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Mercredi 21 décembre 2005
Film français de Luc Besson
Interprètes
: Djamel Debbouze (André Moussa), Rie Rasmussen (Angela), Gilbert Melki (Franck), Serge Riaboukine (Pedro)
Durée : 1 h 58

L



Note : 6/10
En deux mots : Se voulant à la fois comédie romantique et conte philosophique, « Angel-A » est l’histoire de quelqu'un qui ne s'aime pas et qui va apprendre à s'aimer avec l’aide d’un ange. Malgré une très belle photographie et un talent de réalisation indéniable, la mayonnaise ne prend pas.

Le Réalisateur : Né en 1959, Luc Besson réalise son premier film en 1983, « Le dernier combat ». Il rencontre un premier succès avec « Sub way » en 1985. « Le Grand Bleu » (1988) est vu par 9 millions de spectateurs, et devient le film d’une génération. Il enchaîne d’autres succès : « Nikita » (1990), « Léon » (1994), « Le cinquième élément » (1997) et « Jeanne d’Arc » (1999).
Il devient aussi producteur de films grand public : la série des « Taxi », « Le baiser mortel du dragon », « Banlieue 13 », mais aussi des films d’auteurs, comme « Trois enterrements », de Tommy Lee Jones ou « Ne pas avaler », de Gary Oldman.
Luc Besson a toujours dit qu’il ne tournerait que dix films. Comme il a déjà fini le tournage de «Arthur et les minimoys » (Sortie prévue fin 2006), "Angel-A" devrait être son dixième et dernier film.

La critique : André est un petit escroc mythomane et malheureux. Ayant gagné une green card à la loterie, il se dit américain, prétend avoir un duplex à New York et des affaires en Argentine, mais c’est bien Paris qu’il arpente pour échapper aux petites frappes et aux gros durs qui veulent lui faire rembourser ses dettes.

Au moment où il s’apprête à se jeter dans la Seine, une grande pétasse blonde (c’est dans le scénario !) saute avant lui, et par réflexe, il la sauve. Elle lui promet alors de faire tout ce qu’il lui demandera.

Elle s’appelle Angela, et l’on va vite découvrir que cela peut aussi s’écrire comme le titre du film : Angel-A. Elle a des anges les pouvoirs de divination et de persuasion, plus une droite ravageuse. Entraînant André dans une errance nocturne, elle va lui servir de coach, et lui révéler qu’avant d’espérer se faire accepter par les autres, il faut commencer par s’aimer soi-même.

C’est un Besson. Indubitablement.
Un peu comme l’affiche de Virgin, on peut jouer à retrouver pêle-mêle les ingrédients de ses précédents films : le noir et blanc du « Dernier combat », les bas-fonds de « Sub way », la Mathilda de « Leon » grandie trop vite (jusqu’à ses « OK » et ses « cool ! »), les personnages dézingués du « Cinquième élément », et même l’humour éléphantesque des dialogues de « Taxi »…

La photographie de Thierry Arbogast, son complice depuis « Nikita », est superbe. Besson a filmé un Paris rêvé, sans habitants ni voiture, un Paris d’un petit matin d’août.
Il maîtrise toujours autant le cadrage et la dynamique du montage, et certaines scènes sont particulièrement réussies.

Mais tout cela n’est pas suffisant pour sauver un scénario plein de bons sentiments, avec un message qu’on croirait tiré d’un séminaire de communication pour cadres de Jacques Salomé… Tout cela en fait un film très bavard, et la tchache de Djamel conjuguée au français phonétique du mannequin Rie Rasmussen amènent rapidement le spectateur à décrocher.

Quand on se rappelle que Luc Besson s’est limité à dix films, il est dommage que celui qui est malgré tout un des cinéastes les plus intéressants de sa génération, ait ainsi dilapidé une de ses cartes dans un film si creux.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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Mardi 20 décembre 2005
Film italien de Roberto Benigni
Titre original : La Tigre e la Neve
Interprètes
: Roberto Benigni (Attilio De Giovanni), Nicoletta Braschi (Vittoria), Jean Reno (Fouad), Tom Waits (dans son propre rôle)
Durée : 1 h 58

L



Note : 7/10
En deux mots : Conte poétique ayant pour toile de fond l’invasion de l’Irak, ce film réussit à émouvoir et à amuser, grâce à l’énergie chaplinesque de Benigni.

Le Réalisateur : Né en 1952, Roberto Benigni débute comme acteur pour Bertolucci, Fellini, Ferreri et Jarmusch. En 1983, il réalise son premier film « Tu mi turbi ». C’est en 1997 qu’il reçoit la consécration internationale avec « La Vita è bella », Grand Prix du Jury au Festival de Cannes.

La critique : Chaque nuit, Attilio, professeur de poésie à l’université, rêve d’une étrange cérémonie dans une église en ruines où il épouse Vittoria, accompagné au piano par Tom Waits en personne.

Vittoria existe bien, mais elle ne (re)cédera à Attilio que le jour où elle verra à Rome un tigre sous la neige. Quand il apprend par son ami le poète irakien Fouad que Vittoria venue l’interviewer a été victime d’un accident, Attilio se joue de toutes les difficultés et en pleine invasion de l’Irak rejoint Bagdad pour la soigner.

Dans la pénurie et le désordre consécutifs à l’effondrement du régime de Saddam Hussein, il va réussir à trouver tous les médicaments nécessaires pour la sauver. Victoria ne sortira du coma qu’après qu’Attilio ait été arrêté par les Américains, et elle ne saura donc pas l’identité de son sauveur.

Mais comme nous sommes dans le domaine du conte, il suffira d’un baiser et de l’effleurement d’un collier pour qu’elle comprenne, et à Rome où l’imprévu devient probable, la neige tombera sur le tigre…

Benigni, ou on l’adore, ou il agace.
Je fais plutôt partie de la deuxième catégorie. Je n’avais pas été enthousiasmé par « La Vie et belle », auquel j’avais préféré « Train de vie », de Radu Mihaileanu qui avait su traiter le même sujet de la shoah avec beaucoup plus de finesse et bien moins de sentimentalisme. Et l’hyperactivité de son « Pinocchio » n’avait réussit à produire chez moi qu’une migraine…

Mais dans ce film, il a su trouver un rythme et une variété de tons, tant dans son jeu que dans les rebondissements de l’intrigue, qui réussissent à susciter l’émotion tout en préservant le sourire, voire le rire.

Le scénario est à l’image de l’Irak : sans dessus dessous. Mais c’est justement ce joyeux foutoir qui convainc, et quoi de plus naturel que de voir Attilio se faire jeter du comptoir de l’aéroport de Rome où il a demandé un billet pour Bagdad, et de le découvrir au J.T. le soir même en Irak, en train de décharger un avion de la Croix-Rouge.

Certes, Bagdad ressemble à un décor d’opéra, et les scènes de combat semblent bien loin de la réalité des dommages collatéraux. Mais quand bardé de médicaments, Attilio manque de se faire descendre à un check point par des soldats américains qui le prennent pour un kamikaze, il en dit aussi long sur la nature de cette opération.
Citoyen d’un pays ayant participé à l’intervention aux côté des Américains, Attilio réussira même à dénicher une arme de destruction massive, et utile de surcroît : une tapette à mouches !

Comme dans la scène de « La Vie est belle » où il traduisait pour son fils les propos du soldat allemand, Benigni trouve parfois des accents chaplinesques : quand il arrive dans son appartement avec Vittoria, et découvre tous les éléments du tête-à-tête romantique laissés par une collègue amoureuse de lui, ou quand il pense avoir effrayé les deux Irakiens qui le poursuivaient et se met à fanfaronner, alors qu’il est au milieu d'un champ de mines…

Ce film a les défauts de ses qualités. Par instants, il n’évite pas de retomber dans le sentimentalisme cher à Benigni, et une musique sirupeuse vient souligner avec insistance ces moments-là. A vouloir trop montrer, il manque certains sujets, comme celui du poète irakien.
Mais la générosité et l’énergie qui le portent en font un film touchant et atypique, pour moi le meilleur de son auteur.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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Dimanche 18 décembre 2005
Film taïwanais de Hou Hsiao-hsien
Interprètes
: Shu Qi (May, Ah Mei, Jing), Chang Chen (Chen, M. Chang, Zhen).
Durée : 2 h 00

L



Note : 9/10
En deux mots : Un homme et une femme. Trois époques, trois histoires d’amour, trois façons de filmer. Une leçon de cinéma par un des plus grands réalisateurs de notre temps.

Le Réalisateur : Né en 1947, Hou Hsiao-hsien a réalisé son premier film, « Cute girl», en 1980. Prix de la critique internationale à Berlin en 1985 avec « Un temps pour vivre, un temps pour mourir », Lion d’or à Venise en 1989 avec « La cité des douleurs », il obtient le Prix du Jury au Festival de Cannes en 1993 pour « Le maître des marionnettes ».
Le public français a découvert « Les fleurs de Shangaï » en 1998, « Millenium Mambo » en 2001 et « Café Lumière » en 2003, hommage à Ozu.

La critique : Trois histoires autour de l’amour, un même lieu, Taïwan, deux acteurs, et trois périodes différentes. Ces trois moyens métrages parlent d’approches différentes de l’amour, et donnent lieu à des façons différentes de les filmer.

1966. May travaille dans une salle de billard. Elle rencontre Chen. Ils flirtent. Puis il doit partir à l’armée. Elle reste, l’attend, puis s’en va. Quand il revient, il part à sa recherche…
Rythmé par les chansons des « Aphrodite’s Child », ce film évoque à la fois « Les Parapluies de Cherbourg » (le chassé-croisé, le rôle du départ à l’armée) et « In the mood for love » (la tension amoureuse retenue, les robes sixties).

Le film se termine sur le premier passage à l’acte : sous la pluie, Chen prend la main de May… Animée d’une langueur nostalgique, il montre l’intensité des émois de la rencontre ; un regard, un effleurement prennent une ampleur voluptueuse, et le talent de Shu Qi se manifeste dans chaque sourire esquissé, dans chaque déplacement en apesanteur…

Longs et lents travelings, éclairage tamisé, la réalisation est adaptée à l’histoire : fluide et élégante.

1911. Ah Mei est courtisane dans une maison de plaisir. Elle a pour client M. Chang, jeune bourgeois qui combat pour sortir Taïwan de la domination japonaise. Elle le sensibilise au sort d’une de ses amies, tombée amoureuse. Il va utiliser ses relations et sa fortune pour permettre leur mariage. Mais quand elle lui demande de faire la même chose pour elle, il l’abandonne, préférant ses ambitions politiques.

Tourné en couleurs, ce film est muet, avec des inter-titres. Seuls sons, le chant lancinant de la courtisane, et le bruit de l’enveloppe qui se déchire, couperet qui met fin à son espoir…
Là, on retrouve le style des « Fleurs de Shangaï », tourné aussi dans une maison de plaisir. Le réalisateur joue de l’exiguïté des lieux par des plans fixes qui utilisent portes, fenêtres et miroirs pour démultiplier les points de vue.

L’amour ici est soumis au plaisir et aux choix arbitraire des hommes, et le même Chang qui offre le bonheur à l’une condamne l’autre au malheur.

2005. Jing est chanteuse de rock, bisexuelle. Elle rencontre Zhen, photographe. La technologie de la communication est partout : e-mail, photo numérique, téléphone portable, SMS, et pourtant les personnages se croisent, font l’amour, se quittent sans jamais donner l’impression d’être heureux, sans jamais vraiment échanger…

Il s’agit d’un prolongement de « Millenium Mambo » : même actrice (Shu Qi), même lumière nocturne, même place de la techno…

Le film débute sur un long traveling qui suit la moto de Zhen slalomant dans la circulation de Taipeh. La caméra virevolte dans des espaces entrelacés : boîtes, appartements, cybercafés. La narration est destructurée, à l’image de la vie urbaine dans le village mondial de ce nouveau millénaire.

Comme vous pouvez le deviner, j’ai adoré ce film pour son intelligence, sa virtuosité, son esthétique, son actrice. Habitué et grand fan du cinéma asiatique, aujourd’hui un des plus créatifs, je peux comprendre qu’on ne partage pas mon enthousiasme et qu’on ait du mal à rentrer dans une monde si différent (une copine s’en souvient, qui s’est endormie aux « Fleurs de Shangaï » !), malgré un propos universel.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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Samedi 17 décembre 2005

Film français de Florence Quentin
Interprètes
: Gad Elmaleh (Ramon Holgado), Gérard Depardieu (François Veber), Sabine Azéma (Alexandra Veber), Valeria Golino (Carmen Holgado)
Durée : 1 h 37










 



Note : 7/10
En deux mots : Comédie à la française assez enlevée, « Olé » part d’une idée originale : un chauffeur devenu indispensable à son patron tyrannique, se sent abandonné quand celui-ci tombe sous la coupe d’un flambeur…

La réalisatrice : Scénariste d’Etienne Chatiliez pour « La Vie est un long Fleuve tranquille », « Tatie Danielle » et « Le Bonheur est dans le Pré », Florence Quentin a réalisé « J’ai faim » en 2001.

La critique : Ramon Holgado est une perle. Non seulement il conduit délicatement la Mercedes de François Veber, mais surtout il sait se rendre indispensable pour tous ces petits tracas des gens de la haute : livrer un bouquet de roses à chacune des invitées décommandées au dernier moment par son irascible patron, donner des cours de ventilation à la secrétaire de celui-ci au bord de la dépression, procurer des médicaments dernier cri à sa patronne hypocondriaque, avancer de l’argent pour les petits trafics du jeune Veber, et même faire arrêter les travelos qui squattaient le parcours de leur jogging matinal.

Les concurrents de son patron l’envient, quand ils n’essaient pas de le débaucher. Ramon est si heureux qu’il n’envisage nullement de tenir la promesse qu’il a faite à sa femme, employée de maison chez les Veber, à savoir aller s’installer dans la villa qu’ils se font construire en Andalousie. Il faut dire que Ramon ne parle même pas l’espagnol.

Jusqu’au jour où Veber rencontre une sorte de Bernard Tapie, beau parleur et enjôleur, avec lequel il va tout partager : affaires louches avec des milliardaires russes, cuites mondaines, goût pour les Harley-Davidson…

Ramon se sent ravalé au rang… de chauffeur, et encore, quand un patron se met à la moto… Il va consacrer son temps devenu très libre à boursicoter, profitant des tuyaux volés aux nouvelles relations de son patron.

Ce film est plutôt une bonne surprise. Dans un créneau très encombré (comédie à la française basée sur l’idée du tandem improbable), il bénéficie de deux atouts qui le sortent de la masse :

- un rythme enlevé qui n’est pas sans rappeler les grandes comédies américaines des années 30, avec un usage de l’ellipse et une réalisation assez subtile (On ne voit jamais la maîtresse de Veber, appelée du nom de la rue où elle habite);

-un ton caustique, déjà sensible dans les scénarios écrits par Florence Quentin pour Etienne Chatiliez.

Dommage que le rythme s’essouffle à la moitié du film, à partir du moment où la relation entre Ramon et Veber bascule, et que l’échange de rôles qu’ils opèrent donne lieu à une situation très prévisible.

Depardieu fait du Depardieu : odieux à souhait, bousculant tout sur son passage, il s’amuse avec son image : le voir contourner la piscine en robe de chambre et coiffé d’un bob ridicule (dédicace à Karaka…) est assez jubilatoire.
Gad Elmaleh est assez sobre, trop peut-être.

Coproduction oblige, le rôle de bonne espagnole de Carmen a été attribué à Valeria Golino, et son accent ibéro-italien est assez curieux… Quant à Sabine Azéma, elle est excellente dans son personnage de grande bourgeoise malade imaginaire, égocentriste et dépressive…

Film sans prétention, « Olé » offre un divertissement agréable, avec une histoire bien ficelée et une réalisation assez élégante.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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Vendredi 16 décembre 2005

The three burials of Melquiades Estrada
Film américain de Tommy Lee Jones
Scénario
: Guillermo Arriaga
Interprètes : Tommy Lee Jones (Pete Perkins), Barry Pepper (Mike Norton), Julio Cedillo (Melquiades Estrada)
Durée : 1 h 57









 

 

 


Note : 8,5/10
En deux mots : Ce western tex-mex dans la lignée de Sam Peckinpah et de Clint Eastwood est une réussite. Doublement couronné à Cannes, il raconte de façon baroque une errance entre Texas et Mexique, véritable parcours initiatique qui débouche sur la rédemption.

Le Réalisateur : Il s’agit du premier film de Tommy Lee Jones. Né en 1946 au Texas, il a longtemps été cantonné dans des seconds rôles, souvent de méchants. C’est à partir du « Fugitif » (1993) qu’il accède aux premiers rôles : « Men in black », « Traqué », « Space Cowboys ». C’est sur ce dernier film qu’il voit travailler Clint Eastwood, dont il reconnaît s’être inspiré.
"Clint est un très bon exemple à suivre pour n'importe quel réalisateur. S'il y a une chose que je partage avec lui, c'est de ne jamais faire plus de trois prises. Vous devez être prêt à la première, on fait la deuxième par sécurité et la troisième en cas de problème technique comme une rature sur le négatif."

La critique : Melquiades Estrada n’a pas de chance.
Obligé comme beaucoup d’hommes de s’expatrier au Texas voisin, ce Mexicain a été contraint il y a quinze ans d’abandonner de l’autre côté de la frontière femme et enfants. Alors qu’il chasse un coyote, sa destinée va croiser Mike Norton, jeune garde-frontière brutal et raciste. Enterré une première fois sous des pierres, il aura droit à une seconde tombe anonyme dans le cimetière de la police.

Mais Pete, son employeur devenu son ami, lui avait promis de l’enterrer de l’autre côté de la fontière, chez lui. Pour tenir sa promesse, il va enlever le meurtrier de Melquiades, et le contraindre à convoyer son corps jusqu’à sa troisième sépulture, avec pour seule carte quelques mots griffonnés sur un post-it..

Cela, le spectateur devra le reconstituer à la manière d’un puzzle. En effet, les différentes pièces nous sont livrées dans le désordre, avec à peine quelques indices temporels. On retrouve là la patte de Guillermo Arriaga, scénariste de « Amours chiennes » et de « 21 grams », et primé à Cannes pour « Trois enterrements ».

Cette déstructuration du récit n’est pas gênante, bien au contraire, puisqu’elle s’accorde avec une dilution du temps propre à cette région, à l’instar de ce vieil homme aveugle oublié de tous, rencontré au cours de leur périple.

Le seul élément qui marque l’écoulement du temps, c’est le cadavre de Melquiades. Il n’échappe pas à sa décomposition, comme dans « Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia » de Sam Peckinpah, et aucun traitement de choc ne nous est épargné, avec une approche désacralisée de la mort très mexicaine.
Au fur et à mesure de leur parcours, les certitudes du jeune garde-frontière vont s’effondrer. Mais Pete aussi devra se confronter à une réalité qui n’est pas celle qu’il croyait.

Cannes a récompensé Tommy Lee Jones en lui accordant le Prix d’Interprétation masculine. Reconnaissance ambiguë, puisqu’elle est destinée à un acteur pour la première fois réalisateur. Mais reconnaissance amplement méritée, car il s’est offert un personnage comme aime à les camper Clint Eastwood dans ses derniers films.

Comme chez ce dernier, l’épaisseur des héros est étayée par les personnages secondaires : la femme du garde-frontière, yankee perdue dans un sud déjà chicano, la serveuse généreuse de ses charmes mais malgré tout fidèle à son mari qu’on ne voit qu’à travers le passe-plat, une immigrante un peu rebouteuse qui va conjuguer vengeance et générosité…

Film à la fois baroque et épuré, « Trois enterrements » nous montre qu’il existe d’autres façons de réussir sa reconversion pour des acteurs hollywoodiens que de refuser de gracier des condamnés à mort…

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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