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Samedi 30 septembre 2006

Film français de Emmanuel Bourdieu

Interprètes : Malik Zidi (Eloi Duhaut), Thibault Vinçon (André Morney), Alexandre Steiger (Alexandre), Natacha Reigner(Marguerite)

Durée : 1 h 40

Note : 5/10

En deux mots : Un étudiant en littérature exerce une influence malsaine sur ses condisciples. Surrané et peu crédible.

Le réalisateur : Né en 1965, fils du sociologue Pierre Bourdieu, Emmanuel Bourdieu rencontre Jeanne Balibar et Arnaud Desplechin en classe préparatoire. Normalien puis agrégé de philosophie, il devient enseignant.

Après avoir écrit et mis en scène des pièces de théâtre, il coécrit des scénario pour Depleschin ("Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle...)", "Esther Kahn"), Nicole Garcia ("Place Vendôme") ou Catherine Corsini ("La Nouvelle Eve"). Après un court-métrage en 1998, il obtient le Prix Jean-Vigo en 2001 pour "Candidature", un moyen métrage. Il tourne son premier long métrage en 2003, "Vert Paradis", avec Natacha Régnier.

L'histoire : Dès le jour de la rentrée en fac de littérature, Alexandre et Eloi tombent sous la coupe d'André, qui parle d'égal à égal avec le professeur Mortier. Acceptant de devenir leur gourou en échange de leur soumission intellectuelle, André leur impose ses conceptions sur la littérature, l'amour, les études. Il pousse Alexandre à devenir comédien, et guide Eloi vers l'étude de James Elroy, en même temps qu'il séduit la jeune femme dont ce dernier était amoureux.

Lorsque Mortier découvre qu'André n'a rien écrit en six mois, il refuse de lui valider sa maîtrise et de le recommander pour passer son D.E.A. à Berkeley. André annonce pourtant à ses amis qu'il part aux Etats-Unis, alors qu'en réalité il s'engage dans l'armée comme professeur de culture générale.

La critique : Grand Prix de la Semaine internationale de la critique à Cannes, "Les Amitiés maléfiques" est un film étrange, d'un autre temps. A l'heure où le cinéma s'intéresse aux nouvelles élites, celles de l'économie ou des médias, Emmanuel Bourdieu inscrit son récit dans le monde des intellectuels universitaires, celui des élites passées, de Sartre, Althusser... ou Pierre Bourdieu.

André est une sorte de Valmont, manipulateur et cynique, mais dont l'appétit de pouvoir et de séduction ne s'exerce pas sur le plan sexuel, mais plutôt sur celui de l'influence intellectuelle. Thibault Vinçon incarne ce personnage flamboyant, odieux et suffisant, avec l'énergie d'un Romain Duris, réussisant à le rendre intéressant parce que quand même un peu attachant.

Malheureusement, si le dominant est plutôt réussi, les dominés sont complètement ratés, et toute la construction s'effondre. On ne croit pas une seconde au personnage d'Eloi ; déjà quand il est benêtement sous la coupe d'André, et encore moins quand il se rebelle enfin contre son mentor. Il faut dire que le scénario ne l'aide pas : il obtient le Prix Médicis pour un roman que sa mère, elle même écrivaine (Dominique Blanc, perdue dans ce rôle improbable), a été repêcher dans la poubelle et a imposé à sa maison d'édition en imitant la signature de son fils pour le contrat !

Et même le personnage d'André n'échappe pas à ce naufrage, sa déchéance étant vraiment bien rapide et sa soumission bien incohérente par rapport à son caractère. Quant à la scène finale, elle n'apporte aucune surprise, entérinant une victoire bien conformiste et tous comptes faits bien moralisante des agneaux sur le loup.

Malgré une forme assez moderne, particulièrement au niveau du rythme du montage, "Les Amitiés maléfiques" sont à l'image de ce titre, emphatique et suranné. On s'ennuie, partagé entre le désintérêt et l'agacement, réveillé seulement par les apparitions de Jacques Bonnaffé en mandarin et quelques scènes où André exerce sa cruauté à l'encontre de victimes expiatoires avec une jubilation démoniaque.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2006
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Mercredi 27 septembre 2006

Film français de Rachid Bouchared

Interprètes : Sami Bouajila (Abdelkader), Djamel Debbouzze (Saïd), Roschdy Zem (Messaoud), Sami Naceri (Yassir)

Durée : 2 h 08

Note : 7/10

En deux mots : Il faut sauver le soldat Saïd. C'est plus dans certains à-côtés que le film fait mouche que dans le propos principal, trop démonstratif.

Le réalisateur : Né en 1959, Rachid Bouchareb devient assistant réalisateur, puis réalisateur de films pour la télévision (SFP, TF1, Antenne 2) de 1977 à 1984. Il réalise son premier long métrage en 1985, "Bâton Rouge", l'histoire de trois amis qui s'exilent aux Etats-Unis. En 1995, "Poussière de Vie" qui raconte l'histoire du fils d'un officier noir américain et d'une Vietnamienne est nominé pour l'oscar du meilleur film étranger. Il réalise "Little Senegal" en 2001.

Il est par ailleurs producteur de nombreux films, dont tous ceux de Bruno Dumont.   

L'histoire : Trois tirailleurs algériens et un goumier marocain s'engagent plus ou moins volontairement dans l'armée de la France Libre. En Italie, puis en Provence, dans la vallée du Rhône et en Alsace, ils participent à la libération de l'Europe sous le commandement de leur sergent pied-noir. Mais ils sont aussi confrontés à l'injustice dont sont victimes les soldats nord-africains par rapport à leurs frères d'arme métropolitains.

Après un début de mutinerie, ils acceptent de se porter volontaires pour une mission particulièrement périlleuse. Le sergent ayant été blessé et les officiers tués, c'est le caporal Abdelkader qui prend le commandement du groupe.

La critique : Il est des films dont l'importance va bien au-delà de l'objet purement filmique. C'est le cas de "Indigènes", particulièrement aujourd'hui où le président Chirac annonce la revalorisation des pensions des anciens combattants d'Afrique, gelées depuis la décolonisation, et revendiquée à la fin du film. Présenté dans le cadre de la sélection française au Festival de Cannes, couronné par un Prix d'interprétation masculine collectif, il est le premier film dont les quatre têtes d'affiche sont issues de l'immigration à être projeté dans 460 salles et promis à un succès certain.

Tout cela est bel et bon, et sans doute mérité. Mais reste le film en lui-même, qui doit quand même être analysé en tant que film. Je me demandais en regardant certaines scènes ce qu'auraient dit les critiques si elles avaient montré des soldats français ou américains : il y a fort à parier qu'ils auraient alors souligné le côté convenu, voire désuet de bien des situations, l'aspect artificiel de certaines scènes (la rencontre entre Messaoud et Irène, ou les discours du colonel), ainsi que la longueur de l'ensemble.

Rachid Bouchareb revendique d'ailleurs ce clacissisme : "Je voulais que ce soit un film de genre, comme tous ceux qu'on a vu : "Un Pont trop loin", "Le Pont de la rivière Kwaï", "Il faut sauver le soldat Ryan", pariant sur le fait d'utiliser cette trame classique pour renforcer l'intérêt du public pour cet épisode délibéremnt oublié dans les manuels d'histoire, jusqu'au plan des soldats plantant le drapeau tricolore en haut de la colline, décalque de la photo de Joe Rosenthal à Iwo Jima.

Soit. Mais la qualité du film est ailleurs, dans certains détails, comme la relation ambivalente entre le sergent pied-noir et ses hommes, à la fois garant de l'ordre colonial vis-à-vis de ses subordonnés dont il refuse de se reconnaître semblable, et à la fois porte-parole de leurs revendications en direction de la hiérarche ; ou encore comme le personnage de Saïd, sorte de doux fada tout autant méprisé par ses camarades qu'il est exploité par son sergent, jusqu'à ce qu'il se rebelle.

Le dernier tiers du film est sans doute le plus intéressant, parce que dépouillé de toute volonté démonstrative. Rachid Bouchareb a reconnu avoir voulu clore le film en concentrant le destin d'une armée de 300 000 hommes en un remake des "Sept Samouraïs", où une poignée d'hommes acceptent finalement de se sacrifier pour des villageois qui leurs étaient pourtant étrangers. La référence à "Il faut sauver le Soldat Ryan" s'impose aussi, renforcée par la scène finale au cimetière ; mais là où chez Spielberg un vétéran revenait montrer à ses enfants les tombes de ses compagnons d'armes, ici c'est un vieil homme seul et déraciné qui se recueille dans un cimetière désert, parabole de l'oubli dans lequel l'histoire officielle a reclus ces soldats venus libérer ce qu'ils appelaient encore la mètre patrie.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2006
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Mardi 26 septembre 2006

Film bosniaque de Jasmila Zbanic

Titre original : Grbavica

Interprètes : Mirjana Karnovic (Esma), Luna Mirjovic (Sara), Leon Lucev (Pelda), Jasna Beri (Sabina)

Durée : 1 h 30

Note : 7,5/10

En deux mots : Une adolescente et sa mère confrontées aux secrets douloureux de leur histoire. Quelques maladresses, une volonté d'en dire parfois trop, mais un film quand même passionnant.

La réalisatrice : Née en 1974 à Sarajevo, Jasmila Zbanic était adolescente durant la guerre qui a déchiré l'ex-Yougoslavie. Diplômée de l'Académie d'Arts Dramatiques de Sarajevo, elle a été marionnettiste aux USA, en 1995, avec la troupe du «Bread and Puppet Theatre». De retour à Sarajevo, elle fonde l'Association des Artistes en 1997, et plus tard la maison de production Deblokada avec laquelle elle réalise une dizaine de courts et de documentaires ainsi que des vidéos d'art.

L'histoire : Esma vit avec sa fille de 13 ans, Sara, à Grbavica, quartier populaire de Sarajevo. Comme cette dernière a besoin de 200 euros pour un voyage scolaire, Esma est obligée de travailler comme serveuse dans une boîte de nuit en plus de son travail de couturière à domicile. Sara apprend que les élèves pouvant présenter un certificat attestant que leur père est mort en héros bénéficieront d'une importante réduction ; or, sa mère lui a toujours dit que son père était mort lors de la guerre.

Aux troubles de l'adolescence viennent s'ajouter les interrogations au sujet de ce père sur lequel plane un lourd secret. Quant à Esma, elle rencontre Pelda, le garde du corps de son patron et s'attache à lui quand elle découvre que comme elle, il continue à chercher les corps des siens disparus lors du conflit.

La critique : Ours d'Or à Berlin, "Sarajevo, mon Amour" doit son titre à celui d'une chanson que Sara reprend avec ses camarades à la fin du film, quand elle peut enfin redevenir la gamine qu'elle est. Le hasard (ou l'intention des distributeurs ?) a voulu que ce titre évoque celui d'un autre film sur la difficulté de se reconstruire après les blessures d'une guerre, "Hiroshima mon amour". Disons-le tout net : la comparaison s'arrête là. Marguerite Duras n'est pas à la plume du scénario, et la légéreté grave qui baignait le film de Resnais n'est pas la qualité essentielle de celui de Jasmila Zbanic.

Au contraire, la jeune réalisatrice a voulu traiter de nombreux sujets en même temps, et le recours à certains artifices de réalisation mal maîtrisés (le tarveling initial sur les femmes inertes, la crise de nerfs d'une participante au groupe de thérapie...) font parfois obstacle à la sincérité indéniable du propos. Pourtant, malgré cela, ou peut-être aussi à cause de cela, de cet enchevêtrement d'élements d'intrigue qui évoque l'urbanisation anarchique de la capitale bosniaque, parviennent à ressortir de vrais moments d'émotion.

Par l'omniprésence des traces de la guerre, tout d'abord. Traces physiques, comme cet immeuble en ruine qu'un camarade de Sara s'est réservé en le barrant de rubalise "Attention Mines". Traces morales surtout, comme cette peur d'Esma quand elle voit le poissonnier tuer une truite, ou quand le torse velu d'un homme la frôle dans le bus, comme ces hommes et ces femmes qui ont abandonné leurs études pour devenir couturière ou gorille, ou encore comme ces récits de charniers exhumés dix ans après et qui entretiennent l'espoir de pouvoir enfin dire adieu à ceux qu'on ne peut oublier.

Et puis, des petits détails, comme cette nostalgie de l'avant-guerre, qui fait de la réunion des anciennes pionnières un moment incontournable, avec l'évocation ironique et attendrie de Tito, ou comme l'émotion d'Esma devant un reportage sur la violence au Brésil, qui rappelle cette scène de "No Man's Land" de Denis Tanovic, où un milicien bosniaque sur la ligne de front s'apitoyait sur les horreurs au Rwanda.

Mirjana Karnovic, actrice fétiche de Kusturica depuis "Papa est en voyage d'affaire" joue de façon monolithique le rôle d'Esma, Mère Courage des Balkans, jusqu'à ce qu'enfin elle arrive à dire l'indicible. La jeune Luna Mirjovic, repérée par la réalisatrice dans un atelier d'art dramatique, campe une Sara très crédible, adolescente en crise dans une société en crise, tour à tour mutine et révoltée.

La démarche de Jasmila Zbanic est somme toute assez proche de celle d'Oliver Stone dans "World Trade Center": raconter la tragédie d'un peuple au travers du sort de quelques uns. Mais là où le réalisateur américain passe à côté de son sujet en l'enfermant dans un huis clos stéréotypé, sa consoeur bosniaque réussit à mêler destin individuel et destinée collective.

Vu par 200 000 spectateurs en Bosnie, "Sarajevo, mon Amour"est un film sombre sur la difficulté de faire son deuil, surtout quand ce deuil est à l'échelle d'une nation entière, sur le délabrement d'une société ravagée par une des pires guerres qu'ait connue l'Europe et ses séquelles : crise économique, pègre, émigration massive. Mais c'est aussi un film optimiste mettant en scène des passionnés de football, des midinettes accrochant des posters de Keira Knightley dans leurs chambres, des ouvrières prêtes à se cotiser par solidarité et des parents accompagnant leurs enfants au départ de leur excursion avec la même émotion que leurs homologues du reste du continent.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2006
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Mercredi 20 septembre 2006

Film américain d'Oliver Stone

Interprètes : Nicolas Cage (John McLoughlin), Michael Pena (Will Jimeno), Maria Bello (Donna), Maggie Gyllenhaal(Allison)

Durée : 2 h 10

Note : 4/10

En deux mots : La tragédie du 11 septembre réduite à un drame de la spéléologie. Ennuyeux et prévisible.

Le réalisateur : Né en 1946 à New-York d'un père américain et d'une mère française, Oliver Stone part combattre au Viet-Nam où il apprend la photographie et accumule de la révolte et du dégoût devant la politique menée par son pays. Il commence par écrire des scénarios pour Brian de Palma (Scarface), Alan Parker (Midnight Express) ou Michael Cimino (L'année du Dragon). En 1986, il réalise ses deux premiers films : "Salavador" et "Platoon", largement autobiographique et qui lui vaut un oscar. Il tourne deux autres films sur le Viet-Nam : "Né un 4 juillet" (1989) et "Entre Ciel et Terre" (1993). Il aborde le monde de la finance dans "Wall Street" en 1987, les complots de la CIA dans "JFK" en 1991. "Tueurs nés" en 1994 fait scandale, accusé d'avoir inspiré plusieurs meurtres. En 1995, il tourne "Nixon", une biographie au vitriol de l'ancien président, avant de s'attaquer en 1999 au dopage dans le football américain dans "L'Enfer du Dimanche". Son "Alexandre" en 2004 est un échec commercial cuisant.

L'histoire : Le 11 septembre 2001 à New-York, le sergent Mc Loughlin du Port Authority Police Départment est envoyé avec ses hommes vers les tours jumelles, vu qu'il avait participé à l'élaboration des plans d'évacuation après l'attentat de 1993. Quand la tour sud s'effondre, ses hommes et lui sont bloqués sous les décombres dans une galerie marchande. Seuls Will Jimeno et lui survivent après l'effondrement de la tour nord. Blessés et emprisonnés, ils tentent de trouver les ressources pour survivre malgré tout, alors que leurs familles vivent dans l'angoisse de ne rien savoir.

La critique : Pour tout film, et bien plus encore pour un film sur un événement comme le 11 septembre dont chaque citoyen de la Terre a déjà vu des heures et des heures d'images, la question qui se pose est : pourquoi l'avoir réalisé ? Autant le film collectif "11'09"01" permettait de voir des regards croisés venant du monde entier sur cet événement (et accessoirement de faire un état des lieux du cinéma contemporain), autant "Vol 93" montrait l'impréparation des Etats-Unis et le parallélisme du destin des bourreaux et des victimes, autant il est dur de trouver une réponse à cette question pour "World Trade Center".

Oliver Stone explique qu'il a voulu rendre hommage à des gens simples et à leur héroïsme tranquille. Soit. Pourquoi pas. Mais cet objectif, finalement assez proche de celui de Paul Greengrass, il le poursuit en usant et abusant de toute la grosse quincaillerie du cinéma, et particulièrement du cinéma américain : ralenti, fondu au noir quand c'est triste, fondu au blanc quand c'est gai, musique pompière (c'est de circonstance...) pour bien ponctuer l'émotion ; même chose au niveau du scénario : le drame qui réveille les déchirures familiales, le marines entre deux guerres qui réussit à déjouer les cordons de sécurité pour aller se ballader sur les ruines fumantes et trouver les deux rescapés, le paramedic sans diplôme qui est le premier à soigner Will, le survivant qui s'en veut parce que si Dom n'avait pas pris sa place pour pousser le charriot, et ben, il ne serait pas survivant !

Alors, rendons grâce à Oliver Stone de ne pas s'être complu dans des bannières étoilées flottant au ralenti, des God bless America ou des funérailles grandioses ; si on peut éprouver une certaine gêne de l'esthétisation et donc de l'édulcorisation des images imprimées dans la mémoire de chacun (les papiers flottants dans le ciel de Manhattan, la cendre recouvrant tout, les carcasses de Ground Zero, les murs couverts des portraits des disparus), la litote employée pour représenter les impacts (l'ombre furtive d'un avion, le bruit et la secousse perçus dans un bureau) est bienvenue, et comme dans tout film catastophe, le meilleur, c'est ce qui précéde le cataclysme.

Et puis, nos deux héros sont ensevelis au bout d'une demi-heure, et il reste une heure et demi de huis clos rupestre à tirer. Il y a bien un montage parallèle pour nous montrer l'angoisse des familles, mais le gros de l'action, ou plutôt de l'inaction, se passe dans la pénombre à peine éclairée par quelques météorites échappés d'Armageddon, avec champ/contrechamp sur les rictus des deux agonisants qui échangent des poncifs entre deux râles ; et ce ne sont pas les apparitions sulpiciennes de Jésus transformé en Saint-Bernard ni celle de la femme de John qui lui demande de se bouger le cul pour rentrer à la maison, il y a la cuisine à terminer, qui sauvent l'ensemble de l'ennui et du ridicule.

A vouloir trop jouer avec la mythologie américaine, à ne jamais parler des causes pour ne s'attacher qu'à un effet infinitésimal, Oliver Stone a perdu à la fois son savoir-faire cinématographique réduits à quelques afféteries, et plus grave, parce que ce n'est pas nouveau, son regard original et contestataire sur son pays et sur la marche du monde.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2006
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Dimanche 17 septembre 2006

Film français de Philippe Lioret

Interprètes : Mélanie Laurent (Lili), julien Boisselier (Thomas), Kad Merad (Paul), Isabelle Renauld (Isabelle)

Durée : 1 h 40

Note : 8,5/10

En deux mots : Une jeune fille face à la disparition de son frère jumeau et au secret qui l'entoure. Un drame familial passionnant comme un thriller, et une Mélanie Laurent boulversante.

Le réalisateur : Né en 1955 à Paris, Philippe Lioret s'est fait connaître comme ingénieur du son. En 1993 il tourne son premier long métrage, "Tombé du Ciel" avec Jean Rochefort. En 1997, il réalise "Tenue correcte exigée", avec Jacques Gamblin et Elsa Zylberstein, puis en 2001 la comédie romantique "Mademoiselle" avec Sandrine Bonnaire. En 2004, "L'équipier" avec Philippe Thoretton et Gregori Bérangère raconte l'affrontement de deux gardiens de phare sur fond de secret de famille et de Guerre d'Algérie.

L'histoire : A son retour de Barcelone où elle était en vacances, Lili, 19 ans, apprend que son frère jumeau Loïc a disparu après une violente dispute avec son père. Elle lui laisse des messages sur son portable, interroge ses amis, en vain.

Persuadée que ce silence cache un drame, elle se laisse dépérir et est internée en hôpital psychiatrique. Ce n'est que quand elle reçoit une carte de son frère postée de province qu'elle accepte de se réalimenter. Mais l'absence et le mystère l'empêchent de vivre sa vie : elle abandonne son BTS, quitte le domicile de ses parents, refuse les rencontres possibles.

La critique : Dans la zone résidentielle de Vigneux au pied des tours HLM, le pavillon familial, c'est le Truman Show, observe Lili. D'ailleurs, au début, on a l'impression de voir une tragédienne se débattre dans un univers de sitcom, tant nous sommes dans le stéréotype ; à commencer par le personnage du père, joué par Kad Mérad (le Kad de Kad et Olivier) en plein coming out dramatique, victime du syndrome Tchao Pantin.

Et puis très vite, cette impression s'estompe et on sent que le conformisme petit-bourgeois des parents, même poussé jusqu'à la caricature, et souligné par la virulence des cartes de Loïc, est un des ressorts du mystère qui enveloppe sa disparition.

Jusqu'au bout, on ne sait pas trop dans quel genre de film on est : thriller, drame psychologique, chronique intimiste. Ce qui est sûr, c'est que l'ensemble est structuré par une tension permanente, celle qui habite Lili et qui fait que comme pour elle, à de menus indices, on se dit que ce qui nous est donné à voir n'est qu'une représentation partielle de la réalité.

Comme dans "L'Equipier", son précédent film déjà très réussi, Philippe Lioret aime dépeindre les rituels de la vie de famille qui par leur normalité permettent tous les dérapages, tous les éclats qui dévoilent les lourds secrets dans lequel se débattent ses personnages.

C'est peu dire que la crédibilité de cette adapatation du roman d'Olivier Adam repose sur les frêles épaules de Mélanie Laurent, aérienne et grave, constamment juste dans les différentes étapes de ce chemin de croix qui la voit passer du désespoir le plus profond à l'acceptation de s'envisager à nouveau un futur, jusqu'au dernier coup de théâtre.

Comparé à "Quand j'étais Chanteur", qui concourt dans la même catégorie de l'émotion, ce qui fait la différence c'est la grosseur des ficelles. Apparentes et omniprésentes dans le film de Giannoli, elles se font oublier dans celui de Lioret, même si à bien y regarder, dialogues et constructions narratives sont très travaillés. Et c'est bien une des grâces du cinéma que de rendre fluide et naturel des phrases écrites, réécrites et mille fois modifiées. Sur ce plan comme sur bien d'autres, "Je vais bien, ne t'en fais pas" est une des plus belles réussites de cette rentrée.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2006
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