shlomo dépassé par l'apparition de celui qu'il appelle Moishele, le petit Moïse, ou les relations entre les voisins des différentes communautés, bref tout ce qui relève de la chronique ironique, tout cela fait mouche. Par contre, l'aspect plus tragique de l'histoire ne prend pas vraiment, la faute sans doute à un rythme trop syncopé et à un symbolisme parfois trop visible (mise au point sur la barbelé au premier plan, puis sur la voiture des parents, camera tressautante lors de la descente de la police militaire...).

Petit film aux couleurs sépias du souvenir, à mi-chemin entre le film pour enfants et le témoignage pour adultes, "L'Année où mes Parents sont partis en vacances" vaut surtout comme une chronique affectueuse sur la vie de gens si exotiques et si proches à la fois.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
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Samedi 29 décembre 2007

Film français de Valeria Bruni Tedeschi

Interprètes :
Valeria Bruni Tedeschi (Marcelline), Mathieu Amalric (Denis), Louis Garrel (Eric), Marisa Borini (La mère), Noémie Lvovsky (Nathalie)

Actrices.jpg

Durée :
 1 h 47

Note :
6,5/10

En deux mots
: Film mosaïque sur les angoisses de la quarantaine d'une actrice en mal d'enfant ; souvent drôle, parfois too much.

La réalisatrice :
Né en 1964 à Turin dans une riche famille qui a quitté l'Italie par crainte des Brigades Rouges, Valeria Bruni Tedeschi arrive en France à l'âge de 9 ans.  Après une année d'hypokhâgne, elle suit l'Ecole des Amandiers à Nanterre, avec comme professeur Patrice Chéreau qui lui donne son premier rôle au cinéma en 1987 dans "Hôtel de France". Elle joue dans dans une cinquantaine de films, avec comme réalisateurs de prédilection Patrce Chéreau ("La Reine Margot", "Ceux qui m'aiment prendront le train"), Laurence Ferreira Barbosa ("J'ai horreur de l'amour") et Noémie Lvovsky (5 films, dont "Oublie-moi").
En 2003, elle réalise son premier film, "Il est plus facile pour un Chameau..."

Le sujet : Marcelline va avoir 40 ans, et rien ne va : elle n'arrive pas à trouver son personnage de Natalia Petrovna dans "Un mois à la Campagne" de Tourguenieff qu'elle doit jouer aux Amandiers, les disputes avec sa mère se multiplient, et sa gyneco lui annonce : "Il faudra vous dépêcher, mademoiselle". Les retrouvailles avec Nathalie, l'assistante du metteur en scène, qu'elle avait connue au cours de théâtre, accentuent son impression d'être passée à côté de sa vie, et les fantômes de son père, de son unique amour et de Natalia Petrova elle-même viennent la hanter...

La critique : Premier plan du film, la tante et la mère de Marcelline (jouée comme dans "Il est plus facile pour un chameau..." par Marisa Borini, la propre mère de Valeria Bruni Tedeschi) observent un piano pendu à la grue des déménageurs tout en discutant, et la mère dit : "Elle aurait pu épouser un prince... remarque, il était moche !'. Rires dans la salle, actualité oblige. Mais visiblement, elle parlait là de son autre fille, pas de celle qui avait été incarnée par une Chiara Mastroianni blonde dans son premier film.

Car Valeria Bruni Tedeschi brouille une nouvelle fois les cartes de la réalité et de l'auto-fiction. Le point de départ du film est un événement qui lui vraiment arrivé : son remplacement par l'assistante du metteur en scène Yves Beaunesme lorsqu'elle jouait Natalia Petrovna en 2000, et elle multiplie les emprunts à sa propre histoire : la nationalité italienne, le théâtre des Amandiers, où elle suivit les cours de Chéreau, l'appel à des anciens condisciples comme Olivier Rabourdin ou Bernard Nissile, ou le choix pour jouer Nathalie de Noémie Lvovsky, coscénariste de ses deux fims, pour laquelle elle a joué cinq fois, et surtout amie de vingt ans.

On retrouve dans "Actrices" les mêmes plaisirs et les mêmes agacements que dans "Il est plus facile pour un chameau...". Dans la colonne positif : une capacité à passer du dramatique au dérisoire, voire au burlesque, qu'elle justifie ainsi : " C'est comme avoir un fou rire à un enterrement, on a honte et pourtant c'est libérateur. Je ne saurais pas dire les raisons de ce type de rire, peut-être qu'une part de nous se révolte, a besoin d'être incorrecte. Il faut rire, sinon la vie est trop angoissante." Il y a aussi une redoutable efficacité des dialogues, et un plaisir de jouer des acteurs dont on sent l'esprit de troupe.

Dans la colonne négatif, le revers de la médaille : ça passe ou ça casse, et parfois ça ne passe pas ; il y a des situations trop outrées, des effets trop appuyés. Autant Amalric est drôle quand il impose à ses acteurs de sillonner la scène dans tous les sens au nom de son précepte : "Chercher la démarche, et le reste viendra", autant il est caricatural quand il donne une interview qu'on croirait écrite par les Inconnus de la grande époque. De même, si le personnage du fantôme de son père (interprété par Maurice Garrel) est touchant, l'apparition de l'amour de jeunesse suspendu aux branches du platane devant son balcon paraît bien ridicule, et la matérialisation pesamment pirandellienne du personnage de Natalia Petrovna jouée par Valeria Golino souligne inutilement ce qu'on avait compris depuis trois bons quarts d'heure.

J'ai passé toute la durée du film à m'interroger sur l'avis global que j'allais avoir, convaincu par une scène puis rebuté par la suivante, sensible à la liberté narrative, puis taraudé par un sentiment de mille fois déjà-vu. "Actrices" est peut-être tout cela à la fois, et resteront sans doute quelques scènes fortes, comme celle où Marcelline (prénom choisi en hommage à Mastroianni) partage le lit de sa mère, et où cette dernière la traite de "vieille petite fille stupide", ou celle où Marcelline refuse de porter une robe verte, qui même teinte en gris ou en bleu, restera une robe verte.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
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