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Vendredi 6 janvier 2006
Film américain de Georges Clooney
Interprètes
: David Strathairn (Edward R. Murrow), Robert Downey Jr (Joe Wershba), Patricia Clarkson (Shirley Wershba), George Clooney (Fred Friendly).
Durée : 1 h 33

L



Note : 6,5/10
En deux mots : L’histoire du combat du présentateur vedette de CBS Ed Murrow contre le sénateur McCarthy. Film historique et parabole politique, ce deuxième film de Clooney souffre malheureusement d'une certaine sécheresse et d'une narration parfois confuse.

Le Réalisateur : Fils d’un animateur de talk-show et neveu du comédien Mel Ferrer, George Clooney est né en 1961. Surtout connu comme acteur, il a été révélé par son rôle de Doug Ross dans la série Urgences. Il a tourné avec Steven Soderergh, Terrence Malick ou les frères Cohen. En 2002, il réalise son premier film, «Confessions of a Dangerous Mind», l’histoire de la double vie d’un présentateur de jeu télévisé tueur à gages.

La critique : «Good Night and good Luck», telle était la formule rituelle employée par Ed Murrow à la fin de ses chroniques sur CBS dans les années cinquante. Présentateur vedette de la chaîne, il en avait été le correspondant à Londres pendant la guerre, et il était un des pionniers de la télévision.

Entouré de son équipe de fidèles, bénéficiant de la confiance de ses dirigeants, il doit affronter la campagne du tristement célèbre sénateur McCarthy. Obligé comme tous les Américains employés à des postes de responsabilité de jurer n’avoir jamais approché les communistes, Ed Murrow rentre en résistance contre cette chasse aux sorcières en diffusant un reportage sur un lieutenant chassé sans jugement de l’U.S. Air Force.

Puis il s’attaque de front à McCarthy, présentant un montage des pires déclarations du sénateur du Wisconsin. Malgré la contre-attaque de ce dernier, l’émission de Murrow sonne le réveil des médias qui précipitera sa chute.

Mais cet victoire aura un coût : la déprogrammation de son émission, et le suicide d’un de ses poulains, attaqué par la presse ultraconservatrice.

Inutile de s’interroger longtemps sur les raisons qui ont poussé Georges Clooney à écrire et à réaliser ce film. En première ligne contre l’intervention américaine en Irak, il a dû subir les attaques de la droite belliciste.

«J’ai grandi dans les coulisses des médias, dit-il, et ce dont je suis le plus fier dans mon pays, c’est de la liberté d’expression. La perte des libertés civiques acquises pendant trente ans est une catastrophe

Tourné dans un superbe noir et blanc, «Good Night and good Luck» s’inscrit dans la tradition des grands films politiques américains : « M.Smith goes to Washington » de Franck Capra, «Tempête à Washington» d’Otto Preminger ou «Les Hommes du Président» d’Alan Pakula.

Malheureusement, la générosité du propos ne se retrouve pas dans l’écriture du film. Le contexte historique n’est pas suffisamment (re)situé et de nombreuses ellipses rendent la compréhension difficile pour un spectateur français. La présence de nombreux passages d’archives renforce le côté documentaire du film, et la caractérisation des personnages est insuffisante pour permettre de s’attacher à eux.

Et suivre les dialogues de ce film assez bavard avec dans la salle deux grognasses discutant pendant une heure et demie et grignotant leur pop-corn pestilentiel (séance de 14 h 40 à l’UGC Maillot, elles se reconnaîtront) demande une concentration épuisante...

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Mercredi 4 janvier 2006
Film américain D’Andrew Niccol
Interprètes
: Nicolas Cage (Yuri Orlov), Jared Letho (Vitali Orlov), Ethan Hawke (Jack Valentine), Bridget Moynahan (Ava Fontaine)
Durée : 2 h 02

L



Note : 7,5/10
En deux mots : Nouveau film ayant pour toile de fond l’Afrique et ses trafics, «Lord of War» est une œuvre brillante sur un marchand d’armes qui se refuse à reconnaître le côté particulier de sa marchandise. Dommage qu’il y ait quelques clichés et certaines facilités de mise en scène.

Le Réalisateur :
Né en 1964 en Nouvelle-Zélande, Andrew Niccol a commencé sa carrière comme réalisateur de publicités en Angleterre avant de rejoindre Hollywood. Il écrit le scénario de «The Truman Show», puis réalise «Bienvenue à Gattaca» (1997) et «Simone» (2001).

La critique : Premier plan du film, un traveling avant à ras de terre au-dessus de milliers de douilles, jusqu’à un homme d’affaire en costume noir qui se tient là devant un décor de désolation. En voix-off, on entend Yuri dire : «Il y a 550 millions d’armes dans le monde. Un habitant de la Terre sur 12 en possède une. La seule question, c'est comment armer les onze autres».

Puis le générique, un plan-séquence hallucinant qui suit en caméra subjective le trajet d’une balle depuis sa fabrication dans une usine de l’ex-union soviétique, jusqu’au crâne d’un enfant africain où elle va se ficher…

Nés en Ukraine, Yuri et son frère Vitali ont suivi leurs parents qui ont émigré aux Etats-Unis. Confronté à la violence de Little Odessa, Yuri a une révélation : il y aura toujours un marché pour les armes, et il y fera fortune.

Son père s’étant fait passer pour juif afin d’émigrer, s’il le suit à la synagogue, c’est pour acheter ses premiers uzis. A l’effondrement de l’U.R.S.S., il retrouve son oncle général en Ukraine, et organise avec lui le pillage de l’inépuisable stock d’armes de l’armée rouge.

Un agent d’interpol le prend en chasse, et tous deux jouent au chat et à la souris pendant une décennie. Le personnage de Yuri est presque sympathique, d’autant que nous voyons l’action de son point de vue. Et quand il échappe à interpol en travestissant un cargo en pleine mer, ou en organisant la vente express de la cargaison de son Antonov posé en pleine campagne sierra-leonaise, on en vient presque à l’applaudir…

Mais ce n’est pas un jeu, ou alors un jeu bien dangereux. Surtout quand il se joue avec les seigneurs de la guerre au Libéria ou au Sierra-Leone. Et la success story (la fortune, une femme magnifique, un appartement sur Central Park) ne pourra se poursuivre impunément…

Sous couvert d’une histoire certes assez classique mais bien ficelée (l’ascension dans le monde du mal, à l’instar des «Affranchis» ou de «Casino»), Andrew Niccol montre avec une précision quasi-documentaire la nouvelle géopolitique née de la fin de la guerre froide, et si l’accent est mis sur le rôle de ces contrebandiers en costard-cravate, la responsabilité des cinq états membres du conseil de sécurité de l’O.N.U. n’est pas éludée.

Malgré la gravité du sujet, l’humour est très présent, renforcé par la voix-off de Yuri qui décrypte les transactions meurtrières avec le détachement d’un professeur de Sup de co.

La mise en scène est bien léchée, trop peut-être, et le scénario n’évite pas certains clichés (le sacrifice du frère, les fantômes de la mauvaise conscience…). Le jeu très Actors Studio de Nicolas Cage peut agacer. Mais l’intelligence du propos et l’intérêt permanent de l’histoire font de ce film une des premières bonnes surprises de 2006.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Lundi 2 janvier 2006

Film français de Sophie Fillières
Interprètes
: Emmanuelle Devos (Fontaine Leglou), Bruno Todeschini (Michel Strogoff), Lambert Wilson (Philippe Philippe), Michael Lonsdale (Jean).
Durée : 1 h 4


Gentille.jpg

Note : 6/10
En deux mots : Film loufoque, « Gentille », malgré quelques scènes absurdes très efficaces, se présente bien plus comme une suite de sketchs que comme un véritable film. Bref, on s’ennuie.

Le Réalisateur : Né en 1964, Sophie Fillières a réalisé deux films avant « Gentille » : « Grande petite », en 1994, et « Aïe » en 2000, déjà avec Emmanuelle Devos.

La critique : Fontaine Leglou est anesthésiste dans une clinique psychiatrique. Elle vit avec Michel, qui la demande en mariage. Elle hésite, car elle éprouve quelque sentiment pour un de ses malades, Philippe.

Difficile de résumer l’action de ce film, car on a l’impression qu’elle est surtout prétexte à mettre en scènes des situations cocasses, des raisonnements absurdes, des dialogues pataphysiques…

Certaines scènes fonctionnent bien, comme celle où Fontaine se retourne dans la rue, et fonce vers un homme pour l’accuser de la suivre ; il suffit qu’il nie pour qu’elle l’invite à boire un pot.
Ou encore celle où Michael Lonsdale, en pyjama et défiguré comme Nickolson dans « Chinatown », raconte à Fontaine, qui n’avait rien demandé, les deux années où il a été clodo en bas de chez lui…

Mais souvent aussi, le film souffre de son absence de choix entre le comique de situation et le comique de mots. Les dialogues semblent alors trop écrits, et la lenteur de l’ensemble aggrave encore ce sentiment d’artifice.

L’honnêteté m’oblige à dire que certains spectateurs ont aimé, riant à gorge déployée alors que j’étouffais péniblement un bâillement.
Précisons enfin que Tati ne m’a jamais fait rire…

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Jeudi 29 décembre 2005
Film américain de Fernando Meirelles
Interprètes
: Ralph Fiennes (Justin Quayle), Rachel Weisz (Tessa Quayle), Danny Houston (Franck Woodrow), Hubert Kounde (Arnold Bluhm)
Durée : 2 h 08

L



Note : 8/10
En deux mots : Polar altermondialiste palpitant, ce film mélange efficacement l’histoire de personnages forts et crédibles, et la dénonciation du cynisme des trusts pharmaceutiques dans le continent africain.

Le Réalisateur : Né en 1955 à Sao Paulo, Fernando Meirelles a d’abord tourné des films expérimentaux en vidéo. Puis il est devenu un des principaux réalisateurs de publicités au Brésil. Il a mis en scène son premier long-métrage en 1998. Son troisième film, « La Cité de Dieu » (2002), qui raconte la violence dans une favella au début des années 1980, lui vaut une célébrité mondiale.

La critique : « La constance du jardinier », tel est le titre français du roman de John Le Carré dont est tiré le scénario. Le jardinier, c’est Justin Quayle. Jardiner n’est que son hobby : il est diplomate au Haut Commissariat Britannique à Nairobi.

Le film débute par une scène où Justin accompagne sa femme Tessa et le Dr Bluhm à l’aéroport. L’image se surexpose progressivement, effaçant Tessa et laissant Justin face à sa solitude.
Puis quelques plans furtifs d’une voiture les roues en l’air au bord d’un lac, un 4x4 qui s’approche, des hommes armés qui en descendent.

Justin apprend que Tessa a été violée et assassinée, et que l’homme dont le corps a été retrouvé au côté du sien avait partagé la même chambre d’hôtel.

Commence alors un flash-back qui va se dérouler en même temps que l’enquête mené par le diplomate.
Tessa et Justin, c’est l’union des contraires. Elle est battante, anti-conformiste, jusqu’au-boutiste. Lui est diplomate et britannique, dans le moindre de ses actes.
Pourtant, ils s’aiment, et se sont jurés de se protéger mutuellement.
En menant ses activités humanitaires, elle commence à découvrir les dégâts causés par l’expérimentation clandestine d’un médicament par une compagnie pharmaceutique.

Progressivement, Justin va refaire le même chemin que Tessa, découvrant l’ampleur du complot et la puissance des forces auxquels il va devoir s’opposer…

La première partie du film est virtuose. La caméra de Meirelles virevolte autour des acteurs, leur laissant une liberté qui donne une force particulière à leur jeu. Même si les images sont superbes, l’Afrique qu’il nous montre est loin des cartes postales. Tournées en décors naturels, les scènes africaines montrent avec une force documentaire l’état de ce continent plus de quarante ans après la décolonisation.
Ici, on n’est pas loin du «Cauchemar de Darwin».

La construction narrative est brillamment maîtrisée, entremêlant enquête policière, histoire d’amour et description des effets de la mondialisation sauvage.

La deuxième partie est plus conventionnelle ; elle nous montre l’enquête de Justin à Londres, Berlin et Nairobi. Elle s’étire un peu, et même si le rythme reste très nerveux, certaines péripéties peuvent paraître redondantes, et quelques scènes sont inutilement démonstratives.

Il n’en reste pas moins que « The Constant Gardener » est une œuvre passionnante et efficace, une greffe réussie d’un talent venu de ce cinéma sud-américain en pleine ébullition sur la production hollywoodienne.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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Mardi 27 décembre 2005
Film italo-franco-américain de Abel Ferrara
Interprètes
: Juliette Binoche (Mary Pavesi), Forest Whitaker (Theodore Younger), Matthew Modine (Tony Childress), Heather Graham (Elizabeth Younger).
Durée : 1 h 25

L



Note : 7/10
En deux mots : Film torturé et envoûtant, «Mary» entremêle de nombreux fils narratifs : celui de la résurrection du Christ vue par Marie-Madeleine, celui de la réalisation et de la présentation d’un film sur la Passion, celui d’une émission de télévision sur Jésus et ceux du destins des trois personnages qui les traversent. A la fois mystique et naïf, il vaut surtout par la virtuosité de sa réalisation.

Le Réalisateur : Né en 1951 dans le Bronx, Abel Ferrara après avoir tourné des films X, réalisa son premier long métrage en 1979, «The Driller Killer», l'histoire d'un artiste new-yorkais underground ayant du mal à joindre les deux bouts. Avec ses acteurs de prédilection, Harvey Keitel et Christopher Walken, il a tourné une quinzaine de films, dont «China Girl» (1987), «The King of New York» (1990) « Bad Lieutenant » (1992) et «Nos funérailles» (1996).
Il n’avait pas tourné depuis quatre ans.

La critique : Le film commence par la fin d’un tournage. Celui de «Ceci est mon sang», réalisé en Italie par Tony, metteur en scène égocentrique (est-ce un pléonasme ?), basé sur l’évangile apocryphe de Marie-Madeleine. Cette dernière est jouée par Mary, Tony s’étant réservé le rôle de Jésus.

Quand Tony lui demande de prendre avec lui l’avion qui le ramène aux Etats-Unis, elle refuse pour aller retrouver les traces de Marie-Madeleine à Jérusalem.

Un an plus tard à New York, Tony croise Theodore, qui anime un talk-show sur Jésus. Theodore a une femme qui est enceinte, et une maîtresse. Alors qu’il est avec celle-ci, sa femme manque de perdre son enfant. Rongé par la culpabilité, il cherche la rédemption dans la prière, aidée par Mary qui poursuit sa quête spirituelle en Terre Sainte.

Abel Ferrara rend hommage à deux films qui se sont attaqués à la vie de Jésus : «L’Evangile selon Saint-Mathieu», de Pasolini, et «La dernière tentation du Christ», de Scorcese. Comme pour ce dernier, la première du film de Tony est d’ailleurs perturbée par des manifestations hostiles.

Ce film parle de nombreux sujets : de la parole des femmes dans les Evangiles, de la responsabilité des metteurs en scène, de l’investissement de l’acteur dans un rôle, de la puissance de la télévision, du désordre du monde.
Il est constamment sous tension, et les moindres moments de répit peuvent être victimes de l’irruption de la violence : attentat au milieu d’un repas en Israël, agression dans les rues de New York, alerte à la bombe lors d’une projection de presse…

Si on a parfois du mal à rentrer dans le mysticisme de Mary ou de Theodore, si on ressent même de la gêne devant la scène où ce dernier s’adresse à Dieu, tant elle fait écho aux campagnes des chrétiens conservateurs, la virtuosité de la réalisation peut suffire à combler le cinéphile.

Dans cet entrelacs de récits et de modes de narration (film dans le film, émission de télévision avec de vrais théologiens, images d’actualité, comme celle de cet enfant palestinien et de son père pris entre deux feux), Abel Ferrara illustre ce qu’il disait dans une interview au Monde : «Le secret du montage consiste à se défaire de son projet initial pour aller vers ce que le film doit être

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2005
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