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Mardi 8 août 2006

Film français de Jean-Martial Lefranc

Interprètes : Bob Meyer, Ashwin Reinhardt, Benoît Basset, Antoine Michel

Durée : 1 h 40

 

Note : 3/10

En deux mots : Al Qeada manipulé par des généraux pakistanais veut faire exploser une bombe atomique dans Paris. Cheap, mal foutu, et finalement bien ennuyeux.

Le réalisateur : Après avoir été éditeur de bandes dessinées et de jeux vidéo (à la tête de Cryo Interactive), puis distributeur et producteur, Jean-Martial Lefranc passe à la réalisation avec ce film.

L'histoire : Pendant que les banlieues fançaises s'embrasent, un ancien contestataire des campus américains vend 15 kilos d'uranium à des terroristes, à condition de s'en servir ailleurs qu'aux Etats-Unis. Un groupe de généraux pakistanais proches des islamistes profite du trafic de drogue orchestré par le président pro-américain pour le destituer. A Hambourg, des fondamentalistes de retour d'Afghanistan bricolent une bombe atomique, alors que la CIA découvre que deux ogives nucléaires ont disparu de l'arsenal pakistanais.

La critique : A lire le synopsis, on se dit que voilà enfin un premier film français qui sort du lot habituel des comédies ou des drames psychologiques néochabroliens. Al Qaeda, les filières islamistes dans les banlieues, les états terroristes et la menace nucléaire, voilà un sujet qu'on ne trouve d'habitude que dans le cinéma américain.

Las ! Seul le sujet mérite un peu d'intérêt, car tout le reste est raté : le scénario, à la fois confus dans la forme et simpliste dans le propos, plus proche de Bob Morane ou de Tom Clancy que du "Monde Diplomatique" ; la réalisation, qui tente de masquer le budget anémique par des trucs cheap : fausse webcam, caméra tréssautante et cadre non éclairé à faire passer un film du Dogme pour un héritier d'Eisenstien, recyclage d'images documentaires, trucages numériques dignes de Pinnacle Studio.

Mais le pire est sans doute le jeu des acteurs : casting au rabais ou absence de direction, les dialogues déjà très clichés sonnent encore plus faux. Et tout cela filmé à la MJC du coin censée représenter indistinctement le QG de la police secrète pakistanaise, une base russe à Mourmansk ou le Quai des Orfèvres.

Ed Wood filmait déjà l'invasion des Martiens dans son garage, mais il y avait une poésie désuète que Tim Burton a mis en exergue. Là, pas une once de distanciation, pas un gramme de second degré. Au contraire, des dialogues pontifiants qui tentent de masquer le vide, et qui rendent ce pensum bien longuet. Au fur et à mesure qu'on lâche prise, la question qui nous taraude n'est pas : où et quand va exploser la bombe, mais comment un tel objet filmique a pu arriver dans les salles ?

Cluny

 

 

 

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2006
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Vendredi 4 août 2006

Titre original : Pirates of the Caribbean: Dead Man's Chest

Film américain de Gore Verbinski

Interprètes : Johnny Depp (Jack Sparrow), Orlando Blum (Will Turner), Keira Knightley (Elisabeth Swann), Bill Nighy (Davy Jones)

Durée : 2 h 25 

Note : 7/10

En deux mots : Deuxième opus des aventures de Jack Sparrow, interprété par un Johnny Depp qui en fait des tonnes mais réussit à nous entraîner dans ses aventures entre Jules Verne et Buster Keaton.

Le réalisateur : Né en 1964 aux Etats-Unis, Gregor Verbinski obtient une licence de cinéma à l'UCLA. Il réalise de nombreuses publictés, et crée notamment la grenouille de Budweiser. Il tourne son premier long-métrage en 1997, "La Souris", une comédie familiale produite par Dreamworks. En 2001, il réalise "Le Mexicain", avec Brad Pitt et Julia Roberts.

Après avoir signé le remake américain de "The Ring", il touche le jackpot avec "Pirates des Caraïbes" en 2003

L’histoire : Le fourbe Beckett revient d'Angleterre avec un titre de Lord pour jeter en prison Will Turner et Elisabeth le jour de leur mariage. Il leur propose un marché : la vie sauve et la liberté, à condition de retrouver Jack Sparrow .

Treize ans auparavant, Jack a passé un pacte avec Davy Jones, le capitaine du Hollandais Volant. En échange de son âme, ce dernier lui promettait le commandement du mythique Black Pearl...
Jones vient donc récupérer sa dette, ce qui signifie condamner Jack à errer pendant cent ans entre vie et mort dans son équipage. Pour éviter ça, il n'a qu'une solution : retrouver le coffre où est caché le coeur de Jones. Mais pour cela, avec Will et Elisabeth qui poursuivent d'autres buts, il devra affronter la créature monstrueuse de Jones, le kraken...

La critique : Je n'avais pas vu le premier "Pirates des Caraïbes", et je ne pourrai donc pas comparer ce nouvel opus avec l'épisode initial.

Ma réticence s'expliquait notamment par cette démarche du producteur, Disney, qui consistait à écrire un scénario à partir d'une attraction de Mickeyland, démarche aussi absurde que celle de ces producteurs de disques qui sortent des CD de sonneries de téléphones portables...

C'est donc d'un oeil neuf que j'ai découvert ce personnage de Jack Sparrow, dont le côté grunge a été parait-il imposé par Johnny Depp aux producteurs. Force est de constater que cet aspect décalé du personnage, à mi-chemin entre Jim Carrey et Buster Keaton est pour beaucoup dans le charme indéniable de ce film. Certes, Johnny Depp en fait des tonnes, minaudant à loisir pour surjouer alternativement couardise, roublardise et traitrise ; mais le traitement qu'il inflige à son personnage, de la cuisson par les cannibales aux projections de morve du Kraken, est assez jubilatoire surtout comparé au clacissisme un peu fadasse d'Orlando Bloom, comme l'opposition entre le lisse Tintin et le volcanique Haddock.

L'histoire, double prétexte (à mettre en valeur les attractions de la maison-mère et à permettre à M.Paradis de composer un personnage destiné à devenir culte), est assez alambiquée et manque singulièrement de fluidité, jusqu'à la pirouette finale, véritable bande-annonce du troisième épisode. Mais l'essentiel est clairement ailleurs : permettre des tableaux plus impressionnants les uns que les autres. Un des dangers qui menaçaient le film, comme tout sequel, était celui de la surrenchère, notamment celle des effets numériques. Même si certaines scènes d'action durent un peu, et si l'équipage de Davy Jones, composé de morts-vivants en train de se transformer en fruits de mer grouille un peu trop de tentacules et autres branchies, les scénaristes ont eu la malice d'introduire de fréquentes ruptures de ton qui maintiennent le rythme dans un film un peu long.

Les emprunts sont nombreux, particulièrement en ce qui concerne les univers graphiques : Jules Verne (Davy Jones jouant de l'orgue avec ses tentacules), Stevenson (la jambe de bois du même Davy Jones, écho de celle de John Silver), le vaudou (la devineresse jouée par Naomie Harris), et le tout fait parfois un peu bric-à-brac, oscillant entre le très réussi et le très-très kitch.

Mais l'aspect gentiment iconoclaste, la petulance de Keira Knightley, et l'abattage de Johnny Depp font de ce "Pirates des Caraïbes" un divertissement estival agréable, improbable croisement entre "Le Corsaire Rouge" et "Sacré Robin des Bois".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2006
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Samedi 29 juillet 2006

Titre original : United 93

Film américain de Paul Greengrass

Interprètes : J.J. Johnson  (Le commandant Dahl), Lewis Alsamari (Saed Al Ghamdi), Trish Gates (Sandra Bradshaw)

 

Note : 7,5/10

En deux mots : Reconstitution minutieuse et implacable du détournement du quatrième avion du 11 septembre, celui qui n’a pas atteint sa cible.

Le réalisateur : Né en 1955 dans le Surrey, Paul Greengrass a fait des études à Cambridge avant de devenir journaliste. Il travaille pour la télévision et suit le conflit en Irlande du Nord. En 1989, il réalise son premier long-métrage de fiction, «Resurrected». Il tourne ensuite pour la télévision, avant de revenir au grand écran en 1998 avec «Envole-moi», une comédie dramatique avec Kenneth Brannagh.

Mais c’est «Bloody Sunday» en 2002 qui lui vaut une reconnaissance internationale avec l’Ours d’Or à Berlin. Après une première incursion hollywoodienne en 2003 avec «La Mort dans la peau», il traite à nouveau le sujet de l’Irlande la même année avec «Omagh».

L’histoire : Le 11 septembre 2001, les passagers et l’équipage du vol 93 de United Airlines embarquent à l’aéroport new-yorkais de Newark. Pendant ce temps, un nouveau responsable du contrôle aérien de la côte Est prend son poste. Les opérations se succèdent, routinières, jusqu’à ce qu’un avion d’American Airlines ne réponde plus, et change de trajectoire. Des bribes de conversation enregistrées et l’appel d’un passager laisse penser qu’il s’agit d’un détournement, une première depuis des années.

Quand l’écho du vol American 11 disparaît sur les écrans radar et qu’en même temps des pilotes leur signalent de la fumée au-dessus de Manhattan, il leur faut un certain temps et CNN pour comprendre ce qui vient de se passer. Déjà, d’autres appareils semblent avoir été détournés, et au PC de la surveillance aérienne, on n’arrive pas à faire décoller plus de quatre chasseurs dans tout le pays, et sans réussir à obtenir l’autorisation de tir, le président étant injoignable.

Dans le vol 93, quatre terroristes d’Al-Qaeda se lèvent au moment où une hôtesse vient apporter les repas dans la cabine, égorgent les pilotes et s’emparent des commandes. Informés au téléphone par leurs proches de ce qui vient d’arriver à New York et au Pentagone, des passagers décident de passer à l’action.

 

La critique : Le film commence par une prière en arabe. Dans un hôtel, quatre hommes font leurs derniers préparatifs : vérifier le matériel, se raser le corps, dissimuler un couteau dans le pantalon. A l’aéroport de Newark, l’équipage embarque, les hôtesses parlent de leurs gosses, le copilote inspecte l’appareil depuis le sol, dans la cabine le pilote suit la check-list. Les passagers du vol 93 pour Los Angeles attendent en salle d’embarquement, bavardent, passent des coups de téléphone.

Au centre du contrôle aérien, le nouveau boss se fait présenter cette journée apparemment assez facile : beau temps sur tout le pays, décollage d’Air Force One vers 8 h 30, des manœuvres aéronavales au large des côtes.

Comme dans tout film catastrophe, on assiste à ces moments qui précèdent le déclenchement de la crise. Mais la comparaison s’arrête là : contrairement aux standards hollywoodien du genre, on ne nous présente pas tel ou tel personnage stéréotypé : le fourbe dont l’appât du gain va provoquer la catastrophe, le patron un peu faible qui va se sacrifier pour se faire pardonner sa couardise, celui qui n’aurait pas dû être là…

Non, là, ni héros ni antihéros. On ne sait rien de qui sont ces passagers, ces pilotes, ces contrôleurs aériens, et même ces pirates de l’air. On se contente de les voir agir en temps réel, avec une caméra portée et des mouvements rendus encore plus saccadés par l’exiguïté des lieux : carlingue, cockpit, salle de contrôle.

Une journaliste américaine a dit : «Vol 93 est un grand film, et j’en ai détesté chaque minute». Paul Greengrass a dû prendre cette critique comme un compliment, car les choix qu’il a faits pour son film tendent à susciter chez le spectateur cette perception à la limite de l’insoutenable. Aucun patriotisme exacerbé, aucun manichéisme comme dans «Flight 93», le téléfilm de Peter Markle ; la seule description du comportement des hommes face à une situation qui les dépasse, y compris ceux qui l’ont créée. Et c’est justement cette continuité temporelle, cette proximité de la caméra qui captent l’intensité des émotions des personnages, qui renvoient à celles des spectateurs, présentes et passées.

Chacun de nous se souvient de là où il était le 11 septembre, comment il a appris la nouvelle, de sa sidération devant ces images surréelles ; cette même sidération que l’on retrouve chez ces contrôleurs qui découvrent sur CNN où a fini l’avion qu’ils avaient perdu.

Paul Greengrass nous montre crûment la peur qui tenaille les protagonistes, militants d’Al-Qaeda et passagers ; la barbarie de l’égorgement d’un passager et des deux pilotes lors de la prise de contrôle de l’avion nous est montrée en quelques soubresauts de steadycam, comme plus tard la violence de l’assaut des passagers contre les deux terroristes qui tentent de contrôler l’habitacle. Et quand ils s’apprêtent à prendre d’assaut le poste de pilotage, leur «Notre Père» fait écho aux prières des deux survivants du commando de l’autre côté de la paroi.

Le film permet aussi de se rendre compte de l’impréparation des Etats-Unis face à une attaque d’une aussi incroyable audace : les contrôleurs civils et militaires sont obligés d’allumer la télévision pour comprendre ce qui se passe, seuls quatre chasseurs sont disponibles sur zone, dont deux ne sont pas armés, et personne n’arrive à obtenir l’ordre de tirer à vue. Et le spectateur doit alors se souvenir de la séquence de «Farenheit 9.11» de Michael Moore, montrée elle aussi en temps réel, où le président Bush émerveillé devant la maîtresse d’une école de Floride qui raconte une histoire à ses élèves, reste sans réaction quand on lui annonce la nouvelle.

On peut se lasser du procéder qui consiste à se servir d’une caméra aussi parkinsonienne (même un enfant de dix ans avec sa caméra DV réussirait à avoir un cadre plus stable…) ; on peut trouver que la musique en rajoute inutilement dans la tension dramatique ; on peut enfin s’interroger sur l’utilité d’un tel film, quelques semaines avant la sortie du «World Trade Center» d’Oliver Stone, surtout à un moment où au Liban et en Irak l’administration Bush nous montre comment elle utilise le 11 septembre pour justifier l’injustifiable.

Mais on ne peut  que reconnaître l’honnêteté de la démarche du réalisateur et la force diabolique de ce thriller entre documentaire et fiction.

Cluny

 

 

 

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2006
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Mercredi 26 juillet 2006

Titre original : The Squid and the Whale

 

Film américain de Noah Baumbach

Interprètes : Jeff Daniel  (Bernard), Laura Linney (Joan), Jesse Eisenberg (Walt), Owen Kline (Franck), William Baldwin (Ivan)

 

Durée : 1 h 28

 

 

Note : 7/10

 

 

En deux mots : Comédie autobiographique sur la séparation d’un couple d’intellectuels new-yorkais dans les années 80, filmée du point de vue des enfants. Attachant et léger.

Le réalisateur : Né en 1969 à Brooklyn, Noah Baumbach est le fils de l’auteur Jonathan Baumbach, et de la critique du Village Voice Georgia Brown. Il réalise son premier film en 1995, «Kicking and Screaming», une comédie sur quatre jeunes diplômés qui refusent de grandir. Puis il tourne en 1997 «Mr. Jealousy», une nouvelle comédie sur un jeune écrivain si jaloux de sa petite amie qu’il fait irruption dans son groupe de thérapie.

Il a signé aussi plusieurs scénarios, dont celui de «La vie aquatique». Pour les lecteurs de "Gala", il est marié à l’actrice Jennifer Jason Leigh.

L’histoire : 1986, à Brooklyn. Bernard Beckman est professeur de lettre et écrivain ; il a eu du succès, il en a beaucoup moins. Il roule en Peugeot 504 et quand il est embarqué dans l’ambulance suite à un malaise, il cite Godard (en français !) dans «Pierrot le fou» : «dégueulasse». Joan, sa femme, s’est elle aussi mise à l’écriture, et elle commence à être publiée.

Ils ont deux fils. L’aîné de 16 ans, Walt, est le portait de son père : littéraire, frimeur, entier dans son jugement. Franck, 13 ans, adore les tortues et, au grand désespoir de son père, rêve de devenir professeur de tennis.

D’ailleurs, quand cette petite famille joue en double au tennis, Walt fait équipe avec son père et Franck avec sa mère… et Bernard n’hésite pas à envoyer la balle sur sa femme pour faire un point décisif.

Un jour, les parents annoncent à leurs fils qu’ils vont se séparer, que Paul va emménager à six stations de métros de là, et qu’ils se sont décidés pour la garde alternée, chacun se partageant la semaine, et un mercredi sur deux.

Très vite, chacun des fils choisit son camp et les deux parents refont leurs vies non sans quelques combats d’arrière-garde dont sont victimes les garçons.

 

La critique : Le titre original, «The Squid and the Whale», fait référence au dernier plan du film où Bernard se retrouve seul au muséum d’histoire naturelle qu’il avait promis de visiter avec Franck, et où il s’attarde devant une maquette mettant en scène l’affrontement d’un cachalot et d’un calmar géant.

Outre le clin d’œil aux aventures du Capitaine Zizou de «la Vie aquatique» dont le réalisateur avait signé le scénario, ce plan symbolise la bestialité de la lutte entre Joan et lui, ou tout du moins de la violence de leurs affrontements ressentie par ses fils.

Car il s’agit un récit grandement autobiographique, et l’intérêt essentiel réside justement dans le fait qu’il est raconté du point de vue des enfants. Comme eux, on apprend la séparation au moment où Bernard et Joan leur annoncent (même si nous n’avons pas la même naïveté, et que les signes avant-coureurs -sans parler du titre français- étaient suffisamment explicites), comme eux nous découvrons les infidélités passées et les rancoeurs accumulées a posteriori.

Les questions qui se posent sont les leurs : que dire à leurs copains ? qui va garder le chat ? comment investir une nouvelle maison, surtout si le père met un poster de ce naze de Vilas à la place de celui de Gerulaitis ? Question que se pose surtout Franck, Walt ayant assumé sa nouvelle chambre en y placardant une affiche de «La Maman et la Putain» : cherchez le symbole…

Le traitement de ce sujet n’est pas nouveau : de «Génial, mes parents divorcent» aux films de Diane Kurys, le cinéma a déjà abordé le thème de la séparation et de ses effets sur les enfants. Mais la manière de le traiter est attachante, sur le mode de la chronique nostalgique, avec un montage nerveux et la multiplication des sous intrigues : la découverte de la sexualité par Franck, la mythomanie et le plagiat de Walt qui se confronte à sa première histoire d’amour, la crise de la quarantaine de Bernard qui se retrouve en concurrence avec son fils pour une de ses élèves, Lili (jouée par Anna Paquin, qui a bien grandi depuis «La Leçon de Piano»).

Jeff Daniel compose une sorte de M. Keating(le prof d’anglais du «Cercle des Poètes disparus») qui aurait perdu ses illusions, égocentriste et atrabilaire, finalement pathétique. Les deux acteurs qui jouent ses fils sont excellents : Jesse Eisenberg tout en tensions internes, jeune Rastignac à qui Paris échappe, et Owen Kline, apparemment lisse mais soumis à des séismes profonds, tapissant les armoires de ses condisciples de sperme et vidant la bouteille de whisky comme autant d’appels au secours.

Le seul défaut de ce film est le revers de sa qualité principale : sa légèreté de ton, le détachement ironique renforcé par la reconstitution soignés des années 80 font du spectateur un témoin vaguement attendri, mais finalement pas plus impliqué que ça.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2006
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Vendredi 21 juillet 2006

Film belge de Lucas Belvaux

 

Interprètes : Eric Caravacca (Patrick), Natacha Régnier (Carole), Lucas Belvaux (Marc), Gilbert Melki (Le ferrailleur)

 

Durée : 1 h 56

 

Note : 7/10

 

En deux mots : Polar social mettant en scène des chômeurs liégeois. Entre Ken Loach et Melville, plutôt réussi.

 

Le réalisateur : Né en 1961 à Namur, Lucas Belvaux part à Paris à 16 ans pour suivre des cours de comédie. Il joue pour Losey, Zulawski, Chabrol ou Rivette. En 1990, il passe à la réalisation avec  «Parfois trop d’amour», suivi par «C’est pour rire». En 2003, sa trilogie «Un couple épatant», «Cavale» et «Après la Vie» lui vaut le prix Louis Delluc.

 

L’histoire : Dans les faubourgs industriels de Liège, quatre hommes se retrouvent dans un café pour jouer aux cartes : Jean-Pierre et Robert, deux anciens sidérurgistes, dont un qui a perdu ses jambes dans un accident du travail, Patrick, au chômage malgré son bac + 6, et Marc, le seul qui ait un travail, embouteilleur dans un brasserie et ancien taulard.

Quand la mobylette de Carole, la compagne de Patrick, rend l’âme, ils n’ont pas assez d’argent pour en racheter une. Jean-Pierre et Robert réussissent à convaincre Marc d’organiser avec eux le braquage de la recette d’un ferrailleur venu découper leur usine. Pendant ce temps, Patrick quitte son domicile, furieux que Carole ait accepté un scooter de son père qui le méprise. Quand il découvre ce que trament ses amis, il s’impose dans le hold-up, alors que Marc refuse finalement d’y participer.

 

La critique : Il y a deux films dans «La Raison du plus faible» : un polar, et une chronique sociale. Le polar est assez classique, tant dans son intrigue (un ex-taulard ayant renoncé aux braquages finit par se laisser entraîner par ses amis) que dans son traitement, qui évoque Melville par sa sécheresse et une certaine dilatation de la narration.

On suit chaque étape de la préparation du coup de ces pieds nickelés, avec le pressentiment du malheur, entraînés par le pessimisme de Marc (joué par Lucas Belvaux lui-même). Jean-Pierre, condamné au rôle de coach par son infirmité, leur fait répéter encore et encore le timing de l’opération, alors que l’on sait déjà que les grains de sable viendront perturber cette belle mécanique. Et quand le ferrailleur pris en otage dit à Patrick qu’il y a un million dans le coffre, celui-ci demande combien ça fait en euros, pour s’entendre répondre qu’il s’agit d’un million d’euros : dépassés par la somme, dépassés par l’enjeu, dépassés par cette société qui laisse les exclus de la prospérité sur le bord du chemin.

Le choix de décrire ainsi de façon quasi clinique la préparation et le déroulement du braquage amène à un désinvestissement progressif du spectateur, jusqu’à ce travelling final en hélicoptère, formellement virtuose mais en définitive symbolique de la distance prise avec les personnages.

Car c’est le deuxième aspect du film, surtout développé dans la première partie, qui en fait sa richesse : la peinture de ces gens oubliés du progrès comme du cinéma francophone – à l’exclusion notable de certains réalisateurs belges ou nordistes, comme les frères Dardenne ou Bruno Dumont.

Lucas Belvaux nous présente ses personnages avec la même tendresse qu’un Ken Loach, s’attardant sur des détails ou des actions secondaires, mais qui leur donnent de la profondeur : l’attitude narquoise du gendarme auprès du quel Marc vient pointer son contrôle judiciaire, la visite de l’ancienne aciérie par la classe du fils de Patrick, qui s’étonne de voir que sa mère aussi sait ce que le conférencier leur a appris, à savoir que les sidérurgistes représentaient l’aristocratie de la classe ouvrière, les engueulades au cours des parties de «couillon» dans le café…

Patrick Descamps et Claude Semal sont particulièrement savoureux dans les rôles de Jean-Pierre et Robert, vieux couple d'amis solidaires et bougons, et grâce à eux, on a parfois l'impression de se retrouver dans un documentaire de "Strip tease".

Mais malgré ses imperfections, "La Raison du plus faible"est un film attachant et atypique qui montre que même en français, on peut à la fois raconter des histoires qui se tiennent et décrire sans sombrer dans le militantisme les difficultés des plus pauvres.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2006
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