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Lundi 23 juillet 2007

Film américain de Ryan Flek

Interprètes :  Ryan Gosling (Dan Dunne), Shareeka Epps (Drey), Anthony Mackie (Frank)

Durée : 1 h 46

Note : 5/10

En deux mots :  Un enseignant à la dérive s'accroche à la relation qu'il établit avec une élève. La réalisation paresseuse épouse le délabrement du personnage, et on s'ennuie.

Le réalisateur : Né en 1976 à Berkeley, Ryan Fleck et sa coscénariste Anna Boden sont diplômés de la New York University Film School. Ensemble, ils ont réalisé un court métrage, "Gowanus Brooklyn" qui racontait la même histoire que "Half Nelson". Le succès du court leur a permis de réaliser le long métrage.

L'histoire : Dan Dunne est prof d’histoire (blanc) en 4° et entraîneur de l’équipe féminine de basket dans un collège dont la plupart des élèves sont noirs. Il tente d’intéresser ses élèves en leur expliquant le mouvement dialectique de l’histoire, sans grand succès. En dehors de l’école, sa vie est lamentable : il vit seul, dans un appartement minable toujours en bazar, il boit, et consomme du crack et de la cocaïne. Après un match, son élève Drey le trouve défoncé dans les toilettes. Elle-même vit très seule, sa mère n’étant quasiment jamais là à cause de son travail, et son frère purgeant une peine en prison. Le dealer qu’il a refusé de balancer tente de prendre Drey sous son aile.

La critique : Au sortir de la salle, une question s’est imposée à moi : qu’est-ce que les auteurs ont voulu raconter ? La lecture hâtive de résumés du film m’avait fait craindre un énième film sur un gentil prof aux méthodes non conventionnelles réussissant à mater les fauves et à chasser les méchants voyous du bahut, style "Esprits Rebelles" ou "Le Proviseur". La séquence inaugurale, où Ryan Gosling tire les vers du nez des élèves endormis pour leur faire réinventer la dialectique pouvait laisser croire qu’on allait bien dans cette direction, mais assez vite les jugements des élèves pas dupes pour un sou ("Il se la joue cool, mais il fait pitié") et son absence de foi réelle dans ce qu’il fait (Quand une collègue lui demande d’où vient sa méthode, il répond "Oh, un vieux souvenir de fac") infirment cette piste. C’est juste la relation avec les élèves qui le fait survivre, parce que c’est la dernière relation continue qu’il entretient avec des humains, et non la croyance en un quelconque credo pédagogique.

Sa relation avec Drey peut apparaître comme la colonne vertébrale de l’histoire : la rencontre de deux solitudes, avec la recherche de la rédemption pour lui et le rejet de la tentation pour elle, une sorte de miroir inversé où la drogue joue le rôle principal. Mais le réalisateur a choisi un procédé narratif aussi délabré que la personnalité du héros, et les scènes se succèdent sans liens logiques, avec des ellipses appuyées, comme l’entrevue avec la directrice du collège, dont on ne voit que les premières secondes, sans qu’on sache ce qu’elle lui a finalement annoncé, et il est donc bien difficile de trouver une cohérence dans tout ça.

C’est donc sans doute le portrait de cet homme à la dérive qui a intéressé les auteurs, et enthousiasmé les festivaliers de Deauville et de Sundance. Moi pas, car Dan Dunne n’est pas attachant, comme le fait remarquer Frank qui dit à Drey que comme tous les fumeurs de crack, il n’a pas d’ami. Incohérent avec Drey, démago avec ses élèves, odieux avec sa copine momentanée, il est d’autant plus insupportable que la composition de Ryan Gosling donne du crédit à ce type-là. L’acteur, nominé pour l’oscar, s’est composé la tête de Julien de la Nouvelle Star, la barrette en moins (un comble pour un addict !), et il réussit à jouer à la fois la transformation en zombie de son personnage, et le peu de vitalité qui lui reste.

Dans le langage de la lutte, un Half Nelson est une prise par laquelle on immobilise l'adversaire et dont il impossible de se dépétrer. C'est bien la position de Dan, mais aussi progressivement celle du spectateur qui ressent la pesanteur et l'étouffement, renforcés par les choix de réalisation : caméra à l'épaule et mise au point approximative, gros grain et couleurs délavées, transitions syncopées. Jean-Christophe Ferrarri dans Positif parle du "plus beau film jamais réalisé sur l'enseignement" ; je n'y ai vu que des situations convenues d'une mauvais épisode d'"Urgences", le rythme en moins.

Cluny

 

 

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mercredi 18 juillet 2007

Film britannique de Donal McIntyre

Durée : 1 h 42

Note : 5 /10

En deux mots : En ne respectant pas leur devoir de recul, les auteurs sont passés à côté d’un sujet qui aurait pu être passionnant.

Le réalisateur : Né en 1966 à Dublin, Donal McIntyre a étudié aux Etats-Unis, en Irlande et à Londres. Sportif de haut niveau, il a été sélectionné aux JO en canoë. Devenu journaliste, il a travaillé au Guardian, et au Sunday Tribune. Il réalise des documentaires depuis 2003.

L’histoire : Dominic Noonan a 37 ans, dont 22 passées en prison ; il se fait maintenant appeler Lattlay Fottfoy, acronyme de la devise de son père : Look ater those that look after you, fuck off those that fuck off you. Issu d’une famille de Manchester, il est devenu le parrain de cette ville, et quand il enterre son frère Desmond abattu dans un règlement de compte, deux lycées libèrent leurs élèves pour ses obsèques.

Jugé deux fois pour trafic de drogue, séquestration et torture, il réussit les deux fois à se faire acquitter, grâce à des avocats qui, comme il le dit, "m’ont convaincu moi-même que je n’étais pas sur les lieux."

La critique : A lire le résumé ci-dessus, on pourrait penser qu’il s’agit d’une fiction, une version mancunienne de "Scarface" ou des "Infiltrés". Il s’agit pourtant bien d’un documentaire, Donald McIntyre ayant obtenu l’accord de Dominic Noonan et de ses sbires pour les filmer pendant plusieurs mois, et c’est ce qui fait l’intérêt, mais aussi finalement les limites de ce film.

Première interrogation, en quoi "A Very British Gangster" est-il si britannique ? La question est légitime, tant on a l’impression par moment de voir un mauvais remake des "Affranchis" ou des "Sopranos". Britanniques, et Mancuniens, Dominic et les siens le sont certes ethniquement, et on ne voit que des sosies de Wayne Rooney dans les neveux et les porte-flingues du boss : le seul noir du film est montré en photo anthropométique, et c’est l’assassin présumé du frangin.

Mais on sent que ces gangsters ont été nourris de cinéma américain, et par exemple, l’anecdote que Dominic raconte à propos du chien d’un rival qu’il a décapité et dont il lui a amené la tête dans un bar rappelle la tête du cheval dans le lit du "Parrain".

De même, les viols que Dominic aurait subi à 13 ans dans un pensionnat (et qu’il raconte étrangement pour expliquer son homosexualité) et le sort qu’il a fait subir une fois devenu adultes à leurs auteurs évoquent le scénario de "Sleepers". Car bien entendu, la caméra ne capture de violence que verbale, et on ne peut s’empêcher de se demander dans quelle mesure ce que rapporte Dominic est vrai, amplifié ou carrément inventé pour renforcer sa légende.

C’est là que se situe la limite de l’exercice : Dominic ne montre que ce qu’il veut bien montrer, et notamment ses actions sociales et de médiation, allant même jusqu’à demander à des jeunes de baisser la musique pour ne pas déranger leur voisinage. Du coup, les auteurs tentent en permanence de contrebalancer cette image sympathique par un commentaire envahissant et qui par sa dramatisation, finit par rendre suspectes les informations assenées.

Godard disait que Michel Audiard racontait souvent qu’il lui suffisait de descendre au café en bas de chez lui pour écouter les habitués du zinc afin de trouver ses futurs dialogues ; mais que ce que le scénariste ignorait, selon Godard, c’est que ces habitués avaient vu un film d’Audiard la veille au soir à la télé. Il y a un peu la même perversion de la réalité dans la démarche des auteurs. On ressent souvent un sentiment de malaise en voyant les personnages se donner en spectacle devant la caméra, ou poussé par les questions insidieuses, expliquer qu’ils ne craignent pas le procès, les huit témoins étant partis se réfugier à l’étranger, avant d’ajouter d’un air entendu "On a de la chance, non ?"

Ce malaise est renforcé par l’utilisation de moyens du cinéma de fiction, comme ces mouvements de grue élaborés au-dessus du fils et du neveu de Dominic en train de pêcher, le premier disant qu’il n’a pas envie de tuer, parce que "c’est mieux que d’autres le fassent pour toi".

Il y a bien quelques moments vrais, comme quand le neveu Sean envisage sa future carrière de crooner, racontant qu’il chante déjà "pour les mariages, les funérailles et les acquittements", ou celui où Dominic montre fièrement le caveau familial avec les lumières qui clignotent la nuit, alimentées par des panneaux solaires – alors qu’on vient juste d’apprendre que leur Ma Dalton de mère avait mis le feu à leur deux-pièces pour toucher un logement social. Les gros plans sur les trognes des truands venus de toute l’Angleterre et au-delà pour les obsèques de Desmond sont étonnants, comme toute cette cérémonie avec cornemuses et défilé de limousines. Mais là encore, quand le commentaire vient gâcher la clarté de ce que montrent les images, avec un passage au noir et blanc et la voix off qui souligne que "le pauvre Paul cherche du réconfort auprès de son parrain", nous voilà à mi-chemin entre Faites entrer l’accusé et la quotidienne de Secret Story.

Cette volonté de fictionnariser la réalité était sans doute vouée à l’échec, car ce qui se situe au cœur des histoires de mafiosi, ce sont les conciliabules et les exécutions sommaires, et le film est condamné à se contenter de l’écume de tout cela : insuffisant pour captiver le spectateur pendant plus de 100 minutes.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mardi 17 juillet 2007

Film franco-algérien de Nadir Moknèche 

Interprètes : Biyouna (Mme Aldjéria), Aylin Prandi (Paloma), Nadia Kaci (Shéhérazade), Daniel Lundh (Ryiad)

Durée : 2 h 14

Note : 5 /10

En deux mots : Petites combines mafieuses dans l'Algérie d'aujourd'hui, filmées mollement par Nadir Moknèche.

Le réalisateur : Né en 1965, Nadir Moknèche a fait ses études en France. Il a réalisé "Le Harem de Mme Osmane" en 2000, et "Viva Laldjérie" en 2004.

L’histoire : Dans l’Algérie contemporaine, Madame Aldjéria tient une agence d’un genre un peu particulier : avec l’aide d’un avocat, elle précipite une de ses filles dans les bras d’hommes mariés pour les prendre en flagrant délit d’adultère et obtenir le divorce pour ses clientes. Il ne lui reste plus que quelques coups à faire avant de pouvoir réaliser son rêve : racheter à l’Etat les thermes de Caracalla et les rouvrir sous le nom de Thermes Aldjéria.

M. Bellil, le propriétaire du cinéma l’Alhambra lui résiste, et ne se laisse séduire par aucune des filles que lui envoie Mme Aldjéria. Celle-ci repère Rachida qui lui a servi un délice Paloma dans un salon de thé ; elle est convaincue que c’est elle qui réussira à conduire M. Bellil au constat d'adultère.

La critique : Grave cas de conscience devant un film tel que "Délice Paloma" : doit-on l’analyser et donc le critiquer comme n’importe quel film, ou bien lui accorder un statut spécial du fait du contexte politique et des difficultés de réalisation dans son pays d’origine ? C’est cette seconde option qu’ont visiblement choisi de nombreux critiques, à Télérama ou au Nouvel Obs, qui le présentent comme un "audacieux tableau de la société algérienne d’aujourd’hui" (Pascal Mérigeau).

J’ai choisi pour ma part de regarder "Délice Paloma" comme tous les autres films critiqués sur ce blog, et le résultat est loin d’être aussi dithyrambique. J’avais pourtant aimé "Viva Laldjérie", porté par l’interprétation incandescente de Lubna Azabal, et la destinée à la fois simple et complexe de cette femme qui aspirait à vivre pleinement sa jeunesse dans une société encore traumatisée par quinze ans de terrorisme et de guerre civile m’avait touché, me faisant oublier les nombreuses maladresses de la réalisation.

Dans "Délice Paloma", on ne retrouve plus cette simplicité, et tout est appuyé de façon pesante. La construction narrative d’abord, avec un long flash back souligné par la voix off de Biyouna, aperçue à sa sortie de prison dans son jogging informe aux couleurs de l’Algérie. Il y a une redondance permanente entre les commentaires et les images, un peu comme ces BD franco-belges d’après guerre avec une cartouche expliquant ce que le héros faisait dans la case en dessous.

Les mêmes critiques se sont extasiés devant la performance de Biyouna, déjà vue dans "Viva Laldjérie". Son interprétation surjouée dans ce film pouvait alors passer, étant adaptée à son personnage d’ancienne danseuse de cabaret ruminant son passé. Ici, elle en fait des tonnes, et l’admiration que lui voue apparemment Nadir Moknèche n’arrange rien, vu que la moindre de ses minauderies est soulignée par le ralentissement d’un rythme déjà bien raplapla. Le reste de la distribution est à l’avenant, à l’exception appréciable d’Aylin Prandi qui joue Paloma, et dont le naturel et la grâce sautent d’autant plus aux yeux qu’on a l’impression de voir une statue s’animer au milieu du Musée Grévin.

Et puis, que c’est long ! 134 minutes pour une histoire de corruption et d’adultère manigancé, ça fait quand même beaucoup pour pas grand-chose, d’autant que le réalisateur finit par s’emmêler lui-même les pinceaux dans ces petites combines ; certaines scènes, comme celle du Miami, semblent avoir pour seule justification de mettre en valeur la chanson du film, sans avoir la fluidité des comédies musicales égyptiennes auxquelles elle fait référence.

Alors oui, Délice Paloma a certainement une signification particulière pour les spectateurs algériens, quand il montre la corruption du controleur de l’hygiène au ministre des droits de l’homme, l’islamisation rampante de la société symbolisée par l’évolution de Shéhérazade d’escort girl en "corbeau", ou le statut d’incapable majeure réservée aux femmes dans le code de la famille.

Mais une intention généreuse et une indéniable tendresse pour les personnages ne suffisent pas à faire un film, surtout en l’absence de direction d’acteurs et de montage serré ; qu'on est loin d'Almodovar auquel Moknèche a parfois été comparé...

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Vendredi 13 juillet 2007

Film américain de David Yates

Interprètes :  Daniel Radcliffe (Harry Potter), Emma Watson (Hermione Granger), Rupert Grint (Ron Weasley), Ralf Fiennes (Lord Voldemort)

Durée : 2 h 18

 

Note : 6/10

En deux mots : Adaptation sans surprise et sans grand relief de la cinquième aventure de l’Antoine Doinel de la sorcellerie

Le réalisateur : Né en 1963 à Saint-Helens (Angleterre), David Yates a été pendant des années réalisateurs pour la BBC. Il a tourné son premier long-métrage de cinéma en 1998, "The Tichborne claimant". C'est son téléfilm politique "The Girl in the Cafe" qui lui vaut un Emmy Awards et le fait remarquer par les producteurs de Harry Potter.

L'histoire :  Alors qu’il rentre en 5° année à Poudlard, Harry découvre que le monde des sorciers refuse de croire au retour de Voldemort. Le ministère de la Magie a même désigné Dolores Ombrage comme nouveau professeur de défense contre les forces du mal, pour qu’elle contrôle Dumbledore. Bientôt nommée inquisitrice, elle refuse d’enseigner les sortilèges à ses élèves, tout en s’acharnant contre Harry.

Amer, celui-ci comprend que Dumbledore l’évite et il se sent exclu de l’Ordre du Phénix qui lutte contre les Mangemorts. Avec l’aide d’Hermione et de Ron, il décide de regrouper les élèves décidés à se battre au sein de l’Armée de Dumbledore, pur leur apprendre les sortilèges qu’il connaît.

La critique : Voici donc le cinquième opus de la saga du petit sorcier à lunettes. Il s’agit d’une expérience littéraire et cinématographique différente des autres sequels que nous inflige le cinéma d’aujourd’hui, vu que dès le départ on savait qu’il y aurait sept tomes, et que le dernier chapitre de l’ultime épisode a été écrit par J.K. Rowling avant même la publication du premier livre.

La particularité de cette démarche entraîne toute une série de conséquences. Tout d’abord, au lieu de devoir gérer comme dans "Shrek" ou "Pirates des Caraïbes" une inflation de personnages qui diluent l’intrigue, la ligne narrative reste centrée sur le trio Harry-Hermione-Ron, ainsi que sur la révélation progressive du lien qui unit Harry au Seigneur des Ténèbres, et à l’inévitable disparition de l’un d’eux –ou des deux ? Réponse le 21 pour les anglicistes… - Des personnages passent, adjuvants momentanés, comme Cho Chang. D’autres disparaissent, un par épisode à partir de "La Coupe de Feu". D’autres enfin prennent de l’importance, comme Neville, Luna ou Ginny, invités ici à participer au duel final du Département des Mystères.

Deuxième conséquence, l’évolution de la tonalité de la saga. Non seulement celle-ci évolue avec le cursus de la promo d’Harry, mais la différence de rythme entre la croissance biologique des acteurs et celui de la production de tels films, nécessitant chacun deux ans entre la préparation et le tournage, débouche sur une maturation accélérée : difficile de donner 14 ans à Daniel Radcliffe ou à Emma Watson (quant à Rupert Grint, cela fait déjà deux épisodes que sa mue pubertaire est achevée). Nous sommes loin de l’univers enchanté du premier film, où seule la dernière séquence annonçait la violence du combat engagé. D’ailleurs, la tonalité se manifeste déjà par la température de couleur : depuis le "Prisonnier d’Azkaban", les teintes chaudes des couloirs de Gryffondor éclairés à la torche ont laissé la place à une palette digne des détraqueurs. Et il est donc cohérent que le sentiment adolescent d’injustice et d’abandon d’Harry domine ce dernier film, toutefois de façon moins pesante que dans le livre.

Troisième remarque : malgré la succession des réalisateurs, l’unité de l’ensemble est maintenue. Entre la précision des romans de J.K. Rowling, dont le nombre de pages augmente à chaque tome, et une charte plastique incontournable, il y a visiblement peu de place pour l’expression personnelle du metteur en scène, à l’exception peut-être d’Alfonso Cuaron qui avait su profiter du virage narratif du "Prisonnier d’Azkaban"  pour exprimer avec maestria la noirceur qu’on peut retrouver dans "Le Fils de l’Homme". Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les producteurs ont préféré à Jean-Pierre Jeunet, un instant pressenti, et qui avait pourtant montré sa capacité à intégrer une saga avec "Alien 4", le néophyte David Yates moins susceptible de trop marquer le film de son empreinte.

L’augmentation du nombre de pages des livres a conduit à des ellipses, voire même à des coupes sombres : le rôle de Kreattur et l’histoire de la famille de Sirius Black sont à peine effleurés, alors que la visite aux parents de Neville à l’Hôpital Sainte-Mangouste est carrément supprimée ; quant à l’évocation de l’humiliation de Severus Rogue par le jeune James Potter, elle nous est juste montrée de manière incidente, alors que cet événement explique pourtant la haine du professeur de potions contre Harry, et que dans le livre, celui-ci est secoué par la vision de la méchanceté d’un comportement bien éloigné du mythe familial.

Ce cinquième film pâtit des faiblesses du livre, à mon avis le moins bon des six déjà parus. Apparemment abandonné de Dumbledore, éloigné de Sirius, injuste avec ses amis, Harry fait du surplace, et l’intrigue aussi. L’essentiel du récit repose sur sa confrontation avec Dolores Ombrage, qui apparaissait dans le roman comme une sorte d'Annie Wilkes (l'héroïne de "Misery"). Le choix d’en faire un ectoplasme de Barbara Cartland affadit le duel, même si la vision de son bureau aux murs couverts d’assiettes où se prélassent des matous, ou celle de Rusard couvrant une paroi des édits de l’inquisitrice sont assez réjouissantes.

Les meilleurs passages sont sans doute les essais balbutiants des élèves de l’Armée de Dumbledore, où David Yates réussit à restituer les petits riens qui font le sel d’un apprentissage, les fous rires des filles, la mine vexée des garçons et la joie de tous quand Neville le balourd réussit enfin son sortilège.

On espère simplement que pour les deux derniers épisodes, les producteurs accepteront de miser sur le savoir faire d’un grand réalisateur plus que sur l’accumulation d’effets spéciaux afin de rendre pleinement justice à une œuvre qui a su comme son héros s’émanciper des codes de l’univers enfantin pour viser une autre dimension.

Cluny

 

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Lundi 9 juillet 2007

Film américain de Tom DiCillo

Interprètes :  Steve Buscemi (Les Galantine), Michael Pitt (Toby), Alison Lohman (K'Harma Leeds), Gina Gerson (Dana)

Durée : 1 h 47

 

Note : 4/10

En deux mots : Satire bien trop sage et parfois lourdingue des comédies romantiques pour teenagers. 

Le réalisateur : Né en 1954 à Ancone (Italie), Tom DiCillo décroche un masters de réalisation à l'université de New York en 1976. Après avoir été acteur puis directeur de la photographie pour Jarmusch, il réalise en 1992 son premier long métrage, "Johnny Suede", qui révèle Brad Pitt. Il tourne ensuite "Box of Moonlight" en 1996, dont le tournage à rallonge lui inspire "Ça tourne à Manhattan". Il réalise en 2002 "Bad luck".

L'histoire :  Toby est SDF à New York. Au hasard de ses errances, il croise Les Galantine, paparazzo minable en quête du cliché qui le rendra riche et célèbre, méprisé des stars, des attachés de presse et même de ses parents. Les prend Toby comme assistant, et l’entraîne avec lui dans ses coups foireux et ses plans improbables. Jusqu’au jour où Toby croise la chanteuse K’Harma ; entre eux deux, c’est le coup de foudre. K’Harma invite Toby à une fête pour son anniversaire, où Les vient en ayant promis à Toby qu’il ne prendrait pas de photos…

La critique : Tom DiCillo a déclaré : « Notre monde est de plus en plus fasciné par la célébrité et le show business, et je suis moi-même de plus en plus fasciné par cette fascination. » Soit. On comprend donc le choix de ce sujet, et la volonté satyrique du réalisateur. Certains passages confirment ce propos, comme celui où les assistants de K’Harma lui lisent la lettre de ses parents qui annoncent leur intention de réclamer 7 millions de $ pour ses frais d’éducation, ou le clip de la même K’Harma, où elle débite ses paroles sirupeuses en sous-vêtements de cuir sur un ring de boxe en dansant une choré digne de Kamel.

Mais à vouloir parodier les contes de fées des tabloïds, DiCillo finit par tomber dans le travers qu’il entend stigmatiser, et la dénonciation se limite trop souvent à un humour pesant, style Elvis Costello himself annonçant qu’il prépare une comédie musicale sur la vie de Britney Spears, ou les parents de Les se scandalisant que leur fils ait osé photographier une vedette de série télé en pleine érection.

DiCillo aligne consciencieusement tous les poncifs du genre La princesse et le Ramoneur, et on attend sagement le grain de sable qui dynamitera le gâteau rose bonbon. Quand Les se sent trahi par Toby devenu star d’une série pour ados, et qu’il bricole un vieux Leica en flingue d’agent secret bulgare, on espère que Tom DiCillo et lui iront jusqu’au bout et que le récit se rapprochera enfin d’une version Fan de de "La Valse des Pantins". Las, tout rentre dans l’ordre, et on se retrouve avec une morale diablement ambiguë, où une nouvelle fois le rêve américain a fonctionné, et où Les semble finalement se contenter de l’aumône d’un salut de sa nouvelle star d’ex-pote.

Certes, on retrouve par moment ce qui faisait le charme de "Ça tourne à Manhattan" : la tendresse pour la mauvaise foi des mégalomanes, la fascination pour le système D et la carabistouille élevés au rang de stratégie, l’insertion du récit dans la vie new-yorkaise. La manière de filmer est la même, avec la caméra portée à l’épaule, la mise au point qui se cherche, et une image aux contrastes saturés. Certains détails font sourire, comme ces têtes de rongeurs présentés sous forme de trophées de chasse, ou la manie de Les d’énoncer une règle n° 1, jamais la même.

Mais ces qualités ne font pas oublier la déception qui se transforme parfois en gêne devant le jeu sans nuance de Steve Buscemi, dont les mimiques outrées finissent en troubles obsessionnels compulsifs. Trop sage, trop conventionnel, trop prévisible, "Delirious" ne confirme pas les promesses de "Ça tourne à Manhattan", et ne ressort finalement pas du lot des teen movies qu’il prétendait pourtant caricaturer.

Cluny

 

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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