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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 20:06

Film français de Philippe Lioret


Interprètes : Marie Gilain (Claire), Vincent Lindon (Stéphane), Amandine Dewasmes (Céline)    


Durée : 2 h 00

 

Toutes-nos-envies.jpg


Note :  5/10 

En deux mots :
  En isolant l'histoire de Claire et de Stéphane du roman foisonnant d'Emmanuel Carrère, Philippe Lioret assèche totalement cette histoire.

Le réalisateur :  Né en 1955 à Paris, Philippe Lioret s'est fait connaître comme ingénieur du son. En 1993, il tourne son premier long métrage, "Tombé du ciel" avec Jean Rochefort. En 1997 il réalise "Tenue correcte exigée" avec Jacques Gamblin et Elsa Zylberstein, puis en 2001 la comédie romantique "Mademoiselle" avec Sandrine Bonnaire. En 2004, "L'Equipier" avec Philippe Thoretton et Grégori Bérangère raconte l'affrontement entre deux gardiens de phare sur fond de secret de famille et de Guerre d'Algérie. En 2006, "Je vais bien, ne t'en fais pas" permet à Mélanie Laurent et Kad Merad de récolter chacun un César. En 2009, il réalise " Welcome", déjà avec Vincent Lindon.  
Le sujet : Claire est une jeune juge chargée des dossiers de surendettement au tribunal de Lyon. Mère de deux enfants, elle vient de s'installer avec son compagnon dans un pavillon. Quand elle doit juger Céline, la mère d'une amie de sa fille, elle renvoie la décision au grand désagrément des avocats de la société de crédit. Menacée d'une procédure disciplinaire, elle demande à Stéphane, un juge expérimenté qui s'est déjà opposé à ces sociétés de reprendre cette affaire. Mais alors que le dossier judiciaire progresse vers la Cour de Cassation, elle apprend qu'elle a une tumeur au cerveau et qu'elle n'a que quelques mois à vivre.

La critique : Cette histoire est tirée du roman d'Emmanuel Carrère, "D'autres vies que la mienne", et on retrouve globalement la trame de la relation professionnelle et affective entre Juliette, la jeune juge, et Etienne, le magistrat expérimenté et pugnace. La trame, mais que la trame. En effet, la richesse du roman de Carrère reposait sur l'idée de "autres que la mienne", et sur le pluriel de vies". Car si la deuxième partie de son livre se centrait sur l'histoire de Juliette et d'Etienne (tout en décrivant aussi leurs environnements et en détaillant leurs parcours), il y avait une première partie qui justifiait cette suite : la narration du tsunami de Noël 2004 au Sri Lanka, et la mort d'une autre Juliette, la petite fille d'un couple de Français rencontrés deux jours avant.

 

Comme dans la plupart de ses romans, "L'Adversaire", "Un Roman Russe" ou tout récemment "Limonov", Emmanuel Carrère traite brillamment du sujet, que ce soit l'histoire d'un homme qui massacre sa famille pour s'échapper de 15 ans de mensonge, ou la biographie d'un leader nationaliste russe ex-gigolo à New York ; mais comme beaucoup d'écrivains, il parle aussi de lui et de ce que ces sujets agitent chez lui. C'est cet aller et retour entre des sujets exceptionnels et la perception qu'il en a qui rend ses livres si intéressants. Dans "D'autres vies que la mienne", cet intéret est renforcé par le fait que les protagonistes de cette histoire lui avaient dit : "tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu aps notre histoire ?"

 

Dans le film de Lioret, point de trace d'un narrateur, encore moins d'un auteur. On se retrouve face à la narration désincarnée d'une histoire édulcorée, tant dans son traitement de la maladie de Claire que dans celui de son combat avec Stéphane contre la stratégie de surendettement des sociétés de crédit. Dans le roman de Carrère, Juliette/Claire avait été handicapée par un mauvais usage de la radiothérapie, et Etienne/Stéphane avait été amputé d'une jambe dans sa jeunesse à la suite d'un cancer.  Emmanuel Carrère raconte ainsi leur rencontre : "Une chose fait rire Etienne quand il raconte sa rencontre avec Juliette. Ce sont les mots qui lui ont traversé l'esprit la première fois qu'il l'a vue. On a frappé la porte de son bureau, il a dit: oui, entrez, et quand il a levé les yeux elle s'avançait vers lui sur ses béquilles. Alors il a pensé : chouette ! une boiteuse."

 

C'est cette dimension si particulière et ce sens du détail étrange qui manque cruellement au film. La maladie ne fait qu'effleurer Claire, et Etienne a juste le visage fatigué de Vincent Lindon. Lorsqu'ils se rencontrent, c'est dans un café, comme dans tout bon film germanopratin, et chaque réplique est plus prévisible que sa précédente. Quand Claire rend visite à sa mère, elle remarque avec amertume qu'elle a acheté une nouvelle télévision, puis elle évoque la convocation à une audience ; bien, on a compris que la petite juge des surendettements a une mère noyée sous les crédits. Mais la scène continue, et se finit par une diatribe de la mère : "Si tu as fait 100 km pour me donner des leçons, tu peux rester chez toi !" Cet exemple illustre la lourdeur didactique de la mise en scène, bien loin de la maîtrise de "Je vais bien, ne t'en fais pas" et de "Welcome".

 

"La réalité est plus mélodramatique que la fiction", a déclaré Carrère lors de la sortie de son livre. En fictionnalisant cette réalité, c'est-à-dire en la réduisant à quelques relations simplistes, Lioret réduit l'histoire à un mélo conventionnel et attendu, là où le livre alliait la narration complexe et le vrai mélodrame. Alors certes, la qualité du jeu de Marie Gilain permet de rendre crédible et émouvante quelques scènes, mais on reste loin du compte.

 

Dans "D'autres vies que la mienne", Emmanuel Carrère écrit : "J'ai été et je suis encore scénariste, un de mes métiers consiste à construire des situations dramatiques et une des règles de ce métier c'est qu'il ne faut pas avoir peur de l'outrance et du mélo. Je pense tout de même que je me serais interdit, dans une fiction, un tire-larme aussi éhonté que le montage de petites filles dansant et chantant à la fête de l'école avec l'agonie de leur mère à l'hôpital." Là, elles ne dansent pas, elles adoptent le petit chien promis par leur mère...

 

Cluny

 


Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2011 - Communauté : Cinéma
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 20:50

Film français d'Olivier Nakache et Eric Toledano


Interprètes : Omar Sy (Driss), François Cluzet (Philippe), Anne Le Ny (Yvonne)    


Durée : 1 h 52

 

Intouchables.jpg


Note :  8/10 

En deux mots :
  Nakache et Toledano évitent la plupart des pièges de ce type de sujet, notamment grâce à la formidable énergie d'Omar Sy.

Les réalisateurs :  Eric Toledano et Olivier Nakache se sont connus dans les centres de vacances où ils ont été animateurs puis directeurs. Passionnés de cinéma, ils ont réalisé leur premier court-métrage ensemble en 1995, « Le Jour et la Nuit » avec Zinedine Soualem. En 2001, ils bénéficient d'une bourse du ministère de la Jeunesse et des Sports pour réaliser un deuxième court-métrage sur la vie d'une colo, "Ces jours heureux", avec Lorant Deutsch. En 2005, ils tournent leur premier long métrage, "Je préfère qu'on reste amis", une comédie avec Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve. En 2006, ils rencontrent le succès avec le long métrage tiré de leur court, " Nos Jours heureux", succès confirmé en 2009 avec "Tellement proches"

Le sujet : Quand il sort de prison, Driss se présente chez Philippe, richissime tétraplégique qui recherche un aide à domicile. Driss n'est venu que pour avoir une attestation afin de pouvoir toucher ses Assedics ; comme il est le seul à avoir répondu franchement à Philippe, c'est lui qui est engagé à l'essai. Driss bouscule les habitudes de Philippe, lui fait découvrir Earth, Wind and Fire et le joint, alors que Philippe ouvre Driss à la musique classique, la peinture et la vitesse.

La critique : C'est peu dire que c'est avec une certaine appréhension que je suis allé voir ces "Intouchables". Les deux précédents succés publics et critiques que je suis allé voir se sont avérés très décevants :  "The Artist" et "La Guerre est déclarée", ce dernier  partageant avec le nouveau film de Nakache et Toledano deux propriétés, à savoir de présenter la "vertu" inattaquable d'être tiré d'une histoire vraie, et de traiter sur un mode léger un sujet grave, le handicap remplaçant ici la maladie d'un enfant. Et puis, ne doit-on pas mettre ce succés foudroyant sur le compte d'une réaction légitime devant la morosité ambiante ? Le public abreuvé de dette grecque et de plans de rigueur n'est-il pas conditionné à plébisciter n'importe quel film, pourvu qu'il soit gai et porte un message de tolérance gentillement consensuel ?

 

Certes, les bons sentiments irriguent le film, et la fin prévisible émarge bien au registre du happy end démonstratif. L'opposition entre la très grande richesse de Philippe qui semble habiter Versailles et la téci où zone Driss n'évite pas le cliché, et s'ils sont souvent drôles, beaucoup de personnages secondaires, comme les candidats au poste d'aide à domicile ou les proches de Philippe présents à son anniversaire, sont effectivement plutôt caricaturaux.

 

Mais l'essentiel est ailleurs : "Intouchables" est une comédie, et ce film présente une qualité indéniable pour cette catégorie : on y rit beaucoup.  Quand Philippe décide d'embaucher Driss, ils se mettent d'accord sur un contrat au double sens qui tient en trois mots : pas de pitié. Et de fait, si Driss manifeste de nombreux sentiments à l'égard  de celui qui passera du statut de patron à celui de confident et d'ami, il ne tombera jamais dans la compassion ou la commisération, rendant ainsi à Philippe son état d'individu à part entière.

 

La drôlerie du film repose sur deux qualités : la capacité des réalisateurs à surfer sur la crête du politiquement incorrect (la scène de "Pas de bras, pas de chocolat" est jubilatoire, cruelle mais pas méchante), et la formidable énergie naturelle d'Omar Sy. Déjà dans "Nos Jours heureux", Omar était le seul de cette bande de branquignoles que j'aurais eu envie d'engager dans une de mes colos (enfin, du temps où j'en dirigeais) ; si par malheur, je devais avoir besoin d'un assistant de vie, pas de doute sur le candidat que je retiendrais.

 

Quand il explose de rire à l'Opéra ("Mais c'est un arbre ! Un arbre qui chante !"), ou quand il reconnait le Printemps de Vivaldi ("Bonjour, vous êtes bien aux Assedics, et le temps d'attente sera de vingt ans ..."), Omar-Driss emporte tout par son attitude de petit garçon des "Habits neufs de l'Empereur", celui qui affirme que le roi est nu ; il révèle le ridicule de bien des situations, il bouscule les conventions et pousse Philippe à oser sortir de sa condition d'assisté perpétuel. En même temps, sa confrontation à une autre forme de ségrégation l'amène à dépasser lui-même certains préjugés, comme de mettre des bas (certes, de contention) à un homme.

 

"Intouchables" est un succés mérité, car ses réalisateurs ont su la plupart du temps éviter à la fois les pièges du mélo et ceux du cliché. Grâce à un indéniable sens du rythme qu'ils confirment après "Nos Jours heureux" et "Tellement proches", Nakache et Toledano offre un film drôle, optimiste et franchement maîtrisé.

 

Cluny

 


Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2011 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 16:41

Film américain de Steven Spielberg


Interprètes : Jamie Bell (Tintin), Andy Serkis (Le Capitaine Haddock), Daniel Craig (Sakharine)    


Durée : 1 h 47

 

Tintin.jpg


Note :  7,5/10 

En deux mots :
  Tintin au pays d'Indiana Jones : respectueux de l'univers hergéen, et plutôt réussi.

Le réalisateur :  Né en 1946 à Cincinnati, Steven Spielberg réalise en 1971 un premier téléfilm remarqué, «Duel». Son premier long-métrage de cinéma, «Sugarland Express» sort en 1974, un an avant son premier succès, «Les Dents de la Mer».
Grâce à ses premiers gains, il monte sa société de production, Dreamworks, et enchaîne les succès planétaires : «Rencontre du troisième type» (1978), «E.T.» (1982), la trilogie «Indiana Jones», «Jurassic Park» (1993), «La liste de Schindler» (1993), «Il faut sauver le soldat Ryan» (1998), «A.I.» (2001), «Minority Report» (2002), «Munich» (2006) et un nouvel Indiana Jones, "Le Royaume du  Crâne de Cristal" (2008).

Le sujet : Tintin achète sur le marché la maquette d'un vaisseau du XVIII° siècle, "La Licorne". Deux autres passants se présentent et veulent racheter la maquette, ce que refuse Tintin. Peu après, son domicile est cambriolé, puis un des deux hommes du marché est abattu devant chez lui. Il retrouve sous un meuble un parchemin qui était visiblement dissimulé dans le mat de la Licorne : ce parchemin évoque les trois fils du capitaine du vaisseau, le Chevalier François de Haddoque.

La critique : On connait la longue genèse de ce film : à la sortie des "Aventuriers de l'Arche perdu", Spielberg avait été étonné de voir la plupart des journaux européens évoquer Tintin. Il avait alors découvert les aventures du petit reporter, et enthousiaste, il avait pris contact avec Hergé peu de temps avant sa mort ; celui-ci lui avait donné son accord pour une adaptation au cinéma. Spielberg a remisé son projet pendant 30 ans, dans l'attente d'une technique qui permette de restituer à l'écran l'impression graphique de la ligne claire.

 

Ce moyen, il a estimé l'avoir trouvé à la vision d'" Avatar" : la motion capture, qui enregistre le déplacement et le jeu des acteurs et permet de le retravailler sur ordinateur, alliant ainsi la dimension naturel des mouvements et la création d'un univers graphique original. Et force est de reconnaître qu'il a eu raison de prendre son temps : le résultat est à la hauteur de l'attente. Même si ça fait drôle de voir les dents de Tintin, l'image présente à la fois une dimension réaliste faite de textures et d'ombres portées tout en conservant le charme de la ligne claire et la stylisation si reconnaissable des personnages.

 

Comme l'ont démontré plusieurs analystes de l'oeuvre d'Hergé comme Benoît Peters, le concept de ligne claire n'était pas qu'une notion graphique : il s'agissait aussi d'une qualité narrative, particulièrement à partir du "Secret de la Licorne" et du "Trésor de Rackam Le Rouge", où Hergé abandonne l'écriture feuilletonniste pour rédiger un véritable scénario. Spielberg et ses scénaristes ont décidé de reprendre les grandes lignes de ces deux albums (moins quelques éléments, comme l'apparition de Tournesol, ou les frères Loiseau, remplacés dans le rôle du méchant par l'inoffensif Sakharine), et de les mixer avec l'intrigue du "Crabe aux Pinces d'Or", et notamment la rencontre de Tintin et du capitaine Haddock sur le Karaboudjian.

 

Ce remix fonctionne, et permet de susciter l'intérêt de la surprise pour les fidèles lecteurs de Tintin, tout en présentant au public américain qui ne connaît pas le reporter du Petit Vingtième un concentré de ses aventures : on trouve aussi des éléments tirés d'autres albums, comme la Jeep rouge de "Tintin au Pays de l'Or Noir" ou le char de "L'Affaire Tournesol". Alors certes, Spielberg emprunte aussi à Spielberg, et l'épisode de la poursuite dans la ville de Bagghar au Maroc rappelle celui dans le souk du Caire dans "Les Aventuriers de l'Arche perdu".

 

Certaines scènes n'apportent pas grand chose, comme le duel final, et la multiplication des poursuites et des mitraillades n'ajoutent rien à un tempo enlevé qui doit bien plus à l'astuce de l'écriture et du montage. Ainsi, le scénario reprend la fameuse scène parallèle du Capitaine Haddock vivant l'histoire de son ancêtre, tout en déplaçant le lieu de cette narration dans le désert, ce qui permet une très jolie transition entre les deux époques, et en le suspendant en son milieu, afin de maintenir plus longtemps la tension dramatique. Il y a plein de petites trouvailles, comme ce premier plan où au marché, Tintin se fait portraiturer par Hergé lui-même.

 

Ma principale restriction repose sur l'omniprésence pesante de la musique de John Williams. Paraphrasant un gamin qui avait protesté auprès d'Hergé lors de la sortie de "La Toison d'Or" en constatant que le Capitaine Haddock n'avait pas la même voix que dans les albums, je dirais que cette musique indiana jonesque m'indispose d'autant plus que je ne me souviens pas l'avoir entendue dans les planches d'Hergé. Néanmoins, ce désagrément ne suffit pas à ternir mon double plaisir : celui du tintinophile et celui de l'amateur des meilleurs films de Spielberg, dont ce Tintin fait indéniablement partie.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2011 - Communauté : Cinéma
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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 11:27

Film danois de Lars Von Trier

 

Interprètes : Kirsten Dunst (Justine), Charlotte Gainsbourg (Claire),Kiefer Sutherland (John), Charlotte Rampling (Gaby)

 


Durée :  2 h 10

 

Melancholia.jpg


Note :  8/10 

En deux mots :
  Pour Lars Von Trier, l'apocalypse peut être intérieure, et il le filme très bien...

Le réalisateur :  Né en 1956 à Copenhague, Lars Von Trier suit les cours d’une école de cinéma au Danemark. Il réalise son premier long métrage en 1984, « The Element of Crime ». En 1991, il reçoit le Prix du Jury au Festival de Cannes pour « Europa ». Toujours à Cannes, « Breaking the Waves » obtient le Grand prix en 1996, et « Dancer in the Dark » reçoit la Palme d’Or en 2000 alors que Björk se voit décerner le prix d’interprétation féminine. Carlotte Gainsbourg fera de même en 2009 avec « Antichrist », tout comme Kirsten Dunst en 2011 avec Melancholia ». Il tourne aussi « Les Idiots » en 1998, « Dogville » en 2003, « Manderlay » en 2005 et « le Direktor » en 2007.

Avec d’autres réalisateurs, dont Thomas Vinterberg (« Festen »), il lance en 1995 un mouvement cinématographique, le Dogme95, qui édicte dix règles : prise de son directe, pas de décors, caméra portée, pas de flash back, couleurs en lumière naturelle…)


Le sujet : Alors que Justine s’apprête à participer à la fête de son mariage organisée par sa sœur Claire, elle remarque l’étoile rouge d’Antarès. Spectatrice de son propre mariage qui tourne à la débandade, elle fuit son mari et révèle le mal profond qui la ronge : la mélancolie. Au petit matin, elle s’aperçoit qu’Antarès a disparu, occulté par une planète qui se dirige vers la Terre, Mélancholia.

 

 

La critique : Faites une petite expérience : tapez Lars Von Trier sur Google, et vous verrez apparaître les propositions de recherches qui s’appuient sur les occurrences les plus fréquentes, avec en tête « lars von trier hitler »… Curieux raccourci qui montre les risques d’une sortie cannoise : la peopolisation et la recherche du buzz occultent le cinéma bien plus sûrement que Melancholia ne le fait pour Antarès. Que Van Trier se laisse emporter par le goût de la provocation à deux balles est pathétique. Mais le vrai sujet du cinéma, le véritable attrait d’un réalisateur, c’est ce qu’il filme et non ce qu’il bafouille en conférence de presse ou avec qui il couche. Revenons donc à ce qu’il a filmé, et à ce « Melancholia » qui présente l’indubitable intérêt d’interpeller son spectateur.

 

Le film est découpé en trois parties : un prologue, une partie appelée Justine qui raconte le mariage de celle-ci et une autre appelée Claire qui raconte l’attente de l’impact de la planète Melancholia par les deux sœurs et Leo, le fils de Claire. Par sa forme de diaporama esthétique, le prologue me rappelle curieusement le long passage de «The Tree of Life » après la mort du fils, même si l’un exalte la création, alors que l’autre évoque l’apocalypse. Là, nous sommes aux antipodes du Dogme : image extrêmement travaillée dans la composition et la photographie, entre romantisme allemand et surréalisme (De Chirico, Dali, Magritte), hyper-ralentis, et pulsation donnée par la musique, « Tristan et Isolde » de Wagner.

 

Ce prologue d’une dizaine de minutes se clôt par la collision entre la planète géante et la Terre, ce qui enlève tout suspense à propos de ce qui a semblé être pour certains le sujet de « Melancholia », à savoir la fin du monde. Pour clore un débat familial sur le véritable sujet de ce film, je dirais qu’il est annoncé dans le titre : il s’agit de la mélancolie, entendue comme un état dépressif prolongé marqué par sentiment d’incapacité et une absence de goût de vivre. Le mélancolique ne voit pas d’autres issues que la mort, pour lui-même et parfois pour ceux qu’il aime le plus.

 

Ces deux caractéristiques (sentiment d’incapacité et attente de la mort) explique la construction du film. La partie Justine illustre comment celle-ci sabote la perspective de bonheur que d’autres ont voulu construire pour elle : son ex-futur mari, attentionné et amoureux, dont on sent que si elle avait pu construire quelque chose, ça aurait été avec lui, et sa sœur, qui a utilisé l’argent de son mari pour tenter de donner un écrin à une si fragile tentative.

 

Cette partie évoque parfois « Festen », par le retour au Dogme dans la dimension technique, et par le dynamitage jubilatoire  des codes bourgeois, la révélation n’étant pas celle brutale de l’inceste, mais celle diffuse de la mélancolie de la mariée. Des éléments d’explication nous sont suggérés, avec le portrait du père boute-en-train et gentiment lâche (John Hurt), et celui de la mère, Pythie et jeteuse de sort (Charlotte Rampling, terrifiante). Mais surtout, la caméra suit Justine dans son entreprise erratique d’autodestruction, ce qui amène parfois quelques longueurs.

 

La partie Claire montre comment l’inéluctabilité de la mort redonne à Justine les qualités qui l’ont fait surnommée tante Steelbraker par Leo, par opposition à Claire la rationnelle qui perd tous ses moyens quand elle voit son dernier espoir se volatiliser. Lars Von Trier explique ce basculement : « Dans les situations catastrophiques, les mélancoliques gardaient plus la tête sur les épaules que les gens ordinaires, en partie parce qu’ils peuvent dire : qu’est-ce que je t’avais dit ? ». L’opposition des deux parties se marque aussi par la photographie : l’image de la première est blonde, comme Justine ; celle de la seconde est brune comme Claire, avec une forte touche de bleu venant de Melancholia, la planète bleue qui joue ici le rôle du soleil noir de la mélancolie.

 

Lars Von Trier s’est lui-même décrit comme un mélancolique, en insistant sur ce que la bile noire des Grecs peut apporter comme source de création. Son identification à Justine se manifeste par la façon dont il la filme, en la préservant tant des ravages intérieurs que de ceux venant de l’extérieur, alors que les autres personnages sont altérés, notamment une Charlotte Gainsbourg mal fagotée et filmée crûment. Par la diversité des manifestations de la mélancolie qu’elle incarne tout au long du film, Kirsten Dunst justifie son prix d’interprétation féminine à Cannes, le troisième pour une actrice du réalisateur danois.

 

Par le dépassement du Dogme, c’est-à-dire le recours à des procédés prohibés en 1995 quand ça se justifie comme dans le prologue, Lars Von Trier renforce la cohérence des règles qu’il continue à respecter, comme la caméra portée et les raccords aléatoires qui sont ici affaire de morale narrative et non de mode pseudo-réaliste. Pour toutes ces raisons, et sans pour autant parvenir au statut de chef d’œuvre que beaucoup lui ont attribué et que seuls quelques plans justifieraient, comme celui de la scène finale, « Melancholia » est le meilleur film de Von Trier depuis « Dogville », et c’est déjà pas mal.

 

Cluny

 

Par Cluny - Publié dans : critiques d'août 2011 - Communauté : Cinéma
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Mercredi 17 août 2011 3 17 /08 /Août /2011 10:02

Film américain de Rupert Wyatt 

 

Titre original : Rise of the Planet of the Apes


Interprètes : James Franco (Wil Rodman), Freida Pinto (Caroline), Andy Serkis (César) 


Durée :  2 h 00

 

Singes.jpg


Note :  4/10 

En deux mots :
  Quelques clichés et une débauche d'effets spéciaux ne suffisent pas à faire un film.

Le réalisateur :  Né en 1972 à Exter en Grande-Bretagne, Rupert Wyatt a réalisé en 2008 "The Escapist".

Le sujet : Dans un laboratoire, Will et son équipe expérimente sur des singes un traitetement pour combattre la maladie d'Alzheimer. Suite à un incident où un chimpanzé fait irruption au milieu du conseil d'administration, le patron de Will ordonne l'euthanasie de tous les singes. Mais Will découvre un bébé chimpanzé qu'il emmène chez lui et que son père baptise César. Très vite, il s'aperçoit que celui-ci a hérité des effets du traitement, et qu'il montre une intelligence impressionnante.

 

La critique : Après deux heures de déferlement simiesque, une question se pose : pourquoi faire un tel film ? Sans écarter les réponses à la sous-jacente évidence, comme l’appât d’un gain assuré, étudions plutôt celles données par les producteurs du projet. La première raison avancée est de donner une explication à l’origine de la domination des singes. On se situe ainsi dans le prequel, genre popularisé par la seconde trilogie de « La Guerre des Etoiles », voire dans le reboot, nouveau concept signifiant la réinitialisation d'un univers... Ce n’est pas vraiment nouveau, puisque le quatrième film de la première série, « La Conquête de la planète des singes » de J. Lee Thompson, avait déjà en 1972 cette même intention.

 

Il s’agissait d’une extrapolation par rapport à l’œuvre initiale de Pierre Boule, et ce qui était valable en 1974 l’est tout autant aujourd’hui : ce qui fait la magie de « La Planète des Singes », c’est le choc brutale de la découverte de cette civilisation par les trois astronautes d’Icare, et expliquer didactiquement comment les singes en sont arrivés à ce degré de supériorité sur les humains n’ajoute rien ; bien plus, cela ôte le mystère consubstantiel au roman et au(x) premiers films (celui de Franklin J. Schaffner, mais aussi celui de Tim Burton).


La deuxième justification, présentée comme un argument de vente, se situe dans la maîtrise annoncée de la technique de la capture de mouvement : comme dans « Avatar » ou « Le Seigneur des Anneaux », des acteurs ont joué les mouvements et les expressions, pour servir de base à la création numérique des singes. En tête de distribution, Andy Serkis, qui ne doit plus être reconnu que par sa mère, vu qu’il a déjà incarné Gollum et King Kong, avant de s’attaquer au Capitaine Haddock de Spielberg.


Disons-le tout net : ça ne marche pas. On ne voit pas des singes, mais bien des images de synthèse créées à partir d’hommes jouant les singes. Il y a quelque chose de faux dans la texture du pelage des singes qui jure, et l’artifice de signaler l’humanisation des singes par la coloration verte de leur iris joue contre l’intention des auteurs en enlevant un des traits principaux de l’animalité de leurs créatures.


Alors, y-a-t-il un message, un propos signifiant ? Si message il y a, il se résume à deux ou trois idées vues et revues : quand l’argent prend le pas sur l’éthique, ça finit toujours mal ; quand on veut modifier l’ordre naturel des choses, ça finit toujours mal ; quand on veut combler le vide du scénario par du grand spectacle, ça finit toujours mal. Résultat, un film qui s’étire durant les deux premiers tiers, et qui s’emballe dans le dernier, avec comme constante l’ennui.


Et puis, comme les scénaristes mettent deux heures à raconter comment une molécule-virus ( ???) destinée à guérir la maladie d’Alzheimer va donner à César le Q.I. de Sharon Stone, et qu’il faut quand même expliquer pourquoi quelques dizaines de singes réfugiés en haut de séquoias vont finir par dominer la planète, on fait appel dans le générique de fin au coup du virus destructeur dans un aéroport. Erreur tragique que cette citation : elle convoque à notre mémoire « L’Armée des 12 singes », et la comparaison est bien cruelle…

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'août 2011 - Communauté : Cinéma
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