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Dimanche 28 juin 2009
Film américain de Todd Philipps

Titre original :
The Hangover

Interprètes : Bradley Cooper (Phil Wenneck), Ed Helms (Stu Pryce), Zak Galifianakis (Alan Gardner), Justin Bartha (Doug Billings)



Durée : 1 h 30

Note :  7,5/10

En deux mots : Comédie gentiment déjantée entre "Sideways" et "Little Miss Sunshine", peut-être un poil trop sage.

Le réalisateur : Né en 1970 à Brooklyn, Todd Philipps suit des cours de cinéma à l'Université de New York. Il commence par réaliser des documentaires, avant de passer à la fiction en 2000 avec une comédie, "Road Trip", suivie de "Back to School" en 2001. Il est ensuite choisi pour adapter au cinéma "Starsky et Hutch" en 2004.

Le sujet : Pour accompagner Doug dans son enterrement de vie de garçon, Phil, Stu et Alan partent au volant de la Mercedes vintage du beau-père en direction de Vegas. Seulement, au réveil après leur première nuit là-bas, plus aucun souvenir, et plus de Doug non plus. Ils décident donc de partir à la recherche de leur ami, découvrant progressivement tout ce qu'ils ont fait cette nuit-là.

La critique : Même s'il s'agit d'une coutume assez ancienne, l'enterrement de vie de garçon connait un développement important ces dernières années, et le cinéma ne pouvait pas rester insensible à tout ce que ce rite transgressif peut apporter de dérapages tragico-comiques, de "Very Bad Things" à "Sideways" en passant par "Ivresse et conséquences". Comme le Spring Break, cette semaine de teuf orgiaque au Mexique des étudiants américains, l'enterrement de vie de garçon fait partie de ces coutumes que l'Amérique puritaine autorise afin de mieux permettre le retour à la normalité sociale.

Cette
normalité nous est annoncée dès les premiers plans, avec traveling sur les préparatifs du mariage : pièce montée, robe ivoire, livraison de fleurs et alignement de chaises blanches devant la tonnelle. Pourtant, le gène de l'entropie apparaît très vite avec le personnage d'Alan, le beauf simplet dont Doug dit qu'"il a un bon fond" alors qu'à l'arrière-plan celui-ci menace un retraité en beuglant "Ca ne me dérange pas de cogner un vieux !"

C'est effectivement par lui que le déraillement arrive, nous amenant au réveil des trois potes du futur mari dans une suite à 4 200 $ dévastée comme après le passage d'un rock star, jonchée de cadavres de bouteilles et peuplée d'une poule (le gallinacée, la dernière strip-teaseuse s'étant esquivée juste avant) et plus inquiétant, d'un tigre dans la salle de bains. Accessoirement, Stu a perdu une dent et les trois copains le héros de la fête.

La recherche de Doug va se superposer à la découverte des dégâts collatéraux de la nuit d'amnésie, avec pêle-mêle la salle des urgences, la chapelle de mariage express, une démonstration du taser par des policiers sadiques devant des écoliers en visite pédagogique, un remake de "Rain Man", et en guest star, Mike Tyson dans le rôle de Mike Tyson.

Par le côté gentiment frappadingue de quelques situations à la limite du politiquement incorrect (le prof qui finance sa beuverie avec l'argent des sorties scolaires ou le crooner chantant une chanson paillarde au mariage), ainsi que par le rôle central joué par les véhicules allemands, "Very Bad Trip" (encore une étrange traduction "française" de "The Hangover") fait parfois penser à "Little Miss Sunshine". Regrettons simplement qu'à l'inverse du film de Jonathan Dayton et Valerie Faris, celui de Todd Philipps n'aille pas jusqu'au bout de son iconoclastie, et au contraire, s'achève par un happy end qui institutionnalise la fin la transgression et le retour à la norme.

Néanmoins, la logique de l'absurde et l'avalanche de catastrophes rythment efficacement cette comédie potache, et on rit très souvent même si parfois le rire se coince devant l'indubitable manque de finesse de certaines scènes (Alan et le bébé, le personnage de Chow). Film bienvenu pour la Fête du Cinéma, "Very Bad Trip" réussira sans doute à plaire à la fois aux amateurs d'"American Pie" et à ceux de "Little Miss Sunshine" ou de "Juno", et c'est déjà pas mal.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de juin 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 27 juin 2009
Film américain de Kevin Macdonald

Titre original :
State of Play

Interprètes : Russel Crowe (Cal MacCaffrey), Ben Affleck (Stephen Collins), Rachel McAdams (Della Frye), Helen Mirren (Cameron Lynne)



Durée : 2 h 07

Note :  6,5/10

En deux mots : Thriller efficace mais sans surprise sur fond de scandale sexuel, de corruption et de liens entre presse et pouvoir.

Le réalisateur : Né en 1967 à Glasgow, Kevin Macdonald est le fils du réalisateur d'origine hongroise Emeric Pressburger. C'est d'ailleurs par un documentaire sur son père "The Life and Death of a Screenwriter " qu'il a commencé en 1994 la réalisation. Il tourne plusieurs documentaires, dont "Un jour en septembre" (1999) sur la prise d'otage de Munich. Son premier film de fiction est "La Mort suspendue" (2004), sur une cordée britannique dans les Andes. Il rencontre le succès en 2007 avec "Le dernier Roi d'Ecosse", sur Amin Dada.

Le sujet : Journaliste au "Washington Globe", Cal MacCaffrey enquête sur le meurtre d'un petit voyou et la tentative de meurtre sur un témoin, quand il apprend que son ancien colocataire, le député Stephen Collins, est éclaboussé par la révélation de sa liaison avec son assistante après que celle-ci ait été poussée sous un métro. Sa jeune confrère Della Frye, chargée de suivre ce scandale, cherche à obtenir de lui des informations sur le député. D'abord opposé à toute collaboration avec celle qu'il prend pour une arriviste, Cal accepte quand il découvre que son affaire et la sienne ne font qu'une.

La critique : "Jeux de Pouvoir" est une adaptation de la série britannique du même nom, et le réalisateur ainsi qu'Helen Mirren qui joue le rôle de la rédactrice en chef viennent tous deux du Royaume-Uni. Cependant, tout dans le scénario et la réalisation évoque les Etats-Unis : les plans d'ouverture nous montrant le Capitole et les bords du Potomac, la commission parlementaire, jusqu'au bâtiment du Watergate qui reprend du service. Quant au Washington Globe où officient Cal et Della, il suffit de regarder la calligraphie gothique de son titre pour comprendre qu'il s'agit du Washington Post, celui des "Hommes du Président".

Pourtant, nous ne sommes visiblement plus dans les années 70, comme le montre l'intégration au coeur du scénario d'un scandale politico-sexuel avec conférence de presse en présence du mari repenti et de l'épouse bafouée comme en raffolent les Américains, de l'affaire Levinski aux scandales Spitzer ou Sandford. De même, le quatrième pouvoir a un peu perdu de sa superbe, rabotée par les aléas de la modernité : rachat du journal par de nouveaux actionnaires plus préoccupés de l'équilibre des comptes que du triomphe de la vérité,
concurrence interne des blogueurs du journal qui poussent vers la sortie les dinosaures de l'enquête à l'ancienne.

Dans sa Saab 1990 (Pourquoi dès qu'un personnage d'un film US doit montrer sa singularité, les scénaristes l'affublent d'une européenne vintage ?), cheveux longs seventies et bedaine de quinqua, Russel Crowe incarne avec conviction ce survivant du journalisme inquisitorial de la belle époque, dont la connaissance de tous les flics du MPD permet d'avoir accès aux infos avant tout le monde. En contrepoint, Ben Affleck joue un politicien lisse aux idées progressistes et au comportement personnel ambigu. La fadeur de son jeu, presque dérangeante au début, prend son sens au fur et à mesure que progresse l'intrigue.

La mécanique narrative bien huilée alterne les différents niveaux du récit : scandale politique, complot militaro-industriel, concurrence journalistique et affaires de coeurs mal résolues, certainement la partie la plus convenue et la moins convaincante. Il y a un rythme indéniable, des personnages qui ont du corps, comme la rédac chef jouée par une Helen Mirren jurant comme un charretier ou la jeune journaliste coincée entre éthique et ambition. Pourtant, la multiplication des fausses pistes et quelques erreurs de tonalité (la scène de la confession filmée à l'hôtel) finissent par lasser, et on se dit une fois encore que 127 minutes, c'est quand même bien long.

La notation dans ces colonnes de "Jeux de Pouvoir" souffre du temps que j'ai mis à rédiger la critique, baissant d'un demi point chaque jour depuis que je l'ai vu, préfigurant l'oubli rapide de ce film de début d'été, habile et rythmé mais sans relief notable ni scène mémorable.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de juin 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 6 juin 2009
Film japonais de Yojiro Takita

Titre original :
Okuribito

Interprètes : Masahiro Motoki (Daigo Kobayashi), Tsutomu Yamazaki (Ikue Sasaki), Ryoko Hirosue (Mika)



Durée : 2 h 11

Note :  7/10

En deux mots : Six feet under version japonaise, entre délicatesse (souvent) et facilité (parfois).

Le réalisateur : Né en 1955 à Takaoka, Yojiro Takita débute en 1976 comme assistant réalisateur sur des films érotiques. Il tourne une vingtaine de films de ce type avant de réaliser en 1986 son premier long-métrage de cinéma, "No more Comic Magazines". Il tourne en autre des comédies ("The Yen Family" en 1988 et "We Are Not Alone" en 1993), des films de sabre ("When the Last Sword Is Drawn" en 2004) et des films fantastiques ("The Ying-Yang Master" en 2001).

Le sujet : Violoncelliste, Daigo Kobayashi apprend la dissolution de son orchestre après son premier concert. Il décide alors de vendre son instrument et de s'installer avec sa  jeune épouse dans la maison que lui a léguée sa mère à Yamagata. A la recherche d'un travail, il répond à une petite annonce de ce qu'il croit être une agence de voyage, avant de découvrir qu'il s'agit en réalité d'une société qui s'occupe d'effectuer les rites funéraires. Or, cette activité reste tabou pour de nombreux Japonais qui considère que ceux qui la pratique sont impurs.

La critique : Lauréat surprise du dernier Oscar du meilleur film étranger au nez et à la barbe des favoris "Entre les Murs" et "Valse avec Bachir", "Departures" manifeste une nouvelle fois la vitalité du cinéma japonais. On peut comprendre ce qui a attiré les membres de l'Academy, à la fois dans l'aspect positif (l'indéniable originalité du sujet, la diversité de tonalité) et dans l'aspect plus discutable (la larmoyance de certaines scènes, le recours aux grosses ficelles de l'émotion).

Apparemment, les thanatopracteurs n'ont pas meilleure réputation au Japon que les croques-morts de chez nous, et quand Daigo se voit engagé après un entretien d'embauche expéditif, il n'a pas le courage de l'annoncer à sa femme. Ses premiers pas dans le métier ne sont pas de tout repos, et le laconisme de son patron ne lui permet pas de se préparer à ses premières épreuves, à savoir un rôle de "figurant" dans une vidéo pédagogique et son baptême du feu avec une vieille dame décédée depuis quinze jours.

Ces débuts nous sont montrés après la scène d'ouverture, un flashforward où l'apprenti Daigo exécute son premier rite sous les yeux de son maître, avant de découvrir l'anatomie particulière de la défunte. Car c'est une particularité intéressante de ce film que de passer si rapidement de l'émotion au rire, et vice-versa, à tel point que dans certaines scènes la moitié de la salle rit alors que l'autre moitié reste troublée.

Progressivement pourtant, on comprend que le sujet principal est celui de l'apprentissage, et de la découverte par Daigo de la noblesse de son nouveau métier. Car cette toilette funéraire qui se fait devant la famille selon un rituel très précis a pour but de rendre sa dignité à la dépouille du défunt, et d'offrir aux proches une dernière image la plus belle possible. Ces gestes ressemblent à ceux que l'on peut prodiguer aux êtres aimés : la caméra filme Mika dans son lit alors que Daigo part au travail de la même façon que les "clients" de son mari, et quand il recouvre son patron endormi sur la banquette de l'agence avec une couverture, on retrouve la délicatesse avec laquelle il exécute ce geste dans le rituel.

La force et l'originalité du film réside essentiellement dans la justesse avec laquelle sont filmées les scènes funéraires, comme quand M. Sasaki, le patron de Daigo, demande au mari de la défunte le rouge à lèvres de son épouse pour l'ultime maquillage, et que c'est la petite fille qui réagit le plus vite, ou encore le décalage entre la codification extrême de la cérémonie et l'explosion de ressentiment auquelle elle peut donner naissance.

Malheureusement, Kundo Koyama, le scénariste, a greffé sur cette trame suffisante en soi l'histoire de Daigo et de son père, et le film n'évite pas le pathos un peu pesant jusqu'à la scène finale bien prévisible où Yojiro Takita nous ressert tout l'arsenal du genre : zoom, ralenti et musique violonneuse. Cet intrigue secondaire dilue et rallonge inutilement un récit qui aurait pu bénéfiquement tenir en 1 h 45, en se contentant de l'histoire des bains publics et de celle de Mika (jouée par
Ryoko Hirosue, la fille de Jean Reno dans "Wasabi"). Malgré ces réticences, "Departures" se regarde avec intérêt, grâce à l'originalité de son sujet, et offre une autre approche du deuil dans la société japonaise après "Still walking".

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de juin 2009 - Communauté : Cinéma
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Mercredi 3 juin 2009
Film britannique de Ken Loach

Interprètes : Steve Evets (Eric Bishop), Eric Cantona (lui-même), Stephanie Bishop (Lily), John Henshaw (Meatballs)



Durée : 1 h 59

Note : 7,5/10

En deux mots : Même quand il va du côté de la comédie, Ken Loach fait du Ken Loach, et c'est tant mieux.

Le réalisateur : Né en 1936 en Angleterre d'un père ingénieur, Ken Loach fait de brillantes études à Oxford. D'abord comédien, puis metteur en scène au théâtre, il rentre comme réalisateur à la BBC en 1963. En 1967, il tourne son premier long métrage, "Pas de larme pour Joy". Son second film, "Kes" (1970), l'histoire d'un enfant rejeté qui  apprivoise un faucon, est présenté à Cannes. En 1972, "Family Life", film terrible sur une adolescente acculée à la folie par sa famille, rencontre un grand succès critique. Après un long retour à la télévision, il revient au cinéma pour dénoncer les ravages de l'Angleterre thatcherienne sur la classe ouvrière : "Riff Raff"(1991), "Raining Stones" (1993), "Ladybird" (1993),  "My Name is Joe" (1998), "The Navigators" (2001). Il traite aussi d'autres sujets politiques : le conflit irlandais ("The Hidden Agenda", 1991), la guerre d'Espagne ("Land and Freedom"), le Nicaragua sandiniste ("Carla's Song", 1995), l'exploitation des travailleurs latinos à Los Angeles ("Bread and Roses").
Il obtient la Palme d'Or en 2006 pour "Le Vent se lève", avant de tourner "It's a free World"

Le sujet : Postier mancunien jamais remis de sa rupture avec Lily, son premier amour, Eric n'arrive plus à faire face aux difficultés de sa vie. Responsable de ses deux beaux-fils qui habitent avec lui et sur lequel il n'a plus prise, il ne parvient pas à aller revoir Lily pour partager la garde de leur petite-fille. Alors qu'il est à deux doigts de commettre l'irréparable, il voit se matérialiser dans sa chambre son idole de toujours, Eric Cantona. Celui-ci se met alors à coacher Eric pour l'amener à reprendre le contrôle de sa vie.

La critique : Il y a toujours chez Ken Loach des groupes de gens unis par un même combat et par une même appartenance qui permettent au héros de surmonter son isolement et de faire échec aux exploiteurs : cheminots, squatters, travailleurs immigrés de Californie, combattants des Brigades Internationales ou de l'indépendance irlandaise... Ici, il s'agit de postiers, représentants de ces services publics malmenés par des décennies d'ultralibéralisme, et qui incarnent une nouvelle fois la solidarité de la Grande-Bretagne d'en-bas.

Mais il ne s'agit pas de n'importe quels postiers : ce sont des postiers de Manchester, et si on les voit se déchirer, ce n'est pas entre supporters des red devils et des Citizen de Manchester City, mais au sein de la famille rouge, entre légitimistes et membres du F.C. United, le club créé par les supporters opposés au rachat du club par Malcolm Glazer. Car quand Ken Loach s'intéresse au football, il ne peut s'empêcher de montrer qu'aujourd'hui les ouvriers ne peuvent plus se payer de places au stade, alors que les petits caïds s'offrent une loge à Old Trafford.

La querelle entre partisans du F.C. United et de Man U donne lieu à une de ces scènes savoureuses de débat populaire que Ken Loach sait si bien mettre en scène. Autre scène typique de l'affection que le réalisateur porte à ses personnages, la séance de thérapie de groupe animée par Meatball, le chef de la bande féru de bouquins de psychologie appliquée, et qui invite ses collègues à s'imaginer dans la peau de leur idole, ce qui permet la réunion de Castro, Mandela, Ghandi, Sammy Davis Jr, Franck Sinatra et bien sûr, d'Eric Cantona.

Cantona, donc. On sait que c'est Eric the King lui-même qui a contacté Ken Loach pour lui proposer l'idée de la rencontre improbable d'un fan et de son idole. Paul Laverty, le scénariste de dix films du réalisateur de "Le Vent se lève", a alors eu l'idée de faire sortir Cantona de son affiche, un peu comme les personnages descendant de l'écran dans "La Rose pourpre du Caire". Cantona, maudit dans le foot français et adulé Outre-Manche, campe un personnage plus cantonesque que nature, comme il le justifie dans une réplique déjà culte : "I'm not a man, I'm Cantona".

Paul Laverty s'est amusé à lui écrire des proverbes du type "Qui sème des chardons, récolte des épines" ou "La plus noble des vengeances, c'est de pardonner", référence à la célèbre phrase lâchée par Cantona lors de l'affaire du mawashi-geri de Crystal palace qui fait dire à Eric, l'autre : "Je ne me suis jamais remis de tes foutues mouettes". Partageant un joint avec son protégé, jouant de la trompette ou servant de préparateur physique, l'acteur Cantona rend le personnage Cantona crédible, alors qu'on nage en plein fantastique.

"Looking for Eric" n'a pas la dimension épique de "Land and Freedom" ou de "Le Vent se lève", ni l'âpreté de "Family Life" ou de "Ladybird". Il n'en est pas moins un film jubilatoire, qui fait penser par moment aux meilleurs Capra, et une nouvelle affirmation des valeurs de solidarité et de foi dans l'humanité qui ont toujours structuré les oeuvres du plus attachants des réalisateurs britanniques.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 23 mai 2009
Film hong-kongais de Johnnie To

Interprètes : Johnny Halliday (Francis Costello), Simon Yam (George Fung), Anthony Wong Chau-Sang (Kwai), Sylvie Testud (Irène)



Durée : 1 h 48

Note : 6,5/10

En deux mots : Lost in triad movie, rencontre plutôt réussie des deux Johnny/ie melvilliens.

Le réalisateur : Né en 1955 à Hong-Kong, Johnnie To a commencé comme assistant administratif puis comme réalisateur de séries à la TVB, la télévision de l'ancienne colonie britannique. Il passe au grand écran en 1980 avec "The Enigmatic Case", qui est un échec. Il ne tourne son second long-métrage qu'en 1986 ,"Happy Ghost 3", puis "The Big Heat" en 1988 et "All About Ah-Long" en 1989. En 1993, il rencontre un succés international avec "The Heroic Trio" qui révèle Maggie Cheung et Michele Yeoh. Il enchaîne ensuite au rythme de plusieurs films par an. Ont été distribués en France : "The Mission", "Fulltime Killer", "Breaking News" et le dyptique "Election".

Le sujet : Propriétaire d'un restaurant sur les Champs-Elysées, Francis Costello débarque à Macao au chevet de sa fille grièvement blessée dans le règlement de compte où ont péri son mari et ses deux enfants. Il lui jure de la venger, et quand il est témoin de l'exécution d'un couple dans une chambre d'hôtel proche de la sienne, il en profite pour demander aux trois tueurs à gage de l'aider à mener à bien sa vengeance.

La critique : "Ca veut dire quoi, se venger, quand on a tout oublié ?", demande un des tueurs engagés par Costello quand il constate que son commanditaire a perdu la mémoire, séquelle d'un balle restée dans le cerveau. Initialement, le scénario prévoyait que Costello était atteint de la maladie d'Alzheimer, et c'est semble-t-il ce détail qui a rebuté Alain Delon, trait d'union pourtant tout désigné entre le Jeff Costello du "Samouraï", et le Francis Costello de "Vengeance", qui précédera le remake du "Cercle Rouge" dans la filmographie de Johnnie To.

L'influence de Jean-Pierre Melville ne se limite pas à cet emprunt patronymique, ni même à la dégaine de Johnny Halliday, coiffé d'un doulos qui évoque plus celui de Gene Hackman dans "The French Connection" que les borsalinos de Delon, Bourvil ou François Périer. On retrouve le même type de personnage taciturne, le goût pour les scènes nocturnes et les néons, la photographie un peu grise et surtout l'indolence du rythme, zébré par des éclats de violence.

"Vengeance" est un film étrange, parlé en français, en anglais et en chinois, mais surtout très peu dialogué, avec la reprise des codes du polar et aussi ceux du western, comme dans la scène où Costello et ses trois complices tombent sur leurs proies en train de pique-niquer en famille. Etrange, à cause d'une impression de bric et de broc due à de nombreuses ruptures de rythme et à de brusques changement de style, à l'image du jeu de Johnny qui sonne plus juste en muet qu'en anglais, et en anglais qu'en français.

La stylisation à outrance fonctionne mieux pour certaines scènes que pour d'autres : dans la première catégorie, celle où Costello écrit Vengeance sur les photos d'identité judiciaire de ses proches avant de les jeter sur la moquette de sa chambre d'hôtel, ou celle où les trois compagnons de Costello subissent le siège des membres de la triade qui avancent en se protégeant derrière d'immenses cubes de papier à recycler qu'ils poussent devant eux. D'autres sont nettement plus tartes, comme celle où Johnny joue les yamakasi, celle où il tombe à genoux pour appeler les Mânes de ses disparus et retrouver la force de poursuivre sa vendetta, ou encore la réplique amnésique déjà devenue culte "What is revenge ?".

D'abord très classique (un gangster retiré sort de sa tanière pour venger les siens), l'intrigue bascule quand on découvre que Costello peut à tout moment perdre la mémoire, et on comprend d'un seul coup pourquoi il prend tout le monde en photo avec son polaroïd, à l'instar de Leonard Shelby dans "Memento". A défaut de tatouage sur son corps, l'inscription du nom de celui qui a commandité le massacre sur son Colt lui servira de fil rouge pour aller jusqu'au bout de sa promesse.

D'un intérêt inégal, basé sur un synopsis à la fois mille fois vu et parfois à la limite du surréalisme, "Vengeance" vaut le coup grâce à quelques scènes virtuoses d'un point de vue visuel, et à un retour ironique du boomerang de l'histoire, puisque c'était Johnny Halliday que Melville voulait pour jouer le rôle qui échut finalement à Gian-Maria Volonte dans "Le Cercle rouge".

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009 - Communauté : Cinéma
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