Film français de Emmanuel Bourdieu
Interprètes : Malik Zidi (Eloi Duhaut), Thibault Vinçon (André Morney), Alexandre Steiger (Alexandre), Natacha Reigner(Marguerite)
Durée : 1 h 40

Note : 5/10
En deux mots : Un étudiant en littérature exerce une influence malsaine sur ses condisciples. Surrané et peu crédible.
Le réalisateur : Né en 1965, fils du sociologue Pierre Bourdieu, Emmanuel Bourdieu rencontre Jeanne Balibar et Arnaud Desplechin en classe préparatoire. Normalien puis agrégé de philosophie, il devient enseignant.
Après avoir écrit et mis en scène des pièces de théâtre, il coécrit des scénario pour Depleschin ("Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle...)", "Esther Kahn"), Nicole Garcia ("Place Vendôme") ou Catherine Corsini ("La Nouvelle Eve"). Après un court-métrage en 1998, il obtient le Prix Jean-Vigo en 2001 pour "Candidature", un moyen métrage. Il tourne son premier long métrage en 2003, "Vert Paradis", avec Natacha Régnier.
L'histoire : Dès le jour de la rentrée en fac de littérature, Alexandre et Eloi tombent sous la coupe d'André, qui parle d'égal à égal avec le professeur Mortier. Acceptant de devenir leur gourou en échange de leur soumission intellectuelle, André leur impose ses conceptions sur la littérature, l'amour, les études. Il pousse Alexandre à devenir comédien, et guide Eloi vers l'étude de James Elroy, en même temps qu'il séduit la jeune femme dont ce dernier était amoureux.
Lorsque Mortier découvre qu'André n'a rien écrit en six mois, il refuse de lui valider sa maîtrise et de le recommander pour passer son D.E.A. à Berkeley. André annonce pourtant à ses amis qu'il part aux Etats-Unis, alors qu'en réalité il s'engage dans l'armée comme professeur de culture générale.
La critique : Grand Prix de la Semaine internationale de la critique à Cannes, "Les Amitiés maléfiques" est un film étrange, d'un autre temps. A l'heure où le cinéma s'intéresse aux nouvelles élites, celles de l'économie ou des médias, Emmanuel Bourdieu inscrit son récit dans le monde des intellectuels universitaires, celui des élites passées, de Sartre, Althusser... ou Pierre Bourdieu.
André est une sorte de Valmont, manipulateur et cynique, mais dont l'appétit de pouvoir et de séduction ne s'exerce pas sur le plan sexuel, mais plutôt sur celui de l'influence intellectuelle. Thibault Vinçon incarne ce personnage flamboyant, odieux et suffisant, avec l'énergie d'un Romain Duris, réussisant à le rendre intéressant parce que quand même un peu attachant.
Malheureusement, si le dominant est plutôt réussi, les dominés sont complètement ratés, et toute la construction s'effondre. On ne croit pas une seconde au personnage d'Eloi ; déjà quand il est benêtement sous la coupe d'André, et encore moins quand il se rebelle enfin contre son mentor. Il faut dire que le scénario ne l'aide pas : il obtient le Prix Médicis pour un roman que sa mère, elle même écrivaine (Dominique Blanc, perdue dans ce rôle improbable), a été repêcher dans la poubelle et a imposé à sa maison d'édition en imitant la signature de son fils pour le contrat !
Et même le personnage d'André n'échappe pas à ce naufrage, sa déchéance étant vraiment bien rapide et sa soumission bien incohérente par rapport à son caractère. Quant à la scène finale, elle n'apporte aucune surprise, entérinant une victoire bien conformiste et tous comptes faits bien moralisante des agneaux sur le loup.
Malgré une forme assez moderne, particulièrement au niveau du rythme du montage, "Les Amitiés maléfiques" sont à l'image de ce titre, emphatique et suranné. On s'ennuie, partagé entre le désintérêt et l'agacement, réveillé seulement par les apparitions de Jacques Bonnaffé en mandarin et quelques scènes où André exerce sa cruauté à l'encontre de victimes expiatoires avec une jubilation démoniaque.
Cluny
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