Film français de William Karel
Avec Clémence Boulouque et la voix d’Elsa Zylberstein.
Durée : 1 h 22

Note : 8/10
En deux mots : Illustration du texte de Clémence Boulouque, fille du juge antiterroriste suicidé en 1990 après avoir été abandonné de tous. Témoignage bouleversant sur le deuil
d’une enfance sacrifiée.
Le Réalisateur : Né en Tunisie, William Karel étudie à Paris avant d'émigrer en Israël où il vit pendant dix ans dans un kibboutz. Il a été ensuite photographe pour Gamma et
Sygma. De nationalité américaine, il a réalisé de nombreux films documentaires sur l’histoire politique française : «La rafle du Vel d’Hiv, cinquante ans après» (1992), «Histoire
d’une extrême droite» (1998) et «VGE, le théâtre du pouvoir» (2002). Au Etats-Unis, il tourne «CIA, guerres secrètes» (2003) et «Le Monde selon Bush» (2004).
La critique : Le juge, c’est Gilles Boulouque, de la section antiterroriste de Paris. C’est lui le juge de «l’affaire Gordji». En 1986, son enquête sur les attentats de Paris
l’amène à la conviction du rôle joué par Wahid Gordji, traducteur à l’ambassade d’Iran. Celui-ci refuse pendant des mois de répondre à la convocation du juge, jusqu’au jour où deux otages du
Liban sont libérés.
Gordji accepte alors d’être auditionné, sachant qu’à sa sortie, un jet l’attend pour le reconduire en Iran. La presse se déchaîne, et en bon petit soldat, le juge endosse en silence la
responsabilité de cette décision.
En pleine cohabitation et à l’approche de l’élection présidentielle, l’affaire Grodji devient un enjeu de la campagne. Le film montre d’ailleurs le passage du débat entre Chirac et Mitterrand où
le premier ministre défie le président de contester qu’ils aient été d’accord sur le départ de Gordji, et où Mitterrand répond : «Dans les yeux, je le conteste…»
Abandonné à la raison d’état et au jeu politique, le juge Boulouque est inculpé de violation du secret de l’instruction. Profondément atteint, il se suicide le 12 décembre 1990. Sa fille Clémence
avait 13 ans.
Le film commence en septembre 2001, à New York, où Clémence était partie étudier, et fuir le terrorisme qui lui avait volé son enfance. Il se construit ensuite comme la mise en images de son
texte, lu par Elsa Zylbertein.
Des films familiaux en super-8 ou en VHS, des photographies de vacances, des unes de quotidiens et de nombreux extraits des journaux télévisés de l’époque servent à cette illustration. A cet
égard, la déclaration de Chirac, alors premier ministre, et déclarant le jour de l’attentat de la Rue de Rennes que «quand la France aura retrouvé la puissance étrangère qui se trouve
derrière ces attentats, la riposte sera fulgurante» prend tout son relief au regard de la suite…
Même s’il permet de se remettre en mémoire ces événements, le sujet de ce film n’est pas l’affaire Gordji, ni même le rapport de la Justice et de la raison d’état. Le point de vue est celui d’une
petite fille de six ans, qui raconte l’irruption des gardes du corps dans sa vie, les vacances repoussées jour après jour au bon vouloir de M. Gordji, le retour de son père le soir de l’audition
(«Et maintenant, je vais m’en prendre plein la gueule…»), le pistolet qui allait le tuer qu’il place dans la main de sa fille sur une plage d’hiver («si petit et si
lourd...»).
Elle parle aussi de son remord à elle, d’avoir commencé son adolescence et de l’avoir repoussé comme toutes les filles de treize ans, alors qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre.
Le texte très littéraire est bouleversant, parce qu’il a été porté pendant des années, et que chaque mot, chaque image renvoie à une souffrance indicible. Dommage que le réalisateur ne s’en soit
pas tenu à ce seul texte, et ait rajouté inutilement musique, bruitage et effets de zoom comme dans ces émissions qui pullulent aujourd’hui («Secret d’actualité», «Faites entrer
l’accusé»).
Cluny
Titre original : Colour me Kubrick
Film anglais de Brian Cook
Interprètes : John Malkovitch (Alan Conway) Jim Davidson (Lee Pratt), Marc Warren (Hud).
Durée : 1 h 27

Note : 4/10
En deux mots : Un imposteur homosexuel se fait passer pour Stanley Kubrick à Londres dans les années 90. Entre la «Cage aux Folles» et «Benny Hill», c’est dire
combien c’est léger !
Le Réalisateur : De nationalité britannique, Brian W. Cook a été assistant réalisateur dans des dizaines de films depuis les années 70. Il a notamment secondé Stanley Kubrick
dans «Barry Lyndon», «Shining» et «Eyes Wide Shut».
«Appelez-moi Kubrick» est son premier film.
La critique : Les cinéphiles placent Stanley Kubrick parmi les plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma. Bien que New-Yorkais, il a vécu en Angleterre les trente
dernières années de sa vie, cultivant le mystère tant sur sa vie privée que sur ses projets professionnels.
Malgré sa méconnaissance du cinéma, Alan Conway profite de ce mystère pour usurper l’identité du réalisateur et extorquer des petits sommes auprès de minables : styliste débutant, managers d’un
groupe de heavy metal, pharmacien du quartier… Accessoirement, il se sert aussi de sa fausse identité comme instrument de séduction auprès de jeunes hommes.
Vite repéré par la police, il peut continuer ses combines, ses victimes n’osant pas assumer le ridicule de leur situation. Mais quand il se lance dans une escroquerie de plus grande envergure, il
ne peut échapper à la justice qu’en simulant la folie.
Quel beau sujet, et quel piètre traitement.
Quand on évoque un film récent sur un sujet proche, «Cours après moi que je t’attrape», la comparaison est accablante. Là où Spielberg (grand admirateur de Kubrick, dont il a réalisé le
dernier projet, «A.I.») mettait en scène la plasticité de Di Caprio de façon virevoltante, Brian Cook filme avec platitude le jeu éléphantesque de Malkovitch, qui donne le là à des
comédiens échappés de chez Benny Hill...
Alors qu’il y avait la place pour proposer une comédie grinçante, nous n’assistons qu’à une suite de sketchs répétitifs où la seule variation réside dans la garde-robe d’Alan Conway.
Bien qu’il ait été son assistant sur trois films, Brian Cook semble être aussi ignorant de l’œuvre de Kubrick que son personnage principal. Et mise à part deux loubards coiffés du chapeau melon
des drougs d’Alex, la seule réelle citation se trouve dans la musique tirée de «2001», «Orange mécanique» ou «Shining». Mais là où elle s’intégrait pleinement à la
narration chez Kubrick, elle n’est ici qu’une évocation plaquée et sans rapport avec l’action, si tant est que l’on puisse parler d’action.
Bref, on s’ennuie ferme, et la gêne vient s’installer progressivement devant un tel mauvais goût et une telle absence de talent ; l’escroquerie n’est pas que devant la caméra…
Cluny
Film américain de Georges Clooney
Interprètes : David Strathairn (Edward R. Murrow), Robert Downey Jr (Joe Wershba), Patricia Clarkson
(Shirley Wershba), George Clooney (Fred Friendly).
Durée : 1 h 33
Note : 6,5/10
En deux mots : L’histoire du combat du présentateur vedette de CBS Ed Murrow contre le sénateur McCarthy. Film historique et parabole politique, ce deuxième film de Clooney
souffre malheureusement d'une certaine sécheresse et d'une narration parfois confuse.
Le Réalisateur : Fils d’un animateur de talk-show et neveu du comédien Mel Ferrer, George Clooney est né en 1961. Surtout connu comme acteur, il a été révélé par son rôle de Doug
Ross dans la série Urgences. Il a tourné avec Steven Soderergh, Terrence Malick ou les frères Cohen. En 2002, il réalise son premier film, «Confessions of a Dangerous Mind», l’histoire
de la double vie d’un présentateur de jeu télévisé tueur à gages.
La critique : «Good Night and good Luck», telle était la formule rituelle employée par Ed Murrow à la fin de ses chroniques sur CBS dans les années cinquante.
Présentateur vedette de la chaîne, il en avait été le correspondant à Londres pendant la guerre, et il était un des pionniers de la télévision.
Entouré de son équipe de fidèles, bénéficiant de la confiance de ses dirigeants, il doit affronter la campagne du tristement célèbre sénateur McCarthy. Obligé comme tous les Américains employés à
des postes de responsabilité de jurer n’avoir jamais approché les communistes, Ed Murrow rentre en résistance contre cette chasse aux sorcières en diffusant un reportage sur un lieutenant chassé
sans jugement de l’U.S. Air Force.
Puis il s’attaque de front à McCarthy, présentant un montage des pires déclarations du sénateur du Wisconsin. Malgré la contre-attaque de ce dernier, l’émission de Murrow sonne le réveil des
médias qui précipitera sa chute.
Mais cet victoire aura un coût : la déprogrammation de son émission, et le suicide d’un de ses poulains, attaqué par la presse ultraconservatrice.
Inutile de s’interroger longtemps sur les raisons qui ont poussé Georges Clooney à écrire et à réaliser ce film. En première ligne contre l’intervention américaine en Irak, il a dû subir les
attaques de la droite belliciste.
«J’ai grandi dans les coulisses des médias, dit-il, et ce dont je suis le plus fier dans mon pays, c’est de la liberté d’expression. La perte des libertés civiques acquises pendant
trente ans est une catastrophe.»
Tourné dans un superbe noir et blanc, «Good Night and good Luck» s’inscrit dans la tradition des grands films politiques américains : « M.Smith goes to Washington » de Franck
Capra, «Tempête à Washington» d’Otto Preminger ou «Les Hommes du Président» d’Alan Pakula.
Malheureusement, la générosité du propos ne se retrouve pas dans l’écriture du film. Le contexte historique n’est pas suffisamment (re)situé et de nombreuses ellipses rendent la compréhension
difficile pour un spectateur français. La présence de nombreux passages d’archives renforce le côté documentaire du film, et la caractérisation des personnages est insuffisante pour permettre de
s’attacher à eux.
Et suivre les dialogues de ce film assez bavard avec dans la salle deux grognasses discutant pendant une heure et demie et grignotant leur pop-corn pestilentiel (séance de 14 h 40 à l’UGC
Maillot, elles se reconnaîtront) demande une concentration épuisante...
Cluny
Film américain D’Andrew Niccol
Interprètes : Nicolas Cage (
Yuri Orlov), Jared Letho (
Vitali Orlov), Ethan Hawke (
Jack Valentine), Bridget Moynahan (
Ava Fontaine)
Durée : 2 h 02

Note : 7,5/10
En deux mots : Nouveau film ayant pour toile de fond l’Afrique et ses trafics, «Lord of War» est une œuvre brillante sur un marchand d’armes qui se refuse à reconnaître le côté particulier de sa marchandise. Dommage qu’il y ait quelques clichés et certaines facilités de mise en scène.
Le Réalisateur : Né en 1964 en Nouvelle-Zélande, Andrew Niccol a commencé sa carrière comme réalisateur de publicités en Angleterre avant de rejoindre Hollywood. Il écrit le scénario de «The Truman Show», puis réalise «Bienvenue à Gattaca» (1997) et «Simone» (2001).
La critique : Premier plan du film, un traveling avant à ras de terre au-dessus de milliers de douilles, jusqu’à un homme d’affaire en costume noir qui se tient là devant un décor de désolation. En voix-off, on entend Yuri dire : «Il y a 550 millions d’armes dans le monde. Un habitant de la Terre sur 12 en possède une. La seule question, c'est comment armer les onze autres».
Puis le générique, un plan-séquence hallucinant qui suit en caméra subjective le trajet d’une balle depuis sa fabrication dans une usine de l’ex-union soviétique, jusqu’au crâne d’un enfant africain où elle va se ficher…
Nés en Ukraine, Yuri et son frère Vitali ont suivi leurs parents qui ont émigré aux Etats-Unis. Confronté à la violence de Little Odessa, Yuri a une révélation : il y aura toujours un marché pour les armes, et il y fera fortune.
Son père s’étant fait passer pour juif afin d’émigrer, s’il le suit à la synagogue, c’est pour acheter ses premiers uzis. A l’effondrement de l’U.R.S.S., il retrouve son oncle général en Ukraine, et organise avec lui le pillage de l’inépuisable stock d’armes de l’armée rouge.
Un agent d’interpol le prend en chasse, et tous deux jouent au chat et à la souris pendant une décennie. Le personnage de Yuri est presque sympathique, d’autant que nous voyons l’action de son point de vue. Et quand il échappe à interpol en travestissant un cargo en pleine mer, ou en organisant la vente express de la cargaison de son Antonov posé en pleine campagne sierra-leonaise, on en vient presque à l’applaudir…
Mais ce n’est pas un jeu, ou alors un jeu bien dangereux. Surtout quand il se joue avec les seigneurs de la guerre au Libéria ou au Sierra-Leone. Et la success story (la fortune, une femme magnifique, un appartement sur Central Park) ne pourra se poursuivre impunément…
Sous couvert d’une histoire certes assez classique mais bien ficelée (l’ascension dans le monde du mal, à l’instar des «Affranchis» ou de «Casino»), Andrew Niccol montre avec une précision quasi-documentaire la nouvelle géopolitique née de la fin de la guerre froide, et si l’accent est mis sur le rôle de ces contrebandiers en costard-cravate, la responsabilité des cinq états membres du conseil de sécurité de l’O.N.U. n’est pas éludée.
Malgré la gravité du sujet, l’humour est très présent, renforcé par la voix-off de Yuri qui décrypte les transactions meurtrières avec le détachement d’un professeur de Sup de co.
La mise en scène est bien léchée, trop peut-être, et le scénario n’évite pas certains clichés (le sacrifice du frère, les fantômes de la mauvaise conscience…). Le jeu très Actors Studio de Nicolas Cage peut agacer. Mais l’intelligence du propos et l’intérêt permanent de l’histoire font de ce film une des premières bonnes surprises de 2006.
Cluny
Film français de Sophie Fillières
Interprètes : Emmanuelle Devos (Fontaine Leglou), Bruno Todeschini (Michel Strogoff), Lambert Wilson (Philippe Philippe), Michael Lonsdale (Jean).
Durée : 1 h 4

Note : 6/10
En deux mots : Film loufoque, « Gentille », malgré quelques scènes absurdes très efficaces, se présente bien plus comme une suite de sketchs que comme un véritable film. Bref, on
s’ennuie.
Le Réalisateur : Né en 1964, Sophie Fillières a réalisé deux films avant « Gentille » : « Grande petite », en 1994, et « Aïe » en 2000, déjà avec
Emmanuelle Devos.
La critique : Fontaine Leglou est anesthésiste dans une clinique psychiatrique. Elle vit avec Michel, qui la demande en mariage. Elle hésite, car elle éprouve quelque sentiment
pour un de ses malades, Philippe.
Difficile de résumer l’action de ce film, car on a l’impression qu’elle est surtout prétexte à mettre en scènes des situations cocasses, des raisonnements absurdes, des dialogues
pataphysiques…
Certaines scènes fonctionnent bien, comme celle où Fontaine se retourne dans la rue, et fonce vers un homme pour l’accuser de la suivre ; il suffit qu’il nie pour qu’elle l’invite à boire un
pot.
Ou encore celle où Michael Lonsdale, en pyjama et défiguré comme Nickolson dans « Chinatown », raconte à Fontaine, qui n’avait rien demandé, les deux années où il a été clodo en bas de
chez lui…
Mais souvent aussi, le film souffre de son absence de choix entre le comique de situation et le comique de mots. Les dialogues semblent alors trop écrits, et la lenteur de l’ensemble aggrave
encore ce sentiment d’artifice.
L’honnêteté m’oblige à dire que certains spectateurs ont aimé, riant à gorge déployée alors que j’étouffais péniblement un bâillement.
Précisons enfin que Tati ne m’a jamais fait rire…
Cluny