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Samedi 16 février 2008

Film américain de Marc Forster

Titre original : The Kite Runner

Interprètes : Khalid Abdalla (Amir), Homayon Ershadi (Baba), Saïd Taghmaoui (Farid)

Kaoul.jpg

Durée :
 2 h 02

Note :
  5/10

En deux mots
"Jamais sans mon cerf-volant", adaptation bien trop classique et convenue du roman de Khaled Hosseini.

Le réalisateur :
Né en 1969 à Ulm, en Allemagne, Marc Foster quitte la Suisse pour étudier la réalisation à New York. Après plusieurs documentaires, il réalise son premier film en 1996 "Loungers", primé au Festival de Slamdance. En 2000, "Everything put together" est remarqué au Festival de Sundance. Mais c'est "A l'ombre de la Haine" qui lui vaut en 2001 la reconnaissance du grand public, et offre à Halle Berry un oscar. Il réalise ensuite "Neverland" en 2003 , Stay" en 2005 et "L'incroyable Destin d'Harold Crick" en 2007.

Le sujet :
Fils d'un riche bourgeois de Kaboul, anti-clérical et anti-communiste, Amir partage avec Hassan, le fils du domestique de son père, la même passion pour les duels de cerfs-volants. Se sentant coupable aux yeux de son père de la mort de sa mère à sa naissance, il ne sait pas se défendre et c'est Hassan qui le sort plusieurs fois des griffes des plus grands. Quand après avoir gagné ensemble le plus grand tournoi de Kaboul, Hassan est agressé par des paschtouns qui lui reprochent d'être Hazara. Amir assiste à l'agression, mais il n'ose pas lui porter secours.

Honteux de sa lâcheté, il ressent la présence d'Hassan comme un reproche et monte une machination pour le faire chasser. Quand arrive l'invasion soviétique, il se réfugie aux Etats-Unis avec son père qui devient pompiste. Peu avant la mort de dernier, il épouse la fille d'un général afghan. Juste après la sortie de son premier livre, il reçoit un appel du meilleur ami de son père qui lui demande de retourner dans l'Aghanistan des talibans.

La critique : Un film américain tourné en dati, langue parlée à Kaboul, avec des acteurs afghans, voilà qui attire à priori la sympathie, quand on se rappelle - entre autres - de "Mémoires d'une Geisha" joué en anglais par des actrices asiatiques ; ce choix lui a d'ailleurs valu de concourrir aux Golden Globes dans la catégorie "Meilleur film en langue étrangère". Un film hollywoodien qui parle de l'Afghanistan sans y lâcher Rambo ou sans passer par le biais d'un congressman, fut-il aussi atypique que Charlie Wilson, autre raion d'apprécier la démarche. Cerise sur le gâteau, la présence à la direction de Marc Forster, l'auteur du revigorant "L'incroyable Destin d'Harold Crick" (sans parler de celle de Sam Mendes comme producteur délégué) laissait augurer d'un film original.

Et bien non. Les acteurs parlent bien dati ou pashto, mais ils débitent des dialogues cent fois entendus du syle : "Mon père me déteste, parce j'ai tuée ma mère", ou "Les mollahs veulent manipuler nos âmes, et les communistes disent qu'on n'en a pas". Si les deux jeunes acteurs qui jouent Hassan et Amir enfants, trouvés lors d'un casting à Kaboul, apportent un vraie vie à leurs personnages, les acteurs adultes sont aussi peu vraies que leurs barbes dans l'épisode du retour dans l'Afghanistan des talibans (on croirait le tournage du "Gang des Postiches"), à l'exception notable de Homayon Ershadi, vu dans "Le Goût de la Cerise", et qui joue avec la même véracité le nabab de Kaboul et l'émigré maladroit de Californie.

La vision de l'Afghanistan est américaine, donc manichéenne. On oppose la période heureuse d'avant l'invasion soviétique, filmée avec des couleurs chatoyantes, et nous montrant une société d'abondance (premier traveling sur la marché de Kaboul, avec pléthore de poissons, de fruits et de viande) tout juste entâchée d'un peu de corruption, à l'état islamique des talibans, symbolisé par une photographie blafarde et des décors dépouillés. Vous me direz, difficile de montrer Kaboul sous la coupe du mollah Omar comme la Pays de Candy, mais une fois de plus, le trop est ennemi du bien.

Raconter le destin d'un peuple au travers de la destinée de quelques personnages permet souvent de mieux découvrir la vie des habitants de ce pays ; encore faut-il que l'histoire de ces personnages ne fasse pas obstacle à cette découverte. C'est malheureusement le cas ici, avec la succession de grosses ficelles -déjà présentes dans le roman de Khaled Hosseini- : l'héroïsme du père opposé à la lâcheté du fils, la culpabilité du rescapé, la rédemption par le sacrifice, et l'incarnation du mal qui n'a pas changé en 30 ans, à quelques poils près.

Et puis surtout, impossible de retrouver la moindre trace de la réalisation malicieuse de "L'incroyable Destin d'Harold Crick" dans cette mise en scène plate et prévisible, saturée de la musique d'Alberto Iglesias, plus inspiré quand il compose pour Almodovar. Ainsi par exemple, quand Amir ouvre la lettre posthume d'Hassan, on a le droit à la totale du Petit Guide du Réalisateur larmoyant : le gros plan sur l'épanchement lacymal, le flash-back sépia de l'enfance insouciante, et la violonnade sirupeuse.

Alors, pourquoi mettre quand même 5/10 ? Parce que ça me semble le tarif pour un honnête téléfilm, que l'ensemble part de bons sentiments, qu'il y a quelques scènes qui font mouche sur le déracinement, et que la beauté des paysages nous aide à passer le temps, avant un oubli inéluctable et rapide.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008 communauté : Cinéma
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Lundi 11 février 2008

Film germano-autrichien de Stefan Ruzowitzky

Titre original : Die Fälscher

Interprètes : Karl Markovics (Sally Sorowitsch), August Diehl (Adolf Burger), Devid Striesov (Friedrich Herzog)

Faussaires.jpg

Durée :
 1 h 38

Note :
6,5/10

En deux mots
La Liste de Herzog : un groupe de déportés juifs est constitué pour fabriquer des fausses livres et des faux dollars ; intéressant, mais parfois un peu trop appuyé.

Le réalisateur :
Né en 1961 à Vienne, Stefan Ruzowitzky suit des cours de théâtre et de cinéma en Autriche. Dans les années 80, il écrit des pièces radiophoniques pour la radio ORF. A partir de 1987, il tourne de publicités et des vidéos musicales. En 1996, il réalise son premier long métrgae, "Tempo". Il tourne ensuite "Les Héritiers", "Anatomie" et "Anatomie 2"

Le sujet :
En 1936, le faussaire juif allemand Salomon "Sally" Sorowitsch est arrêté par l'inspecteur Herzog. Après de la prison, il est envoyé en 1939 dans le camp de concentration de Mauthausen. Cinq ans plus tard, il est transféré au camp de Sachsenhausen au sein d'une unité de faussaires, de graveurs et d'imprimeurs juifs qui, sous les ordres du Commandant Herzog, ont pour mission de fabriquer des livres sterling qui puissent tromper la Banque d'Angleterre.

Sorowitsch et ses hommes bénéficient de conditions particulières : de la nourriture en quantité suffisante, de bons lits, une douche hebdomadaire et même un repos dominical. Mais tous les SS n'approuvent pas la stratégie d'Herzog, et au sein des prisonniers, le débat s'installe pour savoir si la contrepartie de cette mansuétude n'est pas la prolongation du régime nazi.

La critique : Ours d'Or à Berlin, nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, "Les Faussaires" qui s'inspire de faits réels, pose la question du prix de la survie : dans l'enfer concentrationnaire, éviter la mort en travaillant pour les nazis, est-ce collaborer ? Au sein de la petite communauté de toutes origines sociales et géographiques, et dont le seul point commun est d'être destiné à l'élimination en tant que Juifs, deux thèses s'affrontent, symbolisés par deux hommes : Burger et Sorowitsch.

Adolf Burger, qui se trouve être l'auteur du livre qui a inspiré le film, "L'Atelier du Diable", défend l'idée que si les SS les épargnent, c'est parce que leur travail représente une arme de guerre, et qu'il est de leur devoir de le saboter, quelqu'en soit le prix. Sally Sorowitsch, lui, proclamait déjà avant son arrestation "Les Juifs se font persécuter parce qu'ils ne savent pas s'adapter", maxime qui trouve un écho dans les paroles d'Herzog quand il le retrouve à Sachsenhausen : "Les Juifs comme toi, ça s'acclimate partout !". Quand il s'oppose à Burger, il lui lance : "Je n'ai pas honte d'être en vie, je ne ferai pas ce plaisir aux nazis" : pour lui, survivre, c'est déjà résister.

Investi par son talent de faussaire d'un position de cadre dans cette petite entreprise, Sally dépasse le chacun pour soi qui lui a permis de survivre cinq ans à Mauthausen en se sentant responsable de chacun des membres de son groupe. Et quand Burger met en danger le fragile équilibre qui leur permet d'être encore en vie, Sorowitsch refuse de le dénoncer au nom de son principe "On ne balance pas ses camarades", ainsi commenté par Burger : "L'honneur du taulard ?"

Du côté des bourreaux, il y a aussi deux attitudes : celle de Herzog, qui doit rendre des comptes au Reichfuhrer, et qui professe : "Je m'intéresse à l'encadrement, c'est l'avenir", justifiant les horreurs qui se déroulent derrière la cloison de bois de leur baraquement et dont les hurlements sont couverts par de la musique : "Je ne peux pas tous vous sauver", ces mêmes mots par lesquels Schindler exprimait son regret ; et celle du sous-officier Holst, frustré de ne pas pouvoir donner libre court à son sadisme et à sa haine raciste, et qui se venge dès qu'il le peut sur les déportés.

C'est la même opposition que l'on retrouve dans "Les Bienveillantes" entre Maximilien Aue et Adolf Eichman : la question d'un traitement moins inhumain ne se pose pas sur le plan de le morale, mais sur celui de l'efficacité, même si Herzog, dans une scène un brin too much où il reçoit Sorowitsch dans sa maison avec tasses de porcelaines et vieux cognac, explique qu'il ne bat pas ses enfants, car en matière d'éducation, il croit au pouvoir des mots.

L'ambiguité née de la communauté temporaire d'intérêts entre bourreaux et victimes éclate quand Herzog vient annoncer triomphalement que les billets, leurs billets, ont été certifiés authentiques par la Banque d'Angleterre, et qu'on voit de la fierté illuminer les visages des déportés plantés au garde à vous dans le froid, avant qu'il n'offre une table de ping-pong, récompense dérisoire et incongrue par ce qu'elle évoque de légèreté estivale au coeur de l'horreur. 

Progressivement, alors que s'approchent les armées alliées et que s'effondre le Reich millénaire, les statuts respectifs des prisonniers et de leurs geoliers  deviennent plus flous, la dépendance s'inversant imperceptiblement, tel ce passeport suisse salvateur que Herzog monnaie auprès de celui qu'il a arrêté. Et d'ailleurs, cet effet de miroir n'est-il pas souligné par les initiales de Sally Sorowitsch ?

La réalisation se veut assez distanciée, avec le choix du huis-clos qui, au-delà des raisons budgétaires, rend l'extérieur encore plus menaçant. Stefan Ruzowitzky oppose les couleurs chaudes de la liberté (Berlin 1936, Monte-Carlo 1945) aux teintes froides du Lager, avec un contraste dur qui souligne les nombreux clivages qui structurent le récit. Il y a quelques balourdises, comme la scène où Mme Herzog, maîtresse de maison reçoit le déporté comme si de rien n'était, ou encore le discours de Holst après qu'il ait exécuté Kolja, inutile et contradictoire avec le personnage, et le jeu appuyé des acteurs souligne trop pesamment le débat moral qui est le sujet du film.

A moitié réussi du point de vue cinématographique, "Les Faussaires" présente l'intérêt de faire découvrir un aspect oublié de la seconde guerre mondiale, et pour cause : Adolf Burger explique que "les Anglais ont interdit que l'on parle de toute cette affaire au procès de Nuremberg. L'économie britannique aurait fait faillite si cette affaire avait éclaté au grand jour après la guerre." Quant aux déportés, leur pensée est résumée par l'intention que l'un d'entre eux exprime à la libération du camp : "Partir d'ici et tout oublier".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008 communauté : Cinéma
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Dimanche 10 février 2008

Film américain de Sylvester Stallone

Interprètes :
Sylvester Stallone (John Rambo), Julie Benz (Sarah), Paul Schultze (Michael Burnett)

Rambeurk.jpg

Durée :
 1 h 30

Note :
2/10

En deux mots
: Le retour de la momie, gore et complaisant.

Le réalisateur :
Né en 1946 à New York, Sylvester Stallone commence sa carrière d'ateur en 1970 avec un film X, "L'Etalon Italien". Il se spécialise dans les rôles de voyou, avant de connaître le succès planétaire avec "Rocky" en 1976, dont il dirige les suites, de "Rocky 2" en 1979 à "Rocky Balboa" en 2007. Il joue " Rambo" en 1983, qui connaît deux suites en 1985 et 1986, plus ce film.
Au milieu de nombreux films d'action musclée et de quelques comédies ratées ("Arrête ou ma mère va tirer"), on trouve peu d'oeuvres intéressantes dans sa filmographie, à l'exception de "Demolition Man", et surtout "Copland", de James Mangold en 1997.
 
Le sujet : John Rambo vit maintenant en Thaïlande, en vendant les serpents qu'il capture dans la jungle. Des missionnaires américains lui demandent de les conduire en Birmanie sur son bateau, dans la zone où les Karens sont les victimes de la répression brutale de la junte militaire. Il refuse d'abord au Dr Burnett, mais finit par accepter quand son assistante Sarah lui demande. Après s'être débarassé de pirates, il les dépose en Birmanie.

Quelques semaines plus tard, il apprend que l'expédition a été capturée par les Birmans. Il accepte de conduire un groupe de mercenaires engagés par le pasteur qui avait envoyé les missionnaires. D'abord méprisé comme un simple batelier, il s'impose à la tête de la troupe.

La critique : John Rambo a au moins un mérite : il ne bouge pas d'un poil. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il n'a pas pris une ride, mais au moins, les spectateurs qui l'avaient laissé il y a vingt ans dans les montagnes afghanes en train d'exterminer une division soviétique, n'auront aucun mal à le reconnaître : taiseux, musculeux et mono-expressif à la limite de l'hémiplégie, avec un délicat côté Faut-pas-gonfler-Gérard-Lambert-quand-il-répare-sa-mobylette.

Le monde a changé, l'Axe du Mal s'est décentré de la Place Rouge, mais tout ça n'a visiblement pas grande importance. Ce qui compte, c'est de trouver des méchants vraiment très méchants, et pour ça, on n'a encore que l'embarras du choix. On aurait pu s'attendre à trouver JR à Najaf, mais au milieu de 135 000 GIs, il aurait fait tâche avec son arc. C'est donc du côté de la junte militaire du Myanmar qu'on a embauché les affreux, et franchement, ils font parfaitement l'affaire : dès le générique, on nous inflige des images d'actualité avec des têtes décapitées et des cadavres boursoufflés, et déjà on a envie de faire exploser quelques têtes de trouffions birmans.

Et puis, ça doit rappeler le bon vieux temps du Nam à notre héros bodybuildé, avec ces silhouettes de petits macaques grimaçants qui remplacent celles des vietcongs de l'Oncle Hô, éternelles incarnations du péril jaune. Donc, John coule une retraite heureuse dans sa cahutte au fin fond de la Thaïlande. Bon, d'accord, il ne plante pas de courgettes dans son lopin de terre, il ne suit pas des cours de macramé ou de feng-shui, non, il attrape des cobras pour arrondir ses fins de mois, que voulez-vous, on ne se refait pas.

Que dire de ce nouvel -et espérons-le, ultime- épisode des aventures de la créature du Colonel Trautman ? Constatons tout d'abord que Sylvester Stallone, qu'on n'a pas vu dans un bon film depuis "Copland", a dû beaucoup perdre dans la crise des sub-primes, puisque le voilà réduit à exhumer Rambo quelques mois après avoir sorti M. Balboa de la naphtaline. 

Rien de nouveau pour l'intigue : Rambo qui n'aspire qu'à vivre heureux, donc caché, est contraint d'aller arracher de pauvres gens bien méritants des griffes de leurs geoliers sanguinaires. On retrouve là le synopsis du 2 et du 3, le 1 présentant l'originalité de se dérouler au pays et d'offrir une parabole sur l'impossible retour à l'American Way of Life des boys transformés en machines à tuer, et cela plus de 30 ans avant "Dans la Vallée d'Elah".

Rien de nouveau pour la réalisation, prise en main cette fois-ci par Sly himself : montage à la AK 47, ralentis pour mieux voir le sang gicler (avec un acharnement particulier sur les crânes, décapités, explosés à la dum-dum, transpercés par des flêches ; pourquoi tant de haine, est-ce parce que c'est là où se trouve le cerveau ?), le tout baigné par la musique de Bryan Tyler à côté de laquelle Le régiment de Sambre-et-Meuse fait figure de poème élégiaque.

Rien de nouveau non plus du côté de la philosophie ramboesque : de "I Fuck the World" ou "Vous ne changerez rien", à "Vivre pour rien ou mourir pour quelque chose", on assiste à l'émergence d'une pensée morale qui s'arrêtera là, pour cause de plafond sémantique.

Non, le seul et minime intérêt collatéral, c'est de voir comment le supporter de John McCain (qui lui, a vraiment fait le Vietnam) intègre la marche du monde à l'univers mononeuronal de Rambo. La marche du Monde, ou plutôt le débat qui agite le parti Républicain : comment concilier l'isolationnisme du vétéran et l'évangélisme missionnaire de Sarah et de Michael ? Ces deux derniers font partie d'une église "panasiatique" basée dans le Colorado, et viennent apporter aux Karens médocs et livres de prière, faut dire qu'il y a encore 30 % de bouddhistes et 30 % d'animistes dans ce coin-là.

Cela nous vaut d'ailleurs une scène édifiante où les gentils Karens écoutent sagement le bon père blanc leur délivrant la parole du Christ, je n'avais pas vu aussi sulpicien depuis la Vie de Don Bosco raconté dans Les belles Histoires de l'Oncle Paul.

Alors, me direz-vous, pourquoi être aller voir un film impérialiste, ultra-violent et à la limite du racisme ? Sans doute parce que "John Rambo" arrive en tête des critiques des spectateurs sur Allociné avec 3,52/4 de moyenne, et que déjà 254 critiques amateurs lui ont attribué 4 étoiles, soulignant son "réalisme" et la dénonciation d'un conflit oublié. Point de vue réalisme, où se niche la réalité dans ce jeu video, ce shoot them all où Rambo égorge à main nue avec la facilité d'un Ken le Survivant et découpe en deux quelques centaines de bidasses à la mitrailleuse ? Quant aux Karens, ils sont aussi instrumentalisés dans le rôle des gentils que les Birmans le sont dans celui des méchants, simples figurants d'une affaire de Yankees. 

Je me prépare donc à quelques commentaires rageurs, comme pour "300" ou "Apocalypto". Pas grave, ça fera monter mon blog rank !

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008
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Samedi 9 février 2008

Film américain de Matt Reeves

Interprètes :
Michael Stahl-Davis (Rob Hawkins), Lizzy Caplan (Marlena), Jessica Lucas (Lily)

Clover2.jpg

Durée :
 1 h 30

Note :
7/10

En deux mots
: Oussama Ben Laden est un reptile alien de 600 pieds de haut, et Sony l'a filmé.

Le réalisateur :
Né en 1966 dans l'état de New-York, Matt Reeves a commencé à filmer sa famille à 8 ans. A 13 ans, il rencontre J.J. Abrams, futur producteur de "Lost" et de "Cloverfield", avec lequel il produit en 1998 la série "Felicity". Il réalise son premier long métrage en 1993, "Future Shock", suivi en 1996 de "Le Porteur de Cercueil".
 
Le sujet : Aidé de sa copine Lily, Jason organise une teuf surprise pour fêter le départ au Japon de son frère Rob. Il colle le camescope dans les mains de leur pote Hud, avec mission d'enregistrer les messages de tous les participants. Il s'en acquitte avec un manque de tact touchant, plus intéressé par la mystérieuse Marlena que par les héros de la fête, jusqu'à ce que survienne Beth, l'ex de Rob avec son nouveau chevalier servant. 

Après que Beth ait quitté la fête suite à un accès de jalousie de Rob, un tremblement secoue l'immeuble. Montés sur le toit, les convives aperçoivent une explosion au loin. En se précipitant dehors, ils voient atterrir la tête de la Satue de la Liberté : une créature monstrueuse attaque Manhattan.

La critique : Un building s'effondrant sur lui même, filmé entre deux immeubles. Un nuage de poussière et de débris blastant les New-Yorkais pris au piège. Des silhouettes hébétées couvertes de cendres surgissant d'un brouillard orangé. Une voix hors cadre répétant "Oh, my God !" : ça ne vous rappelle rien ? Aux protagonistes de la fête, certainement, puisque après les premiers signes d'alerte, on entend une voix s'interroger : "Encore une attaque terroriste ?". 

Le besoin d'exorciser les peurs profondes de l'Amérique ne date pas du 11 septembre, ni même de Pearl Harbour, puisque "King Kong" ouvrait une longue liste de films mettant en scène des cataclysmes frappant les villes américaines : "San Francisco", "Deep Impact", "The Day After", "Independance Day", "Armageddon" ou "Godzilla". Mais depuis 2001, les codes du genre ont évolué et intègrent les images incrustées dans la mémoire de tous les Terriens, que ce soit dans "La Guerre des Mondes" ou "Je suis une Légende". 

On peut d'ailleurs se demander si un tel film ne cherche pas à conjurer en même temps la peur et la mauvaise conscience, puisque ce sont des Humvees et des soldats en camouflage couleur sable qui se battent contre le monstre dans les rues de Manhattan au cours de scènes qui rappellent étrangement les images de la seconde bataille de Fallujah.

"Cloverfield" (étrange titre, puisqu'on voit plus un champ de ruines qu'un champ de trèfles !) ajoute au réalisme des scènes de destruction le modernisme de leur captation. On le sait, la particularité de ce film réside dans sa forme : après un noir, une mire, on voit apparaître un panneau US Departement of Defense, puis la mention Camera trouvée à Central Park suite à l'incident US-447. Le reste du film est la cassette DV trouvée dans ce caméscope, sans montage, avec donc les longueurs, les superpositions accidentelles et les raccords aléatoires qui rendent insupportables les films de vacances de Tonton Raoul, et qui ici, grâce à une écriture très futée, permettent de justifier flash-back et ellipses au nom d'une erreur de rembobinage.

Quand j'ai vu la B-A il y a quelques semaines, j'ai glissé à l'oreille de mon voisin : "C'est Godzilla filmé par le Projet Blair Witch" (J'avais omis "Alien", le monstre étant une version biologique des mines à sous munitions, puisqu'il essaime des arthropodes vindicatifs et toxiques). Je me suis alors demandé comment le film allait tenir la distance, et à quoi ça servait de mettre plein d'argent dans la destruction numérique de Big Apple  si c'était pour la restituer avec une mini-DV parkinsonienne.

La réussite du film repose justement sur les réponses à ces deux questions : en n'étirant pas le récit (un blockbuster d'1 h 30, ça devient rarissime de nos jours), en jouant des fonctions diverses du caméscope (de la mise au point automatique à la vision nocturne), et en parvenant à incruster une petite histoire dans la grande, il évite l'ennui. C'est ce que souhaitait J.J. Abrams, qui explique : "Une des choses importantes dans un film avec autant d'action est d'avoir des moments de coupures, pour renouer avec les personnages. Avoir des passages plus calmes est extrêmement important. Sans eux, vous regardez juste un jeu vidéo."

Mais surtout, la nature du support, une mini-DV prise en main par quelqu'un qui ne la connaît pas et qui court la moitié du temps, justifie que la menace soit presque perpétuellement hors champ, ou floue, ou juste signifiée par des effets secondaires, à l'exception notable du plan où la bébête fait une pause de quelques secondes dans son carnage pour s'intéresser aux hominidés vidéastes qui s'agitent à ses pieds. Placés au même niveau d'incompréhension que Hud et ses camarades de fuite, nous ne sauront d'ailleurs rien du monstre, à part ce qu'on peut deviner de son comportement erratique et que J.J. Abrams résume ainsi : "C'est un bébé. C'est un nouveau né. Il est confus, désorienté et de mauvaise humeur."

Dans la partie de la bande tournée un mois avant et que Hud n'a pas effacée, on voit Beth filmée à son réveil et qui proteste en disant "Je vois le plan, ça va finir sur internet ! " ; et bien non, ça n'a pas fini, mais ça a bien commencé sur la toile, puisque le finaud J.J. Abrams a joué du mystère autour du projet "01-18-08" pour créer un buzz sans précédent sur internet, proche du marketing viral : quelques images lâchées sur le web, le black-out sur toute autre information ont suscité une curiosité et une attente sur les forums et les blogs du monde entier.

On pardonnera quelques invraisemblances (le building à demi effondré sagement appuyé sur son voisin, la porte providentielle au milieu du tunnel au moment où nos héros se font boulotter par les tarentules géantes) ), et quelques lourdeurs du scénario (le sans-gêne de Hud qui se tape l'incruste au milieu des conflits sentimentaux ou l'abnégation de Lily qui suit -en talons aiguille !- Rob au coeur du champ de bataille pour aller sauver Beth), tant l'exploitation du principe a été déclinée avec intelligence et efficacité.

"Cloverfield" s'avère finalement bien moins cucul que "Godzilla" ("C'est la faute à Chirac si le saurien s'est réveillé") et beaucoup plus riche que "Le Projet Blair Witch" ("Enfer ! Trois brindilles ! On va mourir !") et offre surtout un spectacle haletant doublé d'une actualisation astucieuse du cinéma de Méliès. 

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008
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Lundi 4 février 2008

Film américano-canadien de Jason Reitman 

Interprètes :
Ellen Page (Juno McGuff), Jason Bateman (Mark), Jennifer Garner (Vanessa), Olivia Thirlby (Leah)

Juno.jpg

Durée :
 1 h 31

Note :
7,5/10

En deux mots
: Comédie maligne portée par une Ellen Page éblouissante.

Le réalisateur :
Né en 1977, Jason Reitman est le fils d'Ivan Reitman, le réalisateur canadien de "Ghostbuster" et "Un flic à la maternelle". Son court-métrage "In God We trust" remporte des prix dans de nombreux festivals. Son premier long métrage, "Thank you for Smoking" a obtenu en 2006 un bon accueil de la critique.
 
Le sujet : Junebug McGuff, 16 ans et 1,55 m, vit avec son père ex-militaire présentement chauffagiste, sa belle-mère et sa petite soeur, Liberty Bell. Venue voir "Le Projet Blair Witch" chez Paulie Bleeker, un camarade de classe coureur de demi-fond introverti, elle devient selon le vocabulaire de ses profs, "sexuellement active". Quand elle découvre qu'elle est enceinte, elle veut d'abord avorter, avant de se raviser et de décider de trouver des parents adoptifs pour son enfant à naître.
Aidée de son père et de sa copine Leah, elle rencontre Vanessa et Mark, un couple aisé qui n'arrive pas à avoir un enfant. Juno, qui a découvert que Mark partage avec elle les mêmes goûts musicaux, lui rend souvent visite alors que son ventre s'arrondit... 

La critique : Le film d'adolescents nord-américain (ici, le Canada anglophone, Dancing Elk oblige) représente un genre typique du cinéma et des séries télé du Nouveau Monde : longs couloirs bordés de casiers, frime des gars de l'équipe de foot US, cheerleaders, et permis à 16 ans. Ici, on retrouve tous ces ingrédients, sauf qu'ils ne servent que de toile de fond à l'intrigue, et que la gamine qui remonte le flot de élèves à contre-courant exhibe un ventre proéminent.

Chez Juno, rien n'est vraiment comme chez les autres : son téléphone-hamburger, le nom de sa guitare ("Roosvelt, pas Ted, Franklin, le cool avec la polio"), sa datation de l'apogée du rock ("1977, Punk is dead") et ce qu'elle retient de ses cours ("Les profs de S.V.T. nous disent que la grossesse se solde souvent par un enfant"). 

Elle est juste différente, y compris des ados rebelles ; son choix de garder l'enfant, n'est pas dû à une longue réflexion éthique ou à un souci de se conformer à un ordre moral, mais à l'image que lui souffle une camarade asiatique qui tient toute seule un piquet anti-IVG devant le Planning Familial : le foetus a des ongles.

Pourtant, cette grossesse est visiblement ce qu'il pouvait lui arriver de pire, au moins aux yeux de ses parents qui confessent après qu'elle leur ait annoncé la nouvelle : "J'espérais qu'elle avait été renvoyé ou qu'elle se droguait". Quand elle voit apparaître la petite croix rose sur le test de grossesse, son réflexe est de le secouer, comme s'il s'agissait d'une ardoise magique. Mais à partir du moment où elle a fait son choix, elle l'assume envers et contre tous, même si elle peut compter sur un père compréhensif et une copine complice.

C'est peu dire que tout l'édifice du film repose sur les frêles épaules d'Ellen Page. Cette actrice canadienne de 20 ans, révélée dans "Hard Candy" où elle castrait un prédateur sur internet, réussit à se faire passer pour une ado de 16 ans qui en paraît 14. Tour à tour provocatrice, enfantine et terriblement mature, elle égrène de sa voix grave des perles qui font de la page Memorable Quotes d'IMDB une des plus longues de ces dernières années. Marion, te voilà prévenue, il y a de la concurrence...

Mais la réussite du film vient aussi d'un scénario très habilement construit, qui réserve un certain nombre de surprises - même si la fin semble un peu plus prévisible et pour tout dire un peu décevante par rapport au reste de l'intrigue. Et puis Jason Reitman confirme ce qu'il laissait entrevoir dans "Thank You for Smoking", avec une réalisation très maîtrisée : un découpage par saisons, introduit par une scène où un peloton de coureur aux couleurs du collège traverse invariablement le cadre, et une utilsation des couleurs dominantes de chacune des saisons ; un jeu sur la profondeur de champ qui permet d'isoler ce qu'il veut souligner ; sa façon de suggérer par l'image, comme ce traveling où on surplombe la capuche de Juno, petit Chaperon Rouge moderne ; et une intégration de la musique dans le récit qui évite la redondance contrairement à la plupart des films récents.

Moins caustique qu'"American Beauty", moins déjanté que "Little Miss Sunshine", "Juno" réussira sans doute à plaire aussi bien à un public populaire qu'à des spectateurs plus cinéphiles, et après tout, ce ne sera que justice.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2008
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