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Samedi 11 mars 2006

Film anglais de Michael Caton-Jones

Interprètes :  John Hurt (Christopher), Hugh Dancy (Joe Connor), Claire-Hope Ashitey (Marie).

Durée : 1 h 54


 

 

 
 

 

 

 

 

 

Note : 7,5/10

En deux mots : L'histoire vraie de drame de 2000 réfugiés tutsis dans une école lors du génocide rwandais, confronté à la lâcheté des Européens.

Le réalisateur : Né en 1957, Michael Caton-Jones a débuté comme réalisateur pour la télévision britannique. Il tourne son premier film en 1988, "Scandal", déjà avec John Hurt. Appelé par Hollywood, il réalise "Memphis Belle" en 1990, "Doc Hollywood" en 1991, "Blessures secrètes" en 1993 qui révèle le jeune Leonardo Di Caprio,  "Rob Roy" en 1995, "Le Chacal" en 1997 puis "Père et Flic" en 2002.

Preuve de son éclectisme, il a réalisé aussi cette année "Basic Instinct 2", dont la sortie est prévue le 29 mars.

La critique : Jeune professeur anglais, Joe Connor semble particulièrement à l'aise à l'Ecole Technique Officielle de Kigali, dirigée par le père Christopher. Il s'est notamment attaché à Marie, une élève qu'il entraîne en athlétisme.

En ce jour d'avril 1994, tout semble calme, malgré des va-et-vients étranges, comme ceux de ces hommes encravatés qui viennent dresser la liste de tous les habitants tutsis du quartier. Le soir du 6, alors qu'il regarde le match Nigeria-Côte d'Ivoire avec les casques bleus belges cantonnés dans l'école, il entend des explosions. Les soldats de l'O.N.U. se mettent en position, et dans la nuit, plusieurs centaines de Tutsis affluent vers l'école, pour fuir les milices hutus qui les massacrent à coups de machettes.

Bientôt cernés par les sinistres miliciens, les réfugiés qui ont été rejoints par une quarantaine d'Européens s'organisent, tout en sentant que la protection des casques bleus ne sera pas éternelle, vu les limites et l'ambiguité de leur mandat.

Contrairement à "Hôtel Rwanda", Michael Caton-Jones a choisi de se placer du point de vue des Européens, et particulièrement de trois hommes emblématiques : Joe Connor, plein de fougue et de révolte, le père Christopher, vieux routier de l'Afrique, et le capitaine belge, qui avoue combien il est fier que ses grands-parents aient sauvé de juifs pendant la guerre.

Le réalisateur a notamment adopté le parti pris de faire découvrir l'horreur au spectaeur au même rythme crescendo que celui de Joe : d'abord des témoignages entrecoupés de sanglots, puis des rues désertées, le bourdonnement des mouches, quelques corps gisant au loin, jusqu'au charnier final.

"Shooting Dogs" fait référence au seul moment de révolte du père Christopher, quand après avoir découvert les cadavres de soeurs violées et assassinées, celui-ci demande au capitaine Delon si les chiens qui dévorent les cadavres à la sortie de l'école et sur lesquels il s'apprête à faire tirer "pour des raisons sanitaires", lui ont préalablement tiré dessus, puisque le mandat de l'O.N.U. ne leur permet de faire usage de leurs armes qu'en cas de légitime défense.

Spectateurs français, ne vous réjouissez pas de voir que le sale rôle des casques bleus est occupé par les Belges : quand les légionnaires français arrivent sous les applaudissements des réfugiés, ils ne viennent chercher que les Français. Puis après une rapide négociation, ils condescendent à embarquer les autres blancs.

Ce film a été coproduit par la B.B.C. et arte, et il évoque dans son réalisme et le choix de focaliser les cas de conscience sur quelques personnages, un autre film sur un autre fiasco de l'O.N.U. : "Warriors", de Peter Kosminsky, sur les blue helmets britanniques en Bosnie. Même impuissance, même absurdité d'un mandat qui ne permet que d'être témoin de l'horreur.

Une journaliste de la B.B.C. que Joe est allé chercher, persuadé que "là où est la télévision, rien ne peut arriver", lui avoue qu'en Bosnie, quand elle voyait le cadavre d'une femme, elle pleurait parce qu'elle se disait que cette femme pourrait être sa mère, alors que là, ce ne sont que des Africains, et qu'elle a honte de ne pas pleurer. Quant au bouclier de la télé, il ne durera pas, puisque l'équipe partira dans les fourgons de la Légion...

Parce qu'on sait qu'il rapporte des faits véridiques, qu'il a été tourné sur les lieux avec des rares survivants du massacre, et parce qu'il est réalisé trés efficacement (plans fixes sur les moments de répit, steadycam quand un événement survient) "Shooting Dogs" est un film très émouvant, qui laisse un sentiment d'impuissance et de colère mêlées.

Ma seule réticence réside hélas dans un constat pessimiste : ceux qui vont voir ce film en connaissent déjà l'histoire (j'en suis, et le sentiment de déjà vu est d'autant plus désespérant), et ceux qui auraient besoin de la découvrir n'iront certainement pas le voir.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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Vendredi 10 mars 2006

Film français de Julie Lopes-Curval

Interprètes :  Marion Cotillard (Lena), Julie Depardieu (Ariane), Jonathan Zaccaï (Mark), Eric Berger (François), Tomer Sisley (Farid).
Durée : 1 h 30


 

 

 
 

 

 

 

 

 

Note : 7,5/10

En deux mots : Une comédie sentimentale douce-amère, commençant comme un roman-photo, et évoluant vers une profondeur mélancolique. Marion Cotillard y est formidable.

La réalisatrice : Julie Lopes-Curval a d'abord été scénariste ("Une affaire qui roule", et "Le rôle de sa Vie") avant de passer à la réalisation en 2002 avec "Bord de Mer", qui a reçu la Caméra d'Or à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

La critique : "Toi et Moi" : il s'agit bien sûr d'Ariane et de sa soeur Lena, tellement différentes et pourtant si proches, ne serait-ce que par la complexité de leurs vies sentimentales.

Ariane est polychrome, juchée sur des hauts talons qui lui donnent la démarche d'une girafe, avec une coiffure évolutive mais toujours assez frisottée. Elle écrit des scénarios de romans-photo, où elle invente les histoires qu'elle aimerait vivre. Car côté sentimental, comme elle le dit,  son coeur "est une porte de chiottes, avec pleins de noms de mecs écrits dessus". Elle sort depuis deux ans avec Farid, golden boy pas très franc du collier ; mais elle n'est pas insensible à l'intérêt que lui porte Pablo, le beau maçon catalan qui ravale la façade de son immeuble.

Lena est pastel, avec une prédominence de couleurs froides assorties à sa coupe sage, et on ne sait si ce sont ses talons plats ou son violoncelle qui lui donnent une démarche si pesante. Elle joue dans un orchestre, vit avec François (Eric Berger, Tanguy), prof dans un quartier difficile qui lui propose enfin de faire un enfant, alors qu'elle vient juste de rencontrer Mark, violoniste soliste, qui la presse de devenir concertiste et dont elle tombe amoureuse.

"Toi et Moi", c'est aussi le nom du journal pour lequel écrit Ariane. Car comme dans "La Vie secrète de Walter Mitty" ou dans "Le Magnifique", le film est ponctué par des séquences de roman-photo très réussies où Ariane se met en scène avec ses proches, avec héritages providentiels et guérisons miraculeuses. Mais la vie est bien plus complexe qu'un roman-photo, et lentement l'histoire évolue vers quelque chose de plus tristement réaliste, abandonnant progressivement Ariane la fofolle pour Lena la mélancolique.

Julie Depardieu, à l'affiche ces jours-ci dans quatre films, réussit à rendre plutôt crédible ce personnage de rêveuse rêvée, même si elle est parfois sur le fil de la caricature, rejointe en cela par Chantal Lauby dans le rôle de la tante anxieuse.

Marion Cotillard propose un jeu d'une grande subtilité pour donner vie à ce personnage en proie au doute et à l'insatisfaction. Quand elle visite à Londres une exposition de photos de couples en train de faire l'amour, premier rendez-vous avec Mark, ou quand elle est témoin des petits renoncements de sa soeur, un froncement de sourcil, une ombre sur son visage suffisent à exprimer son incrédulité et sa désapprobation. Et c'est bien elle qui entraîne le film vers ce versant plus noir de la comédie jusque là bariolée.

Le genre en vogue dans le cinéma français, c'est la comédie ; la contrepartie est qu'il est difficile de sortir du lot, surtout pour un premier ou un second film, comme c'est le cas ici.  Sans être un chef d'oeuvre, "Toi et Moi" y parvient par cette variation de tonalité et par une distribution assortie à la polyphonie de l'histoire.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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Mercredi 8 mars 2006

Titre original : Capote
Film américain de Bennett Miller
Interprètes : Philip Seymour Hoffman (Truman Capote), Catherine Keener (Nelle Harper Lee), Clifton Collins Jr (Perry), Mark Pellegrino (Richard), Chris Cooper (Dewey), Bruce Greenwood (Dunphy).

Durée : 1 h 50





 

 

 

 

 



 

 

Note : 8/10

En deux mots : Portrait de l'écrivain Truman Capote pendant les six années où il écrit "De Sang-froid", et  l'histoire de la relation qu'il établit avec l'assassin qui lui sert de modèle. Fascinant.

Le réalisateur : Né en 1967, Bennett Miller est l'auteur du documentaire de 1998 "The Cruise", portrait d'un guide touristique dirigeant des visites de New York, Timothy « Speed » Levitch. Il a rencontré Dan Futterman, le scénariste de "Truman Capote" quand ils avaient tous les deux 12 ans. Il connait Philip Seymour Hoffman depuis 1984.

La critique : Premiers plans du film : la campagne au fin fond du Kansas. Une voiture s'arrête, en sort une jeune fille qui sonne à la porte de la maison. Pas de réponse, la porte est ouverte, elle rentre, elle appelle, rien. Elle monte à l'étage, et découvre le cadavre de son amie auréolé d'un jeyser de sang.
 
New York. Truman Capote, scénariste et romancier à succès, assumant crânement son homosexualité, découpe un article sur le quadruple meurtre du Kansas. Accompagné de son amie et collaboratrice Nelle, il part enquêter pour le "New Yorker". Grâce à sa célébrité, il se fait inviter chez le sheriff qui mène l'enquête, obtient le journal intime d'une des victimes, se fait montrer les photos du meurtre.
 
Jusqu'au jour où les deux assassins se font arrêter, et rapidement condamnés à mort. Capote graisse des pattes pour pouvoir les approcher, les amadouer, et progressivement s'en faire accepter, particulièrement de Perry. Il leur trouve les avocats qui d'appel en appel, vont réussir à repousser l'exécution de plusieurs années.
 
Entretemps, le projet d'article s'est transformé en projet de livre d'un genre nouveau : la "non fiction novel". Il multiplie les entretiens avec Perry, avec un objectif, l'amener à raconter ce qui s'est passé cette nuit-là dans la maison des Clutter.
 
"Truman Capote" n'est pas un biopic, une de ces biographies romancées en vogue à Hollywood, et heureusement. Bennett Miller a décidé de ne s'intéresser qu'à ces six années qui ont mené à l'écriture de ce qui sera le dernier livre achevé de Capote. Il s'est concentré sur les relations entre l'écrivain et l'assassin, dont il dit : "C'est comme si nous avions été élevés ensemble dans la même maison, et que j'en étais sorti, moi, par la porte de devant, et lui par la porte de derrière."
 
Pour faire parler les témoins et plus tard le meurtrier, Truman Capote commence par parler de lui, de son enfance, du sentiment de rejet, de la difficulté d'être différent. Avec Perry, il partage l'absence du père, le suicide des proches ; quand le prisonnier refuse de s'alimenter, il va acheter des petits pots pour bébés et le nourrit à la cuillère.
 
Mais assez vite, il se trouve confronté à un dilemne : d'un côté Perry en acceptant de se livrer lui accorde son amitié, alors qu'il est abandonné de tous, et même de sa famille ; de l'autre, comme il s'est engagé à ne pas publier le livre avant "la conclusion" de l'affaire, il attend la pendaison et ne peut qu'adopter la fuite devant les reports successifs de l'échéance.
 
Le film repose sur la performance de Philip Seymour Hoffman, qui a obtenu le Golden Globe et l'Oscar. Jusque là cantonné aux deuxièmes rôles, il parvient à la fois à composer un véritable sosie de Truman Capote (la comparaison avec les images d'archives est édifiante), tant par son attitude corporelle que par sa voix de fausset, et à la fois à s'affranchir de cette imitation pour interpréter les multiples émotions contradictoires qui habitent le personnage.
 
Son jeu accroit l'ambiguité de son attitude, notamment par rapport à la réalité du lien qui le lie à celui qui l'appelle amigo : quand il se montre odieux avec lui quelques jours avant l'exécution, est-ce pour l'obliger à parler de la nuit du meurtre, ou est-ce parce qu'il se rend compte que cette amitié va l'entraîner là où il ne veut pas aller ?
 
A signaler la passionnante interview d'Emmanuel Carrère dans Télérama, où il explique comment 'De Sang-froid" a été la référence de "L'Adversaire", qu'il a consacré à Jean-Claude Romand, qui a assassiné toute sa famille après avoir fait croire pendant des années qu'il était médecin.
 
Cluny
par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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Lundi 6 mars 2006

Film américain de James Mangold

Interprètes : Joaquin Phoenix (John R. Cash), Reese Witherspoon (June Carter), Ginnifer Goodwin (Vivian Cash).

Durée : 2 h 10

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Note : 7/10

En deux mots :
L'histoire de la vie du chanteur de country-rock Johnny Cash. Bourré de clichés, mais assez efficace, grâce notamment à l'oscarisée Reese Witherspoon.

Le réalisateur : Né en 1963, James Mangold a d'abord été scénariste pour Disney. En 1995, il réalise "Heavy", l'histoire de la vie d'un petit restaurant de l'état de New York, avant de réaliser un polar crépusculaire avec Stallone "Copland", en 1997. Puis suivent "Une vie volée" en 1999, "Kate et Leopold" en 2001 et "Identity" en 2003.

La critique : L'histoire commence par un flash-back, qui dure les quatre cinquièmes du film. S'apprêtant à donner un concert dans la prison de Folsom, Johnny voit une scie circulaire qui lui rappelle celle de l'atelier où travaillait son grand frère, et qui causa sa mort. Car comme dans "Ray", tout part d'un traumatisme, celui de la mort d'un frère, et de la culpabilté de survivre.

Elevé dans une famille de petits blancs du Sud tout droit sortis des "Raisins de la Colère", Johnny doit faire face à l'hostilité de son père, et part à l'Air Force en Allemagne, "même pas en Corée, là où on se bat". Il épouse Viv dont il a trois filles, vivote comme V.R.P. et gratte la guitare avec deux amis. Jusqu'au jour où, interrompu après quelques mesures de gospell par un producteur et sommé de chanter quelque chose de plus personnel, il réussit à le convaincre avec une histoire de bad guy qu'il a composé en Allemagne.

Commence alors le succès, et ce qui va avec : la vie de tournée avec Jerry Lee Lewis et Elvis Presley, les filles qui se donnent au sortir de la loge, la distance qui se crée avec la vie de famille, les pilules qui aident à tenir le coup. Et puis June Carter, qu'il écoutait à la radio avec son frère quand, âgée de dix ans, elle chantait déjà dans le groupe familial.

Commence alors un long chassé-croisé entre eux deux, la nature de leur relation oscillant entre une complicité artistique et un amour qui n'arrive pas à se reconnaître, dans une Amérique puritaine où le divorce de June lui vaut la malédiction de bien-pensantes rencontrées à l'épicerie du coin.

"Walk the Line" est un biopic, une biographie d'un mythe américain, genre très en vogue dans le cinéma hollywoodien, de "Lenny" à "Ray" en passant par "Malcolm X" ou "Aviator". Il en épouse les règles du genre : la lente ascencion après des années de vaches maigres, la déchéance (en général la drogue et/ou l'alcool), et la rédemption grâce à la fille de sa vie, mais qui est rarement l'épouse, depuis longtemps transformée en marâtre...

Sans parler de la psychologie racontée aux petits Américains (ou comment économiser sept ans d'analyse lacanienne en deux heures), et le difficile rachat aux yeux du père, convaincu à chaque désintoxication que décidemment, le fiston n'est qu'un bon-à-rien.

Sorti un an après "Ray", ce film souffre un peu de la comparaison, et cette proximité renforce le sentiment de déjà-vu que l'on ressent très fort. Mais il réussit quand même à intéresser grâce au jeu des deux acteurs principaux. Joaquim Phoenix est assez mono-expressif (jouer un shooté n'aide pas beaucoup), mais il sait trouver une sorte d'animalité trouble quand il chante.

Quant à Reese Witherspoon, grâce à qui on peut suivre trois décennies de folies capilaires (vive les biopics !), elle est très crédible dans son personnage de celle qui a appris à être drôle, parce que c'est sa grande soeur qui avait la voix... Dès la scène de leur rencontre, sans doute la meilleure du film, elle fait appel à une palette complète d'expressions et joue de sa séduction, qui opère sur le spectateur comme elle opère sur Johnny.

Et puis, qualité non négligeable pour un film musical, les scènes de concert sont très bien filmées, d'autant plus qu'elles ne sont pas là comme de simples illustrations, mais comme des moments privilégiés de l'intrigue. A tel point que l'on regrette qu'il n'y en ait pas plus, pour (re)découvrir les chansons de Johnny Cash et de June Carter, qui sont ici interprétées par les deux acteurs.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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Samedi 4 mars 2006

Film français de Jacques Bral

Interprètes : Eddy Mitchell (Georges), Sagamore Stévenin (Pierrot), Pascale Arbillot (Louise), Pierre Santini (Jérôme), Gérard Jugnot (Alex), Maxime Leroux (Denis), Xavier Deluc (l?ami d?Hélène).
Durée : 1 h 36


 

 

 
 

 

 

 

 

Note : 4/10

En deux mots : Un polar à l'ancienne, carrément vieillot. On s'ennuie tranquillement.

Le réalisateur : Né en 1948 à Téhéran, Jacques Bral s'installe à 18 ans en France.D'abord producteur, il passe à la réalisation en 1980 avec "Extérieur Nuit", puis "Polar" en 1984, d'après Manchette. Il tourne "Mauvais Garçon" en 1993.

La critique : Quand Georges sort de prison, Pierrot lui propose un nouveau coup. Il hésite, car c'est avec lui qu'il avait fait ce casse qui lui a valu cinq ans. Il accepte finalement, et sur les indications d'un assureur, ils dérobent un collier dans un hôtel particulier après avoir ligoté la jeune épouse du propriétaire.
 
Georges confie les plus grosses pierres à un bijoutier qui va les vendre dans les Emirats, et écoule les plus petites auprès d'un "fourgue". Mais le bijoutier ne joue pas le jeu, le fourgue reçoit la visite de la police, et l'assureur prend peur.
Pierrot passe alors à l'action, avec des méthodes bien plus radicales que celles de Georges.
 
Heureusement que j'ai la carte UGC ! J'aurais eu mal au coeur d'avoir dépensé 10 ? pour voir un film comme il en passe tous les jours sur Ciné Cinéma... S'il n'y avait les euros, les portables et les BMW dernier modèle, on pourrait se croire dans un film d'il y a vingt ans.
 
Tout est étonnamment vieillot dans ce film : la photographie sans relief, marque de fabrique des années soixante-dix, l'intrigue, digne d'un polar de José Giovanni ou de Jacques Deray, le jeu des acteurs, le choix des lieux (l'hôtel particulier, le loft, les bars) ; jusqu'à la musqiue de Michel Gaucher, lointaine évocation de celle de Miles davis pour "Ascenseur pour l'échafaud"...
 
Dans un premier temps, on croit voir se dessiner une opposition de méthodes entre la vieille garde, incarnée par Georges qui proclame : "Je suis un voleur, pas un tueur", et la nouvelle vague, représentée par Pierrot ; mais Georges aussi bascule dans le tabassage et l'enlèvement, et la raison d'être de ce film s'échappe un peu plus, à part raconter une histoire vue et revue.
 
Certains films "à l'ancienne" peuvent séduire, justement par le respect de certaines règles ("L.A. Confidential", par exemple). Mais là, le scénario manque de cohérence, enchaînant des rebondissements peu vraisemblables, entraînant le lent décrochage du spectateur.
 
Eddy Mitchell semble mal à l'aise dans ce rôle, où son jeu un peu ironique ne s'adapte pas à ce personnage sans fantaisie de vieux gangster fatigué. Il en va de même pour les "guests", Gérard Jugnot ou Jean-François Balmer.
 
Film d'un autre âge, "Un printemps à Paris" se laisse regarder comme un téléfilm moyen, avec un peu d'agacement et une progressive envie de zapper. Tant qu'à voir un polar français de nos temps, autant aller voir ou revoir "Le Petit Lieutenant" !
 
Cluny
 
 
par Cluny publié dans : critiques de mars 2006
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