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Jeudi 2 mars 2006
Film français de Bruno Chiche
Interprètes : Sara Forestier, Nicolas Duvauchelle.
Durée : 1 h 40












Note : 3/10
En deux mots : Une pauvre petite fille riche rencontre un pauvre petit garçon qui roule en Porsche. Clinquant, superficiel, en un mot, vide.
Le réalisateur : Né en 1966, Bruno Chiche a été l'assistant de Laurent Heynemann, Pierre Granier-Deferre et Jacques Doillon. Il réalise en 1990 "Le Pinceau à lèvres", et en 2000 "Barnie et ses petites contrariétés".

La critique : "Je suis une pétasse". Ainsi commençait le roman de Lolita Pille, dont a été adapté le film, et qui co-signe d'ailleurs le scénario. Hell est donc une pétasse de la jet set. Fille de parents absents, elle occupe son ennui entre fêtes décadentes, boîtes de nuit, coucheries d'un soir, cocaïne et alcool.
Quand le médecin qu'elle consulte pour avorter lui demande ce qu'en pense le père, elle répond "Lequel ?" Mais sous son ennui pointe aussi un mal de vivre qui peut se transformer en rage.

Elle rencontre Andrea, lui aussi précédé d'une sulfureuse réputation. Entre eux deux, c'est le coup de foudre, et ils s'entrainent mutuellement dans une lente déchéance, de son immense appartement aux salles des ventes, en passant par Deauville ou le concert où ils font scandale. Jusqu'au jour où ils sont arrêtés pour conduite en état d'ivresse et usage de stupéfiants...

Hell et Andrea sont des caricatures de caricatures de grands bourgeois en crise existencielle, entourés de pantins qui ont encore moins le temps de faire semblant d'exister. Mais bon, peut-être qu'il existe quelque part dans le VIII° des gens comme ça. Admettons.

Le problème est qu'à aucun moment on ne croit à ces personnages, devant un tel enfilage de clichés et de situations à la fois prévisibles et artificielles. Du coup, on en vient à éprouver une gêne pour les acteurs, particulièrement Sara Forestier (César du meilleur espoir féminin dans "L'Esquive") qui défend courageusement son personnage, et réussit à lui donner un peu de crédibilité, particulièrement dans deux scènes : quand, sommé par Andrea de chanter dans un cabaret, elle entonne "Il était un petit navire", et la scène de l'arrestation où elle emmerde Sarkozy avec une énergie sympathique.

Un des ressort de l'intrigue est l'opposition entre Hell et lui : Andrea assume les coutumes de sa caste, par exemple en participant à une vente de charité au profit des orphelins du Tsunami, alors qu'elle perçoit l'hypocrisie du système. Mais cette rebellion sonne faux, malgré -ou à cause- de la complaisance à vouloir prendre à témoin le spectateur.

Il est curieux de constater les similitudes scénaristiques avec un autre film à l'affiche : "Marock" : même milieu privilégié, même boîtes de nuit, mêmes courses de voitures, jusqu'au destin tragique du héros. Mais là où Laïla Marrackhi réussissait à insuffler un peu de vérité puisée dans sa propre expérience, Bruno Chiche reste extérieur et traite ses personnages et ses situations avec autant d'empathie qu'un entomologiste pour ses insectes. Et montrer le malheur de ces gens se limite alors à filmer toutes les façons d'allumer compulsivement une cigarette...

"Hell" cherchera peut-être à se présenter comme le film d'une génération. Il n'est que la nième avatar des "Tricheurs", une actualisation à peine moderne des pires films (un pléonasme) de Vadim.

Cluny
par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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Mercredi 1 mars 2006
Titre original : Memoirs of a Geisha
Film américain de Rob Marhall
Interprètes : Zhang Ziyi (Sayuri), Ken Watanabe (le président), Michelle Yeoh (Mameha), Gong Li (Hatsumomo).
Durée : 2 h 20











Note : 7/10

En deux mots : Le destin d'une petite fille japonaise vendue par ses parents, et qui devient une célèbre geisha. Très américain, mais agréable à regarder.
Le réalisateur : Né en 1960, Rob Marshall a d'abord été chorégraphe puis metteur en scène à Broadway, signant avec Sam Mendes la reprise de "Cabaret". Il a réalisé pour la télévision un remake d"Annie", avant de passer au grand écran en 2002 avec "Chicago".

La critique : Les premiers plans du film, véritables estampes japonaises, nous montrent une village sous la pluie. Deux visages enfantins épient la discussion entre deux adultes : le père de Chiyo vient de la vendre ainsi que sa soeur pour devenir servantes dans une maison de geisha.

Séparée de sa soeur dès son arrivée à Tokyo, Chiyo va faire le dur apprentissage de ce monde de femmes. D'abord promise au rôle de geisha, elle est rabaissée au rang d'esclave à la suite des manigances de la cruelle Hatsumomo. Seul rayon de soleil, la rencontre avec un homme d'affaires qui, ému par ses larmes, lui offre une glace et lui donne son mouchoir.

Repérée par Mameha, la rivale d'Hatsumomo, elle est formée à l'art complexe de la geisha, définie comme une oeuvre d'art vivante, maîtrisant la danse, la musique et la conversation. Propulsée par celle qui se fait appeler sa grande soeur, elle gravit rapidement tous les échelons de ce monde si codifié, enjeu de la lutte entre les différentes femmes qui l'ont formée, et du désir de nombreux hommes, mais malheureusement pas de celui qui lui avait offert ce mouchoir.

La critique s'est déchaînée contre la vision hollywoodienne du Japon que présente ce film.
Certes, le scénario est tiré d'un livre américain.
Certes, les principales actrices sont chinoises et parlent en anglais -parfois un peu phonétiquement.
Certes, la vision du Japon est dans la tradition américaine, à mi-chemin entre condescendance et fascination, dans la lignée de "Shogun" ou de "Kill Bill"...
Certes, on est plus prêt de "Madame Butterfly" que d'Ozu ou de Mizoguchi. Mais cela a-t-il empêché l'opéra de Puccini d'être un chef-d'oeuvre ?

Alors là, s'il ne s'agit pas de chef-d'oeuvre, nous sommes quand même en présence d'un bel exemple de maîtrise cinématographique. De son expérience de chorégraphe, Rob Marshall a su tirer un indiscutable savoir-faire pour tout ce qui nous est donné à voir : décors, costumes, accessoires ; et la geisha est aussi une danseuse, que ce soit dans la chorégraphie des éventails, ou même dans le moindre de ses gestes, et le réalisateur de "Chicago" excelle dans ces scènes-là.

Film de 2 h 20, "Mémoires d'une geisha" évite l'ennui, grâce à une mise en scène efficace, et une intrigue qui nous fait progressivement découvrir les jeux complexes de pouvoir et d'argent qui se jouent au-delà de règles séculaires. La guerre et la défaite japonaise marquent une rupture bienvenue dans le récit, et, soi-dit en passant, esquissent assez subtilement les effets de la présence américaine qui détourne en l'avilissant l'art de la geisha.

Pour la première fois, un film hollywoodien destiné au grand public américain (en lice pour six oscars, mais essentiellement "techniques") repose sur une distribution entièrement asiatique. On a reproché à Gong Li de surjouer, mais n'est-ce pas justement dans la nature de son personnage, avide de paraître ?
Une nouvelle fois (après "2046" et "Le secret des poignards volants", notamment), Zhang Ziyi montre l'étendue de son talent, en étant capable de passer d'un personnage enfantin à celui d'une femme en lutte pour maîtriser son destin, et jouant de l'ambiguité de ses relations avec Michelle Yeoh.

Divertissement agréable, ce film n'est donc pas un témoignage précis sur l'histoire récente du Japon. Mais rien ne nous empêche alors de voir ou de revoir "Les musiciens de Gion", de Mizoguchi, ou "Zaitochi" de Takeshi Kitano.

Cluny



par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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Mardi 28 février 2006
Titre original : The New World
Film américain de Terrence Malick
Interprètes : Q’Orianka Kilcher (Pocahontas), Colin Farrell (le capitaine Smith), Christian Bale (John Rolfe), Christopher Plummer (le capitaine Newport), August Schellenberg (Powhatan).
Durée : 2 h 16













Note : 8/10
En deux mots :
Au travers d’un opéra romantique enfiévré, Terrence Malick revisite le mythe du bon sauvage. L’œuvre d’un grand cinéaste.

Le réalisateur : Né en 1943, Terrence Malick qui signe là seulement son quatrième film est déjà un mythe, à l’image d’un Kubrick ou d’un Salinger. Il réalise en 1974 «La Balade sauvage», qui révèle Martin Sheen et Sissy Spacek, puis en 1978 «Les Moissons du Ciel». Il faudra attendre vingt ans pour son troisième film «La Ligne rouge», d’après le roman de James Jones.

La critique : En Virginie, au début du XVII° siècle, trois vaisseaux anglais remontent la rivière, comme dans «Apocalypse Now». Mais eux ne s’enfoncent pas au cœur des ténèbres. Non, la noirceur, ce sont ces colons en armes qui l’amènent sur ce continent vierge. Pour preuve, le premier acte qu’ils s’apprêtent à commettre à peine débarqués, s’est de pendre le capitaine Smith en punition de son insubordination.

Gracié in extremis, il se voit confier la mission d’entrer en contact avec le roi indien de la contrée. Au terme de  son expédition, sa troupe est décimée et, seul rescapé, il est fait prisonnier. Clairvoyants, les conseillers du roi prévoient qu’après cette poignée d’Anglais qui tentent de bâtir un fort sur un marécage, d’autres viendront, puis d’autres encore ; ils demandent la mise à mort de l’émissaire. Le roi se laisse convaincre par sa plus jeune fille Pocahontas, et lui accorde la vie sauve.

Il passe quelques mois dans le camp, le temps de découvrir que la jalousie, la haine ou la rancœur sont inconnues de ce peuple. Le temps aussi de tomber amoureux de la jeune princesse. Libéré à condition de partir au printemps, il prend le commandement de la colonie à la dérive, et trahit sa promesse…

Terrence Malick a construit son film comme un opéra. D’abord, en accordant une place importante à la musique (Mozart, Wagner, James Horner) pour ponctuer les plans magnifiant les paysages de la Virginie aux différentes saisons.

Ensuite, en adoptant un rythme proche de celui d’un drame lyrique, où l’écoulement du temps n’est plus celui de la réalité : il prend le temps de montrer de manière chorégraphique l’approche des colons par les indiens, plus curieux qu’agressifs, qui ont besoin de toucher, de sentir ces êtres étranges, ou encore les incantations de Pocahontas aux forces de la nature qui l’enveloppent et la protègent, ou même la gangrène qui ronge les corps et les âmes des Anglais pendant l’automne et l’hiver nord-américain.

Pour cela, il utilise une caméra mobile, avec de curieux raccords entre deux plans quasi-identiques, qui créent ce sentiment d’étrangeté, et beaucoup de plans larges pour replacer l’homme à son échelle.

Et puis, parfois, le rythme s’accélère, un plan, une phrase suffisent à annoncer une ellipse de plusieurs mois. Un montage cut, qui fait débuter une scène par un panoramique déjà en mouvement accentue cette élasticité du temps, comme si les actions des hommes avaient moins d’importance que leurs émotions ou leurs sentiments. 

Constante chez Malick, les voix-off des personnages, dont on ne sait si elles indiquent des flash-backs ou juste leur pensée de l’instant, ponctuent le récit et accentuent la dimension poétique.

Le personnage principal, c’est Pocahontas. D’ailleurs, quand Smith l’abandonne pour chercher de nouveaux passages vers les Indes, on reste avec elle, témoins de son chagrin, puis de sa rencontre avec John Rolfe, et enfin de son voyage en Angleterre où elle est traitée comme une princesse, et reçue par le roi dans une scène époustouflante. Malick a eu l’intelligence de confier ce rôle à une débutante de 15 ans, l’âge de Pocahontas au moment de sa rencontre avec Smith.

Certains spectateurs peuvent trouver que le film est long. Mais pour ceux qui se laissent prendre par le torrent d'émotions visuelles, auditives et sensibles (et j'en suis), la fin du film nous laisse déjà nostalgique, comme réveillé d'un rêve définitivement perdu, à l'image de la princesse, et sans doute à celle de son céateur.

Cluny


par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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Samedi 25 février 2006

Film américain de Stephen Gaghan 
Interprètes :
George Clooney (Bob Barnes), Matt Damon (Bryan), Alexander Siddig (le prince Nasir), Jeffrey Wright (Bennett), Chris Cooper (Pope), Amanda Peet (Julie)..
Durée : 2 h 06








Note : 6/10
En deux mots :
Film puzzle sur les manœuvres des groupes pétroliers et de la C.I.A. au Moyen-Orient. Malgré un propos intéressant, le parti pris narratif de déstructuration du récit rend tout cela bien indigeste.

Le réalisateur : Né en 1965, Stephen Gaghan a d’abord été scénariste pour la télévision («NYPD Blue», «The Practice». Puis il a écrit les scénarios de «L’Enfer du Devoir», et surtout de «Traffic».
Il passe à la réalisation en 2002 avec «Abandon», un thriller psychologique.


La critique : Bob Barnes, vétéran de la C.I.A., s’en veut de la disparition d’un missile qu’il avait remis à Téhéran à des opposants aux mollahs. Bryan, expert d’une société suisse,  perd son fils accidentellement au cours d’une fête donnée par un émir ; le fils de celui-ci l’engage alors comme conseiller. L’avocat Bennet est recruté pour prévenir les accusations qui risquent de pleuvoir sur le trust pétrolier Connex  après sa fusion avec un concurrent. Le Prince Nasir défend un programme libéral, ce qui n’est pas du goût de la C.I.A., qui préfère la stabilité dans le Golfe. Barnes part à Beyrouth, où il se fait piéger par un agent double…

Comme j’aurais aimé faire une bonne critique de ce film ! Ne serait-ce que pour rendre grâce à Steven Soderbergh et à George Clooney de leur courageux  travail de production, et pour soutenir cet autre cinéma américain qui aborde sans complaisance le rôle des Etats-Unis dans la géopolitique contemporaine, comme dans  "Lord of War" ou "The Constant Gardener", pour ne citer que les plus récents.

Malheureusement, on s’ennuie ferme. Stephen Gaghan a décidé d’utiliser le même procédé narratif que dans «Traffic», à savoir raconter plusieurs actions parallèles en présentant de courtes séquences sans cohérence apparente. Il s’agit de pièces d’un puzzle, et le spectateur doit comprendre le sens de chaque pièce au fur et à mesure que se dessine l’image globale. Mais il y a fort à parier que d’ici-là, il aura décroché, et se soit concentré sur le nombre de ressorts de son siège.

La construction labyrinthique peut donner de la force à une histoire, en aidant à créer une ambiance de mystère, comme dans «Pulp Fiction» ou «21 grams». Mais là, la complexité est déjà dans l’histoire racontée, et plus qu’une afféterie, le procédé narratif devient un obstacle.

Alors, il y a bien quelques accélérations dans la deuxième moitié du film (avec notamment une scène de torture particulièrement réaliste, avis aux âmes sensibles) ; George Clooney est excellent dans son personnage empâté, à la limite de l’hébétude ; Matt Damon promène sa nonchalance ironique dans ce jeu d’ombres et de lumière, mais cela ne suffit pas à sauver le film de l’ennui.

En 1942, quand il s’envolait vers la Syrie, le général De Gaulle a dit : «Vers l’Orient compliqué, je me rends avec des idées simples.» Dommage que Stephen Gaghan ne se soit pas approprié cette intention !

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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Vendredi 24 février 2006
Film franco-marocain de Leïla Marrakchi 
Interprètes :
Morjana Alaoui (Rita), Matthieu Boujenah (Youri), Assaad Bouab, Fatim Layachi.
Durée : 1 h 40





















Note :
7/10
En deux mots : Ce premier film un peu trop sage balance entre teen movie et chronique de la jeunesse dorée de Casablanca.

La Réalisatrice : Laïla Marrakchi est née à Casablanca au Maroc en 1975. Titulaire d'un DEA en Etudes cinématographiques et audiovisuelles de l'université Paris III, elle a été assistante à la mise en scène sur plusieurs films avant de réaliser en 2000 son premier court métrage, "L'Horizon perdu." En 2001, elle signe deux documentaires : "Femmes en Royaume chérifien "et "Derrière les portes du hammam."

La critique : A trois mois du bac, Rita n'est pas l'Aziza, petite fille pauvre de Casa.
Non, elle, son univers, c'est une résidence spacieuse avec piscine et nombreux domestiques, le Lycée Lyautey, les sorties en boîte et les virées en voitures de sports, l'alcool et les joints. Sa musique, et celle du film, c'est la pop anglo-saxonne, pas le raï.

Quand elle rencontre Youri à la sortie du Velvet elle parie à ses copines qu'elle sortira avec lui avant la fin du ramadan. D'ailleurs à la maison, seuls les domestiques respectent le jeûne ; jusqu'au retour de Londres de Mao, le grand frère, parti pour une mystérieuse raison. Rita découvre vite qu'il a changé, et que le fêtard qu'elle a connu est devenu soucieux de respecter la religion, et de surveiller les relations de sa soeur.

Rita remporte son pari, mais cela ne se fait pas sans mal, puisque Youri est juif, et que ces derniers ont au lycée la réputation de chercher à dépuceler les arabes. Et ils doivent à la fois se débarasser des copains envahissant de Youri, et contourner l'interdiction paternelle survenue à la suite de la dénonciation de Mao...

Difficile de ne pas comparer "Marock" à "Viva Laldjérie", de Nadir Mokneche, et pas uniquement pour la ressemblance physique entre Morjana Alaoui et Lubna Azabal. Les deux films dressent le portrait de jeunes femmes indépendantes et résolues, luttant pour pouvoir vivre selon leurs désirs. Mais là où Nadir Mokneche nous faisait découvrir à la suite de son héroïne la violence et les déchirements de l'Algérie au sortir de la guerre civile, Leïla Marrakchi se trouve piégée par la superficialité de ses personnages et leur milieu.

Alors, il y a bien la volonté d'évoquer certains maux de la société marocaine contemporaine : la corruption, les mariages arrangés, la fuite des cerveaux, les contre-coups de la situation en Palestine sur la place de la communauté juive dans le royaume chérifien. Mais ces questions ne sont qu'effleurées, et souvent avec une lourdeur maladroite.

Au-delà d'une histoire bien convenue, l'intérêt du film réside dans les détails qui rendent Rita finalement attachante : la relation qu'elle a avec les domestiques, qui lui pardonnent tout et se rangent à ses côtés malgré son mode de vie à l'opposé du leur ; son amitié avec un copain de classe efféminé, confident et entremetteur, qui lui demande de le rappeler après chaque coup de fil à Youri pour tout lui raconter...

Les actrices sont d'ailleurs bien mieux dirigées que que les garçons, qui semblent échappés d'un feuilleton d'AB Production et deviennent encore plus mauvais quand ils cherchent à jouer dans le registre dramatique.

Présenté à Cannes l'an dernier, "Marock", en ayant choisi de nous montrer une jeunesse finalement très occidentalisée ne fait pas oeuvre de grande nouveauté, malgré une indiscutable sincérité. Reste à savoir comment ce film a été perçu au Maroc même, et quels effets il a pu avoir en présentant une jeune fille aussi farouchement indépendante.

Cluny
par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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