Film américain de Ryan Flek
Interprètes : Ryan Gosling (Dan Dunne), Shareeka Epps (Drey), Anthony Mackie (Frank)
Durée : 1 h 46 Note : 5/10 En deux mots : Un enseignant à la dérive s'accroche à la relation qu'il établit avec une élève. La réalisation paresseuse épouse le délabrement du personnage, et on s'ennuie.
Le réalisateur : Né en 1976 à Berkeley, Ryan Fleck et sa coscénariste Anna Boden sont diplômés de la New York University Film School. Ensemble, ils ont réalisé un court métrage, "Gowanus Brooklyn" qui racontait la même histoire que "Half Nelson". Le succès du court leur a permis de réaliser le long métrage.
L'histoire : Dan Dunne est prof d’histoire (blanc) en 4° et entraîneur de l’équipe féminine de basket dans un collège dont la plupart des élèves sont noirs. Il tente d’intéresser ses élèves en leur expliquant le mouvement dialectique de l’histoire, sans grand succès. En dehors de l’école, sa vie est lamentable : il vit seul, dans un appartement minable toujours en bazar, il boit, et consomme du crack et de la cocaïne. Après un match, son élève Drey le trouve défoncé dans les toilettes. Elle-même vit très seule, sa mère n’étant quasiment jamais là à cause de son travail, et son frère purgeant une peine en prison. Le dealer qu’il a refusé de balancer tente de prendre Drey sous son aile.
La critique : Au sortir de la salle, une question s’est imposée à moi : qu’est-ce que les auteurs ont voulu raconter ? La lecture hâtive de résumés du film m’avait fait craindre un énième film sur un gentil prof aux méthodes non conventionnelles réussissant à mater les fauves et à chasser les méchants voyous du bahut, style "Esprits Rebelles" ou "Le Proviseur". La séquence inaugurale, où Ryan Gosling tire les vers du nez des élèves endormis pour leur faire réinventer la dialectique pouvait laisser croire qu’on allait bien dans cette direction, mais assez vite les jugements des élèves pas dupes pour un sou ("Il se la joue cool, mais il fait pitié") et son absence de foi réelle dans ce qu’il fait (Quand une collègue lui demande d’où vient sa méthode, il répond "Oh, un vieux souvenir de fac") infirment cette piste. C’est juste la relation avec les élèves qui le fait survivre, parce que c’est la dernière relation continue qu’il entretient avec des humains, et non la croyance en un quelconque credo pédagogique.
Sa relation avec Drey peut apparaître comme la colonne vertébrale de l’histoire : la rencontre de deux solitudes, avec la recherche de la rédemption pour lui et le rejet de la tentation pour elle, une sorte de miroir inversé où la drogue joue le rôle principal. Mais le réalisateur a choisi un procédé narratif aussi délabré que la personnalité du héros, et les scènes se succèdent sans liens logiques, avec des ellipses appuyées, comme l’entrevue avec la directrice du collège, dont on ne voit que les premières secondes, sans qu’on sache ce qu’elle lui a finalement annoncé, et il est donc bien difficile de trouver une cohérence dans tout ça.
C’est donc sans doute le portrait de cet homme à la dérive qui a intéressé les auteurs, et enthousiasmé les festivaliers de Deauville et de Sundance. Moi pas, car Dan Dunne n’est pas attachant, comme le fait remarquer Frank qui dit à Drey que comme tous les fumeurs de crack, il n’a pas d’ami. Incohérent avec Drey, démago avec ses élèves, odieux avec sa copine momentanée, il est d’autant plus insupportable que la composition de Ryan Gosling donne du crédit à ce type-là. L’acteur, nominé pour l’oscar, s’est composé la tête de Julien de la Nouvelle Star, la barrette en moins (un comble pour un addict !), et il réussit à jouer à la fois la transformation en zombie de son personnage, et le peu de vitalité qui lui reste. Dans le langage de la lutte, un Half Nelson est une prise par laquelle on immobilise l'adversaire et dont il impossible de se dépétrer. C'est bien la position de Dan, mais aussi progressivement celle du spectateur qui ressent la pesanteur et l'étouffement, renforcés par les choix de réalisation : caméra à l'épaule et mise au point approximative, gros grain et couleurs délavées, transitions syncopées. Jean-Christophe Ferrarri dans Positif parle du "plus beau film jamais réalisé sur l'enseignement" ; je n'y ai vu que des situations convenues d'une mauvais épisode d'"Urgences", le rythme en moins. Cluny
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