Pages vues


FreeCompteur Live

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Jeudi 10 janvier 2008

Film américain de Sean Penn

Interprètes :
Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (La mère), William Hurt (Le père), Catherine Keener (Jan)

Wild.jpg

Durée :
 2 h 27

Note :
6/10

En deux mots
: "Seul au Monde " dans les paysages de "Jeremiah Johnson". Beau, mais bien long.

Le réalisateur :
Né en 1960 à Santa Monica du réalisateur Leo Penn et de l'actrice Eileen Ryan, Sean Penn apprend la comédie au Group Repertory Theatre de Los Angeles. Il joue dans "Taps" d'Harold Becker en 1980, puis dans de nombreux film, dont "Outrages", "La dernière Marche", "U-Turn", "The Game", "La Ligne rouge", "Mystic River", "L'Interprète", "21 grammes" ou "The Assassination of Richard Nixon".
En 1991, il réalise son premier film, "Indian Runner". Suivront "Crossing Guard" (1995), "The Pledge" (2001) et un court-métrage dans "11'09"01 : September 11".
En 2008, il présidera le jury du 61° Festival de Cannes.

Le sujet : Tout juste diplômé à 22 ans, Christopher McCandless fait don à Oxfam des 24 000 $ de sa bourse d'étude, et part sur la route avec sa vieille Datsun. Après avoir perdu sa voiture dans la crue du Detrital Walsh, il continue à pied, sous le pseudonyme d'Alex Supertramp, vivant des ressources de la nature, faisant ici et là des petits boulots, rencontrant des personnages étonnants.
Structuré par son propre code moral, il rejette l'hypocrisie familiale et refuse de donner de ses nouvelles à ses parents. Au bout de deux ans d'errance, il décide d'aller au but ultime de son voyage, en pleine nature en Alaska.

La critique : Le scénario du film s'est grandement inspiré du livre de Jon Krakauer, "Voyage au bout de la Solitude", qui racontait l'histoire vraie de Christopher McCandless. Sean Penn avait acheté le livre par hasard, et s'était immédiatement dit qu'il l'adapterait au cinéma, pensant d'abord à Leonardo DiCaprio pour le rôle principal.

"Sans cesser d'aimer l'homme, j'adore la nature" : ces quelques mots de Lord Byron ouvre ce film très littéraire, à l'instar de Chris/Alex, qui lit Tolstoï, Thoreau et Jack London. S'il n'est effectivement pas totalement misanthrope, Alex semble avoir fait sienne la phrase de Gide "Famille, je vous hais". Reprochant à son père d'avoir abandonné son demi-frère, à sa mère de s'être tue par souci de respectabilité, il rejette la voie toute tracée qui l'attend, faite de compromissions et de renoncements. Il n'en est pas pour autant rétif aux rencontres, qui jalonnent son parcours : un conducteur de moissonneuse recherché par la FBI, un couple de vieux hippies, des Danois hilares, une chanteuse adolescente, et un retraité de l'armée devenu graveur sur cuir.

S'il est prêt à échanger, il refuse pourtant de s'attacher, et les tentatives maladroites de ceux qui se prennent d'affection pour lui le conduisent à chaque fois à reprendre la route, toujours plus loin, toujours plus profond dans la nature, jusqu'à un bus abandonné en Alaska où il passe les cinq derniers mois de sa vie, abandonnant la chasse après avoir été traumatisé de découper un élan qu'il avait abattu. Et puis, ne professe-t-il pas que "la joie de vivre n'est pas avant tout dans les rapports humains" ?

Etrange film que celui que nous propose Sean Penn, à la fois road movie, réflexion philosophique parfois maladroite, et diapositives de voyage. Le Français Eric Gautier, qui avait déjà opéré pour "Carnets de Voyages" de Walter Salles, signe une superbe photographie, avec un jeu subtil sur la profondeur de champ, des couleurs contrastées qui épousent le changement des saisons et de savants mouvements de caméra.

Sean Penn n'hésite pas à faire appel à tout le catalogue de la mise en scène : split screens, ralentis, accélérés, flash subliminaux, distortion de l'image, jouant aussi de la déstructuration du récit, construit à partir de deux points de départs de la narration : le début du voyage et l'arrivée en Alaska, et ponctué de nombreux flash back ainsi que du commentaires off de sa soeur.

Pourtant, malgré toute cette virtuosité, on reste (enfin moi en tous les cas) extérieur à l'histoire. La faute à une durée excessive, pour un voyage sans but terriblement répétitif, malgré le découpage en chapitres sensé donner l'impression d'une progression, et au jeu trop lisse d'Emile Hirsch. Au bout des 2 h 27, il reste peu de compassion pour un personnage bien naïf, mais de superbes images et une façon de saisir la nature qui rappelle "Jeremiah Johnson".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Dimanche 6 janvier 2008

Film hong-kongais de Yau Nai Hoi

Titre original : Eye in the Sky

Interprètes : Tony Leung Ka Fai (Le Fantôme), Kate Tsui (Piggy), Simon Yam (Le Chien)

Filatures2.jpg

Durée :
 1 h 30

Note :
7/10

En deux mots
: Premier film assez palpitant du scénariste de Johnnie To.

Le réalisateur :
Né en 1969 à Hong-Kong, Yau Nai Hoi a écrit une vingtaine de scénarios pour Johnnie To, depuis "Barefoot Kid" jusqu'à "Election". "Filatures", produit par Johnnie To, est son premier film en tant que réalisateur.

Le sujet : Une jeune recrue vient de rejoindre une unité de la police de Hong-Kong chargée des filatures. A la suite d'un hold-up, ils ont repéré un des guetteurs, et ils le prennent en chasse, jusqu'à identifier tous les membres de la bande. Mais alors que les gangsters s'apprêtent à commettre une nouvelle attaque à main armée, ils reçoivent un coup de téléphone et annulent leur opération.

L'unité d'intervention met la bande hors d'état de nuire, et la brigade chargée de la filature est maintenant sur la piste de leur mystérieux chef, qu'ils ont surnommé le fantôme. Mais celui-ci a repéré ses poursuiveurs, et les chasseurs peuvent devenir proie à leur tour...

La critique :
Rarement un titre (français) n'a été aussi explicite : "Filatures" parle de filatures, de ceux qui sont filés et de ceux qui filent. En effet, particularité de la police de Hong-Kong, il existe réellement une unité spécialisée dans la filoche et qui se retire quand vient le temps de l'intervention.

Le titre anglais est "Eye in the Sky", référence au précepte qu'enseigne le Chien (chacun des membres de la brigade a un surnom animalier, le Chien, le Serpent, la Crevette...) à sa nouvelle recrue, Piggy : "Comme un oeil dans le ciel, tu dois tout surveiller". Précepte qui s'applique parfaitement à la réalisation de Yau Nai Hoi, comme il l'explique : "Tourner à Hong Kong est compliqué si vous n'avez pas de gros moyens. Je ne pouvais pas me permettre de construire des décors ou de bloquer la circulation, ou de gérer la foule des passants. Donc parfois on plaçait la caméra suffisamment loin pour que nul ne la remarque, ce qui allait parfaitement avec ce que raconte le film : donner le sentiment de surveiller les choses et les gens à distance, comme des proies qui ignorent qu'elles en sont une. Le plus difficile, c'est qu'on avait rarement droit à une deuxième prise dans les rues. Tout va tellement vite que d'une prise à l'autre, rien n'est raccord : ni les voitures, ni les métros, ni les gens !".

Il s'amuse lors de la scène d'ouverture à nous montrer le Chien en train d'entraîner Piggy à la filature, tout en les faisant croiser un amateur de sudokus, qui n'est autre que le Fantôme, celui qui sera l'objet de leur surveillance dans toute la seconde moitié du film. Et dans un plan d'ensemble, alors que le Fantôme n'est encore qu'un passant, la caméra hésite avec Piggy avant de la suivre en train de suivre le Chien.

Je regrettais hier dans ma critique de "California Dreamin'"l'abus de la caméra portée comme substitut vériste à un véritable travail cinématographique. Ici, il y a certes des caméras portées en abondance, mais utilisées intelligemment au service du récit, au même titre que de nombreuses autres figures de la grammaire du cinéma : recadrages, plongées, montage interne, et même des zooms fréquents - peut-être trop -, le tout lié par un montage extrêmement dynamique. Et effectivement, cette sinuosité de la réalisation semble épouser à la fois le dédale des rues enchevétrées de Hong Kong, et la complexité des relais mis en place par la brigade pour que ses agents ne soient pas repérés.

Centré sur une action palpitante, "Filatures" prend quand même le temps de s'intéresser aux personnages, notamment le Chien, chef de groupe paternaliste et débonnaire, et la jeune recrue, Piggy. Acceptée dans la brigade grâce à ce constat du Chien "Comme tu as l'air cruche, tu passeras inaperçue" (Y a-t-il un humour caché vis-à-vis de l'actrice Kate Tsui, Miss Hong Kong 2004 ?), Piggy fait l'apprentissage des difficultés de ce métier, au premier rang desquels l'obligation de discrétion qui peut amener à ne pas intervenir quand un délit est commis, et c'est ce qu'elle symbolise quand, en pleurs, elle se lave les mains du sang d'un policier à un tuyau d'arrosage tenu par son mentor.

A partir d'une intrigue assez mince et plutôt classique, Yau Nai Hoi réussit à maintenir une tension constante dans ce jeu de piste haletant, une des premières bonnes surprise de 2008.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 6 janvier 2008

Film roumain de Christian Nemescu

Interprètes :
Armand Assante (Capitaine Jones), Ravzan Vasilescu (Doiaru), Maria Dinulescu (Monica), Ion Sapdaru (Le maire)

California.jpg

Durée :
 2 h 35

Note :
4/10

En deux mots
: Désert des tartares ferroviaire pour des GI's au fin fond de la Roumanie : longuet et caricatural.

Le réalisateur :
Né en 1979 à Bucarest, Cristian Nemescu réalise en 2005 un moyen-métrage, "Marinela de la P7". Il a trouvé la mort dans un accident de voiture en août 2006.

Le sujet : En 1999, alors que l'OTAN a commencé ses frappes contre la Serbie dans le cadre du conflit du Kosovo, le gouvernement roumain autorise le transport de matériel radar à travers le pays, escorté par une petite unité de l'armée américaine. En gare de Capaltina, Doiaru, chef de gare et chef de bande, décide de bloquer le convoi en l'attente de documents de douane.
Les boys désoeuvrés font l'objet des sollicitations des habitants de cette bourgade, à commencer par le maire qui rêve d'un jumelage avec une ville américaine. Le commandant de l'unité, le capitaine Jones, s'affronte à Doiaru dont l'hostilité aux Américains semble remonter à très loin.

La critique : "California Dreamin", c'est la chanson de
The mamas and the papas qu'utilise Andrei, l'amoureux transi de Monica, pour lui apprendre l'anglais, sésame indispensable afin de se faire comprendre des soldats US échoués à Capaltina et de sortir de ce trou perdu dans un repli de la carte de la Roumanie. Car, étrangement, en 1999, dans le lycée de la ville, on apprend l'espagnol.

La Californie, c'est aussi le lieu de fabrication marqué sur l'ailette de la bombe tombée en 1944 dans la cage d'escalier et qui arrête sa course folle au terme d'une scène d'ouverture époustoufflante juste devant un petit garçon qui deviendra un des protagonistes principaux de cette fable balkanique.

Cette première scène rappelle qu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les Américains bombardaient déjà la région au nom de la liberté, et la transition avec le moment de la narration, cette année 1999 où les forces de l'OTAN pilonnaient la Serbie coupable de purification ethnique au Kosovo, se fait grâce à la radio qui rapporte dans les mêmes termes les activités aériennes américaines.

Malheureusement, les qualités contenues dans ce flash back inaugural (alternance nerveuse de plans d'échelles différentes, rythme accéléré du montage) ne se retrouvent pas dans les 2 h 30 restantes, bien au contraire. Comme de nombreux réalisateurs des quatre coins du monde (de Paul Greengrass à Isild Le Besco), Cristian Nemescu pense que la caméra portée tressautante (y compris pour les plans fixes !) suffit à donner une impression de vérité documentaire, oubliant que ce qui compte, c'est ce qu'on met dans le cadre, et l'importance pour rendre le point de vue adopté du choix des cadrages et de leur liaison au montage.

Il est toujours difficile de filmer l'ennui sans tomber dedans, et Cristian Nemescu n'échappe pas à cette contradiction. Il peine à éviter la répétition, et la progression poussive du récit ressemble à celle du train bloqué en rase campagne, d'autant que le scénario multiplie les intrigues secondaires : le conflit social, les trafics de Doiaru, l'antagonisme entre celui-ci et le maire, les tensions entre le capitaine Jones et son sergent qu'il soupçonne de l'espionner, et les diverses amourettes. Comme en plus, de nombreuses scènes sont construites sur l'incompréhensions entre les Américains et leurs hôtes, chaque réplique est traduite soit en anglais, soit en roumain, allongeant encore plus un récit s'étire.

Certaines scènes semblaient annoncer un "Chat noir, Chat blanc" roumain, comme cette prise de contact entre le capitaine Jones et son officier de liaison interrompue par une fanfare jouant "The Star-Spangled Banner". Mais Nemescu ne possède ni le sens du rythme de Kusturica ni sa tendresse pour ses personnages, ici souvent cantonnés au rang de marionnettes caricaturales, comme le syndicaliste décrétant la grève spontanée, le maire (incarné par Ion Sapdaru, qui jouait le professeur dans "12 h 08 à l'est de Bucarest") emmenant les Américains voir un spectacle graveleux baptisé "Le Mystère Dracula", ou la midinette persuadée au bout de deux jours que son flirt avec un GI's se terminera par un mariage aux States.

Surnagent juste quelques scènes, parmi lesquelles l'apparition d'un sosie local d'Elvis, ou la leçon de cuisine du chef de gare qui explique au capitaine Jones dégustant son hachis que la viande est passée par le même traitement que celui que ses compatriotes font subir aux Yougoslaves.

La critique est assez enthousiaste pour ce film. Est-ce une prime automatique accordée à toute production roumaine, après les excellents "La Mort de Dante Lazarescu", "12 h 08 à l'est de Bucarest" et "4 mois, 3 semaines, 2 jours"  ? Ou est-ce une compassion post-mortem, un effet Gregory Lemarchal ? Preuve de la richesse et de la diversité de ce cinéma, il existe pourtant aussi des films roumains ratés.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 2 janvier 2008

Film anglais de Ken Loach  

Interprètes :
Krieston Wareing (Angie), Juliet Lewis (Rose), Leslaw Zurek (Karol)

Free.jpg

Durée :
 1 h 33

Note :
7/10

En deux mots
: Le grand Ken s'attaque cette fois à l'exploitation des travailleurs des pays de l'Est, en choisissant de suivre l'exploiteuse, à la fois victime et bourreau.

Le réalisateur :
Né en 1936 en Angleterre d'un père ingénieur, Ken Loach fait de brillantes études à Oxford. D'abord comédien, puis metteur en scène au théâtre, il rentre comme réalisateur à la BBC en 1963. En 1967, il tourne son premier long métrage, "Pas de larme pour Joy". Son second film, "Kes" (1970), l'histoire d'un enfant rejeté qui  apprivoise un faucon, est présenté à Cannes. En 1972, "Family Life", film terrible sur une adolescente acculée à la folie par sa famille, rencontre un grand succès critique. Après un long retour à la télévision, il revient au cinéma pour dénoncer les ravages de l'Angleterre thatcherienne sur la classe ouvrière : "Riff Raff"(1991), "Raining Stones" (1993), "Ladybird" (1993),  "My Name is Joe" (1998), "The Navigators" (2001). Il traite aussi d'autres sujets politiques : le conflit irlandais ("The Hidden Agenda", 1991), la guerre d'Espagne ("Land and Freedom"), le Nicaragua sandiniste ("Carla's Song", 1995), l'exploitation des travailleurs latinos à Los Angeles ("Bread and Roses").
Il obtient la Palme d'Or en 2006 pour "Le Vent se lève".

Le sujet : Angie a 33 ans, un garçon de 11 ans qui vit mal l'absence du père, 12 000 £ de dettes, et un boulot de recruteuse dans les pays de l'Est. Virée pour avoir giflé un supérieur qui lui avait manqué de respect, elle décide de monter une boîte d'intérim avec sa colocataire, Rose.
Avec toute son énergie, elle va chercher à s'imposer malgré les sarcasmes de son père, en utilisant des moyens en marge de la légalité et en s'asseyant sur ses principes moraux.

La critique : Après chacune de ses excursions dans l'histoire ("Land and Freedom", "Le Vent se lève") ou de l'autre côté de l'Atlantique ("Carla's Song", "Bread and Roses"), Ken Loach a toujours ressenti le besoin de revenir à ses chroniques de la vie sociale de son pays, marquée par le thatcherisme puis par le blairisme, deux doctrines pronant un libéralisme décomplexé.

Le "Free" du titre ne signifie pas "libre", ou alors au sens de libre marché ou de libre entreprise. La liberté du monde décrit par Ken Loach se conçoit en fonction de son intérêt économique : liberté de circulation en Europe, afin d'amener en Grande-Bretagne une manoeuvre bon marché, liberté d'entreprendre
 qui permet à Angie et Rose de démarrer leur boîte sans déclaration ni locaux, liberté du travail qui se traduit brutalement par un marché aux esclaves quotidien où Angie choisit ceux qui auront le bonheur de travailler.

Il existe bien des règlements, notamment un qui condamne à cinq ans de prison les employeurs de sans-papiers. Mais dans le milieu des nègriers modernes circule un jugement où un mafieux coupable d'avoir employé des centaines de sans papiers s'est vu condamné à un simple avertissement, véritable encouragement à franchir la deadline. C'est la transgression de cette limite qui amène Rose à abandonner Angie, ça et la stupéfaction de voir sa copine se transformer en véritable salope.

Car pour une fois, Ken Loach a choisi de s'intéresser aux exploiteurs, et plus particulièrement à Angie, représentative d'une nouvelle génération pour laquelle les valeurs de solidarité, de lutte collective et de compassion ont laissé la place aux notions de compétition, de succés et de fortune. Quand son père lui rappelle qu'il n'y a pas que l'argent dans la vie, elle se justifie en opposant son parcours au sien : "Tu as eu le même travail pendant 30 ans, moi à mon âge j'ai déjà eu 30 jobs".

L'intelligence de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty repose dans le fait de nous présenter Angie sous ses différents aspects : victime elle-même de la compétition et de l'injustice dans son travail, confrontée à une vie personnelle difficile, elle sait montrer des élans de générosité, par exemple quand elle héberge pour une nuit Mahmoud et sa famille avant de leur trouver une caravane, et l'on finirait presque par souhaiter une happy end à sa success story.

Mais le même engrenage qui entraîne souvent les héros des films de Ken Loach vers le drame conduit cette fois Angie à des actes moralement ignobles, ses valeurs s'étant depuis longtemps dissoutes devant le principe selon lequel la fin justifie les moyens. Et l'affection que le spectateur commençait à ressentir pour Angie rend son acte encore plus insupportable, d'autant plus que la qualité du jeu de la débutante Krieston Wareing rend son personnage parfaitement crédible, preuve s'il en était encore besoin du talent de Ken Loach comme directeur d'acteurs.

"It's a free World..." est peut-être un des films les plus noirs de Ken Loach, et ce n'est pas peu dire ; sans doute parce qu'on n'y voit même pas le combat des victimes, et que la logique de ce monde est aussi désesperante que celle des républicains irlandais oubliant la dimension sociale de leur combat une fois arrivés au pouvoir. Mais ce pessimisme a quelque chose de salutaire, comme l'est d'indéfectible fidélité du réalisateur de "Kes" à ces valeurs qui font si cruellement défaut à son héroïne.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2008
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Lundi 31 décembre 2007

Film nord-coréen de In Hak-Jang

Titre original : The Schoolgirl's Diary

Interprètes : Pleins d'"Artistes méritants" que ni vous ni moi ne reverrons jamais

Cor--enne.jpg

Durée :
 1 h 34

Note :
0,5/10 comme objet cinématographique, 6/10 comme curiosité géo-politique

En deux mots
: Quand l'idéologie stalinienne se fait scénariste, ça donne une kitcherie effrayante.

Le réalisateur :
En 1997, In Hak-Jan avait remporté pour son précédent film "Myself in the distant Future" le très surréaliste prix du sixième Festival de cinéma de Pyongyang des pays non-alignés et en voie de développement.

Le sujet : Soo-Ryon est une excellente élève, qui vit avec sa mère, sa grand-mère et sa soeur cadette passionnée de football. Elle reproche à son père, chercheur dans un grand complexe industriel, de consacrer tout son temps à son travail et de ne jamais être là pour s'occuper d'elle et de sa mère, qui s'épuise à traduire pour lui des traités scientifiques.

La critique :
La vision d'un tel film nous apporte deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est qu'il existe quand même un cinéma dans la dernière dictature stalinienne du globe. La mauvaise, c'est que ce pauvre nanard à l'intrigue aussi épaisse que la ration alimentaire quotidienne d'un Nord-Coréen a attiré 8 millions de spectateurs, ce qui, rapporté à la population de la République populaire démocratique de Corée, correspond aux 20 millions de Français qui sont allé voir "Titanic" en salles.

Si on considère ce film au second degré, on peut le prendre, plus que comme une excursion dans une lointaine contrée, comme un voyage dans le temps, un retour vers une Bordurie orientale, où les fillettes s'extasient devant du caramel de pomme de terre, où quand des lycéens remplacent une pauvre cheminée ils s'écrient spontanément "Vive la thermodynamique", et où la berceuse préférée de l'héroïne fait référence non aux moustaches de Plekszy-Gladz, mais au chemin emprunté par "notre Cher Général" pour rejoindre le front.

Ouvrage de propagande, premier film exfiltré vers les écrans occidentaux, "Le Journal d'une jeune Nord-Coréenne" enjolive certainement la réalité vécue par le peuple d'un pays où il y a un téléphone pour 0,04 habitant. Pourtant, involontairement, il montre l'état d'arriération du pays : l'usine où travaille le père semble dater du XIX° siècle, les ordinateurs utilisent au mieux Windows 95, et la première catastrophe domestique qui s'abat sur le pauvre foyer est causée par une installation électrique comme on en voyait dans les années 30 en France.

D'un point de vue cinématographique, on ne s'interroge pas comme Godard pour savoir si le traveling est une question de morale : visiblement, c'est surtout une question d'absence de moyens. Le stalinisme originel, celui de l'U.R.S.S., avait vu fleurir le cinéma d'Eisenstein, de Dziga Vertov ou de Kalatozov. Là, rien de semblable, juste un mélange du calendrier des postes (abus de coucher de soleil et de filtres orangés sur la mer) et d'"Olive et Tom" pour l'héroïque partie de football scientifiques-ouvriers pour célébrer l'invention paternelle de l'automatisation, avec une inspiration du côté du générique de "La petite Maison dans la prairie" pour filmer au ralenti Soo-Ryon dans un champ de paquerettes, histoire d'illustrer sa joie à l'idée de quitter sa pauvre masure pour un appartement dans une barre socialiste.

Mais le pire apparaît si on lit le scénario au premier degré, notamment quand on sait que le Cher Leader en a supervisé l'écriture : récit édifiant, "Le Journal d'une jeune Nord-Coréenne" présente le point de vue d'une jeune fille qui regrette l'absence de son père (et de sa soeur qui rêve que son ballon de foot -sport où excellait son père- lui rentre dans la bouche et qu'elle sent son ventre gonfler, mon psy adorerait !), avant qu'elle ne se rende compte que ces souffrances étaient justifiées puisqu'elles avaient pour contrepartie l'élévation de la productivité.

Nulle trace de police politique, nul milicien à l'écran ; au contraire, que des cadres du parti, des professeurs et des infirmières bienveillantes. Pas besoin de flics dehors, puisqu'ils sont dans les têtes. Ainsi, quand une camarade de classe évoque la honte que représente le travail inutile du père de Soo-Ryon, celle-ci la défie sur trois tours de piste pour laver l'affront, ce qui nous vaut un final au ralenti avec des râles dignes d'un film X du plus bel effet.

Au-delà de la curiosité devant ce summum de kitscherie, le sentiment qui prévaut (avec l'ennui, à partir de moment où on se désintéresse de l'enjeu dérisoire de l'intrigue) est celui du malaise devant ce totalitarisme quotidien et intériorisé ; le cinéma, même asservi à des fins de propagande, permet aussi de rendre compte de ces réalités-là.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2007
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus