Film américain de Ridley Scott
Titre original : A Good Year
Interprètes : Russel Crowe (Max Skinner), Marion Cotillard (Fanny Chenal), Didier Bourdon (Duflot), Albert Finney (Oncle Henry)
Durée : 1 h 58

Note : 6,5/10
En deux mots : Ce n'est assurément pas un grand cru, mais pas non plus l'horrible piquette décriée par la critique : un petit vin de pays, prévisible et rafraîchissant.
Le réalisateur : Né en 1937 à Durham (Grande-Bretagne), Ridley Scott est le frère aîné de Tony Scott. Il a commencé comme réalisateur de séries à la BBC. Il passe au grand écran en 1977 avec "Les Duellistes", qui lui vaut le Prix du Jury pour un premier film au Festival de Cannes. Il tourne ensuite en 1979 "Alien, le huitième passager", qui connaît un succès mondial, ainsi que "Blade Runner" en 1982, d'après Philip K. Dick.
Il rencontre son premier échec en 1985 avec "Legend", un film d'heroic fantasy. Il tourne ensuite "Traquée" (1987), "Black Rain" (1988), avant de renouer avec le succès grâce à "Thelma et Louise" en 1991. Après plusieurs films qui sont des semi-échecs ("1492", "Lame de Fond", "A Armes égales"), "Gladiator" vaut à Russel Crowe l'oscar du meilleur acteur en 2001. Suivront ensuite "Hannibal" (2001), "La Chute du Faucon noir" (2002), "Les Associés" (2003) et "Kingdom of Heavens" (2005).
L'histoire : Max Skinner est un trader londonien génial, cynique et impitoyable. Alors qu'il vient de réussir une de ses entourloupes boursières, il apprend la mort de son oncle Henry, chez qui il passait ses vacances en Provence et qui avait été son mentor après la mort de ses parents. Bien que Max ne l'ait pas revu depuis dix ans, il n'avait pas modifié son testament et c'est donc lui qui hérite du château et des vignes.
Max descend en Provence pour retaper la maison afin de la vendre au plus vite, d'autant qu'il découvre que le vin produit par Duflot, son vigneron, est une épouvantable piquette. L'arrivée d'une jeune Californienne qui affirme être la fille d'Henry, la résistance de Duflot et surtout la rencontre musclée avec la ravissante restauratrice du village voisin vont contrecarrer ses plans...
La critique : Dans ses interviews télévisées, Marion Cotillard m'avait mis la puce à l'oreille : ses explications alambiquées pour prouver que la vision de la Provence présentée par Ridley Scott ne relevait pas du cliché m'avaient autant convaincu que les protestations d'innocence d'un libero allemand après un tacle à la carotide.
Des clichés, il y en a. Mieux, le film en est une déclinaison, tant dans la représentation de la France, de la Provence et de la viticulture, que dans le respect scrupuleux des lois du genre de la comédie romantique. Concernant la carte postale, tout y est : le maillot (crasseux) de l'Ohème pour le vigneron (mais quand même le modèle à 75 € de la saison en cours...), la 4L pour la restauratrice, et quand Max obtient enfin "a date" avec Fanny, c'est sur une place provençale où un chanteur braille du Trénet devant un écran où défilent des images de Bardot et de Tati (déjà affiché aux murs de la villa californienne de Cameron Diaz dans "The Holiday"). Quant à la propriété dont hérite Max, c'est un croisement entre "Le Château de ma Mère" et "Le Château des Oliviers".
Même poncifs concernant l'histoire : le scénario adapté du livre éponyme du romancier britannique Peter Mayle nous ressert la fable de la rédemption du héros perverti par l'argent qui retrouve le bonheur dans la vie pastorale (avec quand même une rente de quelques millions de livres...), doublée de la rencontre avec celle qu'apparemment tout oppose, excepté le détail enfoui dans le subconscient d'avoir partagé le vert paradis des amours enfantines.
Une fois cela posé, il reste une film qui bénéficie de l'indiscutable savoir-faire de Ridley Scott, synthèse de l'humour british et de l'efficacité hollywoodienne. Malgré d'indiscutables longueurs et quelques redites, il y a une nervosité revigorante dans la façon de traiter certaines scènes. Pour avoir vécu exactement la même situation sur le parking Europcar de Toulouse-Blagnac, la découverte par Max de sa Smart de location à boîte automatique m'a beaucoup fait rire, et Ridley Scott a su filmer le match de tennis entre Russel Crowe et Didier Bourdon comme un combat de gladiateurs.
Russel Crowe incarne plutôt subtilement ce personnage de "salopard reptilien insensible qui découvre qu'il n'est pas celui qu'il croyait être", selon ses propres dires. Marion Cotillard est une nouvelle fois parfaite, après "Toi et Moi" et en attendant de la voir jouer Piaf dans "La Môme" (sortie le 14 février). Didier Bourdon a plus de mal à rendre crédible son personnage qui accumule à la fois toutes les idées reçues et beaucoup d'invraisemblances, vigneron tennisman citant Proust et murmurant à l'oreille d'Ampélopsis.
Petite cuvée sans prétention plutôt que grande année, ce film peut remplacer avantageusement le citrate de betaïne en attendant des mets plus roboratifs comme les prochains opus de David Lynch, Steven Soderbergh ou Clint Eastwood, annoncés pour début février.
Cluny
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